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Chapitre 1

Je m'engouffre dans l'église, mon cœur tambourinant contre ma poitrine. Vêtue d’un châle qui dissimule mon visage et de lunettes noires, je me sens à la fois légère et écrasée par le poids de mes pensées. Les murs de pierre semblent s'incliner vers moi, comme pour écouter mes secrets, mes douleurs et mes désirs inavoués.

Les bancs sont vides, l'air embaume l'encens, mais je n'y trouve pas de réconfort. Je me dirige vers le confessionnal, un espace étroit, un cocon où je pourrais enfin exprimer ce qui me ronge depuis si longtemps. Le prêtre m'accueille d'un regard bienveillant, mais je vois dans ses yeux une lueur d'inquiétude. Il ne sait pas qui je suis, mais je sens qu’il va rapidement le comprendre.

— Que Dieu vous entende, mon enfant, murmure-t-il.

Sa voix est douce, comme une caresse, mais je n’en ai pas besoin. J’ai besoin de vérité, pas de douceur.

— Je… je m'apprête à faire quelque chose de mauvais aux yeux du Seigneur, commence-je, mes mots hésitants.

La confession m’effraie et m’excite en même temps. La culpabilité et l'adrénaline se mêlent dans un tourbillon.

— Mais c’est la seule façon pour moi de trouver la paix et le bonheur.

Il fronce les sourcils, comme s’il tentait de percer la carapace de mon anonymat.

— Qu'entendez-vous par cela ?

Je déglutis, l’éclat de sa curiosité me fait douter.

— Je suis fatiguée de cette douleur. Vingt ans de haine, d'angoisse. Je… je veux me venger.

Je vois son regard se durcir, une tension palpable s’installe entre nous.

— La vengeance n’apporte que plus de souffrance. La paix vient du pardon, non de la violence.

— Pardonner ?

Je ris, un éclat amer s'échappant de mes lèvres. La douleur de mon enfance m’étreint. Mon père, mon père qui m'a été arraché trop tôt.

— Vous ne comprenez pas. Il a ôté la vie à mon père. Ce monstre est libre, et moi, je ne peux que vivre dans l'ombre de sa lâcheté.

L’image de ma mère me hante, avec la colère dans ses yeux à chaque fois qu'elle évoque cet homme. L’alcool et la drogue sont devenues le moteur de sa vie, mais elles n’ont jamais effacé la haine qu’elle m’a transmise. La rage de ma mère a façonné la mienne, et aujourd’hui, je suis prête à agir.

— Je m’apprête à partir, à faire un grand voyage pour ôter la vie à cet homme, lâche-je, les mots tombant comme une pierre dans l'eau calme de l'église.

Le prêtre se redresse, sa voix tremble légèrement.

— Réfléchissez à vos actes. La vie est précieuse, même si c’est celle de votre ennemi. Vous ne pouvez pas imaginer les conséquences de ce que vous allez déclencher.

Je le regarde, un mélange de défi et de désespoir dans les yeux.

— Il a détruit ma vie, père. Je ne peux plus vivre dans cette ombre.

Je me lève, prête à quitter cet endroit. La confession n’a pas apporté le soulagement que j’espérais, mais elle m'a libérée d’un poids. Je sens ma détermination grandir. Je ne suis plus une enfant perdue ; je suis une femme prête à venger son père.

Je jette un dernier regard au prêtre, l’intensité de mon regard se heurte à sa perplexité. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais je l'interromps.

— Merci, mais je dois y aller.

Je sors de l'église, chaque pas me rapprochant de ma destinée. La rue est baignée de lumière, mais mon cœur est dans l'obscurité. Je suis prête à affronter l'homme qui a fait de ma vie un cauchemar. Je vais obtenir justice, la justice que la loi nous a refusée, et cette fois, rien ne pourra m'arrêter.

Le jardin de notre grande maison est un lieu chargé de souvenirs vibrants, un tableau que je revis souvent dans mes rêves. La lumière dorée du soleil filtre à travers les feuilles des arbres, tandis que l’odeur des fleurs embaume l’air. Petite fille insouciante, je me revois courir dans l’herbe verte, mes rires résonnant comme une douce mélodie. Mon père, cet homme au sourire éclatant, me suit partout, une fierté lumineuse dans les yeux.

Mais ce matin-là, je me réveille en sursaut, le cœur battant, la chaleur du rêve encore présente. Mon téléphone vibre sur la table de nuit, brisant le charme de ma mémoire. C’est ma mère. L’angoisse se mêle à ma joie de me souvenir. Je réponds, la voix un peu tremblante.

— Tyla, es-tu bien arrivée aux États-Unis ?

Sa voix résonne comme un écho de mes peurs.

— Oui, maman. Je suis bien arrivée.

— Et as-tu …

Elle marque une pause, et je sens son regard peser sur moi, même à distance.

— N’oublie pas, ma chérie. Ne rate pas ta mission. Si tu échoues, ce sera une insulte à la mémoire de ton père.

L’angoisse s’immisce dans ma poitrine. Je sais combien elle a souffert depuis sa mort, combien la haine envers cet homme a façonné notre vie. Je déglutis, ma voix se renforce.

— Je te promets que je vais réussir, pour nous deux.

— Tu dois le faire, Tyla.

Sa voix devient presque désespérée.

— Je ne peux pas supporter l’idée que tu échoues. Tu sais ce que cet homme a fait.

— Je sais, maman. Je ne laisserai pas cette opportunité passer.

— Et aussi, je suis bien consciente que je suis mal placée pour te dire ça, mais ne bois pas, ma chérie. Tu n’es pas totalement guérie de ton addiction et il faut que tu sois au top de ta forme pour accomplir ta mission…

— T’inquiète, je sais.

Nous échangeons quelques mots supplémentaires, et je raccroche, le poids de ses attentes pesant lourdement sur mes épaules. Dans un élan de rébellion contre cette pression, je prends une bouteille d’alcool dans le tiroir. Le liquide ambré m’appelle, comme une promesse de courage.

Je me dirige vers mon ordinateur, la détermination soudainement affûtée. Les mots "Xaven DARCY" résonnent dans ma tête. L’homme le plus mystérieux et influent des États-Unis. Je l’ai vu sur les réseaux sociaux, un homme à l’allure froide et arrogante, un vrai magnat dont la réputation est aussi redoutable que son charme. Mais pour moi, il n’est qu’une cible.

Les recherches s’affichent à l’écran, et bientôt son visage apparaît, le regard tranchant, un sourire légèrement moqueur aux lèvres. Mon cœur se serre. Je débouche la bouteille et attrape un verre. Une gorgée, puis une autre, comme si chaque gorgée m’offrait un peu plus de force.

— Xaven DARCY, murmure-je entre mes dents, comme une incantation. Je suis ici spécialement pour toi.

Je me lève, une lueur de défi dans les yeux. Je ne suis plus seulement Tyla AMESSAN, la fille triste et perdue. Je suis une femme prête à faire face à la tempête, déterminée à venger mon père. La colère et la tristesse se mêlent en moi, me transformant en une force.

Le monde peut trembler, je ne reculerai pas. Je lui ferai payer, je ferai en sorte qu’il comprenne la douleur qu’il a infligée, et qu’il saura, enfin, ce que signifie perdre.

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