Épisode 02
Rolande : Humm! Sandrine !! Toi aussi, dis oui non.
Moi : C'est même quoi avec toi ? Va à ta fête si tu veux.
Rolande : Non ! Il faut que tu viennes avec moi.
Moi : Je n'ai pas envie.
Rolande : Ahhhh vraiment ! Toi tu n'as jamais envie. Tu ne peux pas un peu vivre ?
Moi : Tu veux que j'aille faire quoi là-bas ? Ceux ne sont pas mes amis.
Rolande : Parce que tu refuses d'être ami avec qui que ce soit.
Moi : Je suis bien amie avec toi.
Rolande : Et je me demande bien pourquoi tu m'as choisi.
Moi : Moi aussi. Vu comment tu me fais chier à cause d'une stupide fête, je me remets en question.
Rolande : C'est ça ! Pour une fois que je te demande quelque chose. S'il te plaît !
Moi : Ah ! Tu me fatigues. Ça va, je vais t'accompagner à ta stupide fête.
Rolande fait partie des rares personnes qui me supportent ici-bas. Nous sommes devenues amies en classe de Terminale. Elle était la seule qui savait ce qui m'était arrivé.
Nous étions juste des camarades de classe qui ne se parlaient pratiquement jamais. Elle faisait partie des stars de l'école. Les filles que tous les gars veulent mettre dans leur lit. Et pour son attitude, je ne l'aimais pas beaucoup. Mais un jour, en sortant des cours de répétition aux environs de 18h30, j'ai vu une fille du collège en train de se faire violer près des toilettes par plusieurs garçons. En les voyant, je suis restée figée comme paralysée.
Au lieu de secourir la fille, je les regardais sans vraiment les voir. Une autre image était dans ma tête. Moi en train de me faire violer. Je croyais revoir l'un de mes multiples viols. La seule différence c'était que cette fille au moins avait le courage de se débattre, malgré le fait qu'elle avait en face d'elle quatre garçons.
C'est Rolande qui faisait les même cours de répétition que moi, qui est venue me sortir de ma transe. Avec elle, nous avons réussi à libérer la jeune fille de l'emprise de ces sales types. C'est cet évènement qui nous avait rapprochés. Curieuse qu'elle est, pendant deux mois elle chercha à savoir pourquoi j'étais entré en transe. C'était dans un moment de faiblesse et fatiguée de n'avoir personne à qui me confier que je lui avais raconté mon histoire. Elle m'avait réconforté, mais ce que j'avais surtout apprécié venant d'elle et que je continue toujours d'apprécier, c'est qu'elle ne me prend pas en pitié. Elle ne me traite pas en victime. Je n'ai pas besoin que quelqu'un me rappelle encore plus tous les jours que je suis sale.
La fête dont Rolande parlait était une fête organisée par plusieurs camarades pour la fin des cours. Après deux ans à enchainer les stages non concluants, Rolande et moi nous avions décidés de finir avec le Master. Rolande est en Master II de Ressources Humaines et moi en Master II de Management des opérations. Les organisateurs de la fête sont les jetseteurs de l'école. Des petits cons qui se prennent pour le nombril du pape. Des gens que j'évite au maximum. Mais Rolande, miss sympathique, est amie avec tout le monde. Et elle veut que je fasse comme elle. C'est dans ces moments que je me demande comment on a fait pour être amies.
Quelques heures plus tard.
Maman : C'est même quoi ton problème avec Dieu ? Avant tu partais à l'église non ?
Moi : Oui parce que tu ne me laissais pas le choix. J'ai le droit de ne plus vouloir y aller.
Maman : Hum ! Mais dans le cas précis c'est juste une messe de baptême.
Moi : Peu importe. Je n'y vais pas.
Maman : Franchement je ne sais même plus quoi faire de toi.
Ça fait quatre ans que je n'y vais pas et je n'y remettrai plus jamais les pieds. En plus je ne vois pas à quoi ça sert de prier un Dieu qui laisse les gens souffrir, subir des atrocités sans même punir les bourreaux. Et on dit Dieu de justice ? C'est un Dieu qui a des préférences. Il choisit d'aider certains et de délaisser d'autres. Alors que les premiers le vénèrent. Moi j'ai compris que je ne fais aucunement partie de ses enfants.
Maman : Tu sors ?
Moi : Oui. Je vais à une fête avec Rolande.
Maman : Vraiment ! Il faut sortir. Et reviens de là avec les numéros de garçon.
Moi : Tu n'as pas honte de prostituer ta fille.
Maman : Ahhh Où est la prostitution ? Une vieille fille comme toi tu ne peux pas déjà venir me présenter un fiancé ? Tu es toujours en train de faire je ne sais quoi dans ta chambre. Pour une rare fois que tu fais les choses d'une vraie jeune fille.
Moi : Qui a dit que toutes les jeunes filles doivent passer leur vie à faire la fête. Il y a d'autres choses plus importantes que ça.
Maman : Comme chanter ? Tsuip ! l'enfant-ci pardon laisse-moi tranquille.
Ah oui ! J'oubliais. En dehors de l'église, voilà l'autre sujet pour lequel ma mère me saoule. Elle aimerait me voir au bras d'un beau et ténébreux garçon. Moi aussi j'aimerais bien, mais c'est impossible. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Eh oui ! Faut pas croire que je ne me laisse pas aller à des relations parfois. Même si ça fait trois ans que je n'ai même pas accepté l'invitation d'un gars. Ma dernière expérience m'a traumatisé.
L'amitié avec Rolande m'a permis de m'ouvrir un tout petit plus que je ne l'étais avant de la connaître. Elle a commencé à me pousser à sortir et à faire des rencontres. Mais pendant longtemps, je ne me contentais que d'accepter les invitations des garçons et quand il voulait déjà arriver à l'étape bisous sur la bouche je décampais. A cause de ça je me faisais traiter d'allumeuse. Mais bizarrement ça donnait encore plus envie aux garçons de venir me draguer. Tout le monde voulait être le premier à mettre dans son lit « l'allumeuse ». Il n'y a qu'un seul qui a réussi à me faire aller un peu plus loin si je peux dire.
Jean. Le premier et le seul amour de ma vie. J'avais vingt-et-un ans. Il avait happé mon cœur alors que je pensais que c'était impossible qu'un homme puisse le faire. Jean était un ami du grand-frère de Rolande. Nous nous croisions très souvent chez Rolande. Et de manière logique, nous discutions de temps en temps et même sortions en groupe. Il faut dire que Rolande et son grand-frère sont comme deux amis. Ainsi, au fur et à mesure que nous nous voyions l'attirance montait en chacun de nous deux. Mais il avait fallu du temps avant que les choses commencent vraiment entre nous. Un an et demi précisément. Avec mon caractère froid et mes humeurs changeantes, je crois qu'il ne savait pas comment m'approcher. Un jour j'étais sympa, l'autre j'étais une vieille mégère désagréable sans même vraiment le vouloir. On dirait qu'en me violant dans mon enfance on a fait entrer en moi un démon. Quand il est réveillé, je deviens l'être le plus détestable de la terre.
Après avoir serré mon cœur pendant un an et demi et tenté de nier mes sentiments pour Jean, j'ai fini par céder un soir. C'était notre troisième rencard. Il me raccompagnait chez moi et tout ce que je me demandais dans ma tête c'était pourquoi il n'avait pas le courage qui me manquait. Pourquoi il ne faisait pas le premier pas ? Je n'avais qu'une seule envie, sentir ses lèvres sur les miennes. Au même moment, on aurait dit que ce soir enfin, il avait réussi à lire dans mes pensées. J'entrais déjà dans le portail de la concession quand il m'a retenu et m'a embrassé. Là j'ai su ce qu'était un baiser. Mon tout premier baiser. Au moins pour ça je remercie le ciel. Il m'avait permis de connaître mon tout premier vrai baiser consenti, avec un homme que j'aimais. Mais tout s'est arrêté quand six mois après il voulut aller plus loin. Je pensais être prête ce jour-là à sauter le pas. Je m'étais préparé dans ma tête. J'étais allé lire des ouvrages pour avoir des conseils. Même si je n'étais pas vraiment vierge, pour moi ça aurait été la première fois que j'aurai des rapports sexuels consentis. Je voulais que ce soit parfait. Et puis je me disais que j'allais considérer cette fois comme « ma première fois ».
Il louait une petite chambre d'étudiant derrière le stade . Couchés sur le lit, Jean m'embrassait avec fougue. J'aimais ça. Il réussit à m'enlever mon t-shirt, puis ma jupe. Et à un moment, il chercha à introduire son doigt sous ma culotte. Blackout ! Un instant j'eus l'impression de perdre la vue et ensuite, je commençai à voir John me toucher. Alors je frappai Jean, bien sûr en croyant que c'était John. Je pris mes habits et je sortis en fuyant de chez lui. Je trouvai un coin en bas de son immeuble pour me rhabiller. Heureusement pour moi, je n'avais croisé personne dans les couloirs. En sortant de là, j'avais eu la chance de trouver d'un coup un taxi. Ce n'est que dans le taxi que je m'étais reprise et rendu compte que ce n'était pas de chez John que je venais de m'échapper mais de chez mon petit-ami. Après ce jour, je n'ai plus jamais revu Jean. Il avait essayé de me revoir et d'avoir une explication mais je le fuyais comme la peste. Pas parce que j'avais peur de lui au contraire. C'était bien le seul homme dont je n'avais pas peur. Mais parce que j'avais honte. Honte de l'attitude que j'avais eue envers lui. Et je savais que si je devais le revoir, je devrais lui dire pourquoi j'avais agi ainsi. Ce qui impliquait que je lui raconterais ce qu'on m'avait fait. Et ça, malgré tout l'amour que j'avais pour lui, je n'étais pas prête à le faire. Rolande m'avait supplié de lui raconter. Elle avait tenté de m'assurer qu'il me comprendrait mais non c'était trop dur.
A partir de là, je me suis dit que l'amour n'était pas pour moi. Donc ma mère peut toujours attendre. Elle n'aura pas le plaisir d'organiser le mariage de sa fille. Quel homme acceptera de rester avec une femme à qui il ne pourra pas faire l'amour ? Désolé pour elle.
Rolande : Tu es sûre que tu ne voulais pas aller à la fête là ?
Moi : Tu veux que je change d'avis.
Rolande : Humm ! laisse-moi avec ton chantage. Après tu vas même plus t'amuser que moi à cette fête.
Moi : c'est possible si la musique est bonne.
Rolande : Et s'il y a des canons.
Moi : Euh ! L'autre-là ne me concerne pas.
Rolande : Tu pourrais peut-être réessayer ? Ça fait trois ans ma chérie.
Moi : Pourquoi ? Pour que je m'enfuie encore comme une illuminée quand on voudra soulever ma jupe ? Non merci !
Rolande : Le temps est passé. Je suis sûre que tu peux faire face. Surtout si tu fais ce que je te conseille depuis.
Moi : Ceux sont les choses des blancs.
Rolande : Sauf que tu as donc les maladies des blancs comme tu dis. Fais-toi aider. Va voir le psychologue !
Ça fait plus d'un an que Rolande me demande d'aller rencontrer une psychologue qu'elle a rencontré par hasard chez un de ses oncles. En la voyant, elle a tout de suite pensé à moi. La psy lui a remis sa carte car elle lui avait dit qu'elle a une amie qui pourrait avoir besoin de ses services. Moi franchement, je n'en vois pas l'intérêt. Je n'ai pas réussi à parler à ma mère de ce qui m'est arrivé en quinze ans, c'est à une inconnue que j'irai le faire ? Niet ! Qu'est-ce que ça allait m'apporter d'aller raconter comment je me sens sale, comment j'avais laissé qu'on me vole ma vie ? Pour que quand elle se retrouve avec ses amis derrière, elle raconte comment elle a une stupide patiente qui n'a pas su fermer ses pieds ou qui n'a pas su se défendre ? Non ! Depuis que je vis comme je vis là, est-ce que je suis morte ? Ce sont les histoires des blancs.
La soirée se passe dans une petite salle de cérémonie à Cotonou. La salle appartient en fait aux parents de l'une de nos camarades organisatrices de la soirée.
Quelques minutes plus tard, assise sur ma chaise les yeux fermés en train de savourer la musique, Rolande vient me retrouver accompagnée d'un homme. Quand je les vois ensemble, j'attache directement la bouche. Elle tente encore de me caser avec quelqu'un. Je crois que c'est la sauvagerie qu'elle cherche aujourd'hui.
Rolande : On est à une fête et toi tu dors ?
Moi : Est-ce que je dors ? J'écoute la musique.
L'homme : C'est vrai que le Dj est bon. Depuis là il éveille des souvenirs en moi.
Moi : Mieux de toi !
Je referme les yeux. Je fais exprès d'être désagréable. Mon seul but est qu'il enlève toute idée de vouloir me draguer. Mes yeux fermés c'est pour ne pas avoir à affronter le regard désapprobateur de Rolande. Mais malgré, je sens comment elle me fusille du regard. Agacée par mon attitude, elle me botte légèrement au pied.
Rolande : Je te présente Charms.
Moi : Hum !
Rolande : Charms, elle s'appelle Sandrine.
Je fais toujours mine de ne pas les gérer. Son regard d'animal affamé-là ne va pas tarder à changer. Ou alors il va détourner ça sur une autre proie.
Charms : Enchantée Sandrine. Ça te dit de danser ?
Moi : ...
Je le regarde de la tête au pied comme si c'était un clochard qui me parlait. Donc le gars-là ne comprend pas ou il fait exprès. Dégage dis-donc !
Moi : Non !
Il se rapproche de moi et se baisse pour me parler à l'oreille.
Charms : Si ta stratégie c'est de me faire fuir, tu ferais mieux de jouer à la gentille petite fille. Moi j'aime les salopes insolentes et sexy comme toi.
Il se redresse tout en me fixant avec un sourire en coin. Je ne sais pas s'il est moqueur ou pas, mais son sourire me met mal à l'aise. Mais en même temps, sa répartie me plaît. J'aime les gens qui ne se laissent pas faire.
Moi : Tu viens de me traiter de salope ?
Charms : Non. J'ai dit salope insolente et sexy. C'est différent. J'insiste, je veux danser avec toi.
Moi : Je te préviens, je déteste les hommes qui dansent mal.
A suivre.....
