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-Bon, conclut-il en posant son stylo. Je pense que votre affaire ne sera pas compliquée. Êtes-vous sûr qu'elle va demander la garde partagée et non la garde exclusive ? 

-C'-c'est ce q-qu'elle m-m'a dit. M-mais j-je ne suis p-pas tranquille. 

-Vous doutez d'elle ? 

-Evidemment. Elle a d-disparu pendant six ans. M-même si elle semble être d-devenue responsable, j-je ne la c-connais pas vraiment. 

-Je vous propose que nous attendions qu'elle lance la procédure. Nous serons ensuite convoqués dans le bureau du juge des affaires familiales. Si vous êtes tous les deux d'accord pour une garde partagée, il mandatera une assistante sociale pour qu'elle fasse une enquête sociale sur les deux parents. Si l'enquête ne révèle aucun problème, le juge statuera très rapidement. 

-Et... p-pensez-vous que le f-fait que j'ai un c-casier judiciaire va me p-porter préjudice ? 

L'avocat prend le temps de réfléchir avant de me répondre. 

-Si l'enquête ne démontre aucun autre problème de votre côté, je devrais pouvoir m'en sortir. 

Je hoche la tête, ne sachant pas vraiment quoi penser de sa réponse. Il me donne ensuite de nouvelles informations concernant cette procédure à laquelle il semble être tant habitué avant de clore notre entrevue. Il me conduit vers le bureau de sa secrétaire qui m'apostrophe gentiment pour me parler honoraires et moyens de paiement. Je fais de mon mieux pour ne pas paniquer devant la note astronomique qu'elle me tend. Et ce n'est que le premier rendez-vous... J'envoie une prière mentale à mon banquier, le suppliant intérieurement de m'accorder ce fichu prêt ! 

Lorsque je sors de l'immeuble, je retrouve la douceur de l'air dublinois mêlé aux subtils rayons du soleil qui percent à travers les fins nuages blancs. Il me reste encore une bonne heure avant de reprendre le bus, je décide donc de flâner un peu pour m'aérer l'esprit. Mon téléphone m'indique plusieurs messages: un d'Holly, deux de Bastien et un de Matthew. Ce dernier est le seul de la bande à être au courant de mes déboires. Je ne sais pas pourquoi je ne me confie que rarement aux autres mais l'idée de les appeler un à un pour leur raconter mes malheurs me parait tout à fait saugrenue. Mes pas me mènent vers Phoenix Park où je continue de profiter de la nature tout en pianotant quelques réponses. Soudain, au détour d'un chemin piéton, je tombe sur une immense étendue d'herbe dans laquelle broute un troupeau de daims. Cette vision me surprend tant elle me rend heureux. Je ne m'attendais pas à tomber sur ces animaux, c'est la première fois que j'en vois d'ailleurs. Je sors mon vieux téléphone pour immortaliser ce moment, même si la piètre qualité de l'appareil photo ne leur rendra jamais hommage. Mais je pense au sourire de Mila quand je lui montrerai le cliché, à ses mains qui s'agiteront aussitôt pour me demander de l'emmener ici. Je souris en profitant du moment présent et en essayant de croire à des lendemains heureux. 

Le reste de la semaine passe dans un brouillard. Du moins, c'est l'impression que j'en ai. Je n'ai pas parlé de l'initiative d'Ariane à Mila parce que je veux être absolument sûr de ses intentions avant de chambouler ma fille. C'est pour cette raison que lorsqu'Ariane se gare en bas de chez moi, je demande à Mila de nous accorder un moment pour parler entre adultes. Nous sommes vendredi soir, ma fille a attendu cette visite toute la semaine et la journée a été source d'angoisse pour elle, elle a donc du mal à accepter ma requête. Mais je ne lui laisse pas le choix. Je dévale les escaliers le coeur au bord des lèvres.

-Oh... bonsoir ! lance Ariane, surprise de me voir.   

-Bonsoir. J'ai demandé à Mila quelques minutes pour te parler. 

-Tu as un souci ? 

-'Pas vraiment... enfin, c'est toi qui me le diras. 

Elle hausse un sourcil, ne comprenant visiblement pas mon sous-entendu. 

-Je voudrais savoir si tu as déjà lancé la procédure pour la garde de Mila. 

-Non, j'attendais que tu reviennes du concours. Je ne voulais pas faire ça dans ton dos. 

Sa réponse me soulage. Me soulage beaucoup. 

-Ah... d'accord, merci. 

-Tu... je pense appeler mon avocat lundi. Ça te va ? 

Non, ça ne me va pas du tout. 

-Je ferai avec. Tu me promets que tu ne vas demander que la garde partagée ? 

Ma voix tremble, mes yeux la supplient. 

-Oui Louis, même si je rêve d'avoir Mila à mes côtés chaque jour, je ne veux pas la déraciner et la priver de son père. Je veux juste avoir une vraie place dans sa vie. 

-D'accord, acquiescé-je en ayant un peu le tournis. 

-As-tu trouvé un spécialiste pour Mila ?

-Non, soupiré-je, tracassé. Je ne trouve personne qui puisse communiquer avec elle, c'est un vrai casse-tête. 

-Mince... j'ai essayé de me renseigner de mon côté mais c'est difficile en étant si loin. 

-Je vais continuer de chercher de toute façon. 

Des coups résonnent contre la vitre au premier étage. Nous relevons la tête au même moment pour apercevoir Mila qui s'impatiente. Ariane lui offre un immense sourire tandis que je lui fais signe de nous rejoindre. Elle détale sans attendre une seule seconde de plus. La porte s'ouvre à la volée, ma fille saute immédiatement dans les bras de sa mère qui la serre fort contre sa poitrine. Les yeux fermées, elle plonge le nez dans la crinière noire de Mila, respirant son parfum à pleins poumons. Elle relève ensuite les yeux vers moi en souriant. 

-Je te la ramène dimanche ? 

Sa question n'en est pas vraiment une. Je les regarde s'installer dans la voiture de location et disparaitre à l'angle de la rue en me demandant si je parviendrai un jour à m'habituer à une moitié de vie sans Mila. 

            

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