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Cette chaleur

Yseult

Jusqu'à cet instant où j'ai pris sa casquette pour la mettre, je me persuadais que c'était mon imagination qui faisait qu'il était présent face à moi. Pourtant, je dois bien me résigner sur le fait qu'il se trouve effectivement à côté de moi, alors que nous regardons ces aigles vivre librement. Il dégage une odeur plus qu'apaisante, et je ne parle pas de la douceur qu'il a dans la voix quand il me parle. J'aurais presque du mal à me rappeler la dernière fois où l'on m'a parlé comme à une personne, et non comme un jouet sexuel. Mais ce sentiment me quitte alors que les aigles, ayant attrapés leur proie s'envole certainement pour rejoindre leur nid.

Me revoilà à nouveau perdue dans mes pensées funestes, en lui rendant sa casquette qui me semblait si protectrice le temps que je l'avais. Peut-être le souvenir de papa qui me mettait son chapeau étant petite, pour que mes cheveux ne volent pas dans tous les sens.

Je le scrute, gardant mon sourire sur les lèvres et je finis par cligner des yeux, remarquant son embarras.

- Désolé. Je n'aurais pas dû proposer ça. S'excuse-t-il en remettant sa casquette sur ses cheveux noirs, cachant ses petits yeux en amande.

- J'étais dans la lune. Vous vouliez aller promener c'est ça ?! Lancé-je, espérant que j'ai vu juste, ne l'ayant pas écouté.

- Oui, si vous n'avez rien d'autre de prévu ? Me demande-t-il en relevant son regard dans le mien, et je souris à nouveau, bien que je sache maintenant que ce n'est pas un rêve, ni un mirage.

Il se trouve vraiment bien là et j'ai l'impression qu'il efface mes blessures rien qu'en me regardant.

- Allons-y ! M'exclamé-je et je remarque la surprise sur son visage, quand je lui attrape la main pour reprendre le chemin qui monte.

- Oh ! M'exclamé-je me rappelant que papa disait que les coréens étaient très réservés sur la façon de toucher l'autre sexe.

J'enlève ma main de la sienne, et je la ramène contre ma poitrine, honteuse de mon geste. Ce n'est que pour ses coutumes, mais après ces derniers jours ; qu'est-ce qui me prend d'être aussi proche d'un garçon ?! Ne devrais-je pas être tétanisée d'être si proche de lui ? Après tout, je ne le connais absolument pas, il pourrait être... Non, il ne peut pas être pire que mon frère ? Je ne ressens rien de mauvais émaner de lui. Il n'y a pas l'air d'avoir une once de méchanceté en lui quand je le regardais. Je me mords doucement la lèvre, oubliant son état et je porte ma main à ma lèvre, en poussant un petit cri de douleur.

- Attends, je dois avoir quelque chose dans mon sac pour te soulager. Me fait le garçon en faisant passer son petit sac en bandoulière à l'avant.

- Non ça va, je n'ai pas fait attention. Lui signalé-je en mettant la main droite face à lui, mais il la déplace et de l'autre, la paume de ses doigts se posent sur les lèvres et je fais un pas de recul.

- Le goût n'est pas terrible. S'excuse-t-il en glissant son doigt sur mes blessures.

Ma bouche entrouverte, je me retiens de lui dire que ce n'est pas pour l'odeur que j'ai réagi ; mais parce que j'ai senti un frisson étrange me submerger à son toucher que je ne connaissais pas.

- C'est une pommade de mon pays. On l'utilise un peu pour toutes les blessures. M'explique-t-il en enlevant son doigt, mais je laisse mes lèvres entrouvertes, essayant de calmer les palpitations de mon cœur.

Vince

- Ma mère y a mis plus de fleurs de Calendula, c'est un genre d'inflammatoire chez vous, et elle est anti microbienne. Lui expliqué-je en refermant le pot et lui mettant en main.

- Tu peux le garder, elle m'en a mis tellement de pots que je ne sais plus quoi en faire ! Lancé-je en souriant.

- Kamsa Hamida. Me répond-elle ne baissant un peu sa tête et je souris encore plus, tout en remontant la penne de ma casquette.

- Je me suis trompée.

- Non, non ! La rassuré-je, voyant son regard inquiet posé sur moi.

- Je suis étonné que tu ne m'aies pas pris pour un Japonais, ou un Chinois. Lui expliqué-je en remettant mon sac en bandoulière dans le dos.

- Mon père était fan de la Corée. Me fait-elle, et je tilt au mot "était".

Tout à l'heure aussi, elle a parlé de son père au passé. Mon regard se porte à nouveau sur elle, et je remarque qu'elle scrute le ciel, et que son regard est à nouveau embrumé. Je passe ma langue sur mes lèvres, me rendant compte qu'il n'y a pas que physiquement que cette fille est blessée.

- Bien, allons-y ! Lance-t-elle vivement, affichant à nouveau un sourire sur ses lèvres, tandis que ses yeux se posent sur moi. Un frisson me parcourt, et me confirme que je n'avais pas imaginé son mouvement de tout à l'heure ; elle était vraiment sur le point de sauter. Ma respiration qui se veut pourtant, toujours calme dans toutes les circonstances, commencent à devenir un peu plus courte.

Mais c'est à ce moment qu'elle fait un pas à nouveau vers moi et qu'elle attrape la manche de ma veste. Je la regarde perplexe.

- Je pense que c'est plus dans vos coutumes, de vous tenir par les vêtements. Me dit-elle en avançant, m'obligeant ainsi à la suivre.

Mon regard, toujours surpris de son geste, se pose à nouveau sur ses doigts meurtris qui tiennent ma manche. Je ne peux pas croire que cette jeune fille soit aussi franche, alors qu'elle semble si meurtrie de l'intérieur. Et pourtant, au bout d'une dizaine de mètres, je me trouve à ses côtés, frôlant nos bras tout en marchant, sa main tenant toujours fermement ma veste, comme si elle essayait de s'accrocher à quelque chose qui lui donne la force de garder de l'espoir. En tout cas, c'est le sentiment qu'elle me donne, quand elle m'explique les vues de la montagne et des terrains avoisinants, m'expliquant qu'avec son père, elle venait passer des journées entières à errer sur ses chemins.

Yseult

Je n'arrête pas de parler, comme le faisait papa quand nous nous baladions sur ses chemins, et je me rends compte qu'il m'écoute vraiment. J'esquisse des petits sourires quand il commence à me poser des questions, ce sentiment étrange d'être utile à quelqu'un peut-être. En tout cas, il semble très intéressé par les rocheuses et la nature environnante du Colorado. Mais moi, j'ai l'impression d'inspirer plus profondément, malgré que nous sommes montés plus haut que je ne le pensais.

- Oh ! S'exclame-t-il alors qu'un parapente passe au loin dans le ciel.

- Nous avons ça aussi chez nous. Me fait-il, voyant que je le regarde perplexe.

- Je n'ai rien dit. Souris-je en revenant sur le parapente.

- J'avoue qu'à Séoul, nous n'en avons pas mais si nous allons vers Busan.

- Ah oui ! M'exclamé-je.

- C'est la ville des zombies non ?!

Il porte sa main devant sa bouche, et il se met à rire de ma remarque. Je devrais me sentir vexée, mais je me mets à rire aussi, plongé dans ses yeux amande.

- Ton niveau culturel est varié. Me fait-il en essayant de reprendre son sérieux.

- C'est à cause de mon f...

Je m'arrête nette, l'idée de prononcer son prénom ou même son rang me fait tressaillir totalement, et je me mets à fixer le vide devant nous, cherchant une façon de calmer la terreur qui me ramène à ma venue. Tout mon corps se crispe, me rappelant que je ne devrais pas rire, alors que je suis là pour en finir. Je ne devrais pas rester avec cet homme, je devrais partir, avant que la chaleur qu'il émane ne me donne envie de vivre à nouveau.

Mais comment pourrais-je penser un seul instant à continuer à vivre ? Alors, que je finirai certainement par être l'objet sexuel de Lloyd, jusqu'à la fin de ma vie ?! La panique et la terreur me prend, au point que je me mets à haleter. Je porte ma main libre à ma poitrine sous le poids de la douleur qui y revient et mon souffle se coupe, me forçant à fermer les yeux.

Mais cette chaleur que je ressens à ses côtés s'immiscent en moi par un simple mouvement de sa part. La paume chaude de ses doigts, posée sur mes doigts crispés sur sa manche me ramène tout doucement à la réalité.

J'entrouvre mes lèvres, happant l'air qui nous entoure, essayant de me concentrer sur sa chaleur.

- Je ne sais pas ce que tu vis, mais j'aimerais que tu tiennes pour aller faire du parapente avec moi demain.

- Hein ?! M'exclamé-je surprise en tournant mon visage, tellement vite vers lui que nous nous retrouvons à quelques centimètres l'un de l'autre. Je devrais, non, il devrait... Enfin, nous devrions reculer. Mais nos regards ne se lâchant pas, j'ai l'impression que le temps se fige autour de nous. Je peux sentir le souffle chaud de sa respiration se poser sur mon visage, et je n'ose pas cligner des yeux, me perdant totalement dans la douceur qu'il met dans son regard.

- Est-ce que je peux compter sur toi pour aller faire un tour de parapente demain ? Me demande-t-il alors que la penne de sa casquette, cache le soleil qui semble briller de plus en plus fort.

Ou est-ce parce que cet homme me donne de sa chaleur ? Moi, qui ne vit plus que dans le noir depuis des jours...

- Je... Je m'appelle Yseult.

Un sourire se forme sur ses lèvres, et je me rends compte que je débite des bêtises. Ce n'est pas du tout la question qu'il m'a posée !

- Yseult. Sourit-il.

- Chez nous en Corée, cela veut dire...

- Rosée du matin.

- Ton père ? Me demande-t-il en souriant toujours.

- Oui. Confirmé-je, clignant à nouveau des yeux.

- Je serais heureux de partager des anecdotes sur la Corée avec toi. Me fait-il en reculant un peu maintenant, et je suis déçue de son recul. Pourtant, alors que j'ai l'impression que le froid reprend possession de mon corps ; cela devient encore plus fort, car ses doigts chauds viennent de prendre ma main pour reprendre le chemin qui nous ramène sur nos pas.

- Moi, c'est euh... Tu veux la version coréenne ou anglaise ? Me demande-t-il en marchant, alors que mon regard est porté sur sa main qui cache la mienne.

- Coréenne... Répondé-je absorbé par nos mains l'une dans l'autre.

- Je m'appelle Ji Chang Wook.

- Ji Chang Wook. Répété-je.

- Ouais. Rien d'original dans mon pays. M'explique-t-il.

Nous descendons ainsi, main dans la main jusqu'au bas de la colline qui nous ramène à l'air de parking, où il me parle un peu de son désir d'apprendre plus sur la culture américaine. Je ne l'écoute en fait, que d'une oreille. Mon esprit est totalement absorbé par sa chaleur et sa douceur. Je n'arrive pas à croire que cet homme soit si gentil avec moi, moi qui ne suis pourtant personne.

Et pourtant, il m'insuffle de la chaleur, me poussant à vouloir rester encore plus avec lui. Mais le puis-je ?

Ma main libre glisse dans la poche de ma veste, pour pousser discrètement sur mon portable et l'éteindre. Je m'arrête, alors que nous arrivons près d'une jeep noire, le forçant à s'arrêter aussi. Je ne devrais pas. Je ne sais pas quand il va se décider à rentrer, mais moi, je ne sais pas si je serai encore en état de sortir librement dans les jours qui suivent.

Je veux encore profiter de la chaleur de Ji Chang, avant de retourner à la dureté de ma nuit. Je me mords doucement la lèvre, grimaçant plus au gout qu'à la douleur que cela m'a fait et cela lui fait étouffer un rire qu'il se veut discret. Je relève mon regard sur lui à cet instant, et mon coeur s'arrête, plongé dans son regard amande qui est plus qu'illuminé, tout comme son visage.

- Et si nous allions faire le parapente maintenant ?

Je ne veux pas quitter cette chaleur qu'il m'apporte.

Cela sera peut-être la dernière fois que je pourrai ressentir une telle chose...

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