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Après le weekend de festivités à Kinvara, c'est au tour de Galway d'accueillir le festival des pêcheurs. Comme tous les ans, le pub est fermé pour nous laisser la possibilité à Abbi et moi de nous reposer et de profiter de la fête. Le soleil n'est plus de la partie, de lourds nuages gris chargés de pluie se promènent dans le ciel. Mais cela ne m'empêche pas de grimper dans le bus pour en profiter avec ma fille. 

                              

Cette semaine, je n'ai presque pas vu Holly. Il faut dire aussi qu'après plus de dix jours à travailler comme un fou, je me suis écroulé de fatigue. Je ne suis donc pas allé chez elle pour travailler en début de semaine. Nous nous sommes vus à la porte de sa classe ou lors de sa pause déjeuner au pub, seul moment où nous avons pu nous bécoter discrètement. Je lui ai proposé de la rejoindre aujourd'hui à Galway mais elle m'a expliqué avoir déjà prévu de faire un tour au festival avec ses amies. Apparemment c'est une tradition qu'elles ne ratent jamais. J'ai été déçu, c'est vrai, mais elle paraissait aussi embêtée que moi.

                              

Mila est tout excitée par ce voyage en bus. Nous n'allons pas souvent flâner à Galway à cause de la longueur du trajet. Quand nous atteignons la ville, la vue d'une marée humaine nous coupe le souffle. Les rues sont noires de monde et je n'ose même pas imaginer ce qu'il en est sur le port. Mila se déplace toujours avec des béquilles et une jambe plâtrée. Je vais devoir faire très attention à elle. Le bus nous dépose à l'entrée du centre-ville. Des bénévoles avec t-shirt jaunes fluo nous indiquent les attractions les moins bondées. Quelques gouttes de pluie commencent déjà à tomber mais cela ne nous arrête pas. Nos capuches remontées sur la tête, nous avançons jusqu'à une salle accueillant une animation en Kapla. Le bateau le plus majestueux en Kapla remportera un lot. Nous nous installons donc auprès d'une multitude de rectangles en bois. 

                              

Durant plus d'une heure, nous nous amusons comme des fous. Le résultat ne s'avère pas aussi probant que ce que nous avions imaginé mais nous tenons coûte que coûte à terminer notre oeuvre bancale. Ce moment de complicité me fait beaucoup de bien.

                              

Nous nous faufilons ensuite dans des petites ruelles transversales afin d'atteindre le défilé des pêcheurs. Les costumes sont vraiment beaux et les anecdotes racontées au micro passionnantes. Je les signe toutes pour que ma fille puisse suivre avec moi. Lorsque nous croisons un stand de dégustation à l'aveugle, Mila sautille dans tous les sens pour que nous participions. C'est ainsi que je me retrouve les yeux bandés, à déguster des cuillères de diverses préparations de la mer. Ma fille m'affronte et elle finit même par gagner ce blind-test. 

                              

La pluie laisse la place à des bourrasques de vent qui font claquer les vagues contre les pierres du port. Les chants des pêcheurs redoublent d'intensité. La foule reprend les paroles avec eux. C'est dans ces moments que je maudis la vie d'avoir privé ma fille de son ouïe. J'aimerais tant qu'elle découvre le pouvoir de la musique, qu'elle entende la communion qui se crée entre les hommes quand nos voix vibrent autour des mêmes notes. 

                              

Mila me demande de trouver un endroit pour boire et reposer sa jambe. Je sais d'avance que ce ne sera pas chose facile. Je navigue à travers les rues pour trouver un pub mais toutes les salles sont noires de monde. Je pousse tout de même la porte de l'une d'elles. Nous faisons la queue plus de vingt minutes avant de pouvoir commander à boire. Après avoir jeté un coup d'oeil vers ma fille, le patron demande à des clients de nous céder leur place, ce qu'ils font sans faire d'histoire. Nous profitons alors d'une pause bien méritée autour d'une boisson bien chaude. 

                              

En sortant du pub, nous tombons nez à nez avec Holly, accompagnée de deux jeunes femmes. Elle porte un joli béret rouge posé sur ses cheveux lâchés et ses yeux pétillent de joie. Je la trouve absolument adorable. Nos regards se croisent, nous sommes aussi surpris l'un que l'autre. Quelle était la probabilité pour que nous nous croisions au milieu de cette marée humaine ? Ses amies continuent d'avancer tandis la jolie blonde m'offre un timide sourire. 

                                          

              

                    

-Oh bonjour Mademoiselle Holly ! Vous aussi, vous êtes venue profiter de la fête ? demande gentiment Mila. 

-Et oui ! Je suis venue avec mes amies. Tu t'amuses bien ? Tu n'as pas trop mal à la jambe ? 

-Je m'amuse trop bien avec papa et on vient de faire une pause alors je n'ai plus mal.

-C'est super ! 

Les deux amies d'Holly l'ont maintenant rejointe. Holly m'offre un regard un peu timide mais chaleureux. Je crois que nous ne savons pas vraiment comment nous comporter tous les deux. Une chose est sûre, je rêve de nouer mes doigts aux siens et de retrouver la chaleur de ses lèvres. 

-Euh... les filles, voici Louis. Louis, je te présente Elowen et Jenni. 

Les deux brunes au regard sombre me saluent chaudement. Leurs oeillades entendues ne m'échappent pas mais je ne dis rien, trop embarrassé d'être sous le feu des projecteurs.  

-On avance un peu, tu nous rejoins après ? lancent rapidement Elowen et Jenni en s'éloignant. 

Holly hoche la tête, visiblement soulagée. 

-Je... excuse-moi, je ne m'attendais pas à te voir ici. 

-Moi non plus, ris-je pour détendre l'atmosphère. Bon... on va continuer de notre côté. Amuse-toi bien ! 

J'attrape le bras de Mila pour lui intimer de me suivre. J'ai bien conscience d'être un peu lâche à fuir Holly aussi vite mais je n'ai pas envie de la regarder chercher ses mots pour prendre congé alors que je n'ai qu'une envie, l'embarquer avec moi. 

-Oh... euh... d'accord, comme... comme tu préfères, lance-t-elle visiblement déçue. 

Je m'arrête alors net. Derrière mes lunettes, mes pupilles scrutent les siennes avec intensité. Je ne veux pas me tromper. Je ne veux pas insister et me ridiculiser. Mais si Holly a envie de partager un bout de son après-midi avec nous, je ne compte pas non plus laisser filer ma chance. Les épaules légèrement recourbées, elle balaie le sol du regard l'espace de quelques secondes mais elle se reprend vite. Lorsqu'elle redresse le visage, un sourire parfait est placardé sur ses lèvres. Sauf que je les connais ses sourires. Je les ai rêvés tellement de fois que je saurais les différencier les yeux fermés. 

Le sourire qu'elle affiche est faux. Et il est hors de question qu'il le reste. 

-Tu... tu avais une autre idée ? 

-Je... je me disais que... 

Un drôle de combat fait rage derrière ses paupières, l'envie se mêle à la prudence.

-Je me disais qu'on pourrait peut-être se promener ensemble ?  

Je souris comme un idiot.

-Oui, euh oui bien sûr, c'est... super, une bonne idée. Enfin... 

Je scelle mes lèvres pour arrêter les frais. Holly rit mais la foule nous engloutit de nouveau. Mila trottine à côté de nous avec ses béquilles, elle observe tout ce qui se passe autour d'elle avec excitation. Holly m'indique où se trouvent ses deux amis que nous rattrapons tranquillement. 

-Tu les connais depuis longtemps ?

-Depuis le lycée, oui. On était dans la même classe et ensuite, on ne s'est jamais perdues de vue. 

-Comme moi avec Bastien. Je l'ai rencontré à seize ans quand j'ai été placé en lycée professionnel. On s'est jamais quittés depuis.  

-Oh ! Il habite ici ? 

-Non, il est en France mais on s'appelle très souvent et il est même venu nous voir juste après Noël. 

Nous continuons de papoter jusqu'à ce que nous arrivions à hauteur de Jenni et Elowen. Elles observent une animation qui draine beaucoup de badauds. Les deux filles ne cessent de pouffer de rire. 

            

              

                    

-Qu'est-ce qui vous fait rire comme ça ? s'enquiert Holly. 

-Rien du tout, répondent-elle un peu trop innocemment. 

Holly s'apprête à répliquer quand une voix résonne dans les hauts parleurs autour du stand.   

« Les prochains participants attendus sur la ligne de départ sont: Elowen et Jenni, Holly et Louis, Peter et... »

Je n'entends pas la suite, je me tourne vivement vers les deux filles qui courent joyeusement vers un bout de pelouse. Deux cordes sont installées de part et d'autre du terrain, à environ trente mètres de distance. Des binômes se pressent derrière la corde la plus proche, ils semblent s'équiper d'un tissu, non, on dirait autre chose, je n'arrive pas bien à voir ce que c'est. 

-Allez venez ! s'écrie Jenni. 

-Mais qu'est-ce..., commence Holly, apparemment aussi surprise que moi.

-Dépechez-vous, ça va commencer ! ajoute Elowen. 

Autour de nous, les spectateurs se massent derrière les barrières. Les premiers cris d'encouragement se font entendre. Mila me regarde sans comprendre ce qui se trame. On est deux ma chérie. Je me tourne vers Holly pour l'interroger du regard. Elle connait ses amies mieux que moi, elle saura sûrement ce qu'elles nous ont réservé. 

-Je ne sais absolument pas ce qu'elles ont en tête ! 

« J'appelle tous les concurrents qui se sont inscrits à se poster derrière la corde. Je rappelle la règle du jeu: les équipes sont composées de deux personnes, l'une sera enroulée dans un filet de pêche et l'autre devra aider son coéquipier à sauter à pieds joints jusqu'à la ligne d'arrivée. Le départ sera donné dans deux minutes, top chrono. »

Mes yeux s'arrondissent autant que ceux d'Holly. Tout à coup, nous explosons de rire au même instant. Je prends quelques secondes pour expliquer ce que nous allons faire à ma fille et l'installer derrière la barrière en sécurité. Ensuite, je ne maitrise plus rien. La main d'Holly se retrouve dans la mienne, elle court vers la ligne de départ et m'enroule dans un filet de pêche tellement solide qui manque de me couper la circulation. Les bras le long du corps, les deux jambes scellées, je tiens à peine debout. Mais rapidement, je m'habitue à ce nouvel équilibre. Je parviens même à enchainer plusieurs sauts sur place. Nous rions comme des enfants, emportés par la liesse des spectateurs. 

Les amies d'Holly sont à notre gauche. Elowen, grande brune à la peau claire, a passé ses deux mains sur les épaules de Jenni, bien plus petite qu'elle, pour l'aider à ne pas tomber la tête la première dans l'herbe. La petite brunette semble lutter pour trouver son équilibre. 

-Ceux qui perdent paient les bières ! crie Elowen, les deux mains autour de sa bouche. 

-On va vous laminer ! répond Holly en fanfaronnant. 

-Mais bien sûr ! Prépare déjà les billets ! 

Holly se retourne vers moi. D'un geste brusque, elle ôte son béret, le jette dans l'herbe et pose ses mains sur mes épaules.

-C'est bon, tu penses que tu vas pouvoir avancer ? me demande-t-elle le plus sérieusement du monde.    

-Alors tu es comme ça, toi ? 

-Comment, comme ça ? 

-Compétitrice dans l'âme ! 

Elle rougit légèrement, comme si elle venait de se faire prendre sur le fait. 

-Ok, je l'avoue, je déteste perdre. Surtout contre ces deux là. 

« Attention, le départ est donné dans 5...4... »

            

              

                    

-Concentre-toi et essaie de faire des petits sauts mais très rapide. Moi, je serai derrière toi, je te retiendrai si tu perds l'équilibre, d'accord ? 

Je ris en acquiesçant. Ma jolie Holly se transforme en tigresse prête à tout pour gagner. 

« 3... 2... 1... Partez ! »

Un baiser trouve brièvement le chemin de mes lèvres et me voilà en train de sautiller comme une sauterelle pour avancer le plus rapidement possible. Les uns après les autres, nous tombons, nous nous percutons, nous roulons. Je crois n'avoir encore jamais autant ri de toute ma vie. Holly m'encourage et m'aide à me relever. Plutôt que d'avancer, ses amies s'amusent à nous percuter. Après un combat sans merci, nous parvenons à dépasser la ligne d'arrivée juste avant elles.

Je m'écroule au sol, essoufflé. Holly saute partout autour de moi en criant qu'on a gagné, qu'on est les meilleurs et que ses amies n'ont jamais eu aucune chance. Puis, elle tombe à genoux alors que je ris de sa réaction démesurée. Elle se penche au dessus de moi pour me défaire du filet de pêche. 

-Tu as été tellement génial Louis ! Comment as-tu fait pour garder ton équilibre ? Avec ce terrain boueux et plein de bosses en plus, c'était vraiment pas facile ! Mais tu as battu les filles à plate couture ! Oh la la, je n'en reviens pas qu'on ait gagné aussi facilement ! 

La tête toujours couchée contre l'herbe, je pivote légèrement le cou pour capter le regard de Jenni, allongée dans la même position à quelques mètres de moi. 

-Vous avez réveillé un monstre, soufflé-je en faisant semblant d'être horrifié. 

Elowen et Jenni éclatent de rire tandis qu'Holly écarquille les yeux. 

-Hé ! Tu n'as pas le droit de te moquer de moi ! On est dans la même équipe, je te rappelle. 

-Tu as raison, on est ensemble, soufflé-je contre sa bouche. 

Mila est folle de joie quand nous la rejoignons ! Elle s'enthousiasme de notre performance et rit en chassant des résidus de boue de mes cheveux. 

-Quand ce n'est pas de la farine, c'est de la boue, signe-t-elle en se moquant gentiment. 

-Je crois qu'on vous doit une bière ! On pourrait s'éloigner un peu pour trouver un endroit où se mettre au chaud, qu'en pensez-vous ? 

-Bonne idée Jenni. 

Nous quittons le stand et bifurquons tant bien que mal dans des petites ruelles pour fuir la folie de l'hyper centre. Doucement, je noue mes doigts à ceux d'Holly qui accepte mon geste en souriant. Des papillons s'envolent dans mon ventre. Je plonge mon regard dans le sien pour qu'elle voit à quel point cela me rend heureux. Et ses joues rosissent et ses yeux dévient vers mes lèvres. Et mon coeur bat bat bat bat bat trop fort. Il nous faut quelques secondes pour parvenir à nous libérer l'un de l'autre. Quand je détourne le visage, Mila m'observe et me fait un clin d'oeil. 

Et comme ça, juste comme ça, je gagne la bénédiction de ma fille. Je lui dit que je l'aime en faisant simplement bouger mes lèvres. Elle ne répond pas avec ses mains mais avec ses yeux. Et c'est ce que je préfère. 

Nous avons enfin réussi à fuir la foule. Devant nous, Elowen et Jenni s'amusent à charrier ma belle à propos de son esprit de compétition quand je la sens se figer à côté de moi. Ses pas s'immobilisent brutalement. Son visage est tourné vers celui d'un homme qui avance dans la direction opposée à la notre. Brun, les yeux d'un vert si clair qu'il en est presque translucide, une barbe de quelques jours sur les joues et une allure de sportif. Je ne sais absolument pas qui est cet homme mais Holly semble terrorisée.

            

              

                    

-Est-ce que ça va ? demandé-je tout bas. 

Elowen et Jenni se retournent, elles se précipitent vers elle pour la soustraire à cette rencontre. Une bouffée d'angoisse me prend alors à la gorge. 

-Holly, attends ! 

Je signe à ma fille d'accélérer la cadence pour pouvoir les rejoindre. Au détour d'une rue, Jenni pousse la porte d'un pub. 

-Allons nous mettre au chaud ! lance-t-elle d'une voix faussement enthousiaste. 

Alors qu'Holly s'apprête à pénétrer dans l'établissement, j'agrippe doucement son bras. Sa main tremble, ses traits sont livides.

-C'était qui ce mec ? 

-Je... je t'expliquerai. 

Son regard affolé me pousse à ne pas insister. Pendant presque une heure, je me tortille sur ma chaise en essayant de me détendre, en vain. Mila, qui n'a pas compris que des problèmes d'adulte s'étaient invités, s'amuse à raconter tout un tas d'anecdotes rigolotes. Holly traduit ses signes en mots et les mots en signes. Elle rit quand il faut rire, hoche la tête quand il le faut. Mais toute son attention est focalisée sur les gens autour de nous, sur la porte d'entrée qui n'arrête pas de s'ouvrir et de se refermer. J'ai l'impression de retrouver la femme apeurée que j'ai rencontrée. 

Lorsque nous quittons le pub, la nuit est tombée et avec elle, une pluie diluvienne. Elowen et Jenni prennent congé en m'assurant être ravies d'avoir rencontré le « fameux » Louis. J'informe Holly que nous allons reprendre le bus mais elle refuse de nous laisser traverser la moitié de la ville sous la pluie. Elle propose de nous ramener en voiture et j'accepte sans rechigner. 

Durant tout le trajet, personne ne parle. Holly entre de nouveau dans mon appartement mais cette fois, je me fiche du manque de luxe. Je ne pense qu'à sa réaction face à cet homme. Je suis sûr que c'est lui qu'elle fuit constamment. Je fulmine en m'imaginant tout un de scénarios. 

-Tu veux bien rester un peu ce soir ? Lui demandé-je pendant que je prépare une omelette pour Mila. 

Holly acquiesce et s'installe à côté de ma fille. Lorsque cette dernière a fini de manger, je l'aide à se doucher et m'assure qu'elle s'endorme avec un anti-douleur dans l'estomac. Le salon baigne dans le silence quand je rejoins Holly. Elle est assise dans le canapé, perdue dans ses pensées. Imperceptiblement recroquevillée sur elle-même, elle me parait si fragile. 

-Parle-moi Holly, soufflé-je en m'installant à côté d'elle. 

Elle bascule lentement jusqu'a ce que sa joue s'échoue contre mon torse. Etonné, je passe pourtant le bras autour de ses épaules pour la serrer un peu, juste un peu. 

-Le..., commence-t-elle avec une voix d'outre tombe. L'homme qu'on a croisé tout à l'heure s'appelle Jayson. C'est mon ex-petit-ami. On est restés ensemble dix ans. Mais au fil des années, notre relation s'est dégradée et elle a... elle a mal fini. 

-Comment ça ? murmuré-je en sachant très bien que je ne vais pas aimer la suite. 

-J'ai toujours connu Jayson. C'est un ami d'enfance, nous étions voisins et ses parents habitent d'ailleurs toujours à côté des miens. On était souvent fourrés ensemble et à seize ans, on s'est embrassés pour la première fois. Au début, tout allait bien. Pendant nos études, on a pris un appartement ensemble à Galway. Il essayait de faire médecine et moi, j'étudiais à l'institut de formation des professeurs. Il... il avait beaucoup de mal avec les cours, il a tenté plusieurs fois de réussir la première année mais il n'y est jamais parvenu. Il est alors devenu moins prévenant, plus cassant. Je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite. C'était des mots, des remarques balancées ci et là. Mais rapidement, il a pris le pouvoir et a commencé à décider de tout: ce qu'on mangeait, ce qu'on faisait, comment je devais m'habiller. Je n'avais plus mon mot à dire sur rien. Ses parents lui mettaient une telle pression pour qu'il réussisse ses études que je me suis dit que c'était un moyen pour lui de se sentir utile. Alors je l'ai laissé faire.

            

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