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Le mois de janvier se termine comme toutes les années dans un rush spectaculaire. Si le tea time attire désormais un nombre incalculable de gourmands, ce n'est rien comparé à la foule qui franchit les portes de la ville à l'occasion du festival des pêcheurs. Durant un mois, les villes bordant le golf atlantique accueillent chacune à leur tour des festivités. Cette ancienne tradition met à l'honneur Saint Pierre, le Saint patron des pêcheurs et des disparus en mer. Les habitants et les visiteurs se rassemblaient autrefois dans les villes emblématiques du golf pour célébrer les ceux qui nourrissaient la population. Ils voulaient aussi s'attirer les faveurs d'un éventuel protecteur pour s'assurer de leur sécurité au mois de février, mois réputé particulièrement dangereux sur les côtes irlandaises. 

                      

Cette grande fête commence toujours le dernier weekend de janvier à Kinvara. Pour l'occasion, le village revêt ses habits de lumière et se pare de bleu et de blanc, les couleurs emblématiques du festival. Le coup d'envoi est donné le vendredi soir, lorsqu'un cortège de pêcheurs dévale les ruelles du village pour conduire une représentation en bois d'un immense Galway hooker jusqu'au port. Là, dans la nuit noire et glaciale, les mains des pêcheurs approchent une torche enflammée vers le bateau qui prend rapidement feu. Il est alors mis à l'eau. La tradition raconte que les flammes brillent alors loins sous l'eau pour rendre hommage à ceux que la mer nous a pris. Dès le lendemain, des commémorations sont organisées ainsi que des représentations musicales, des jeux ou encore des expositions. Les visiteurs viennent de tout le pays. L'espace d'un weekend, Kinvara est en fête. Aucun véhicule ne circule sur nos pavés. Les rues sont noires de monde et les rires résonnent entre chaque maison.

                      

Bien sûr, je ne profite pas beaucoup de la fête puisque je croule sous le boulot. Les clients se pressent et les commandes s'entassent sur le comptoir. Hormis un restaurant spécialisé dans les produits de la mer, le pub est le seul établissement convivial de Kinvara. Alors, quand les visiteurs finissent par avoir tellement froid qu'ils ne sentent même plus leurs doigts, il finissent par passer la porte. Depuis deux ans, Abbi me demande de préparer tout un tas de snacks chauds ou froids à emporter. C'est une bonne idée puisque cela nous permet d'assurer une bonne rentrée d'argent. Sauf que je suis le seul à cuisiner ici et que j'ai beau travailler comme un forcené, je ne peux pas nourrir des milliers d'estomacs à moi tout seul. C'est ainsi qu'une semaine avant le festival, Cahal, un des cousins d'Abbi me rejoint pour me donner un coup de main. Cet ancien cuisinier à la retraite n'est pas bavard mais il abat un travail impressionnant. A nous deux, nous anticipons tellement de préparations que le jour J, il ne nous reste plus qu'à assembler les éléments pour sortir un sandwich en deux minutes maximum.

                      

D'habitude, nous ne servons aucune pâtisserie ce weekend là. Tout simplement parce que je ne peux pas être sur tous les fronts. Mais cette année, la donne a changé. La semaine dernière, un article est paru dans le journal local, vantant les mérites de notre tea time. Mon nom était cité en toutes lettres et des photos alléchantes de notre présentoir s'exhibaient sans retenue. Quand Abbi m'a montré la publication, j'ai ressenti une immense fierté. Je souriais de toutes mes dents. Je lui ai arraché le journal des mains pour courir rejoindre ma fille et lui présenter l'article. Mila a explosé de joie ! Elle qui me pousse tous les weekend à participer à son émission favorite était si heureuse de voir que le critique culinaire du journal local encensait mes pâtisseries. Depuis ce jour, presque tous les clients qui sont venus se faire plaisir l'après midi nous ont parlé de cet article. 

                      

C'est ce qui a poussé Abbi à me demander de préparer quelques gourmandises pour ce weekend. 

                      

-Vous n'êtes pas sérieuse ? me suis-je aussitôt emballé. Vous ne vous rendez pas compte du travail que cela représente ! Déjà que chaque année, je finis sur les rotules en ne m'occupant que du salé, comment voulez-vous que prépare des centaines et des centaines de pièce sucrées à moi seul ? 

                                  

              

                    

-J'ai trouvé deux extras pour venir te prêter main forte. Un qui se concentrera sur les snacks avec Cahal et un autre qui viendra t'épauler. Qu'en penses-tu ? 

Je lui ai demandé de tester ce fameux extra avant de lui donner ma décision finale. Le lendemain, un jeune apprenti est arrivé, plein de bonne volonté. J'avais passé toute la nuit à peaufiner un plan d'attaque en béton. Ensuite, j'ai donné mes instructions à ce gamin et il les a écoutées à la lettre. C'est ainsi que des centaines de gourmandises ont envahi notre cuisine.  

Même si je suis particulièrement heureux de l'engouement que connait mon travail ces dernières semaines, je dois quand même reconnaitre qu'il ne me laisse que très peu de temps libre. Les rares moments que je parviens à me dégager sont réservés à ma fille et à mes séances avec Holly. Et depuis que je connais le gout de ses lèvres, je ne suis plus aussi studieux. Holly a beau me gronder gentiment, je ne sais tout simplement pas garder mes mains pour moi. Elles sont sans cesse en train de caresser la peau de ses bras, d'effleurer son visage, de replacer ses mèches de cheveux. Et même si elle me répète sans cesse de me concentrer sur ses fiches, je vois bien qu'elle apprécie ces contacts tout autant que moi. Quand ma main glisse le long de sa joue pour se perdre dans ses cheveux, elle penche le visage pour mieux se blottir contre ma peau. Quand mes lèvres trouvent le chemin des siennes, elle enroule son bras dans mon cou pour me rapprocher toujours un peu plus. 

Je raffole de ces moments volés mais j'aimerais aussi que l'on ait un peu plus de temps à nous, juste pour continuer à se découvrir. Malheureusement, en ce moment, nos vies à cent à l'heure ne nous le permettent pas. Pas encore. 

Les soirs où je reprends le bus, je pose toujours mon front contre la vitre, je mets toujours les écouteurs dans mes oreilles. Mais dorénavant, le bonheur qui scintille dans ma poitrine placarde un gigantesque sourire sur mon visage. J'ai l'impression d'avoir des ailes, de vivre enfin pleinement, de ressentir prodigieusement chaque minuscule seconde de chaque moment passé avec elle. 

L'inauguration du festival a eu lieu hier soir. Emmitouflés sous des tonnes de couches de vêtements, Mila et moi nous sommes rendus au port. La foule était tellement dense que j'ai rapidement dû prendre Mila sur mes épaules. Avec sa jambe plâtrée, ce périple n'était clairement pas nécessaire mais elle en avait trop envie. Et moi, j'avais trop envie de vivre ce moment avec elle. La lueur des flammes éclairait la surface noire de l'eau dans la nuit. Dans l'air s'envolaient des chants traditionnels de pêcheurs, le bruit de flutes dans lesquels on souffle, de tambours sur lesquels on tape. C'était enivrant. 

Les festivités ont continué jusque tard dans la nuit. Les visiteurs et les locaux ont l'habitude de manger, boire, rire et chanter jusqu'au petit matin mais j'ai rapidement rebroussé chemin. Les mains de ma fille étaient gelées et sa jambe engourdie. De retour chez nous, nous nous sommes offerts un bon chocolat chaud fumant que nous avons siroté en parlant du lendemain. 

Etant donné que je ne vais pas pouvoir quitter le pub une seule seconde aujourd'hui et dimanche, j'ai demandé à la maman d'Ella si Mila pouvait passer la journée avec elles. Elle a encore une fois accepté en me disant que cela ne la dérangeait pas. Mila m'a proposé qu'on invite Ella à dormir chez nous pour remercier ses parents de nous rendre à chaque fois service. Je me doute bien que cette proposition est intéressée mais c'est une bonne idée. Cela permettra aux parents d'Ella de s'accorder un samedi soir en amoureux. 

Il est seulement cinq heures du matin. Je suis en train de comater devant mon petit-déjeuner en pensant à tout ce que je vais devoir faire aujourd'hui. Cette journée m'épuise déjà. Et pourtant, c'est une de mes journées préférées. Malgré la charge de travail astronomique, j'adore voir les touristes envahir notre village, gouter mes préparations, faire entendre leurs chants et leurs rires. J'adore la liesse qui s'empare des rues, cette communion qui nous rassemble tous l'espace de trois jours. C'est un weekend un peu hors du temps. 

            

              

                    

Quand je pénètre dans la salle du pub, je ne suis pas surpris de trouver Abbi déjà à pied d'oeuvre derrière le comptoir. Elle a le visage fatigué mais je sais d'avance qu'elle ne se plaindra pas une seule fois. Cette femme est une force de la nature. J'allume la machine à café pour lui en servir une grande tasse, comme elle l'aime. Elle me remercie d'un sourire, tout en commençant à passer en revue l'organisation de la journée. Depuis l'accident de Mila, quelque chose a changé. Sa voix est moins sèche, plus avenante. Abbi n'exprime certes jamais ses sentiments mais je la soupçonne d'avoir eu si peur qu'elle ne peut désormais plus enfouir l'attachement qu'elle ressent pour nous. Je ne dis rien mais mon coeur se gonfle un peu plus pour elle. 

-Fini de papoter, au boulot ! 

Abbi disparait dans la réserve tandis que j'enfile mon tablier blanc et que je remonte mes lunettes sur mon crâne. Lorsque Cahal et les deux apprentis débarquent avec les premières lueurs du soleil, la cuisine dégage déjà une merveilleuse odeur sucrée et les tartelettes s'entassent dans le réfrigérateur. Ma patronne voulait à tout prix que je me concentre sur la vente de cookies mais j'ai insisté pour proposer une multitude de tartelettes. Tout simplement parce que c'est l'un des produits dont le critique culinaire a fait les louanges dans son article et que c'est facile à manger en marchant. Abbi m'a fait confiance et quand je regarde l'étendu de mon travail, je suis sûr d'avoir eu raison. 

Les rues de Kinvara s'éveillent au rythme des tambours qui battent la mesure, des pas des touristes qui foulent les pavés. Les premiers cafés sont servis, les premiers English muffins emportés. Il est presque dix heures lorsque mon téléphone vibre dans ma poche. Je suis certes totalement concentré dans ma tâche mais j'arrête tout ce que je suis en train de faire pour grimper à l'étage. Mila m'attend sagement assise sur le canapé, déjà habillée, le téléphone fixe de l'appartement en main. 

-Bonjour ma chérie, tu as bien dormi ? signé-je tout en déposant un baiser sur son front. 

-Oui, super bien. 

-Tu as mangé quelque chose en te levant ?

-Oui, oui, répond-t-elle distraitement. 

Elle est pressée de retrouver sa meilleure amie mais Jodie n'arrive que dans une heure. 

-Tu préfères venir avec moi ou rester seule ici ? 

-Je viens avec toi. 

Armée de ses béquilles, Mila descend prudemment les escaliers. Je me poste devant elle, au cas où elle glisserait. 

-Fais doucement, voilà, comme ça. Je te préviens, il y a déjà pas mal de monde dans la salle. 

Les visiteurs côtoient les habitués lisant leur journal tout en discutant avec ceux qui les entourent. L'ambiance est conviviale.

-Je vais rester avec Abbi, ne t'inquiète pas. 

-Ne l'embête pas, hein ? Elle a beaucoup de travail elle aussi. 

-Je sais, râle-t-elle en me passant devant quand j'ouvre la porte menant au pub. 

Elle trottine jusqu'au comptoir, saluant les clients sur son passage. Abbi l'embrasse tendrement puis la prend dans ses bras pour l'installer sur le bar. Depuis son trône improvisé, la mascotte du pub s'amuse à essayer de communiquer avec tout ceux qui passent commande. Un sourire greffé aux lèvres, je reprends mon poste. 

Les heures passent dans un brouillard teinté de sucre et de gourmandises. Il est à peine quinze heures quand Abbi m'informe que tous snacks se sont fait la malle. Avec ce qu'il me reste en cuisine, je comprends que nous allons peiner à suivre la cadence. J'interpelle alors Cahal et les apprentis pour mobiliser de nouveau leurs forces. Il faut qu'on cuisine plus, plus vite. Ce coup de stress me fait mettre les bouchées doubles mais ce ne sera pas suffisant. 

            

              

                    

J'ai la tête complètement absorbée par les ustensiles et les ingrédients quand je sens une main se poser sur mon bras. Je lâche un cri en sursautant mais la douce voix d'Holly me rassure tout de suite. 

-Pardon, pardon, je ne voulais pas te faire peur ! 

-Qu'est-ce que tu fais ici ? demandé-je en m'approchant d'elle pour lui voler un baiser.   

-Je voulais voir comment tu t'en sortais, répond-t-elle en jetant un coup d'oeil aux préparations derrière moi. 

-C'est la course ! 

Je reprends déjà une maryse en main pour transvaser la crème pâtissière dans la poche à douille. 

-On n'a jamais préparé autant de snacks et de pâtisseries et pourtant, on n'en aura jamais assez pour tenir jusqu'à ce soir. Et le pire, c'est qu'on remet ça demain. Je ne sais même pas comment on va faire. Je vais être obligé de passer la nuit ici je crois. 

Le regard impressionné d'Holly fait le tour de la petite pièce que je dois partager avec mes trois compagnons du jour. 

-Il y a tellement de monde dehors, ça ne m'étonne pas vraiment.

Cette année est une des rares où le festival a lieu sous le soleil. Demain, le temps devrait se montrer plus capricieux mais aujourd'hui, nous sommes chanceux. J'acquiesce en garnissant une trentaine de fond de tarte. Mes gestes sont précis, rapides. Le parfum d'Holly se fraie un chemin jusqu'à mes narines mais je ne me déconcentre pas. Je ne peux pas me permettre de planter cette journée, même si mes doigts me démangent de la prendre dans mes bras. 

-Je ne vais pas t'embêter longtemps, je vais aller faire un tour et je repasse te dire au revoir, d'accord ? 

-D'accord. 

Holly se retourne pour disparaitre derrière la porte mais je la retiens doucement par le bras. Quand sa tête pivote dans ma direction, nos lèvres se retrouvent instinctivement. Je la sens se détendre à mon contact et soudain, je ne peux plus m'arrêter. Il me faut plus de ses lèvres, plus de ses baisers, plus de ses étreintes. Ma langue passe la barrière de sa bouche, un minuscule soupir nous échappe. J'ai envie de passer une main sur son visage, son cou, son dos, je n'ai absolument pas le temps pour ces embrassades, je veux continuer de la sentir contre moi, j'ai trop de boulot, je

Holly s'écarte légèrement en souriant, les joues roses et les lèvres humides. Elle est sublime. 

-A tout à l'heure, souffle-t-elle. 

Si je ne la retiens pas, c'est uniquement parce que je sais que je vais la revoir dans quelques heures. Cahal m'asticote un peu mais je ne l'écoute pas. Je me plonge dans ma bulle sucrée teintée du goût des lèvres de ma belle et je continue mes préparations. 

Le pub a exceptionnellement fermé ses portes à dix-neuf heures ce soir. La nuit est tombée depuis deux heures maintenant mais la fête ne fait que commencer sur le port. Mila vient juste de me rejoindre, Cahal, Abbi et les deux apprentis sont rentrés trouver un repos bien mérité. 

-C'était génial papa ! Jodie nous a laissées profiter du stand de maquillage pendant une heure ! Et après, on est allées jusqu'au Donguaire Castle qui était décoré avec des fleurs. Il y en avait partout, c'était trop beau ! 

-On essaiera d'aller y faire un tour ensemble demain si je ne finis pas trop tard ?

-Oui ! Oh et puis tu sais, la maman d'Ella m'a dit qu'elle a vu plein de gens manger tes sandwichs et tes gâteaux qu'ils disaient tous que c'était trop bon ! 

-Tant mieux, souris-je. 

Mila réprime un bâillement et même s'il n'est pas tard, je lis dans ses yeux à quel point cette journée à trottiner un peu partout en béquilles l'a fatiguée. 

            

              

                    

-Tu veux rentrer à la maison ? 

-Je voudrais rester un peu avec toi papa. 

-Je vais finir très tard ma chérie. 

-Oui mais je... 

-Coucou, lance timidement Holly en passant la tête dans l'embrasure de la porte de la cuisine. 

-... n'ai pas envie de passer la soirée sans toi, continue Mila qui n'a pas entendu l'arrivée de sa maitresse. 

Cette dernière se présente devant elle pour qu'elle puisse la voir. Ma fille affiche un sourire radieux en la saluant. 

-Toujours en train de cuisiner ? 

-Oui, je... 

-Papa ? On mange quoi ce soir ? 

-Je n'en sais rien, répondé-je en me tournant vers ma fille. 

-Moi, j'ai faim ! 

-Je dois d'abord terminer tout ça et après, je... 

-Mais je n'ai pas envie d'attendre ! Tu en as encore pour longtemps et moi, j'ai faim maintenant ! 

-Mila, s'il te plait, ne commence pas, répliqué-je, déjà agacé par ce combat de signes.  

-Je peux peut-être essayer de commander des pizzas, propose gentiment Holly. 

-Oh oui, des pizzas ! s'extasie ma fille en sautillant sur sa chaise. 

-Je ne suis pas sûr qu'on arrive à trouver un livreur qui ne soit pas saturé de commandes ce soir. 

-Mince, je n'avais pas pensé à ça... 

-Mais moi, je veux manger ! Je veux manger des pizzas ! 

Je plaque les paumes de mes mains contre le métal froid du plan de travail pour conserver mon calme. Je sais que ma fille est fatiguée, qu'elle n'a que six ans et que parfois, c'est dur pour elle de comprendre qu'elle ne peut pas tout avoir juste parce qu'elle en a envie.

-Mila, s'il te plait. Je vais essayer de faire au mieux pour trouver une solution mais ne t'impatientes pas. 

Je fais tourner mes méninges dans tous les sens pendant qu'Holly, au téléphone, me fait un signe négatif de la tête pour m'indiquer que j'avais raison. Toutes les pizzerias sont débordées. J'ai bien deux pâtes à pizza prêtes à être garnies dans mon congélateur mais je n'ai pas le temps de monter cuisiner. J'ai déjà une tonne de travail qui m'attend encore ici.

-Tu veux que je vous prépare un petit truc rapide ? me propose gentiment ma jolie blonde.   

-Non, je ne vais pas te monopoliser ici quand même. 

-Alors tu vas faire comment ? 

-Je... je... 

Un soupir fatigué s'échappe de mes lèvres. Je suis crevé, exténué même mais je ne peux pas juste dire à ma fille de six ans de se débrouiller à l'étage. Elle n'a pas à payer le prix de mes longues heures de travail. 

-Je vais monter lui préparer une pizza rapide et je redescendrai ici quand elle sera couchée. 

Holly hoche distraitement la tête, pensive. Si je n'ai pas encore caressé ses lèvres, c'est uniquement parce que je n'ai toujours pas parlé à ma fille de l'évolution de ma relation avec son institutrice. Mais je dois avouer que c'est une véritable torture de l'avoir si près de moi sans pouvoir la toucher. 

-Ou alors... tu restes au pub pendant que je monte préparer la pizza et que Mila se douche. Ensuite on mange un bout et on descend finir ce que tu as à faire ici. 

-Q-quoi ? T'es sérieuse ? 

-Oui, répond-t-elle en s'empourprant face à ma réaction. 

Je ne m'attendais vraiment pas à cette proposition. Depuis le début, c'est toujours moi qui vais vers elle. Elle est à chaque fois réceptive mais jamais encore elle ne m'avait surpris de la sorte. Mon immense sourire répond pour moi. 

-C'est parti, lance-t-elle en expliquant notre plan à ma fille. 

Je monte à l'étage avec elles pour montrer à Holly où se trouvent tous les ingrédients. Quand ma fille file à la salle de bains, j'en profite pour voler des baisers à celle qui occupe presque toutes mes pensées. Elle rit sous mes lèvres affamées mais elle répond à chacun de mes baisers avec encore plus d'ardeur que moi. 

Après avoir préparé des dizaines de sandwichs, englouti une bonne pizza et bordé ma fille qui s'est endormie presque instantanément, je regagne la cuisine du pub, Holly derrière moi. 

-Alors voilà, il faut d'abord qu'on..., commencé-je avant d'être interrompu par ses lèvres coquines. 

Je ne perds pas une seconde pour la prendre dans mes bras et l'attirer tout contre moi. Dans l'intimité de la pièce, je savoure ce moment rien qu'à nous. Cette parenthèse de douceur dans cette journée de folie, ce brin d'oxygène qui me fait un bien fou. Holly m'étreint, passe ses mains dans mon dos, sur mes joues, dans mes cheveux. Ses lèvres s'amusent à me taquiner, à me faire frémir, à me rendre fou. C'est un feu d'artifice indescriptible qui démarre dans ma poitrine. Elle réclame mes baisers comme elle ne l'a jamais fait auparavant. Et pour la première fois depuis que je l'ai embrassée il y a plus de deux semaines, je la sens vraiment à moi. 

Je passe une bonne partie de la nuit les mains recouvertes de pâtes sucrées et les lèvres plongées sur les siennes. Elle écoute religieusement toutes les indications que je lui donne pour confectionner des fonds de tarte. Mon élève est appliquée, son regard brille d'une joie enfantine. Nos rires ricochent contre les murs, nos discussions se font simples, naturelles, sereines. Ses cheveux sont pleins de farine, les coins de sa bouche vêtus de résidus de pâte à cookie qu'elle n'a pas cessé de goûter. Voir Holly évoluer avec tant d'aisance dans ma cuisine, mon domaine, me donne la chair de poule. Je ne pensais pas que les choses seraient aussi évidentes entre nous. Mais elles le sont. Et je suis bêtement heureux. 

Vers trois heures du matin, alors que nos cernes atteignent le plancher et que nos préparations sont enfin terminées, je passe mes mains sous ses cuisses charnues pour l'assoir sur le plan de travail.  

-Arrête, je suis trop lourde ! 

-N'importe quoi, tu es parfaite. 

Instinctivement, elle écarte légèrement les jambes pour que je puisse me faufiler. Mes mains se frayent un passage sous son pull, caressent le coton fin de son débardeur et les plis de son ventre. 

-Merci d'être restée avec moi ce soir. 

-J'avais envie qu'on passe un moment ensemble, répond-t-elle simplement. 

-Dès la semaine prochaine, je serai un peu plus disponible. 

Holly sourit et m'embrasse doucement. Elle sourit et moi aussi. Mais je ne manque pas la lueur qui fait trembler ses jolis yeux bleus. Cette inquiétude qu'elle tait mais qui est toujours là, tapie au fond d'elle. 

-On ira à ton rythme Holly, soufflé-je sans me défaire de ses lèvres. 

Alors elle m'embrasse encore plus fort, avec ses bras enroulés autour de mon cou et un goût de reconnaissance sur les lèvres. 

            

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