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-Allo ?
-Monsieur Louis Perret ?
-Oui c'est bien moi.
-Bonjour, je m'appelle Sally Ryan et je suis l'assistante de Monsieur Reynolds, le producteur de l'émission The best Irish Chef. J'ai l'immense joie de vous annoncer que vous faites partie des huit candidats sélectionnés pour remporter le prix du meilleur pâtissier d'Irlande.
-Je... euh... wahou...je...
Je n'ai pas les mots. Je suis immobile au milieu de l'agitation du pub, le regard posé sur ma fille et je ne sais pas quoi dire. Tout ce que je sais, c'est que mon coeur bat beaucoup plus vite et que je souris. Je souris de toutes mes dents.
-Dans les jours à venir, nous reprendrons contact avec vous pour vous faire part des dates et des lieux du tournage.
-D-d'accord.
-Toutes mes félicitations Monsieur Perret !
-M-merci !
La communication s'interrompt mais je ne bouge toujours pas. J'observe mon téléphone, comme s'il était capable de me dévoiler les secrets les mieux gardés de l'univers. Je sens ma fille s'approcher de moi, lever ses mains pour me parler mais je la coupe en la soulevant pour la prendre dans mes bras. Elle rit, se tortille pour se défaire de ma fougue.
-J'ai été pris.
Elle arrête aussitôt de bouger. Elle semble se demander si elle a bien compris ce que je lui ai dit alors je répète les mêmes mots.
-J'ai été pris !
-Tu as réussi ? Tu vas faire l'émission ?
-Oui.
Mon sourire n'est rien comparé au sien. Elle se jette à mon cou, me serre de toutes ses forces contre elle et je la fais tourner, tourner entre les tables, je danse jusqu'à la cuisine où je la pose sur le plan de travail en riant.
-Mais qu'est-ce qui vous arrive tous les deux ? claironne Holly en nous rejoignant.
-Papa a réussi le casting ! Il va participer à l'émission et il va faire les plus beaux gâteaux et il va tout gagner !
La fierté que je lis dans le regard de mes deux petites femmes est immense. Elle parvient même à effacer la peur qui montre déjà le bout de son nez quand je pense que je vais devoir pâtisser devant des caméras et être jugé par des professionnels.
-C'est génial Louis ! Je suis tellement heureuse pour toi !
Holly s'empare de mes lèvres, aligne nos poitrines et me laisse entendre son coeur lancé au triple galop. Je la serre fort contre moi, elle ouvre les bras et attire Mila vers nous. Tous les trois, nous partageons la même joie, le même bonheur.
Ma fille finit par quitter la cuisine pour embêter Abbi.
-Tu es tellement doué, tu vas tous les impressionner !
-Pour l'instant, c'est plutôt moi qui suis impressionné, avoué-je en riant maladroitement.
-C'est normal mais dès que tu vas te retrouver avec de la farine dans les mains, tu vas faire des merveilles. Caméras ou pas.
Sa confiance me fait du bien. Je l'embrasse encore un peu mais je prends également quelques secondes pour détailler son visage. Malgré l'euphorie qui l'anime, je vois la fatigue qui ternit ses jolis traits.
-Tu as l'air épuisée.
-C'est vrai, je n'ai pas bien dormi.
-Tu t'inquiétais pour ta mère ?
-Oui et puis, je...
Holly baisse les yeux en reculant imperceptiblement.
-Tu ?
-J'ai vu Jayson hier.
-Quoi ?
Un coup de poing en plein coeur.
-Attends, ne t'inquiète pas, tout s'est bien passé ! Il...
-Tout s'est bien passé ? Mais depuis quand tout se passe bien quand tu le vois ?
-Laisse-moi t'expliquer. Il était passé rendre visite à ses parents et en a profité pour aller saluer les miens. Il fait toujours ça et mes parents sont ravis.
Elle sourit. Elle sourit en prononçant ces mots et moi, je perds un peu pied.
-Heureusement qu'il est allés les voir d'ailleurs parce que c'est lui qui a trouvé ma mère par terre dans le jardin. Mon père était parti faire une course, elle attendait son retour pour qu'il l'aide à se relever. Jayson l'a portée jusqu'au salon et il m'a appelée. Il nous a accompagnées à l'hôpital et a attendu avec nous.
Je nage en plein cauchemar. Holly me raconte cette histoire comme si elle n'avait pas vécu un passé tumultueux avec cet homme. Elle parait même soulagée qu'il l'ait accompagnée. Réveillez-moi, je vous en prie !
-Il n'était pas obligé de t'accompagner...
Ce sont les seuls mots que j'arrive à prononcer et ils sont tellement pathétique que j'en ai presque honte.
-Je sais, je ne voulais pas, je te le jure mais il ne m'a pas vraiment laissé le choix. Il installé ma mère dans sa voiture et nous a conduit aux urgences.
-Et je suppose qu'il t'a raccompagnée chez toi aussi après ?
-Non ! C'est ce qu'il voulait faire, c'est vrai, mais j'ai refusé. Une fois qu'il a ramené ma mère, je suis rentrée. Seule, avec ma propre voiture.
-Et il ne t'a pas suivie ?
Holly baisse de nouveau les yeux.
-Si. Mais je l'ai ignoré, je ne l'ai pas écouté.
-Qu'est-ce qu'il te disait ?
-Ses inepties habituelles.
-C'est-à-dire ?
-Louis, souffle-t-elle, ce n'est pas important. Il n'est pas important.
-Tu te trompes Holly. Bien sûr qu'il est important puisque vraisemblablement, il est partout dans ta vie.
-Je te promets que je ne l'ai pas laissé m'approcher. Je suis rentrée seule chez moi et je n'ai pas écouté un seul mot de ce qu'il essayait de me dire.
Elle se trompe. Elle se trompe tellement en croyant qu'elle ne l'a pas laissé l'approcher. Bien sûr qu'elle le laisse s'approcher. Il est là, toujours plus proche, toujours plus intrusif. Il est partout dans sa vie et elle ne le voit même plus. Elle trouve même cela normal. Et cela me terrifie. Quelle sera ma place s'il a déjà la sienne ? Pourquoi voudrait-elle d'un compagnon si le fantôme de son ex continuer de planer entre nous ?
