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Chapitre 3

Neila

Je contourne Broadway par la 21e Ouest, puis je m’engage sur Lexington. Je ne peux pas louper l’hôtel, c’est juste devant le Gramercy Park. Ce sont mot pour mot les indications de mon frère pour retrouver Thomas, mais j’ai quand même imprimé la carte du quartier.

Quand Ben m’a vue faire, il n’a pas cessé de rire. « Tu as un smartphone, Neila ! » Oui, bon, j’utilise mon téléphone pour téléphoner, envoyer des messages, et occasionnellement prendre des photos. Je n’ai pas Internet sur cet engin, alors pas de GPS. Et c’est tant mieux.

À peine ai-je fait un pas dans le majestueux hall de l’hôtel que je vois Thomas, assis dans un des fauteuils en velours pourpre du lounge. Il se lève aussitôt et me rejoint.

Il est si élégant… Parfaitement à sa place dans cet hôtel de standing, avec ses cheveux châtains faussement rebelles, son pantalon beige, sa chemise bleue aux manches retroussées.

Il sourit, prend mon visage entre ses mains et m’embrasse délicatement avant de me serrer dans ses bras. Je respire son parfum, retrouve un sentiment familier. J’ai plus l’habitude d’être avec lui qu’avec Ben, même si nous n’avons jamais vécu ensemble.

– Enfin je te prends dans mes bras, dit Thomas avant d’embrasser mes cheveux et de s’écarter.

– Je suis soulagée que tu sois là, réponds-je en entrelaçant nos doigts.

– J’ai fait préparer une table dans ma suite, m’informe-t-il.

Il me guide vers les ascenseurs sans me lâcher.

– Quel endroit veux-tu voir absolument à New York ? me demande-t-il en plongeant son regard chocolat dans le mien.

– Le siège des Nations unies, réponds-je sans hésiter.

Un sourire se dessine sur les lèvres de mon fiancé et illumine ses yeux.

Nous nous sommes rencontrés dans un cabinet d’avocats à Seattle, il y a neuf mois. Thomas y travaillait depuis trois ans et je venais d’arriver pour un temps partiel, durant ma dernière année de licence. Je ne peux pas dire que ça a été le coup de foudre entre nous. Il ne voyait rien d’autre en moi qu’une assistante, et pour moi, c’était un avocat parmi tant d’autres. Ce n’est que lorsque je l’ai assisté pour préparer la documentation de différentes affaires que nous avons commencé à parler. Nos séances de travail se sont transformées en petits-déjeuners de travail. Thé pour moi, café pour lui, bagels pour les deux. Puis en déjeuners de travail. C’était la première fois que je me sentais aussi à l’aise avec un homme. Au point de faire des heures sup’ non rémunérées ! La conversation avec lui était intéressante, on voyait le monde de la même façon, on avait les mêmes ambitions professionnelles. Bref, on avait la même vision de la vie.

Six mois plus tard, à ma grande surprise et à la surprise de nos familles respectives, Thomas m’a demandée en mariage. Alors, quand il a accepté un nouveau poste à New York, j’ai soumis ma candidature à toutes les facultés de droit de la ville, voire de l’État. C’est dans cette ville que nous allons démarrer notre vie commune après notre mariage. En attendant un poste à la Cour pénale internationale, j’accepterais humblement une mission aux Nations unies…

– C’était dans ma liste des choses à faire avec toi, dit Thomas.

Un ascenseur arrive, les portes s’ouvrent. Il m’embrasse rapidement et nous entrons dans la cabine. Je m’adosse à la paroi. Je me rends compte que quand Thomas me regarde, je n’ai pas l’estomac qui se tord, mon cœur qui bat la chamade, le vide qui se fait dans mon cerveau. Et ça me rassure. Tout en moi sait qu’il n’est pas un danger, que c’est même le contraire.

– Tes parents m’en veulent ? demandé-je sans le quitter des yeux.

– Pour quelle raison t’en voudraient-ils ? s’étonne-t-il en fronçant les sourcils.

– Parce que je leur ai fait faux bond, précisé-je en haussant les épaules.

– Depuis le moment où j’ai parlé de Cape Cod, tu m’as clairement dit que tu ne m’accompagnerais pas, me rappelle-t-il. J’ai aussitôt fait passer le message et ils ont planifié mon été en conséquence. J’avoue que cela aurait été moins fastidieux avec toi à mes côtés pour supporter tous ces adultes.

– Tu es un adulte, Thomas.

– Ah bon ? Depuis quand ?

Je ris. L’ascenseur s’arrête au neuvième étage.

Sa suite est plus grande que l’appartement de mon frère, mais je préfère la déco blanc sur blanc de chez Ben, que ce vert olive et ce rouge royal. C’est chic, OK, mais c’est d’un laid !

– Je vois à ta tête que tu n’aimes pas du tout, plaisante Thomas. Je choisirai une autre chambre, la prochaine fois.

– C’est toi qui vas dormir ici, ce que j’en pense n’est pas très important.

– Ce que tu penses est toujours important, mon ange. De l’italien pour le dîner, ça te tente ? Ou tu veux quelque chose d’autre ?

– L’italien me va parfaitement.

Il me guide vers la petite table ronde installée devant la fenêtre, mais avant que je prenne place – il a reculé ma chaise en bon gentleman –, j’écarte le rideau et jette un coup d’œil à l’extérieur. La chambre a une vue plongeante sur Gramercy Park.

– On peut y faire un tour après le dîner, si tu veux, me propose Thomas en s’approchant. L’hôtel dispose d’une clé, c’est un des deux parcs privés de Manhattan.

– Avec plaisir.

Je m’installe enfin à table, regarde les couverts pour la soupe, le poisson, la viande… Avant Thomas, je n’aurais jamais fait la différence. Chez les Simmons, c’est la même fourchette pour tous les mets, jusqu’au dessert s’il s’agit de la tarte aux pommes de ma grand-mère.

Thomas me sert de l’eau gazeuse dans un verre à pied et appelle le service de chambre. Quand il s’installe face à moi, il pose sa main sur la mienne.

– Je sais que ça ne fait pas encore quarante-huit heures que tu es à New York, mais ça va aller ? me demande-t-il.

– Pourquoi ça n’irait pas ? m’étonné-je en fronçant les sourcils. J’ai un plan béton.

– Je sais bien que tu as un plan béton, dit-il avec un sourire.

– Tu ne vas pas me convaincre de te rejoindre à Cape Cod, Thomas, l’alerté-je avec une fausse sévérité.

Il a un petit rire en faisant tourner ma bague de fiançailles autour de mon doigt. Il le fait souvent, ça semble l’amuser ou le détendre, voire les deux. Et j’aime ça. C’est comme s’il avait besoin de moi d’une façon ou d’une autre, même si ça ne dure que quelques secondes. Des secondes qui valent de l’or. Et tous les diamants de cette bague.

– Je n’allais pas essayer quoi que ce soit de ce genre, me tranquillise Thomas.

Une des choses que j’apprécie le plus chez lui, et qui m’a fait dire « oui » à sa demande en mariage sans hésiter, c’est qu’il me respecte. Entièrement. Pas uniquement mes choix, mes idées, mais ma réserve également.

Hier, Ben m’a demandé si je comptais rester à l’hôtel avec Thomas et ma réponse négative l’a perturbé. Il voulait me dire quelque chose, mais il a juste lancé : « Tant que vous êtes heureux. » Bien sûr que nous sommes heureux ! Thomas est parfait. Il est respectueux, tendre, attentionné, d’excellent conseil… Il n’a jamais essayé de me séduire, il ne m’a jamais forcé la main, jamais. Ben devrait être content pour moi, lui qui est si protecteur ! Décidément, je ne le comprendrai jamais.

On sonne. Thomas va ouvrir la porte à notre dîner et s’occupe lui-même de faire rouler le chariot jusqu’à nous. Je me lève pour l’aider, mais il m’oblige à me rasseoir avant de dévoiler un plateau de légumes marinés à l’huile d’olive, accompagnés de prosciutto et de mozzarella de bufflonne.

– Mon contrat ne débute qu’en septembre, dit Thomas après quelques moments de silence pour savourer nos antipasti. J’aurais dû négocier pour commencer dès maintenant.

– Ah bon ? m’étonné-je. Tes parents sont pourtant ravis de t’avoir auprès d’eux après toutes ces années à Seattle.

– Trois ans, ce n’est pas « toutes ces années », s’amuse-t-il.

– Tu ne peux pas comprendre, tu n’es pas père !

Il pose ses couverts et joue avec sa serviette en tissu. J’ai l’impression qu’il veut me dire quelque chose, mais sans savoir exactement comment. Nous avons tant de choses à apprendre l’un sur l’autre ; je ne devine pas encore ce qu’il pense – c’est le problème quand on se fiance si rapidement… Mais nous aurons toute la vie pour changer ça.

Je repousse mon assiette vide pour croiser mes bras sur la table – on peut faire ça ou c’est contre l’étiquette ? –, et Thomas y voit un signe pour passer à la suite. Il est sur le point de se lever quand je pose la main sur son bras pour l’en empêcher.

– Attends, Thomas, demandé-je.

– Oui, mon ange ?

– Qu’est-ce que tu as voulu me dire ?

– Quand ça ? me demande-t-il en fronçant les sourcils.

– Là, maintenant. Quand je t’ai fait remarquer que tu n’étais pas encore père et que tu ne pouvais pas comprendre.

– Oh…

Il rapproche sa chaise de la mienne et prend mes mains.

Mon Dieu, il ne va pas me dire qu’il ne veut plus m’épouser, n’est-ce pas ?

– Tu m’inquiètes, avoué-je, scrutant la moindre de ses expressions.

Puis un sourire se dessine à nouveau sur ses lèvres. Je sais que c’est uniquement pour m’apaiser, donc ça ne m’apaise pas du tout.

– On va se marier dans un an, commence-t-il en me regardant droit dans les yeux.

– Dans onze mois et quelques, rectifié-je.

– J’aime le « et quelques », ça veut dire que ça se rapproche, plaisante-t-il.

– Thomas… ?

– J’ai hâte de partager ma vie avec toi, Neila, dit-il avec une gravité teintée d’amour et de tendresse. J’ai hâte de t’épouser, de fonder une famille avec toi. J’ai parfois l’impression qu’un an… ou onze mois et quelques, c’est encore tellement loin ! J’ai envie de t’épouser maintenant.

Je commence à respirer un peu plus fort. Je mets ça sur le compte de l’émotion : c’est que je ne suis pas prête, moi !

– Thomas, on a besoin de ces onze mois et quelques… bafouillé-je.

– On a besoin d’être nous deux, rectifie-t-il, taquin.

Mes mains deviennent moites dans les siennes, mais je n’ai pas envie de les retirer pour essuyer mes paumes sur mon pantalon. Je ne veux pas lui donner l’impression que ses propos me paniquent. Mais ils me paniquent même beaucoup !

Thomas est un conservateur. Quel conservateur se marie à la va-vite, façon Las Vegas ?

– On a un plan, insisté-je. Je ne suis pas prête.

– Qu’est-ce qui te fait aussi peur ? s’inquiète-t-il en me scrutant.

– J’ai besoin de ce temps, Thomas, soufflé-je.

– Ce n’était qu’une envie, dit-il en se forçant à sourire. Ne panique pas, pas encore en tout cas.

– Parce qu’il faut que je panique à un moment ? fais-je sur le ton de l’humour.

– Je ne sais pas, admet-il. Tu me diras.

Il lâche mes mains, se penche pour m’embrasser sur la joue, puis s’occupe de notre plat de pâtes. Mais j’ai perdu l’appétit.

***

Nous passons la matinée du lendemain au siège des Nations unies. Thomas a retrouvé son sourire tranquille et sincère, ce qui me rassure. Pourtant, je me sens encore coupable pour hier. Il était tellement déçu devant mon manque d’enthousiasme…

– Madame la présidente Neila Prescott, lâche-t-il en m’indiquant la tribune de la salle de l’Assemblée générale.

– Neila Prescott ? relevé-je en fronçant les sourcils. Qu’est-il arrivé à Neila Simmons ?

– J’essayais de voir si tu avais changé d’avis par rapport à ça, se défend-il avec une expression innocente. Tu veux garder ton nom de jeune fille, d’accord. Mais tu es sûre que tu ne veux pas accoler Prescott à Simmons ?

– Tu aurais pu poser la question directement, rétorqué-je en lui tirant la langue.

Je m’installe derrière la tribune et un frisson parcourt mon échine. De la moquette verte aux sièges clairs en passant par l’immense paroi dorée dans mon dos avec le logo des Nations unies, tout ceci me donne l’impression d’être si petite. À côté de ce qui est discuté ici, tout le reste n’est que broutille.

– Impressionnant, n’est-ce pas ? remarque Thomas en se rapprochant de moi.

– Tellement… murmuré-je.

Tant que j’étais de l’autre côté, je parlais normalement. Maintenant que je suis à la tribune, rien que pour quelques instants, je chuchote, écrasée par l’importance de cet endroit.

– Tu penses qu’un jour je pourrai m’asseoir là ? demandé-je en indiquant les sièges devant nous.

– J’en suis convaincu, répond-il sans une once d’hésitation. C’est pour cette raison que tu travailles, non ? Tes notes, ton investissement dans les associations universitaires, tes stages dans de bons cabinets… Je ne sais pas ce que tu peux faire de plus, sincèrement.

– Trouver un autre bon stage, hasardé-je.

– Tu peux avoir le stage que tu veux, Neila.

– Je ne suis personne, lui rappelé-je en faisant la moue.

Thomas prend ma main et nous descendons de la tribune pour suivre notre guide.

– Ton intelligence est ton pouvoir, dit-il avec une fierté qui me touche. Mais être une Prescott est aussi un atout de taille.

– Mon Dieu, le coup bas ! m’écrié-je.

Il se met à rire, mais il n’a pas réellement tort. Les Prescott sont une famille influente de Boston, tant en politique qu’en affaires. Intégrer ce clan m’ouvrira toutes les portes qui seraient restées closes devant cette fille d’Olympia, dont les parents doivent gagner en un an ce qu’un seul membre de cette famille gagne en un mois. Je suis pourtant fière d’être une Simmons, je suis foncièrement attachée à ma tribu et à mon patronyme. Après tout ce que j’ai vécu, après tout ce que nous avons subi ensemble, j’ai l’impression que ce serait tourner le dos aux seules personnes au monde qui ne m’ont jamais lâchée. Et je ne peux pas faire ça. Jamais.

Après la visite du siège des Nations unies, nous prenons un taxi jusqu’à Central Park. Après avoir déjeuné, nous nous promenons et le thème « Mme Prescott ou pas » revient sur le tapis. Ce n’est pas qu’une question de principe, c’est beaucoup plus que ça. Je trouve triste de privilégier un nom plutôt qu’un autre, mais comme le fait si bien remarquer Thomas, si je veux travailler dans une organisation internationale, il va falloir que je revoie ma position. Quoique, le faut-il vraiment ?…

Après la promenade, Thomas me surprend en me proposant un tour de bateau sur le lac et je me sens comme une princesse, avec lui pour chevalier servant…

Le samedi se termine en clin d’œil. Nous dînons, puis nous allons chez Ben. J’ai encore le sourire aux lèvres quand j’ouvre la porte, Thomas derrière moi, et tombe sur Ash. Ash qui semble occuper tout l’espace par sa taille et aspirer tout l’air respirable par la même occasion. Ash qui me fixe à rendre fou mon cœur. Ash qui ensuite scrute mon fiancé d’un regard inquisiteur.

Ça ne fait qu’une seconde – peut-être cinq – que nous sommes là et j’ai déjà envie de partir en courant. Thomas s’avance et tend la main avec l’assurance d’un homme qui n’a jamais courbé l’échine devant qui que ce soit, qui a toujours été conscient de sa valeur, et ce n’est pas Ash, aussi imposant soit-il, qui va l’impressionner.

– Thomas Prescott, se présente-t-il.

– Ash Cooper, répond ce dernier en serrant sa main.

Ben sort à cet instant de la salle de bains, enveloppé dans un nuage de parfum. Il s’arrête en nous voyant, puis salue Thomas d’une tape fraternelle dans le dos. Contrairement à ce que ce geste pourrait laisser penser, ils ne sont pas amis et ne le seront jamais réellement. Au moins, ils ne se détestent pas. Qu’ils s’en tiennent à une relation cordiale est déjà une bonne chose.

– Je vais préparer un café pour Thomas, dis-je. Vous en voulez ?

J’ai posé la question par politesse et Ben, intelligent, est sur le point de refuser. Je le vois au premier mouvement de sa tête. Mais Ash est plus rapide que mon frère :

– On a le temps de prendre un café, décide-t-il.

Je le tuerais bien, mais ça aurait un impact un tantinet négatif sur mes ambitions…

Thomas s’installe sur le canapé et Ash sur le fauteuil alors que Ben termine de se préparer en faisant la conversation.

– Nous sommes allés au siège des Nations unies, raconte Thomas. Ta sœur semble à sa place derrière la tribune.

– Tu sais, quand elle était petite, elle voulait déjà bosser à l’ONU, dit Ben en s’asseyant à côté de Thomas. Mais je pensais qu’elle deviendrait psychologue ou assistante sociale…

– Elle voulait devenir psychologue, puis elle a décidé de devenir avocate, interviens-je.

Je m’approche et Thomas se lève pour récupérer le plateau de mes mains. Je le remercie avec un sourire et me place entre lui et mon frère. Ash, en face, me fixe avec une intensité qui me coupe le souffle. Après le dîner au Black Suit Club, j’ai cru que je m’étais habituée à son regard, mais je n’avais jamais vu cette expression de dominant.

Je n’aurais peut-être pas dû accepter sa proposition.

Quand il a répété son offre, encore à table, je me suis demandé s’il plaisantait. Est-ce que je voulais travailler avec lui ? Grands dieux, non ! Mais pour refuser, il me fallait trouver des arguments. Alors j’ai posé toutes les questions que j’aurais posées lors de n’importe quel entretien. Quelle serait ma fonction ? Auprès de qui je travaillerais ? Quels seraient mes horaires ? Et plus important que toutes ces questions réunies : quels seraient ses horaires à lui ? Et Ash a été surprenant de professionnalisme : je travaillerais avec son assistante juridique principale, je ferais le suivi des contrats entre autres, j’aurais un horaire normal, de neuf heures à dix-sept heures. Lui ne commence qu’après treize heures, mais il est souvent en réunion l’après-midi puisqu’il n’est pas disponible le matin, donc rarement au bureau.

Quelle bonne nouvelle que celle-là !

Pendant tout le temps de la discussion, il n’a pas joué les dragueurs de service, il n’a pas fait un seul sous-entendu déplacé. Il a été sérieux, son regard était professionnel. Alors je me suis dit « pourquoi pas ? ». Ce ne sont que six semaines, après tout.

– Et puis, sait-on jamais, si un jour tu t’investis dans le monde de la nuit… a-t-il plaisanté.

– J’ai comme un doute, ai-je répondu en fronçant les sourcils.

– Ne jamais dire jamais. Je n’aurais jamais cru me lancer, moi non plus.

– Tu étais un « consommateur », ce qui n’est pas du tout le cas de ma sœur, est intervenu Ben.

– Connaître le milieu de la nuit pourrait te permettre de mieux connaître certains de tes futurs clients, Neila, a argumenté Ash. Plus ils ont de l’argent, plus ils ont des problèmes.

– Quelle vision optimiste, ai-je lâché.

– Réaliste. Non seulement c’est mon travail, mais j’ai été de l’autre côté également. J’aurais détesté avoir des clients comme moi.

– Je n’en doute pas…

Et là, assise face à lui, devant ce regard sombre qui me perturbe et fait crépiter des choses dans mon ventre, j’ai l’impression que j’ai commis une erreur.

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