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-Est-ce que tu réalises que tu parles de lui avec nonchalance, comme si c'était normal qu'il soit ton garde du corps ?
-Il n'est pas mon garde du corps ! Il s'est juste assuré que je rentre chez moi sans problème.
-Et c'est normal ? Je croyais que ton ex te pourrissait la vie et que tu ne voulais plus rien avoir à faire avec lui ?
Holly soupire, clairement agacée par mes remarques.
-Est-ce qu'on peut en parler à l'abri ? S'il te plait ?
Je la regarde longuement avec l'impression que mon coeur dégringole dans ma poitrine. Je finis par la suivre mais je m'arrête à l'entrée du hall. Mila s'impatiente, trottine sur place pour se réchauffer.
-Je comptais tout t'expliquer ce soir. Alors voila...
Holly semble gênée puisqu'elle contemple ses doigts avec la plus grande attention.
-Cette semaine, après qu'il ait trouvé ma mère dans son jardin, il est repassé ici. Il voulait me dire qu'il souhaite être en bon terme avec moi. Il ne veut plus qu'on se dispute, il accepte que je sois en couple avec toi. Il veut qu'on redevienne amis.
-Amis ? râbaché-je bêtement.
-Oui. Il a pris conscience que son attitude ne me plaisait pas. Il m'a promis d'arrêter de me suivre et de se comporter comme un ami.
-Et tu l'as cru ?
-Oui. Il était sincère Louis. Il ne m'a pas caché que le fait de nous voir ensemble le fait souffrir mais il m'a promis de respecter ma vie privé.
-Et que faisait-il chez tes parents aujourd'hui ?
-Il était simplement venu rendre visite aux siens et il a vu ma voiture. Il est passé me dire bonjour.
-Et c'est tout ? Il t'a dit bonjour et il est reparti ?
Elle marque un temps d'arrêt. Son visage se relève, ses yeux me fusillent.
-C'est quoi cet interrogatoire ?
-Pardon ?
-Tu n'as pas confiance en moi Louis ? Pourquoi toutes ces questions ? Je te l'ai déjà dit, il est hors de question que je recommence une relation où mon compagnon joue au tyran !
-Tu... tu oses vraiment me comparer à lui, là ?
-Je ne comprends pas ton comportement. Tu ne me laisses même pas le temps de m'expliquer, tu me parles froidement, tu m'accuses.
-Je ne t'accuse pas Holly, je... Ça me rend fou ! Et ça me fout la trouille ! Le voir ici, savoir qu'il passe du temps avec toi, chez tes parents, qu'il est de retour dans ta vie, ça me fout la trouille. Et savoir que tu trouves ça normal, je ne sais pas, je... je ne comprends pas.
-Tu ne comprends pas que je sois soulagée de retrouver mon ami d'enfance ?
-Je ne comprends pas que tu ne sois pas inquiète que celui qui a fait de ta vie un enfer, celui qui t'a agressée, celui qui a laissé une cicatrice sur ta peau fasse de nouveau partie de ta vie.
Holly me regarde avec de grands yeux mais elle ne répond pas.
-Tu ne peux plus le considérer comme ton ami d'enfance Holly. Tu as vécu dix ans de ta vie avec lui. Il a été ton premier amour, ton premier amant. Il t'a harcelée moralement, il t'a blessée physiquement. Voila ce qu'il est.
Elle recule d'un pas et je le vois déjà, le gouffre entre nous, il se creuse à vue d'oeil, il s'agrandit sous mes pieds, il nous engloutit tous les deux mais chacun de notre côté.
-Et moi dans tout ça, je suis quoi ?
Mes mots résonnent dans le hall mais ne trouvent pas d'issue. Alors malgré le chagrin qui me réduit à néant, je me retire. Je fais signe à Mila de me rejoindre, j'attrape sa main et je quitte ce couloir trop froid. Dans mon dos, la lourde porte en bois claque. J'aimerais entendre les pas d'Holly frapper contre le bitume, sa voix m'appeler à tue-tête. Mais il n'y a rien de tout cela. Que le bruit de la pluie qui se fracasse contre le sol gris, que le ronronnement des voitures qui passent tout près de nous. Que le rire de Jayson qui me nargue quand nous arrivons à sa hauteur. La main de ma fille dans la mienne, je l'ignore et je rebrousse chemin.
Je rêve de l'attraper par le col et de le secouer comme un prunier mais je choisis de protéger ma fille. Au loin, j'aperçois le bus qui approche. Nous courons à toute vitesse et finissons par poser nos fesses sur ses sièges.
Alors que je m'effondre contre la vitre, ma fille se blottit contre moi et me demande :
-Que s'est-il passé avec Holly ?
Je n'en sais rien moi-même. Avons-nous rompu ? Bon sang, cette pensée manque de me faire défaillir.
-On s'est disputés mais ça ira mieux demain.
-Je l'espère, je l'aime bien moi.
-Moi aussi, soufflé-je sans qu'elle ne puisse m'entendre.
Enfin arrivés à l'appartement, Mila file à la douche et part se coucher. La petite est fatiguée de notre escapade mais elle s'endort avec le sourire aux lèvres en me remerciant de l'avoir tant gâtée. Je ne prends même pas la peine de me déshabiller, je m'affale sur mon lit, jambes et bras écartés, le nez enfoncé dans les draps froids. Encore un samedi soir sans la chaleur d'Holly pour me guider vers les rêves. Je soupire, effaré de tout ce qui se trame dans ma vie en ce moment. J'ai perdu le contrôle et chaque lendemain me fait plus peur que le précédent.
