Un autre monde
Yseult
J'ai du mal à respirer, alors que Lloyd s'est effondré totalement sur moi et j'espère que ceci est la dernière fois. J'ai arrêté de compter depuis un moment, tout comme j'ai arrêté de pleurer pour qu'il me laisse enfin tranquille. Mon corps est meurtri comme jamais de tout ce qu'il m'a fait que cela soit ses doigts qui entraient en moi, ou son sexe qui s'enfonçait à chaque fois plus durement, mais que je finissais par ne presque plus sentir en moi. Voilà bien une chose plus que difficile à penser.
Comment puis-je dire que je ne le sentais plus ? Est-ce à cause des gélules qu'il m'a fait ingérées, dont j'ai réussi à en cracher plusieurs ?
Une fois celle-ci ingérée, mon corps s'est pourtant laissé aller, mais j'ai dû mettre un terme à l'ingérence de ces substances, quand Lloyd a commencé à me dire que je ressentais du désir pour ce qu'il me faisait. Comment ne pas être écœurée quand celui-ci me montre ce liquide qui se trouve à l'intérieur de mon intimité ? Quand ses doigts me violent littéralement pour la dixième fois au moins.
Un déclic, de la peur de me rendre compte que cela le faisait rire de me faire enfin du plaisir et de réitérer une fois de plus son délire sur mon corps semble totalement endolori. Je n'ai plus rien ressenti, ni douleur, ni peur, ni même réagit quand son piercing m'a blessée à l'entrée de ce qui aurait dû être encore mon intimité pour les années à venir.
Lloyd se déplace enfin, lourdement de mon corps et je me détourne de lui, enlevant sa main répugnante de mon corps. Je ne respire presque plus, ne sachant pas du tout l'heure qu'il est puisque mon réveil se trouve sur la table de nuit de l'autre côté ; mais la lune dans le ciel devenu noir brille à travers ma fenêtre, me prouvant qu'il fait déjà bien tard. Mes larmes sont toujours bloquées depuis un moment dans le fond de ma gorge, et je ferme les yeux, me recroquevillant le plus possible dans ce lit qui ne sera plus jamais un endroit sûr pour moi.
Je ne ressens vraiment plus rien, alors que les ronflements de Lloyd doivent faire vibrer les murs de l'appartement entier. Je sens ce liquide chaude et dégueulasse, une énième fois s'échapper de mon corps. J'entrouvre les yeux, cherchant la photo de mes parents, mais celle-ci ne s'y trouve plus. Dans un accès de colère, me voyant la fixer en pleurant, lui montrant mon désintérêt pour ce qu'il faisait à mon corps, Lloyd a explosé celle-ci contre le mur opposé à moi.
Je referme mes yeux, me demandant si je finirai par mourir de ces sévices sur moi. Est-ce qu'à force de me ravager comme il l'a fait aujourd'hui, je vais finir par en mourir ? Je ne sais pas, mais si seulement ses coups étaient moins brutaux, si seulement il ne frappait pas aux endroits susceptibles de me faire mal durant des jours comme la dernière fois, est-ce que je vivrais vraiment sans douleur ?
Je me mords ma lèvre, et je grimace, me rappelant que celle-ci est fendue parce que j'ai eu un relent de vomi tout à l'heure, et qu'il m'a frappé pour que je ne pense pas à vomir à nouveau sur son sexe dégoutant.
J'inspire profondément, cherchant à comment je vais sortir de ce lit. Il est hors de question que je dorme à ces côtés, dans ce lit mouillé de tout ce qu'il m'a fait subir. Je décide de tendre l'oreille vers lui, et après avoir vérifié qu'il ronfle toujours ; je déplace mes jambes dans le vide et je me laisse glisser doucement sur les genoux pour me retrouver à terre. Mon visage reste un moment au niveau du drap devant moi, où se mélange du sang, de ce liquide dégueulasse qu'il laissait entrer en moi par la bouche, tout comme dans mon intimité.
Mais il y a aussi cette auréole jaune dans le lit qui me rappelle ma plus grosse honte, malgré tout ce qu'il m'a fait. J'ai un relent de vomi, et je porte ma main apeurée porté sur le dos remplit de tatouage de Lloyd devant moi, priant de tout mon corps qu'il ne l'ait pas entendu.
Je ne sais pas combien de temps, je suis restée là, fixant ce dos, priant qu'il ronfle à nouveau, le coeur serré à m'en faire presque mourir sur place. Je commence à me déplacer sur les fesses, le fixant toujours, pour rejoindre le bureau où je vais à nouveau attendre mon sort quand il se réveillera, quand je vois le poster de l'aigle royal qui trône sur le mur de ma chambre.
Si mes larmes étaient bloquées dans ma gorge, celles-ci, se décident enfin à inonder mon visage. Je cache ma bouche, et les cris de colère qui veulent en échapper, tout en regardant cet oiseau dans le ciel, qui est libre de voler où bon lui semble. Je me blottis à nouveau sous ce bureau, cherchant une façon de pouvoir m'envoler à mon tour vers un autre monde...
Vince
- Yo Jin, où as-tu rangé mes casquettes ? Lui demandé-je en retournant tous les tiroirs de ma chambre.
Bien entendu, celle-ci fait la sourde d'oreille, chantant à tue-tête dans la salle de bain, alors que je m'énerve en tapotant sur la commode de ma chambre. Je savais que je n'aurais pas dû accepter de venir m'installer chez elle à mon arrivée au Colorado ; mais bien entendu ma mère n'a rien trouvé de mieux que de me le faire jurer.
Pas question de débarquer en Amérique, et de laisser ma sœur vivre seule dans ce nouveau pays. Bien entendu, en tant que frère cadet, je n'ai eu d'autres choix que de m'écraser devant ma mère, pour ne pas lui faire plus de peine que je ne lui en ai fait vivre à Séoul.
Je me gratte le crâne, cherchant où elle pourrait les avoir cachées, quand mon regard se porte dans le petit hall, et dans la grosse boîte qui s'y trouve à hauteur. Je tends le bras, et j'attrape la boite pour la laisser glisser le long de mon corps et la réceptionner de l'autre main dans un geste fluide. Je relève le couvercle, et je souris en trouvant enfin l'endroit caché de mes casquettes.
- Ji Chang, tu pourrais faire attention ! Me fait ma sœur alors que je relance la boite au-dessus de l'armoire.
- Il me semblait qu'on devait s'habituer à nous appeler par nos noms américains ?! Lancé-je amusé en faisant tourner ma casquette dans ma main, avant de la faire sauter sur ma tête.
- Ne m'as-tu pas appelée Yo Jin à l'instant ?! Me lance-t-elle en défaisant la serviette de ses longs cheveux noirs qui lui tombent à la moitié du dos.
Ma chère grande sœur est très fière de ses cheveux, que j'ai d'ailleurs menacés de couper quand nous étions adolescents, et qu'elle me prenait pour un cobaye pour ses cours. D'ailleurs, rien que d'y songer, j'ai l'impression que les deux cents essais de piqures dans mon bras reviennent à la vie. J'aime encore mieux une bonne bagarre que de la voir me toucher avec une aiguille.
- Bon, je vais aller faire un tour. Lui lancé-je, maintenant que j'ai récupéré ma casquette.
- Ji Chang ! Me hèle-t-elle de la cuisine, où je la rejoins.
- Tu ne vas pas commencer ?! Lancé-je alors qu'elle me tends des bungeo-ppang ; un gâteau typiquement de chez nous en forme de poisson, remplit de farces d'haricots rouges sucrés.
- Bon, puisque tu as fini de me torturer, je m'en vais ! Lui lancé-je en la saluant avec le reste du poisson dont je viens de manger la tête.
Les grandes sœurs sont les pires, surtout quand elles sont la raison pour laquelle nous avons déménagés en Amérique. Yo Jin a reçu une offre d'emploi du plus grand hôpital du Colorado, et maman n'a pas hésité une seule seconde à la forcer d'accepter.
Non que cela lui faisait vraiment plaisir de se retrouver seule à Séoul, mais elle a surtout songé qu'il était temps que je prenne l'air, avant que je finisse par finir comme mon cousin décédé il y a quelques mois.
Ma mère n'a jamais eu aucune confiance en moi, et en mon travail que j'ai du abandonner pour suivre ma sœur dans sa nouvelle vie.
Je soupire, avant de sortir de l'ascenseur et arrivé au garage, j'hésite un instant entre la moto et la Jeep. Étant donné que je veux aller voir les rocheuses du Colorado, qui sont d'après nos parents un endroit magnifique ; je me décide pour la Jeep. Je sors du garage, et j'active le GPS ne connaissant pas encore bien les lieux de ce bled au milieu des rocheuses. Il faut dire que cela nous change des buildings de Séoul qui ne sont que la seule vue que nous voyons.
Il faut dire qu'ici, nous avons le choix dans les paysages ; entre les montagnes, les canyons, les déserts et les mésas. Je gare la Jeep sur ce qui ressemble un parking, voyant des randonneurs s'apprêter auprès de leurs véhicules et je coupe le contact pour remettre ma casquette noire sur ma tête, et sortir.
Je prends une grande inspiration ; franchement je pourrais presque aimer ce changement d'air, si je n'avais pas abandonné tout pour suivre ma sœur, en lui cachant la vérité sur l'état de santé de maman. Yo Jin et maman sont très liées, et encore plus depuis la mort de papa quand nous étions enfants. Celui-ci est décédé dans un accident d'avion, quand je n'avais que cinq ans, et ma mère ayant déjà neuf ans à sa mort, a eu beaucoup plus de mal à s'en remettre.
Je me suis senti un peu mis de côté, je l'avoue. Maman dit toujours que mon côté métisse ressort de plus en plus depuis que je suis devenu un homme. Mais moi, je ne veux pas qu'elle voit ce côté français en moi, mais bien ce côté coréen dont j'en suis plus que fier.
Mais voilà, j'ai fait ma rébellion très jeune et je suis devenu ce qu'elle déteste le plus. Pourtant, elle et ma sœur ont pu profiter de mon travail. Ma mère a pu payer les dettes de son restaurant, et ma sœur a pu achever son internat de médecine qu'elle avait dû arrêter il y a sept ans, alors qu'elle allait avoir fini.
Je monte ce chemin, et je souris en voyant les montagnes et le paysages de canyons qui se dressent devant moi. J'écarte les bras en humant la bonne odeur de liberté que cette vue m'inspire, quand mon regard se porte un peu plus bas sur le chemin. Une jeune fille semble elle aussi, profiter de la vue que nous avons devant nous et je la regarde, assise sur le bord, les pieds dans le vide la trouvant soudainement étrange. Cette sensation étrange me traverse toute la colonne vertébrale quand je plisse les yeux et que je vois le coté de son visage, elle porte un hématome autour de son œil.
Je reviens sur la vue devant moi. Je ne suis plus à Séoul, et je dois me tenir éloigné de tous les ennuis possibles et imaginables, mais mon regard revient sur la jeune fille qui se tient debout maintenant. Je ne sais pas pourquoi. Est-ce de l'instinct qui sommeille en moi ? Mais je me mets à faire de grandes enjambées jusqu'à cette jeune fille qui s'apprête à faire le grand saut...
Mais je m'arrête net en la voyant face à moi maintenant, ses cheveux noirs volants dans le vent et un sourire sur les lèvres, alors que ses yeux brillent de milliers de cristaux de larmes qui coulent le long de ses joues tuméfiées.
Mon coeur vient de faire un raté, alors qu'elle me sourit de tout son coeur...
