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Puis, elle se retourne vers moi et me dit, sans signer pour une fois:
-Alors comme ça, je vais devoir faire une croix sur mes desserts jusqu'à lundi ?
Son ton est taquin, presque joueur. J'adopte le même en lui répondant:
-J'espère que tu craqueras et que tu viendras m'en réclamer avant lundi.
Holly rit doucement, son regard me brûle toujours mais elle se retourne rapidement vers ma fille pour reprendre leur conversation. Ou pour éviter d'aller trop loin dans la notre peut-être. Je m'éclipse en cuisine afin de terminer les préparations que j'avais mises de côté. Je fais couler une pâte brune et liquide dans des petits ramequins, dans lesquels je noie un glaçon de coulis de framboise. Je les mets au four et huit minutes plus tard, des moelleux au chocolat garnis d'un coeur coulant trônent sur mon minuscule plan de travail.
J'entends de l'agitation dans le salon. Quand je fais volte-face, Holly s'avance dans le couloir, son manteau sur ses épaules. Avec ses joues roses et ses cheveux blonds partiellement séchés en bataille autour de son visage, elle arbore un air que je ne lui connaissais pas. Une air plus... sauvage, presque indomptable. La belle et douce Holly semble s'être défait de ses chaines.
Je secoue imperceptiblement la tête en m'invectivant silencieusement. Ce n'est pas en m'imaginant ce genre d'ânerie que je vais préserver mon coeur. Je ne sais pas ce qu'elle pense depuis notre baiser de la veille alors je n'ai aucun intérêt à m'imaginer des scénarios farfelus. Et pourtant... j'ai beau essayer de rester sur mes gardes, je ne vois qu'elle. Sa beauté, sa douceur, le feu qui sommeille en elle. Son corps si voluptueux et gourmand, ses traits d'humour et ses taquineries. Bon sang, je suis foutu.
-Ça sent divinement bon ici.
Je souris en lui tendant un ramequin.
-Moelleux au chocolat. Avec une petite surprise à l'intérieur.
-Il a l'air diaboliquement bon, susurre-t-elle en dévorant du regard le gâteau chocolaté.
-Je plaide coupable.
Holly rit doucement avant de se reprendre.
-Merci. Je... je vais y aller.
-Je te raccompagne.
-Ce n'est pas la peine, il pleut à torrent dehors.
-Je te raccompagne, répété-je en insistant un peu.
Je signe à ma fille de m'attendre dans le salon tandis que j'enfile mon manteau. Je ne sais même pas ce que je vais dire à Holly mais tout ce que je sais, c'est que je ne peux pas la laisser partir comme ça. Elle se dirige vers la porte d'entrée et s'engouffre dans les escaliers. Son parapluie l'attend sagement en bas, contre la porte menant vers la rue. Holly s'arrête pour le prendre en main mais je devance son geste en attrapant délicatement ses doigts. Elle n'est pas surprise mais ses yeux baignent dans l'incertitude. Elle semble me demander ce qui l'attend ensuite mais je suis incapable de lui répondre. Je meurs d'envie de l'embrasser à nouveau, c'est une certitude, mais je ne veux pas tout gâcher.
-Merci d'être passée, soufflé-je tout bas.
-C'est normal, je... je m'inquiétais.
-Et merci pour hier soir. Je ne sais pas comment j'aurais fait si tu n'avais pas été là.
-Tu aurais été le super papa que tu es toujours Louis.
Je baisse les yeux, un peu embarrassé mais sincèrement touché. Mes doigts serrent un peu les siens et je n'ai pas besoin d'en dire plus. Quand je relève les yeux, sa bouche me parait si appétissante. Son corps, ses courbes, tout chez elle me tente tellement que je ne résiste plus, je me défais de sa main et j'effleure le tissu de ses vêtements le long de son bras pour remonter brièvement sur son épaule, son cou. Ma paume se love contre sa joue pendant que le bout de mes doigts disparait dans ses mèches blondes. Ses yeux s'arrondissent de surprise et de convoitise.
-J'ai très envie de t'embrasser, chuchoté-je.
D'interminables secondes s'écoulent avant que le murmure de sa voix bruisse à nouveau.
-Moi aussi.
-J'ai très envie que tu m'embrasses, continué-je sur le même ton.
Sauf qu'Holly se fige sous mes doigts. Les battements de mon coeur aussi.
-Je... je ne sais pas si c'est une bonne idée Louis.
Ces mots sont prononcés si faiblement que je dois rassembler toute ma concentration pour les discerner.
-Pourquoi ?
Elle ne répond pas, se contentant de secouer légèrement la tête, un air peiné ternissant maintenant toute l'exaltation qui illuminait ses beaux yeux. Mais ce soir, je refuse de me contenter d'un hochement de tête. Elle est si proche et pourtant si loin. Je ne veux plus de ça. Tant pis si je dois définitivement ramasser mon coeur à la petite cuillère, j'ai besoin de savoir. J'ai besoin d'essayer.
-Pourquoi Holly ?
-Je...
-C'est à cause de ta précédente histoire ?
Elle tressaille légèrement mais acquiesce silencieusement. Je l'encourage à s'ouvrir, à me laisser une chance, à nous laisser une chance. Je lui ai donné du temps et de l'espace. Je lui ai offert le calme qu'elle me réclamait. Mais aujourd'hui, je crois que nous avons tous les deux besoin que des mots soient dits.
-Oui... Elle s'est mal terminée et je crois qu'elle m'a un peu... traumatisée. Il y a des jours où je ne me sens pas libérée de mon passé.
-J'espère que tu sais que je veux juste que tu sois bien avec moi.
Holly se détend un peu. Son regard est timide mais reconnaissant.
-Je crois que je le sais, oui. Et ça me fait peur.
-Peur ? Mais pourquoi ?
-Parce que je n'ai pas l'habitude de ça. J'ai peur de croire à un mirage. J'ai peur de tomber de haut.
Je soupire de soulagement en posant mon front contre le sien, les paupières closes. Elle ne saura jamais à quel point ses paroles sont réciproques, à quel point elles font écho à mes propres angoisses.
-Je ne sais pas si je pourrais être celle qu'il te faut, murmure-t-elle tout bas.
-Est-ce que tu en as envie ?
Je rouvre les yeux pour voir ce qui se cache derrière les siens. Je veux entendre les mots qu'elle ne prononce qu'avec ses deux billes bleues.
-Oui.
-Alors tout ira bien Holly.
Et je fonds sur ses lèvres, avec la plus grande envie mais aussi la plus grande délicatesse. Parce que je veux qu'elle lise à travers mon baiser que je disais vrai. Je veux prendre soin d'elle, la chérir et lui faire comprendre qu'elle mérite le plus beau. Je veux qu'elle sache qu'elle peut me faire confiance, que je ne serai jamais celui qui lui fera du mal. Je veux qu'elle sente que je suis déjà irrémédiablement sous son charme.
Holly glisse sa main dans le bas de mon dos et je me rapproche. Nos lèvres sont soudées les unes aux autres, elles bougent parfaitement ensemble. Quelques unes de ses mèches me chatouillent le visage. Je les remets en place derrière son oreille en laissant trainer mes doigts sur sa peau. Elle frémit à mon contact. Nos souffles se mélangent, nos langues se découvrent, nos coeurs battent comme des fous. Et je tombe encore et encore. Et je décolle encore et encore. Je ne touche plus terre. Je gravite quelque part où seules sa bouche et ses mains existent. Une sorte de paradis. Mon paradis.
Lorsque Holly recule doucement pour dessouder nos lèvres, je grogne un peu. Elle rit et passe timidement ses deux mains de part et d'autre de mon visage. Le désir s'enflamme dans ses yeux, je n'ai jamais rien vu de plus beau.
-Tu es sûr que tu ne m'embrasses pas uniquement parce que tu es encore sous le choc de l'accident de ta fille ?
Je pouffe en entendant une telle ineptie.
-Je ne peux pas te mentir et te dire que je rêve de t'embrasser depuis le premier jour où je t'ai vue mais j'ai envie de le faire depuis longtemps. Très longtemps.
Son merveilleux sourire réapparaît sur ses lèvres. Je suis l'homme le plus chanceux du monde. Mais rapidement, son merveilleux sourire disparait, dissimulé sous mes lèvres gourmandes qui n'en auront jamais assez.
