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Moments d'insouciances

Yseult

Je sais que je prends des risques en proposant à ce garçon que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, mais ne suis-je déjà pas en danger ? Je baisse mon regard, voyant qu'il scrute mon visage, et je me rends compte que je suis peut-être trop entreprenante pour lui. Du haut de mon mètre soixante, je me considère peut-être un peu trop adulte pour proposer de telles choses à des inconnus comme lui. Il faut dire que ce n'est certainement pas dans leurs cultures, de se faire inviter par une enfant, ni même une personne du sexe opposé. Je vais devoir ravaler mon désir de profiter encore de sa chaleur, et me contenter de rentrer dans mon enfer personnel. Je prends une bonne inspiration, tandis que ma poitrine se tord à l'idée de rentrer à la maison. Mais je n'ai plus la volonté que j'avais en quittant l'appartement, je ne peux pas me résoudre à remonter là-haut et en finir, alors qu'il y a des gens autour de moi qui peuvent me transmettre autant de chaleur que lui. Il faut juste que je dise aurevoir à sa chaleur, et que je me focalise sur l'avenir en me disant que je peux en trouver une autre.

Je laisse donc tomber mes épaules, et je me force à sourire, prête à me résigner totalement sur tout ce qui se passe, et que je ne peux pas changer. Je plie mon corps en avant et sa main se pose doucement sur ma tête.

- Pourquoi tu me remercies ? Me demande-t-il.

- Je vous dis simplement aurevoir, et merci d'avoir passé un peu de votre temps avec moi. Lui répondé-je toujours pliée devant lui, et que sa main est toujours posée sur mes cheveux.

- Mais nous avons encore du temps devant nous, non ?! Fait-il et mes yeux s'écarquillent de surprise, alors que je redresse tout doucement mon corps pour voir son visage souriant.

- Je me demande si nous aurons la chance de faire du parapente à deux ? Me demande-t-il en récupérant sa main pour sortir les clés de sa jeep.

- Vous voulez vraiment le faire ?! M'exclamé-je ahurie, alors qu'il ouvre la portière de la jeep.

- Bien sûr ! Reste à savoir si nous trouvons encore un créneau. Me fait-il en me faisant signe de monter dans la jeep.

Mon coeur s'emballe de joie, comprenant qu'il accepte vraiment de bon coeur, et je passe devant lui, marchant presque sur ses pieds qui ne sont à priori pas plus grands que les miens, et je monte sur le siège de la jeep, comme si c'était un carrosse de princesse. Sans le regarder, il ferme la portière de la Jeep, et il fait le tour de celle-ci alors que je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait accepté de me tenir compagnie encore un moment.

- Je ne sais pas chez vous, mais nous mettons nos ceintures quand nous montons en voiture. Me fait-il remarquer, et je m'empresse à mettre celle-ci de mes mains tremblantes d'excitation, oubliant totalement ce portable éteint dans ma poche.

Vince

Nous sommes arrivés à l'endroit qu'elle m'indique, et je suis émerveillé en voyant tous ses paravents et deltaplane décoller devant nous. Bien que je connaisse ce genre de choses, et que j'ai fait du parachute au parc Seoraksan; pour moi, ce sentiment de liberté quand nous sommes dans le ciel, est un pur plaisir. J'ai d'ailleurs l'impression en voyant le regard émerveillé d'Yseult, qu'elle semble penser la même chose que moi.

- Non, je vais vous l'offrir ! S'exclame-t-elle tandis que je sors des dollars américains pour payer la location.

- Depuis quand les femmes paient pour les hommes ?! M'exclamé-je en lui faisant ranger ses billets tout chiffonnés qu'elle sort de la poche de son pantalon.

- Mais ?! S'offense-t-elle en pinçant ses lèvres qui semblent un peu plus fraiche que tout à l'heure.

- Il n'y a pas de mais ! Lui lancé-je en regardant l'homme qui prend mes billets en acquiesçant.

- Vous avez de la chance d'avoir un petit-ami aussi prévenant. Lui fait-il et je me tourne vers elle, qui me regarde avec surprise, avant que nous nous mettions tous les deux à rire de la supposition de cet homme.

S'il savait que nous nous connaissons depuis à peine deux heures, il ravalerait ses mots à l'instant même. Mais nous ne lui en tenons pas rigueur, et j'avoue que cela est très plaisant de recevoir ce genre de compliment d'un américain pur et dur. Enfin, dans le genre de cet homme aux longs cheveux, tatoués et qui semble sortir d'un film de surfeur américain que ma sœur regardait chez nous.

Nous nous rendons tous les deux auprès de l'homme qu'il nous montre, celui-ci nous explique le principe de ce parapente doublé que nous voulons, et je lui confirme que j'en ai déjà fait, mais seul. Il décide donc de me laisser mener le notre, non sans nous suivre de près avec le sien et de nous équiper, bien entendu de parachute. J'enfile le mien sans soucis, et je remarque qu'elle semble réfléchir en le regardant.

- Tu n'en auras pas besoin. La rassuré-je.

Elle relève son regard vers moi, le bleu de ses yeux étincelle et je déglutis me rendant compte qu'elle est vraiment belle, avec la clarté du soleil qui donne maintenant derrière elle. Son visage, malgré les marques qui ne font aucun doute qu'elle a souffert, est vraiment magnifique à cet instant. Je m'avance vers elle, et j'attrape le parachute pour glisser les lanières à ses bras doucement, alors que son regard se plonge dans le mien.

- Je te promets de gérer. Lui fais-je doucement pour la rassurer, alors que je ferme les clips du parachute sur son ventre.

- Je te fais confiance. Murmure-t-elle.

Je cligne des yeux, non pas que je ne sois pas habitué au tutoiement dans ce pays, comparé au nôtre ; mais j'ai pris les mots qu'elle vient de prononcer en plein coeur, sachant qu'elle met vraiment sa vie entre mes mains.

Cette fille se rend-elle compte qu'elle devrait quand même faire attention à qui elle peut faire confiance ? Tout le monde n'est pas aussi honnête que moi, et je sais de quoi je parle. Je chasse ce souvenir de mon esprit, et je me dirige vers le parapente.

- Tu veux aller devant ou derrière ? Lui demandé-je.

- Je suis plus petite que toi. Me fait-elle remarquer, et je souris en lui faisant signe de venir devant moi. Celle-ci se place devant moi, et je souris en la voyant attacher le harnais qui nous soutient ensemble, pendant que je fixe mon casque convenablement.

- Bon, tu es prête ? Lui demandé-je en tapant sur son casque.

Elle me fait un signe de son pouce, et je compte jusqu'à trois pour qu'on se mette à courir. Je suis étonné qu'elle puisse courir aussi vite, alors que je me contiens d'y mettre trop de vitesse. Nous arrivons au bout de la falaise, et j'attrape les arceaux du paravent plus fermement, tandis que nos pieds décollent du sol et que nous nous envolons dans les airs sous ses cris de joie.

Yseult

Je pousse des cris excités quand nous décollons enfin de la falaise, mais c'est surtout parce que mon coeur vient littéralement de décoller de ma poitrine. Mon père qui m'avait promis d'y venir avec moi, m'avait toujours expliqué que la sensation était énorme au moment du décollage, et je ne peux qu'être d'accord avec lui.

- Ça va ?! Me demande Vince qui gère le paravent.

Je tourne mon regard vers lui, souriante pour acquiescer. Je n'ose pas parler, de peur de happer une mouche, ou autre chose alors que nous flottons dans le ciel. Je jette un regard à nos jambes qui flottent dans le vide, et la vue qui se trouve en bas me semble si magnifique, que mon coeur se réjouit de ce moment improbable. Je connais ces endroits que nous survolons sans un mot, pour les avoir faits avec mon père, et les larmes me montent aux yeux en revenant devant moi pour regarder l'horizon.

Est-ce que toi aussi papa, tu te sentais libre comme moi ?

Papa aimait ces plaines et ses rocheuses, presqu'autant qu'il aimait notre famille. Maman disait toujours que dans une autre vie, il devait être un de ses aigles qu'il aimait tant. Mais aujourd'hui, je sais que quelque part, ils survolent tous les deux ses plaines et se rocheuses comme le ferait un couple d'aigle royal.

- Regarde !

Mon regard se porte dans la direction qu'il prend en faisant tourner un peu le paravent, et je les aperçois ; ce couple d'aigle royal qui plane là à quelques mètres de nous.

- Magnifique. Murmuré-je le coeur lourd, et en même temps plein de chaleur. Mon regard ne les lâche pas, et je jurerais que ceux-ci font pareils avec moi. Les larmes coulent le long de mes joues, mais sèche assez vite, à cause du vent qui souffle.

Je porte ma main à ma poitrine, suppliant maman et papa de me donner la force nécessaire pour vivre à nouveau ce genre de moment de liberté. Je ferme les yeux, sentant le vent sur mon visage et je frissonne, espérant que tout ce que j'ai vécu ces derniers jours ne soient plus qu'un mauvais souvenir. Mon frère ne peut pas passer le reste de notre vie à me faire souffrir n'est-ce pas ?

Le moment de retourner sur le sol est enfin arrivé, tout comme celui de revenir à la réalité. Celle-ci me père tellement que je ne me rends compte qu'il me parle, que quand sa main bouge devant mon regard hagard.

- C'était génial non ? Me demande-t-il alors que j'enlève le harnais du parachute.

- Oui. Acquiescé-je faiblement, enlevant mon casque et ramenant tout à l'homme du cabanon, avant de mettre mes mains dans les poches de mon manteau.

Un frisson de peur m'envahit en sentant mon portable et j'enlève ma main, comme si celle-ci s'était brûlée. Je regarde mes doigts qui me semblent en feu, et je ne réagis plus du tout à sa présence, bien que je l'entende parler avec l'homme qui a sauté derrière nous. Non, tout ce qui me vient à l'esprit à cet instant, c'est que je vais devoir rentrer à la maison... Je devrais allumer mon portable, pour être certaine qu'il ne m'a pas contacté, mais je n'en ai aucune volonté. Là, à cet instant, tout ce que je veux, c'est m'envoler pour toujours dans le ciel.

Cette peur qui m'est légitime remplit chaque parcelle de mon corps, comme elle le faisait depuis plusieurs jours déjà, et je me rends compte que je n'aurais pas dû... Non, je n'aurais pas dû suivre Vince, et vivre un moment d'innocence et de liberté qui m'est totalement interdit. Si jamais... La panique m'engloutit totalement jusqu'à...

- Yseult, tu as faim ?

- Hein ?! M'exclamé-je.

Je le regarde, totalement perdue, ne comprenant pas du tout pourquoi il me parle de manger. Je n'ai pas d'appétit, et ce serait le comble que j'en ai, sachant le stress qui me ronge, et qui me ferait remettre tout à l'instant où ça entrerait dans ma bouche.

- Ton ventre gargouille. Me fait remarquer Vince en souriant, et je pose mon regard vers mon ventre, entendant que celui-ci fait effectivement du bruit, et je me pince les lèvres, honteuse.

- J'ai remarqué un petit restaurant sur le chemin. On pourrait s'y arrêter avant de rentrer en ville ? Me demande-t-il et je le regarde, totalement hébétée.

"Papa, maman, est-ce que vous avez envoyé Vince pour me faire comprendre que je dois continuer à vivre ?"

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