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-Je t'aime Holly. Je t'aime justement parce que tu es comme ça et pas autrement. J'aime ton grand coeur, j'aime ta naïveté, j'aime ton optimisme, j'aime ta générosité, j'aime celui que je suis quand tu es près de moi. J'aime tout chez toi, même quand tu me rends fou. Et je ne veux jamais arrêter de t'aimer.
Ses lèvres plongent sur les miennes, ses mains glissent sur mes joues pour m'attirer à elle, toujours plus à elle. Ce baiser est un peu brouillon parce que nous sommes tous les deux émus. Mon coeur bat trop vite mais je ne veux pas qu'il se calme. Je ne veux pas redescendre de mon nuage, je ne veux pas briser cet instant, cette magie. Je ne peux pas bouger, ma fille est toujours blottie contre mon torse mais je suis le mouvement de sa bouche, j'accueille sa langue avec bonheur et je me laisse choir contre l'oreiller pour profiter de cette étreinte singulière mais pourtant si forte. Les mains d'Holly sont partout, son parfum m'ensorcelle et pour la première fois depuis bien longtemps, je me sens enfin en paix.
J'ai entre les bras les deux filles que j'aime le plus au monde. Et personne ne pourra m'enlever ce bonheur, notre bonheur.
Nous restons encore un moment fusionnés l'un à l'autre mais les gargouillements du ventre d'Holly ont raison de notre passion. Nous quittons le lit le plus précautionnent possible, laissant Mila se reposer contre mon oreiller, pour rejoindre la cuisine. Holly me devance mais mes bras sont enroulés autour de ses hanches. Je picore son cou, elle rit avec légèreté.
-Louis...
Sa supplique meurt entre mes baisers et mes caresses. Mes mains se baladent partout sur son corps, s'accrochent à ses larges hanches, vagabondent sur son ventre moelleux, descendent sur ses cuisses charnues, remontent sur sa poitrine généreuse. Holly laisse retomber sa tête contre mon épaule pour profiter du plaisir qui s'infiltre sous sa peau, qui pulse dans ses veines. Nos cajoleries se font plus charnelles et bientôt, on n'entend plus que nos souffles saccadés, nos gémissements, notre désir qui déborde, qui se transforme en plaintes, en tremblements, en extase.
Nous mettons un moment à redescendre du septième ciel mais quand c'est le cas, Holly insiste pour que je me repose sur le canapé pendant qu'elle nous prépare un petit quelque chose à grignoter.
-C'est toujours toi qui me nourris, laisse-moi prendre soin de toi aujourd'hui.
Je ne peux m'empêcher de prendre de nouveau possession de ses lèvres. Chacun de ses gestes, chacun de ses mots me comble toujours un peu plus. Ma vie s'est tellement embellie à ses côtés. Je me sens enfin complet, à ma place. Un sourire flottant sur mes lèvres, les paupières closes et les mains croisées derrière ma tête, je me prélasse sur le canapé en écoutant la douce mélodie que fredonne Holly dans la cuisine. Elle finit par me rejoindre en posant deux assiettes sur ma table basse.
-Ce n'est rien d'extraordinaire, j'ai juste préparé des pâtes à la carbonara.
Elle s'excuse presque de ne pas avoir fait mieux. Mais moi, je m'en fiche de ce qu'il y a dans mon assiette tant qu'elle se trouve à côté de moi. Nous mangeons tranquillement et profitons d'une soirée aux accents de douceur et d'inquiétude. Je n'oublie pas ce qui est arrivé à Mila, les images restent gravées dans ma mémoire. Holly me conseille une nouvelle fois de demander de l'aide à un professionnel mais malgré l'augmentation de salaire que m'a concédée Abbi, je ne roule toujours pas sur l'or, bien au contraire.
Ce soir-là, je m'endors avec ma fille et ma petite-amie dans les bras. C'est l'une des plus jolies nuits de ma vie.
Mais les deux semaines suivantes s'apparentent plutôt à un cauchemar. Mila n'est que l'ombre d'elle-même. Malgré les interminables sessions Skype avec sa mère et ses innombrables promesses de revenir, ma fille ne parvient pas à se détendre. Elle reste bloquée dans l'angoisse, se noie dans des pensées trop sombres pour une petite fille de six ans et se défoule sur son apparence. Son obsession de la perfection atteint des sommets. Il ne s'agit plus que de son corps, désormais tout y passe. Ses notes, sa chambre, ses affaires. Elle est prise au piège de ses crises qui la ronge constamment. Les mauvais rêves s'invitent chaque nuit. Je ne dors plus seul, ma petite lilliputienne me rejoint tous les soirs en larmes, sans rien dire. Et elle ne s'ouvre plus à moi.
C'est sans doute cela qui me désarme le plus. Depuis qu'elle est née, nous formons une équipe d'enfer. Elle n'a jamais eu peur de me donner ce qu'elle avait de plus morne, de plus douloureux. Elle a toujours su trouver du réconfort entre mes bras, au milieu de mes signes. Mais ce n'est plus vrai aujourd'hui. Et j'ai beau lui parler, la câliner, la réconforter, lui changer les idées, elle se renferme toujours plus. Elle m'échappe, elle s'évapore.
Je suis de mon côté complètement absorbé par le concours qui arrive à grands pas. Je suis attendu à Dublin dans trois jours. Je logerai là-bas pendant trois semaines. Holly et Mila pourront me rejoindre le dimanche mais la semaine, j'aurai le nez dans la farine et les mains dans le chocolat. Plus l'échéance approche, plus je me demande pourquoi j'ai accepté de participer. Je nage dans un cocktail explosif, mélange du stress lié au concours et des problèmes de Mila. Autant vous dire que je suis à deux doigts de tout envoyer valser. L'idée de laisser ma fille alors qu'elle va si mal me gangrène. Holly ne cesse d'essayer de me rassurer, arguant qu'elle va bien s'occuper d'elle puisqu'elle a accepté de s'installer chez moi durant la durée de la compétition, mais je ne me déride pas.
Heureusement, après quinze jours compliqués, Mila devrait se sentir mieux dans quelques minutes puisque sa mère arrive pour passer le weekend avec elle. Elle est déjà prête à dévaler les escaliers, son petit sac rempli de ses plus jolies tenues posés sagement à ses pieds. Debout derrière elle, je me ronge les sangs. Si ces deux jours se passent mal pour ma fille, c'est décidé, je ne prendrai pas la route lundi. Tant pis pour le concours, tant pis pour mes rêves un peu fous, ma priorité, c'est Mila.
Le bruit d'un Klaxon me fait sursauter. Mila comprend que j'ai entendu quelque chose, elle se précipite à la fenêtre pour apercevoir sa mère lui faire de grands signes au volant de sa voiture de location. Elle saute de joie, me dépose un rapide bisou sur la joue avant de s'engouffrer dans les escaliers à toute vitesse. J'attrape son petit sac de voyage et la suit. Les retrouvailles sont très émouvantes. La mère et la fille sont incapables de se lâcher. Leurs joues sont trempées, leurs doigts blanchis à force de s'agripper l'une à l'autre. Je reste en retrait pour leur offrir tout le temps dont elles ont besoin. C'est Ariane qui se dégage la première, elle lève les mains et se met à signer avec une aisance qui nous surprend.
-Je suis tellement heureuse de te retrouver ma chérie !
-Moi aussi maman !
Mila se jette de nouveau à son cou, s'embarquant pour une nouvelle salve d'embrassades et de câlineries. Ariane lui propose de s'installer dans son réhausseur pendant qu'elle me salue. Ma fille ne se fait pas prier, elle m'adresse un bref signe de la main avant de disparaitre à l'arrière de la voiture. Ariane se retourne et me sourit, mal à l'aise. Je m'approche doucement d'elle.
-Bonjour, tu te sens mieux ?
-Oui, heureusement ! Cette satanée grippe m'a mise KO pendant presque une semaine !
Un petit silence prend place, je cherche mes mots, elle cherche les siens.
-Ça a été si compliqué que ça pour elle ? me demande-t-elle, anxieuse.
-Oui, je... ton absence a été une véritable épreuve.
-Je m'en veux tellement, si tu savais !
-Je n'en doute pas Ariane et je lui ai expliqué maintes et maintes fois que les imprévus arrivent, qu'on ne peut pas tout maitriser mais que tu n'allais pas disparaitre encore une fois. Le problème, c'est qu'elle n'arrive pas à gérer tout ça.
-Comment ça ?
-Elle fait régulièrement des crises d'angoisse depuis ton retour. Elle développe des espèces de TOC qui lui gâchent la vie. Elle se renferme et j'ai de plus en plus de mal à l'atteindre.
Ariane ouvre de grands yeux. J'ai bien conscience qu'elle ne s'attendait pas à tout cela mais je ne peux pas lui cacher la vérité.
-Je vais lui parler ce weekend, je vais essayer de la raisonner.
-Je ne suis pas sûr que cela suffise malheureusement. Ses angoisses durent depuis bien trop longtemps. Peut-être qu'elle... qu'elle aurait besoin de parler à un psychologue.
Ariane acquiesce aussitôt.
-C'est une très bonne idée. Il saura sûrement mieux l'aiguiller que nous.
-Oui, je vais essayer de trouver quelqu'un.
-D'accord. Est-ce que tu as besoin d'aide ? Je peux essayer d'obtenir un rendez-vous quelque part ou même participer aux frais.
-Je... je vais d'abord passer quelques coups de fil, on en reparlera.
-Tiens moi au courant s'il te plait. Bon, je...
Elle fait un signe de tête en direction de la voiture, de la petite fille à la peau marron qui nous scrute avec attention.
-Je vais y aller.
Je hoche le menton. Elle pivote et se dirige vers la voiture. Au moment où elle pose sa main sur la poignée, mes mots ne peuvent s'empêcher de l'apostropher.
-Ariane ? Tu me jures que tu es sérieuse ? Mila ne supportera jamais un deuxième abandon.
-Je te le jure, prononce-t-elle bien distinctement en me regardant droit dans les yeux. Je te le prouverai.
Puis elle s'installe au volant et enclenche le moteur. Au moment où la voiture disparait à l'angle de rue, Holly me rejoint.
-Elles sont parties ?
-Oui, répondé-je le regard toujours dans le vide.
-Mila était heureuse ?
-Oh que oui !
-Alors à notre tour de prendre un peu l'air !
-Quoi ? m'exclamé-je en me retournant brusquement vers elle.
Le soleil brille si fort aujourd'hui qu'il m'éblouit. Je pose ma main sur mon front en guise de visière en la questionnant.
-Monte préparer un sac, on part camper deux jours en amoureux !
-Mais...
-Il n'y a pas de mais ! Tu as besoin de te détendre avant lundi !
J'appuie mes lèvres contre les siennes en guise de remerciement. Après avoir pris quelques affaires à la hâte, nous embarquons pour une parenthèse idyllique. Holly me faire traverser le pays pour m'emmener au parc national des Wicklow Mountains, un peu au sud de Dublin. Dans cet écrin de nature sauvage, nous plantons notre tente et partons découvrir la flore luxuriante. Perdus au milieu des bruyères sauvages, des montagnes et de la forêt, je respire à pleins poumons, les bras écartés, les yeux fermés. Nous marchons le long d'un petit ruisseau qui nous mène au coeur des montagnes. Quand nous ouvrons les yeux au petit matin, un troupeau de moutons vient nous saluer. Nous mettons ensuite le cap sur le lac Lough Tay, un havre de paix encerclé de collines verdoyantes. Les nuages blancs tachetant le bleu clair du ciel se reflète majestueusement dans les eaux sombres et glaciaires du lac. Notre périple prend fin au coeur du parc de Glendalough où nous nous laissons porter sur des chemins de randonnées jusqu'à atteindre des vestiges monastiques à couper le souffle. La nature verdoyante est partout autour de nous, elle nous régale de ses merveilles ordinaires et de sa flore époustouflante. Ici, je me ressource.
Durant deux jours, je profite du sourire d'Holly, de son corps, de ses lèvres, de son rire, de son humour, de ses confidences, de son oreille attentive, de ses petits gestes tendres et de ses encouragements. Je me vide la tête, j'oublie les crises de ma fille et le concours qui approche, je fais abstraction de la longue séparation qui nous attend et des petits tracas du quotidien.
Quand nous rentrons dimanche soir, je me sens prêt à affronter les semaines à venir. Ce weekend m'a fait un bien fou. Je remercie pour la millième fois Holly. Elle a pris quelques couleurs, sa peau est légèrement dorée et ses joues roses. Elle est délicieusement appétissante. Mais nous n'avons pas le temps de nous laisser aller, Mila et Ariane vont bientôt arriver. Je défais mon sac, range mes affaires et montre ensuite où Holly peut installer ses vêtements et son nécessaire de toilette. Sa grosse valise en main, je l'observe égrener sa présence discrète un peu partout entre mes murs et j'adore ça, même si ce n'est que pour trois petites semaines. Je veux qu'elle envahisse ma vie et ne me laisse plus une seule seconde de répit.
La porte d'en bas claque, Ariane et Mila grimpent les escaliers. Quand je retrouve ma fille, elle a les yeux brillants de bonheur. Je suis heureux de la voir enfin comme ça. Elle passe ses bras autour de mon cou, m'embrasse la joue puis se met à agiter ses bras dans tous les sens pour me raconter chaque détail de ces deux jours qu'elle attendait avec tellement d'impatience. Je ris de son empressement mais je l'écoute en souriant.
-Ma chérie, tu me raconteras tout ce soir, d'accord ? Ta mère va bientôt partir.
Elle se tourne vers Ariane qui ouvre grand ses bras. Elle s'étreignent à nouveau avec ferveur. Ariane signe qu'elle sera de retour sans faute dans deux semaines. Mila acquiesce solennellement. Elle échangent encore quelques marques de tendresse avant que la mère de ma fille lui dise qu'il est l'heure pour elles de se séparer. Elle relève le nez vers moi et demande à me parler en privé. Intrigué, je la suis dans ma cuisine. Elle ne me laisse pas le temps d'ouvrir la bouche qu'elle se lance déjà.
-J'ai bien réfléchi à ce que tu m'as dit vendredi et on ne peut pas rester comme ça.
-Qu'est ce que cela signifie ? l'interrogé-je, sur mes gardes.
-Je refuse que Mila se rende malade à cause de moi. Je ne veux plus qu'elle doute de ma sincérité ou de mes intentions. J'ai bien réfléchi et je vais engager une procédure pour obtenir officiellement sa garde.
Ses paroles me frappent, me percutent, me tétanisent, m'anéantissent. Je reste coi, incapable de prononcer le moindre mot alors que dans ma tête, ils fusent à tout va. Il y a des « j'ai peur » et des « non, pas ça ! », il y a des « je vais la perdre » et des « rends-moi ma fille ». Il y a des cauchemars qui se mêlent à mes hantises les plus profondes. Il y a mon coeur qui tape si fort qu'il me fait mal, il y a mes mains qui tremblent et l'angoisse insidieuse qui veut me faire croire qu'un père ne fera jamais le poids face à une mère. Et si un juge décidait que je n'étais pas assez bien pour élever ma fille ? Que je n'avais pas assez d'argent, que mon appartement était trop miteux ? Et si l'inscription sur mon casier judiciaire me faisait basculer en enfer ?
Non, non, non, non, non. Ce n'est pas possible. Elle ne peut pas avoir dit ça.
