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5

Chapitre 5 – Alex

-ROSE ?!

Les yeux mi-clos, elle gémit tout doucement et de sa bouche sort un filet d’eau mêlé de salive. Elle se met alors à tousser furieusement pendant plusieurs secondes. Je la tiens dans mes bras, en lui tapotant tout doucement le dos. Purée ! Que lui serait-il arrivé si je n’avais pas été là ?

-Mais qu’est-ce qui vous a pris ?? Mon Dieu vous avez failli mourir !

-Je … je …

-Regardez maintenant votre état ! Pff.

Je crie peut-être un peu mais c’est nécessaire. Franchement, à quoi elle pensait ? Une petite voix à l’intérieur de moi me dit qu’elle n’a peut-être pas fait exprès. Mais je la chasse rapidement d’un mouvement de tête et je reporte mon attention sur Rose. Elle n’ose pas me regarder, mais je peux sentir qu’elle grelotte dans mes bras. Il faut qu’on rentre. Dans un soupir, je me dis qu’elle ne peut pas marcher jusqu’à l’intérieur et qu’il faut que j’emploie les grands moyens : je me redresse et la soulève du sol. Elle parait surprise car elle pousse un petit cri de protestation.

-Non, je peux … marcher.

Je ne lui réponds pas et avance à pas lents vers le salon. Mon Dieu, j’étais loin d’imaginer à quel point une femme enceinte ça pèse ! Tous mes muscles sont tendus, et je sens déjà une pression dans mon dos. Je rentre avec elle dans le salon et la pose sur le canapé. Je regrette tout de suite mon acte ; elle est mouillée et mouillera aussi le cuir du fauteuil. Mais bon …

-Attendez-moi là, je vais chercher une serviette.

Je cours dans la buanderie qui est au rez-de-chaussée et entreprends de trouver une serviette. J’en vois une qui est jaune, épaisse et qui est propre. Elle fera l’affaire.

Lorsque je reviens dans la salle de séjour, elle n’y est pas. Tout ce que je vois c’est une petite flaque d’eau à l’endroit où elle était assise. Pff !

-Où est-elle passée encore, purée ! ROSE ?!

-Oui …

Sa voix faible vient de la cuisine. Mais qu’est-ce qu’elle fait là-bas ? Je me dirige à grandes enjambées vers cet endroit et la retrouve affairée devant la gazinière. J’explose littéralement.

-C’est une blague ?! Vous venez d’échapper à la mort et tout ce qui vous intéresse c’est manger ? Comment peut-on être aussi insouciant ?

-En fait … j’avais laissé la nourriture au feu et … je suis venu l’éteindre … pour ne pas que ça brule … et que votre maison soit aussi brûlée.

Elle avait dit « votre maison » d’une manière qui me mit mal à l’aise. Tellement énervé, je n’avais pas remarqué l’odeur chatoyante qui flottait dans l’air. Je n’avais jamais senti une telle odeur, si ce n’est chez ma mère. Il y avait sur le feu deux casseroles ouvertes. La première contenait du riz blanc, qui laissait échapper de la vapeur, et la seconde une sauce qui avait la couleur rouge orangé. Je ne sus quoi dire, et me sentis un peu ridicule. DANS MA PROPRE MAISON ! Pff.

-Essuyez-vous avec cette serviette, dis-je en la lui tendant.

Elle la prit et commença à s’essuyer là, devant moi. Alors que je croyais qu’elle avait fini, elle garda la serviette quelques secondes sur son visage, sans bouger. Quand elle l’enleva, je remarquai qu’elle avait les yeux rouges. Elle avait pleuré. Une autre chose est que sa main n’avait jamais quitté son ventre arrondi. Elle le caressait tout doucement, et je ne sais pas si je vois mal ou pas, mais j’avais l’impression que le truc dedans – enfin, le bébé quoi – bougeait. Peut-être juste une illusion.

-Je suis à cinq mois de grossesse.

-Hein ?

Je ne m’en étais pas rendu compte mais je regardais fixement son ventre, comme un idiot. Pff. Elle va croire que cela m’intéresse de savoir …

-Ok.

-Je ne sais pas encore si c’est une fille ou un garçon.

-Quoi ? Pourtant c’est vers le 3e mois que l’on est censé faire l’échographie révélatrice, non ? Ne puis-je m’empêcher de dire.

D’une voix brisée, elle dit :

-En fait … avec Kassoum, on n’avait pas les moyens de la faire alors …

Kassoum ? C’est qui celui-là ? Surement le père de son bébé ? Pourquoi n’était-elle pas avec lui alors ? Etait-il mort ? Avait-il divorcé ? L’avait-il abandonné ? Tant de questions qui se bousculaient dans ma tête. Mais le plus important en ce moment était qu’elle n’était surement jamais allée voir une sage-femme. Quel désastre ! Je suis peut-être le pire homme sur terre mais quand même il m’arrive de m’intéresser aux gens. Qu’est-ce que vous croyez ? Il faut que l’on répare ça.

-Lundi on ira à la maternité.

-Mais je …

-Je m’en charge.

-Je vous demande trop.

-C’est bien le moment de le faire. Une fois les quatre semaines écoulées vous ne pourrez plus rien attendre de moi.

-D’accord. Je … monte dans la chambre me changer.

Lorsqu’elle partit, je n’ai pas pu résister à l’envie de voir de plus près ce qu’elle a cuisiné. Comme un voleur – dans ma propre maison – j’avance lentement et silencieusement vers la gazinière. Ça sent trop bon ! Bon, c’est un peu normal hein, elle est une villageoise. Ces filles-là, élevées à la traditionnelle ont toutes les qualités que nos mamans ont car n’ayant pas grandi dans la technologie ou dans les choses de la ville. Mais tu prends une vraie ivoirienne, abidjanaise, même le riz elle le rate. Pourtant ce sont les premières à vouloir le mariage …

En tout cas, le riz que je vois-là semble parfait. Et la sauce ? Je peux voir de gros morceaux de viande qui flottent allégrement. Comment a-t-elle pu faire tout ça en moins d’une heure ? Je repense encore à mon sandwich au jambon de tout à l’heure et j’ai honte. Ce n’est pas le même niveau. Et si …

Mon ventre gargouille bien fort, comme un créancier qui réclame son dû. Et si je goûtais un peu, juste un peu ? Après tout je suis CHEZ MOI et donc tout ce qui est dans cette sauce est à moi. Voilà. Je peux manger en paix.

Pourtant, je reste quelques secondes là, sans bouger, à regarder les casseroles. Que pensera-t-elle de moi ?

-Asseyez-vous, je vais vous servir.

Je me retourne et tombe sur une Rose vêtue d’une autre robe, cette fois bleue à petites fleurs rouges.

-Non merci, je n’ai pas faim, mentis-je.

-Juste pour goûter.

-Non, merci.

Elle soupire et passe à côté de moi, prend une assiette et se sert. Elle s’assoit alors à table et commence à manger.

Je lui jette un dernier regard et sors de la cuisine, et c’est sans compter sur les protestations de mon estomac.

Je décide de m’installer dans le canapé et de regarder la télévision. Tous ces évènements m’ont ôté l’envie de dormir. J’allume l’appareil et mets BeIn Sports. Il y a une émission de basket qui passe. Parfait. Je m’installe confortablement, la tête calée sur un coussin, le pied posé sur le fauteuil. Je suis tellement bien que je m’endors rapidement.

Lorsque j’ouvre les yeux, le soleil est déjà couché. Par les baies vitrées, je peux apercevoir le ciel bleu éclairé ça et là par diverses étoiles. La télé est toujours en marche, et cette fois, il s’agit de football. Un silence règne dans la maison, et seule la lumière de la télévision éclaire la pièce. Je prends mon téléphone et regarde l’heure : 19h04. Wow, j’ai dormis pendant quatre heures.

Alors que je me lève, mon téléphone sonne.

-Alors, mon gars c’est comment ? Dit une voix enjouée à l’autre bout du fil.

-Ca va, et toi ?

-Tranquille. On fait quoi ce soir ?

-Hum, je ne sais pas hein. Tu as prévu quoi, toi ?

-Petit tour chez Abdoul pour manger un bon poulet, ensuite direction Marcory, il y a une nouvelle boite qu’on doit inaugurer ce soir. Drogba y sera.

-Ah ouais ?

-Oui ! Et il y aura des filles, comme tu es aimes.

Un sourire se dessine sur mes lèvres. La soirée s’annonce bien.

-Ok, rendez-vous donc chez Abdoul disons à 20 heures.

-Ok.

Clic.

Celui qui m’a appelé, c’est André, André ASSOUAN, mon ami et presque frère. Aussi loin que je puisse me souvenir, nous nous sommes toujours connus, avons eu les mêmes hobbies, et avons fréquentés les mêmes écoles. C’est un homme très sympathique, parfois beaucoup trop, ce qui peut-être perçu comme une faiblesse, et un grand fêtard. Toujours au courant des dernières soirées organisées. Je l’aime bien, mais ma mère moins car elle estime que c’est lui qui me détourne de la voie du Seigneur, lol. Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que maman est une grand chrétienne, et pour elle, je suis possédé. Sacrée maman !

J’éteins la télé et monte dans ma chambre. Je prends une douche rapide et m’habille. Pour l’occasion, je porte un jean bleu délavé, une chemise en lin blanc dont je retrousse les manches jusqu’aux coudes, et des mocassins gris. Je mets ma montre Cartier du modèle « Ballon Bleu » et vaporise un peu de mon parfum, The One de Dolce & Gabbana. Je mets mon portefeuille dans la poche arrière de mon jean, prends mes clés et sors.

Pas de trace de Rose. Elle doit être dans sa chambre. Dois-je lui indiquer que je sors ? Bien sûr que non ! Je n’ai de compte à rendre à personne, surtout pas à elle. Je me dirige donc vers la sortie en allumant ma cigarette, et démarre à vive allure. Direction, les deux-plateaux Aghien.

Comme convenu, je retrouve André et sa copine du moment. Nous mangeons un excellent poulet avec de l’attiéké avant de reprendre la route jusqu’à Marcory. La fête d’inauguration de la nouvelle boite est un succès. Et André n’avait pas menti : Didier Drogba est bien là, ainsi que plusieurs autres footballeurs internationaux tels que Gervinho et Max Gradel.

André avait réservé pour nous un salon, et nous nous y installons. Commencent alors les festivités. Champagne, vins mousseux, vodka, et toutes sortes d’alcools forts sont disposés sur la table. Je décide de ne pas trop boire ce soir, si je veux avoir une chance de rentrer chez moi sain et sauf au petit matin.

L’alcool aidant, je me retrouve sur la piste de danse. Le DJ met une chanson très en vogue. En bon charmeur, j’esquisse quelques petits pas, ma coupe de champagne à la main. Tout se passe bien, et, alors que les jeux de lumières multicolores affaiblissent la vue des clients, quelqu’un se colle à mon dos, tandis qu’une main manucurée se pose sur mon torse. Je me retourne vivement et tombe sur elle.

Comment elle s’appelle déjà ? Sandra. Oui c’est cela, Sandra. Quelle coïncidence ! Je déteste croiser les filles avec qui j’ai eu une aventure à nouveau, je trouve cela malsain.

Pourtant, avant même que je ne me détache de son étreinte, elle me saisit violemment par le col de ma chemise, m’attire à elle et m’embrasse passionnément. Je me laisse faire. Après tout, pourquoi refuser une femme qui vient à vous se livrer sans même que vous l’ayez désiré ?

Ce soir, Sandra en aura (encore) pour son compte !

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Bon week-end à vous, on se retrouve lundi ! Je vous embrasse.

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With love,

Esther

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