Chapitre 2
Je me tiens devant la fenêtre de mon bureau à Chicago, observant le mouvement incessant de la ville en contrebas. Les lumières des gratte-ciel scintillent comme des étoiles piégées dans l’architecture de béton, mais pour moi, tout cela semble si lointain. Les rires des enfants jouent dans le parc d’en face, un son qui devrait me réchauffer le cœur, mais qui ne fait qu’attiser la froideur déjà bien installée en moi. J'ai appris à masquer mes émotions derrière un masque d’indifférence. Ce n'est pas que je ne ressente rien ; c'est plutôt que je refuse de laisser quiconque voir à l'intérieur.
Les gens m’appellent "loup solitaire", et c'est un titre que je porte avec une certaine fierté. Dans ce monde, il est plus sûr de rester en retrait, d'observer sans jamais participer. Chaque sourire que je croise sur les visages des autres me rappelle ce que j’ai perdu. Les éclats de rire me renvoient à des souvenirs douloureux, des ombres que je préfère oublier. Mon cœur a été brisé à l'âge de dix ans, une blessure si profonde qu’aucune quantité de thérapie ne pourra jamais la refermer. J’ai passé des années dans des bureaux de psychologues, assis sur ces chaises où j’ai déversé mes pensées les plus sombres. Mais chaque séance me laissait avec plus de questions que de réponses.
Je tourne mon regard vers la salle de réunion où mes collègues discutent, un mélange de voix et de rires. Ils ne se rendent pas compte que je suis là, juste derrière cette vitre, comme un spectateur d’un film dont je ne suis pas le héros. Ils parlent des projets à venir, de stratégies à mettre en place. Pour eux, je suis le patron, l’homme aux poches pleines et au regard perçant. Mais pour moi, je ne suis qu'un naufragé dans un océan d'incompréhension.
Je fronce les sourcils, pensant à la générosité que je déploie envers les orphelins. Cela ne me coûte rien de leur donner, car, après tout, je ne peux pas changer mon passé. Je fais des dons, mais c’est surtout un moyen de compenser le vide que je ressens. Cela ne répare pas ma propre enfance brisée, mais cela me donne un sens à mon existence.
Mais dans le fond, tout cela me ronge. C'est une douleur que je porte en silence, comme une cicatrice que je ne montre jamais. L’affection est devenue un concept étranger pour moi. Je m’isole, construisant des murs de glace qui m’éloignent des autres. Je sais que cela me coûte des relations, des amitiés, mais je préfère cette solitude. J’ai peur de laisser quelqu’un pénétrer ma forteresse, d’être vulnérable face à un autre être humain.
Les bruits du monde extérieur s’estompent, et je ferme les yeux un instant, imaginant un endroit où la douleur n'existe pas. Mais ce n’est qu’un rêve. Mon téléphone vibre sur le bureau, me tirant de ma torpeur. Un message de l’un de mes collaborateurs, me rappelant une réunion prévue dans quelques minutes. Je prends une profonde inspiration, me redresse, et me dirige vers la porte.
Il est temps d’affronter le monde, mais une voix dans ma tête me murmure que je ne peux échapper à mes démons, même pour un instant.
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Je n’ai jamais connu mes parents. Mon enfance a été marquée par l’absence, et c’est dans un orphelinat que j’ai appris à me battre pour ce que je voulais. Je me souviens des cris et des rires des autres enfants, de leur innocence, de leur bonheur. Pour moi, c’était un monde de désolation. Je passais mes journées à observer les autres, à rêver d’un amour que je n’avais jamais connu.
C'est un prêtre qui a apporté un peu de lumière dans mon obscurité. Il venait régulièrement à l’orphelinat, apportant avec lui des histoires, de l'espoir et, surtout, une affection qui me manquait cruellement. À quinze ans, il a pris la décision de me prendre sous son aile. Avec lui, j'ai découvert ce que signifie avoir un père, même si ce n’était pas par le sang. Il m'a appris la foi, la patience, et, surtout, la résilience.
J'ai travaillé dur pour ne pas le décevoir, me concentrant sur mes études et mes projets d’avenir. Après avoir quitté l'orphelinat à ma majorité, j’ai plongé dans le monde des affaires, bâtissant ma fortune pierre par pierre. C'était un soulagement de pouvoir enfin prendre soin de moi, de ne plus être dépendant de quiconque. Cependant, malgré le succès, il y a toujours ce vide en moi, un manque que ni l'argent ni le pouvoir ne peuvent combler.
Je suis devenu un loup solitaire, régnant sur mon empire sans partager le trône. Les gens ont tendance à penser que la richesse attire les femmes, mais pour moi, c’est tout le contraire. Les femmes sont compliquées, et je n’ai jamais eu le cœur à jouer ce jeu. Mon père adoptif, le prêtre, a bien tenté de me marier, persuadé que cela m’apporterait la paix. C’est ainsi que j'ai rencontré ma fiancée, une jeune femme à l’allure frivole, séduisante mais superficielle. Elle me dit souvent qu’elle m’aime, mais je sais que son cœur bat aussi pour mon argent. Elle ne l’a jamais caché.
Parfois, je me demande si je suis le seul à comprendre la vérité de notre relation. Elle rit, elle danse, elle profite de la vie, tandis que je me contente d'observer. Je la laisse croire que je suis l’homme dont elle a toujours rêvé, alors que je ne suis qu’un fantôme de ses désirs. Je l’emmène à des événements, je lui achète des vêtements de designer, et elle semble heureuse, du moins en apparence. Mais à l'intérieur, je sens que notre lien est fragile, bâti sur des fondations de mensonges et d’illusions.
Je m’assois à mon bureau, enfilant mon costume noir impeccablement taillé, un habit qui me confère une certaine autorité. Je me regarde dans le miroir, l'expression de mon visage ne trahit rien. À l’extérieur, je suis un homme de pouvoir, mais à l’intérieur, je reste ce jeune garçon orphelin qui lutte contre ses démons.
Ma fiancée m’appelle, interrompant mes pensées. Je saisis mon téléphone et réponds.
— Xaven, chéri ! Je suis tellement excitée pour ce soir ! On a un dîner extravagant à l'hôtel, et tu dois absolument être là !
J'entends son enthousiasme, mais il m'est étranger. J'hoche la tête, même si elle ne peut pas me voir.
— Bien sûr, je serai là, dis-je en feignant l’enthousiasme.
— Tu promets ? Je veux que tout soit parfait, tu sais à quel point j'aime ces événements !
— Oui, je promets, réponds-je, un peu distrait.
— Xaven ! s'exclame-t-elle, sa voix pleine d'énergie. J'espère que tu es prêt pour ce soir ! J’ai trouvé la robe parfaite. Elle est incroyable !
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Elle se lance alors dans une tirade sur la robe qu'elle va porter, sur les invités et sur l'importance de notre présence ensemble. Pendant qu'elle parle, je regarde par la fenêtre de mon bureau, observant la ville qui s'anime à l’extérieur. La vie continue, mais je me sens comme un spectre dans cette existence que j'ai bâtie.
Je laisse la froideur de ma voix s’échapper.
— Oui, je suis sûr que tu seras magnifique.
Elle rit, mais je perçois l'inquiétude dans sa tonalité.
— Ce dîner est important pour moi, tu sais. Mes amis vont être là, et j’aimerais que tu les rencontres. Ils sont impatients de te voir.
— Je comprends, mais…
Je cherche mes mots, pesant chaque syllabe.
— Je suis très occupé. Je ne peux pas garantir que je pourrai rester longtemps.
Elle soupire, un son que je connais trop bien.
— Xaven, ça ne se passe pas comme ça. Tu dois te montrer un peu plus présent. Je veux que tu sois fier de nous. Et puis, tout le monde parle de toi ! Ils ont besoin de te voir en dehors de ton bureau.
— Je ferai de mon mieux, promets-je, bien que je sache au fond de moi que je ne ressens rien de tout cela.
Je n'ai pas envie de faire partie de cette vie étincelante qu'elle semble chérir tant.
— Je serai là.
— Parfait !
Elle semble soulagée, mais je me demande si elle se rend compte à quel point je me sens comme un spectre dans cette vie que je me suis construite.
— Je t’aime, Xaven.
— Moi aussi, dis-je, presque par automatisme, avant de raccrocher.
Un vide s’installe dans la pièce. Je tourne en rond dans le bureau, les pensées s'entrechoquant dans ma tête.
Alors que je quitte le bureau, un frisson me parcourt l’échine. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que je ressens au fond de moi. Peut-être que quelque chose va changer. Je sens un mélange de curiosité et d'appréhension, comme si une tempête se profilait à l’horizon. Le monde continue de tourner, mais moi, je reste figé, prisonnier de mes pensées, tandis que je me dirige vers un dîner dont je sais qu’il ne m'apportera aucune satisfaction.
Je marche dans les couloirs de mon immeuble, le bruit de mes pas résonnant sur le marbre poli. Je suis entouré de luxe, mais il ne me reste que l'écho de ma solitude. Ma fiancée, avec sa frivolité, n'est qu'un moyen d'oublier mes soucis, un bout de viande que je consomme pour échapper, ne serait-ce qu'un instant, à la noirceur qui m’habite.
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Je ne suis pas un homme parfait. Je le sais. Je le ressens chaque jour. Je suis craint, respecté, mais jamais vraiment aimé. Mes vêtements sombres ne sont pas qu’un choix esthétique. Ils sont ma seconde peau, un bouclier contre le monde extérieur. Vestes noires, chemises noires, lunettes noires… chaque pièce de mon ensemble semble témoigner de mon humeur, de mon besoin de rester à distance, d'être invisible. Même mes voitures, toutes noires, symbolisent cette volonté de cacher ce que je suis vraiment.
Je sors et monte dans ma voiture, l’air frais de Chicago me frappe le visage. Les rues s'étendent devant moi comme un labyrinthe, et j'aime me perdre dans cet anonymat urbain. Mais je sais que je ne suis jamais vraiment seul. J’ai toujours des gardes du corps autour de moi, silencieux et efficaces, un rappel constant de la dangerosité de mon existence.
Il n’y a qu’un homme qui peut, parfois, voir au-delà de cette façade : mon ami inspecteur de police. Je l’appelle souvent pour des services qui ne sont pas toujours légaux.
— Xaven, qu'est-ce que tu veux encore ? me demande-t-il d'une voix fatiguée au téléphone.
— Juste un petit renseignement, réponds-je en m’adossant contre la portière de ma voiture. J'ai besoin de savoir ce qui se passe dans les bas-fonds de la ville.
— Tu sais que c'est risqué, continue-t-il. Les gens ne prennent pas gentiment le fait que tu fouilles dans leurs affaires.
— Je n’en ai jamais eu peur, dis-je en esquissant un sourire.
Il soupire, conscient que ma détermination est inébranlable.
— D'accord, je vais voir ce que je peux faire. Mais fais attention, Xaven. Ça pourrait te retomber dessus.
Je raccroche, conscient que mon ami est le seul qui se soucie réellement de moi. Mais sa prévenance ne peut pas chasser l'ombre qui me suit. Je suis un loup solitaire, et la nuit qui approche ne fait qu'alimenter mon besoin de me confronter à ce qui m’oppresse.
Dans mon monde, la peur est une monnaie d’échange. Je ne tue pas. Je ne le fais pas. C’est trop facile, trop définitif. Je préfère m’amuser à jouer avec mes ennemis, à leur faire comprendre que je suis un diable, une ombre sur laquelle ils ne peuvent pas mettre la main. Ils doivent vivre dans la terreur de ce que je pourrais faire. Je leur fais boire la tasse, je les garde attachés, le regard plongé dans leurs yeux écarquillés, leur faisant ressentir chaque seconde comme une éternité.
Il y a quelque chose d’excitant à voir la peur s’installer sur leur visage, à les voir perdre toute contenance. Ils se souviennent alors de moi comme d’un cauchemar. Mon petit jeu, c’est de leur faire croire que je suis capable de tout. Je ne fais pas cela par plaisir. Non, c'est une nécessité. Je contrôle ainsi ceux qui me menacent, qui cherchent à me voler ou à me faire tomber. Le diable, on le sait, il est capable de tout. Et c’est exactement l’image que je veux projeter.
Une fois, j’ai attrapé un homme qui pensait pouvoir jouer dans ma cour. Je l’ai fait entrer dans un petit entrepôt, un endroit éloigné de tout. Je l’ai menotté à une chaise, les lumières clignotant au-dessus de nous comme pour accentuer son malaise.
— Tu penses que tu peux me défier ? lui ai-je demandé, ma voix grave résonnant dans l’espace vide.
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Il a blêmi, ses yeux cherchant une échappatoire qui n’existait pas. Je me suis approché de lui, me penchant pour capturer son regard, et j’ai murmuré, presque avec une douce ironie :
— Je peux te faire comprendre ce que signifie craindre le diable.
Je l’ai gardé là des heures, le temps qu’il réalise que l’angoisse qu’il ressentait ne viendrait pas de la douleur physique, mais de la menace omniprésente que je représentais. Je lui ai laissé quelques marques, mais pas de sang. L’idée n’est pas de le briser, mais de le soumettre, de lui faire sentir qu’il n’est qu’un pion sur mon échiquier. À la fin, je l’ai relâché, mais il est parti avec une promesse : il ne viendrait jamais me défier à nouveau.
Je me rappelle encore de son visage, blême et terrifié, et cela me procure un certain réconfort. C’est ainsi que je règne, en maître des ombres, un loup solitaire qui sait comment utiliser la peur à son avantage.
Maintenant, en traversant les rues de Chicago, je sens que cette même peur peut m’être utile à nouveau. Mais une nouvelle force semble se dessiner à l’horizon, et je ne peux pas m’empêcher de me demander si ce que je fais suffira à maintenir ma position de pouvoir.
Ce soir-là, je me retrouve dans une des soirées les plus prisées de Chicago. Le lieu, un hôtel de luxe, est bondé de gens rutilants, tous vêtus de leurs plus beaux atours. Ma fiancée s’illumine à mes côtés, vêtue d’une robe scintillante qui attire les regards. Elle est rayonnante, et je ne peux m’empêcher de penser qu’elle ne serait rien sans mon argent. Mais je feins de vouloir être ici, d’être l’homme charmant qu’elle espère.
— Regarde qui est là ! s’exclame un de mes amis en me voyant. Le grand Xaven Darcy !
Je salue tout le monde d’un hochement de tête, mais je sens déjà l’ennui m’envahir. Les conversations autour de moi se mêlent en un bourdonnement indistinct. Je m’efforce d’enthousiasmer ma voix, de participer aux échanges, mais chaque mot me semble dénué de sens.
Ma fiancée s’approche de moi, ses yeux pétillants de joie, mais je vois la déception pointer lorsque ses yeux se posent sur mon visage impassible.
— Xaven, tu ne parles pas beaucoup ce soir, murmure-t-elle, l’air faussement inquiète. Ça ne te plaît pas ?
Je soupire en levant les yeux au ciel. Son excitation est une lueur qui ne fait que souligner mon malaise.
— Non, c’est juste… je suis fatigué, dis-je en feignant un sourire.
Elle plisse les sourcils, me scrutant comme si elle pouvait voir à travers ma façade.
— Tu sais, tout le monde attend de toi que tu sois… toi ! L’homme charismatique, séduisant, pas ce... ce spectre qui traîne à côté de moi.
Mon sourire se fige. Ses mots sont comme des aiguilles, piquant un endroit que je préfère garder enfoui.
— Je suis là, non ? réponds-je, mon ton se durcit involontairement.
— Oui, mais ce n’est pas assez, Xaven ! Tu pourrais au moins faire un effort. On dirait que tu préfères être n'importe où ailleurs que ici !
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Une irritation sourde grimpe en moi. Les murmures autour de nous deviennent des vagues de bruit désagréables. Je sais qu’elle a raison, mais cela m’irrite d’être mis sous le feu des projecteurs. Ce n’est pas une scène que je veux jouer.
— Peut-être que je préfère être seul, dis-je froidement, me détachant lentement d’elle.
Elle se fige, la surprise sur son visage se transforme rapidement en colère.
— Tu vas me laisser ici ? Pour te morfondre chez toi ?
Le regard des autres se tourne vers nous, et je sens la chaleur de leur curiosité me brûler. Mon sang se met à bouillir.
— Ce n’est pas un débat. Je vais rentrer.
Sans un mot de plus, je la laisse là, ma décision se formant comme une brume autour de moi. Je tourne les talons et me faufile à travers la foule, ignorant les murmures qui se propagent. La porte de l’hôtel se referme derrière moi avec un bruit sourd, comme un écho de mon dédain pour cette soirée.
Une fois dans ma voiture, je laisse échapper un soupir de soulagement. Je préfère être seul, loin des faux sourires et des attentes. La solitude, elle, est familière. Elle m’accueille comme une vieille amie, me promettant une soirée de calme, loin des jeux et des masques.
Je prends le chemin de ma demeure, le paysage nocturne de Chicago se déroulant devant moi, ses lumières scintillantes reflétant un monde qui semble si éloigné de ma réalité. La solitude est un refuge, et ce soir, je choisis d'y retourner, de me plonger dans le silence de mes pensées, un endroit où je suis le seul maître.
Le lendemain matin, je me rends à mon bureau, déjà irrité par les événements de la veille. La première chose qui attire mon attention, c'est le chaos qui règne autour de moi. Tous mes employés s’agitent comme des abeilles dans une ruche en émoi, mais la source de mon irritation se tient là, dans un coin, visiblement perdue dans les papiers qui s’entassent sur son bureau. La nouvelle secrétaire personnelle, embauchée il y a à peine deux jours, a déjà laissé sa marque.
— Claire, où est le dossier de la réunion avec Gathar Industries ? Je t’avais dit de le préparer hier !
Je fais un pas en avant, le ton de ma voix se teinte de mépris. Elle relève la tête, des cernes sous les yeux trahissant qu’elle a probablement passé la nuit à trier le fouillis qu’elle a créé.
— Je… Je suis désolée, Monsieur Darcy. J’ai eu quelques problèmes d’organisation. Je vais le trouver tout de suite !
Mais je sais déjà que c’est trop tard. La réunion d’hier a été un désastre à cause d’un premier retard. J’ai perdu des millions à cause de son incompétence, et ce n’est pas quelque chose que je peux accepter.
— Des problèmes d’organisation ? C’est une blague ? Tu viens d’être engagée, et tu parviens déjà à foutre le bordel dans ma boîte, dis-je, ma voix s'élevant avec chaque mot.
Elle semble prise au dépourvu, son visage blême trahit sa panique.
— Je peux rectifier ça, je vous le promets. Je vais…
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— Non, je ne veux pas de promesses, Claire. Je veux des résultats, et tu es incapable de fournir ce minimum.
Je me dirige vers le bureau où se trouve mon père adoptif, le prêtre qui a toujours été là pour moi. Il se tient là, observant la scène avec une expression calme. Je sens que son regard perçant m’évalue. Avant que je puisse parler, il s’approche de moi.
— Xaven, attends, dit-il, sa voix douce mais ferme. Il est important de se rappeler que tout le monde fait des erreurs. Dieu le Père pardonne à ses enfants, et je pense que nous devrions tous nous efforcer d’agir de la même manière.
Je lève les yeux au ciel, déconcerté par son insistance.
— Une erreur comme celle-ci, père, est inacceptable. Cela m’a coûté cher, très cher. Comment puis-je lui faire confiance à l’avenir ?
— Écoute, je comprends ta colère, mais peut-être que cette jeune femme mérite une seconde chance. Nous avons tous besoin de temps pour apprendre et nous améliorer.
Je sens une frustration monter en moi. Comment peut-il voir cela de cette façon ?
— Père, ce n'est pas une question de temps. C'est une question de compétence. Je ne peux pas me permettre d’être indulgent avec des erreurs qui ont des conséquences si graves.
Il pose une main sur mon épaule, son contact apaisant mais inutile.
— La colère ne résout rien, Xaven. Parfois, un acte de clémence peut apporter plus de paix que la vengeance. Tu as le pouvoir d'inspirer le changement chez les autres.
Je l’écoute, mais cela ne fait qu’attiser mon irritation.
— Je comprends ce que tu dis, mais tu ne vois pas la réalité. Cette jeune femme a mis en péril des millions, et tu veux que je lui donne une seconde chance ? Comment puis-je faire confiance à quelqu'un qui ne sait pas gérer les choses les plus élémentaires ?
Mon père soupire, son regard se perd dans le vide. Je sais qu’il souhaite m’aider, mais sa vision idéaliste du monde me frustre.
— Réfléchis, Xaven. La véritable force réside dans la capacité de faire preuve de compassion. C’est peut-être exactement ce dont elle a besoin pour réussir.
Je me sens piégé entre la colère et l’écoute. Je soupire, réalisant que je ne peux pas gagner cette bataille avec lui. Mais une chose est claire : je ne peux pas laisser Claire continuer à travailler pour moi. J’essaierai de rester respectueux.
— Je vais l’informer qu’elle n’est plus à son poste, dis-je finalement, ma voix plus calme.
— Très bien, mais fais-le avec respect. Tu es un homme de pouvoir, et ce pouvoir doit s’accompagner d’une certaine sagesse, rappelle-toi cela.
Je hoche la tête, mais au fond, je reste déterminé. Je m’éloigne pour confronter Claire. Je dois agir. Mon monde ne tolère pas les erreurs.
Je fixe Claire, qui se tient là, le visage blême, et je sens une satisfaction amère en moi. Je sais que je vais la renvoyer.
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— Claire, tu comprends bien que tu as mis en péril des millions de dollars. Être virée dès le début de ta fonction ne va pas t’aider à trouver un autre emploi. Cela va te suivre, dit-je avec une froideur qui semble figer l’air autour de nous.
Elle s’agenouille à mes pieds, ses mains jointes en supplication.
— S’il vous plaît, Monsieur Darcy. Je vous en prie, laissez-moi une chance. Je ferai tout pour améliorer mon travail. Je ne veux pas perdre ce poste, j’en ai vraiment besoin.
Le prêtre, observant la scène, s’avance, les yeux empreints de compassion.
— Xaven, peut-être pourrais-tu lui donner une seconde chance ? Tout le monde mérite une opportunité de se racheter, même si elle a commis une erreur.
Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel.
— C’est bien beau de prêcher la clémence, mais tu sais aussi bien que moi que cela n’est pas viable dans le monde des affaires. La vie n’est pas une église, père. Si je fais preuve d’indulgence, qui me respectera ? Qui me prendra au sérieux dans cette entreprise ?
Il semble réfléchir un instant, pesant mes mots, mais je vois dans son regard que sa détermination est solide.
— Ce que tu dis est vrai, mais n’oublie pas que la manière dont tu traites les gens parle aussi de qui tu es. Tu peux être un homme fort sans pour autant être impitoyable.
Je tourne mon regard vers Claire, toujours à genoux, une larme roulant sur sa joue. La vue de sa détresse me fend le cœur, mais je ne peux pas céder aussi facilement. Je me dois d'être le diable que tout le monde craint.
— Très bien, dis-je finalement, ma voix s’adoucissant légèrement. Tu peux rester, mais je vais demander qu’on embauche une deuxième secrétaire. Elle se chargera également des tâches, comme ça si tu oublies quelque chose, au moins l’autre saura réagir à temps.
Un soupir de soulagement s’échappe des lèvres de Claire alors qu’elle se redresse, des étoiles dans les yeux.
— Merci, merci infiniment, Monsieur Darcy. Je vais faire de mon mieux pour ne pas vous décevoir.
Le prêtre, visiblement satisfait, me regarde avec une lueur de fierté.
— Merci, Xaven, pour ta compréhension. Tu as fait un bon choix.
Je hoche la tête, mais je suis conscient que ce n'est pas de la clémence, juste un plan d'urgence. Alors que le prêtre se retire, je me tourne vers Claire, mes traits se durcissant à nouveau.
— N’oublie pas, Claire. Cette chance est unique. Ne la gâche pas.
Elle acquiesce, la peur et l’espoir mêlés sur son visage.
Alors que je la regarde, une nouvelle vague de fatigue m’envahit. Je sais que chaque jour ici est un combat. Mais, d’une certaine manière, ces interactions m’apportent un étrange sentiment de puissance. Je suis le maître du jeu, après tout. Je pourrais bien être un diable
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en costume noir, mais je sais aussi qu’un peu de compassion ne fait pas de mal, tant que cela ne me coûte pas trop.
Je prends un moment pour respirer profondément, chassant le stress de mes pensées. Je fais signe à Claire de s’approcher, mes yeux braqués sur elle avec une intensité glaciale. Elle s’avance, le visage blême, consciente que le préavis de grâce qui lui a été accordé pourrait être suspendu à tout moment.
— Écoute-moi bien, dis-je, ma voix résonnant comme un coup de tonnerre dans le bureau. Tu as de la chance que le prêtre soit ici aujourd’hui, sinon tu serais déjà à la porte.
Elle tremble légèrement, et je peux voir la peur s’insinuer dans ses yeux. Je n’ai jamais été un homme qui laisse place à la faiblesse.
— Je t’ai dans le collimateur, et crois-moi, à la moindre erreur, tu ficheras le camp de mon entreprise. Comprends-tu cela ?
Elle acquiesce, presque silencieusement, ses lèvres tremblant alors qu’elle essaie de trouver ses mots.
— Merci… Je ferai tout ce qu’il faut pour ne pas vous décevoir.
Je lui lance un regard qui en dit long.
— Tu feras bien plus que ça. Je veux que tu t’occupes de l’embauche de ta remplaçante.
L’hésitation s’affiche sur son visage.
— Quoi ? Mais… je ne suis pas sûre de savoir comment faire cela…
— Si tu ne veux pas m’obéir, tu es libre de vider les lieux.
Elle ouvre la bouche pour protester, mais je la coupe d’un geste de la main.
— Prends cette tâche au sérieux, Claire. C’est la moindre des choses que je puisse attendre de toi après ce que tu as fait.
Face à ma détermination, elle semble comprendre qu'il n'y a pas de place pour la contestation. Elle se redresse, se ressaisit et murmure un « Oui, bien sûr, je vais m’en occuper tout de suite » avant de quitter mon bureau, la tête basse.
Je l’observe s’éloigner, un mélange contradictoire de satisfaction, de mépris et de compassion dans ma poitrine. Elle a encore une chance, mais je ne lui ferai aucun cadeau. Laissez les faibles à l’extérieur, c’est la règle ici.
