Chapitre 2 : L’épreuve du silence
Chapitre 2 : L’épreuve du silence
Le lendemain matin, Léna se leva avant l’aube.
Elle avait à peine dormi. Toute la nuit, les mêmes questions tournaient dans sa tête :
Liam m’a-t-il reconnue ? Pourquoi m’avoir engagée ? Que cherche-t-il ?
Elle jeta un regard à Noah, encore endormi, ses petits doigts serrant la peluche usée qu’il refusait d’abandonner. Son souffle paisible contrastait avec le tumulte dans le cœur de sa mère.
— Je vais y arriver, murmura-t-elle. Pour toi.
À 7h58, elle se tenait devant la porte du bureau directorial. Tailleur modeste, cheveux tirés, badge autour du cou. Elle frappa deux fois, doucement.
— Entrez.
La voix grave résonna à travers la porte.
Léna entra. Liam était déjà là, penché sur un écran, des dossiers ouverts autour de lui. Il ne leva pas les yeux.
— Vous êtes ponctuelle. C’est déjà ça.
— Merci, monsieur.
Elle resta debout. Il pointa du doigt un coin de table vide, sans détourner le regard de son écran.
— Vos tâches du jour sont simples. Filtrer mes appels. Numériser ces contrats. Réorganiser mon agenda sans toucher à la réunion de 16h.
Elle hocha la tête. Il parlait comme s’ils ne s’étaient jamais rencontrés. Comme s’ils n’avaient pas partagé cette nuit.
— Des questions ? demanda-t-il enfin.
Elle hésita. Il leva alors les yeux. Et ce regard... bleu, froid, précis.
Elle déglutit.
— Non, monsieur.
Un silence s’installa. Il la fixait sans parler. Longtemps. Trop longtemps.
Puis, lentement, un sourire presque imperceptible étira ses lèvres.
— Bien. Alors, au travail.
La matinée fut un supplice.
Il ne disait presque rien, mais il observait tout. Chaque mouvement, chaque hésitation. Il semblait chercher une faille, un indice.
Léna sentait son regard dans son dos, même quand il ne parlait pas.
Elle se força à garder contenance, mais ses mains tremblaient légèrement chaque fois qu’elle croisait ses yeux.
Vers midi, il se leva soudainement.
— Je sors. Ne partez pas. J’ai encore besoin de vous cet après-midi.
Elle hocha la tête sans répondre.
Juste avant de franchir la porte, il se tourna vers elle :
— Vous savez, Mademoiselle Dossou… Je n’oublie jamais un visage.
Puis il sortit.
Et la porte claqua.
Elle resta figée.
Le sang battait dans ses tempes. Son cœur tambourinait dans sa poitrine.
Il savait.
Elle en était presque certaine maintenant. Cette phrase n’était pas une coïncidence. Ce regard, ce ton…
Mais s’il savait… pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi l’avoir engagée ? Que voulait-il ?
Elle porta une main tremblante à son ventre vide. Cinq ans plus tôt, ce même homme l’avait rendue mère. Et aujourd’hui, il jouait avec elle comme s’il attendait qu’elle parle la première.
**
En fin d’après-midi, Liam revint. Il était calme. Trop calme. Il ne fit aucun commentaire, lui donna encore quelques tâches à finir, puis lui dit simplement :
— Vous pouvez partir.
— Merci, monsieur, dit-elle mécaniquement.
Elle attrapa son sac, se précipita vers l’ascenseur.
Au moment où les portes se refermaient, elle crut entendre sa voix derrière elle :
— Bonne soirée, Léna.
Elle sursauta.
Il ne l’avait pas appelée « Mademoiselle Dossou ».
Il l’avait appelée par son prénom. Comme autrefois.
