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Chapitre 6 – Sandra
Alex, Alex !
Je crie son nom, et cela sonne la fin de nos ébats. Il se détache de moi et se couche sur le dos, le corps luisant de sueur. Il respire rapidement, comme moi d’ailleurs. Un large sourire se dessine sur mes lèvres. Pour la deuxième fois, je viens de passer la nuit avec cet homme qui est tellement … beau, tellement charmant ! Il est, en ce qui concerne l’extérieur en tout cas, mon type d’homme. Un véritable Apollon des temps modernes. Tout ce qu’une femme peut espérer. Si seulement il était plus aimable que ça.
Je me rapproche de lui et pose ma main sur son épaule en faisant de petits cercles sur sa peau. Il ne réagit pas. Tant mieux. J’insiste et cette fois, j’avance les doigts sur sa poitrine où je rencontre ses poils souples. Je souris encore plus, et commence à renifler l’odeur de son parfum.
Alex, Alex !
Qui aurait cru que j’allais le revoir seulement quelques jours plus tard, dans les mêmes conditions ? Et dire que j’avais passé toute la semaine à penser à lui, à son regard, à son corps, à ses caresses … Je mourrai d’envie de le revoir, et je m’étais même surprise à prier pour le revoir. Il faut croire que le ciel m’a entendu car ce soir là, mes yeux ce sont posés sur lui. Lorsque je l’ai embrassé, je croyais qu’il allait me repousser. Bien au contraire : il avait répondu à mon baiser. Il m’avait reconnue, moi, la fille qu’il avait prise pour une prostituée. Quel plaisir de savoir qu’un homme ne vous oublie pas ! Ce soir-là, nous n’avons pas perdu de temps, à peine nous sommes nous détachés l’un de l’autre qu’il m’a prise par le bras pour me conduire jusqu’à sa voiture. et vous connaissez le reste … Même hôtel, même scénario, plus de passion. Aurais-je l’opportunité d’avoir son compte aujourd’hui ?
Je jette sur lui un regard furtif ; sa respiration est régulière et calme. Il est endormi, ce qui est normal après tout ce que l’on vient de faire. Je me lève et prends son téléphone qu’il a posé sur la table négligemment. Le plan est simple : à partir de son téléphone, je lancerai l’appel en direction du mien, histoire d’avoir son numéro. Pas bête, la petite Sandra.
Heureusement pour moi, il n’y a pas de code. Pourtant, lorsque l’écran s’illumine, c’est pour laisser apparaitre le visage d’une femme. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine et se serre. Alex serait-il ainsi marié ? Fiancé ? En couple ? J’estime que non, sinon, il n’aurait pas passé la nuit avec moi, à deux reprises. Après, nous sommes à Abidjan, et ici, les hommes n’ont pas froids aux yeux, si vous voyez ce que je veux dire …
Je regarde plus attentivement la photo. Cette femme est vraiment magnifique. Elle est elle aussi métisse, avec de longs cheveux ondulés châtains. Ses yeux en amande couleur caramel subliment son visage ovale. Un drôle de sentiment me parcourt le corps.
De la jalousie. Et de la confusion. J’ai bien piètre allure à côté d’une beauté pareille. Mais en même temps, une pointe de fierté monte à l’intérieur de moi. Si cet homme préfère rester avec une fille « comme moi » au détriment d’une beauté comme elle, c’est que j’ai des choses qu’elle n’a pas. Rien que cette pensée me remplit de joie. Je compose rapidement mon numéro, lance l’appel, attend qu’il sonne, et raccroche. Je prends le soin d’effacer l’action dans l’historique d’appel et repose le téléphone là où il était, avant de regagner ma place à côté de mon Apollon. Il bouge un peu mais ne se réveille pas.
Je m’endors aussi à mon tour, tout en rêvant à une vie où je m’endormirai tous les soirs à ses côtés. Tout est possible, n’est-ce pas ? Alors, je n’ai pas de crainte.
**************************** Alex ******************************
04H56. La maison est silencieuse. Aucun bruit ne vient troubler la quiétude des lieux, si ce n’est celui de mes pas sur le carrelage froid du salon. J’allume la lumière. Tout est à sa place. La télévision est éteinte, les coussins du salon rangés, la table basse nettoyée. Dis donc, Moussa a fait un bon travail ce soir. Je me déchausse, enlève ma montre et la pose sur le premier meuble que je trouve. Je me déboutonne et m’installe dans le canapé avant de me lever presqu’aussitôt. J’ai une faim de loup. L’alcool, c’est bien, mais cela ne peut jamais remplacer un bon plat de chez nous. J’arrive dans la cuisine où tout est également rangé. Sur la table, pourtant, se trouve deux soupières, et une table dressée. Pour moi, sinon, pur qui serait-ce ? Ce plat m’attendait, et je bénis le ciel pour la personne qui a eu la décence d’esprit de penser à moi.
Rose. Ça ne peut être qu’elle. Et dire que la veille j’avais refusé de manger ce qu’elle avait cuisiné. Aujourd’hui, l’enjeu est différent. J’ai réellement faim, et je n’ai pas le temps de jouer au « méchant » comme elle dit. Pff. Suis-je réellement méchant, moi, Alexandre ? Bon, je sais que je peux être dur parfois mais cela est dû aux circonstances par lesquelles je suis passé dans ma vie. Si seulement quelqu’un pouvait comprendre …
Je pense à maman et mon cœur se serre. Même elle ne croit pas que tout ce qui est arrivé à pu m’affecter. Elle pense que j’en fais trop, et pourtant, elle était la première spectatrice de ceci. Pff.
Je m’installe à table, et ouvre les soupières. Dans la première, de l’attiéké, et dans la seconde, une sorte de sauce avec un gros morceau de poisson dont l’odeur réveille mes papilles. Wow. La petite villageoise a fait fort. Je me sers rapidement et place l’assiette au microonde. Quelques secondes plus tard, je sors le plat fumant et me frotte les mains, en perspective du régal que cela sera.
Lorsque je porte la première bouchée à la bouche, c’est comme si un orchestre entier avait entamé une symphonie venue tout droit du paradis. Ce plat est un délice, une pure merveille. Comment est-ce possible de cuisiner comme ça ? En un temps record, je termine l’assiette, et me ressers une autre. Même scénario. Au bout d’une heure, je bascule sur ma chaise, le ventre proéminent. Je respire le bonheur. Je débarrasse rapidement et mets les assiettes sales dans l’évier. Direction ma chambre.
Je marche silencieusement pour ne pas déranger la cuisinière. Comment a-t-elle pu s’occuper, après mon départ ? Dans la mesure où Moussa rentre chez lui à 20H, qu’ a-t-elle fait pour ne pas s’ennuyer ? Regarder la télé ? J’en doute, car peut-être que le système est trop difficile pour elle. Lire un livre ? Il y en a plein dans sa chambre.
Une pensée me traverse l’esprit. Sait-elle seulement lire et écrire ? A notre époque, je doute fort qu’il existe encore des personnes qui ne savent pas le faire. Pourtant, lorsque je lui ai parlé de contrat, elle semblait ne pas savoir de quoi il s’agit. Demain, je lui demanderai ce qu’il en est. Pas que cela soit mon problème mais bon … Si je peux l’aider un peu (et enlever de sa tête l’idée selon laquelle je suis méchant).
Je monte les escaliers et me dirige vers ma chambre. Lorsque j’arrive devant sa chambre, poussé par je ne sais quel esprit, j’ouvre la porte sans faire de bruit et passe la tête dans le mince espace créé. Bien qu’il fasse noir dans la pièce, un rayon de lune éclaire une moitié du lit et me permets de voir son ventre nu, rebondi. Elle porte juste une sorte de soutien-gorge qui n’en est pas vraiment un, avec un pantalon fluide. Elle est couchée au milieu du lit, et sa respiration est calme, reposée.
Je sors la tête et referme la porte derrière moi. Arrivé dans la mienne, je prends une douche, et me glisse dans mes draps. Alors que mes paupières s’alourdissent, et que je commence à sombre dans un sommeil bien mérité, la sonnerie de mon IPhone me fait sursauter. C’est un message. Les yeux mi-clos, je le déverrouille et je ce que je lis me laisse complètement perplexe :
« Bonsoir mon chéri, j’espère que tu es bien rentré. Je pense à toi. Je ne vis que pour la prochaine fois où nous nous reverrons … A très vite.
-Sandra »
Pour qui elle se prend celle-là ? Et comment a-t-elle pu avoir mon numéro ? Dans quelle histoire me suis-je mis avec elle ?
Je me lève brusquement et compose le numéro qui s’affiche. Si elle croit vraiment qu’elle a trouvé un « chéri » pour la vie, moi, Alex, je vais lui ôter toute envie de me revoir !
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Avec amour,
Esther
