Chapitre 7
Les murmures se glissèrent dans les couloirs de l’entreprise, comme une brise sournoise, se faufilant entre les bureaux, entre les dossiers, là où personne ne semblait écouter. Mais Erynn entendait tout, ou du moins, elle croyait l’entendre. Les rumeurs étaient légères au départ, comme des chuchotements derrière des portes fermées, mais elles prenaient de l’ampleur avec chaque journée qui passait, et bientôt elles devinrent impossibles à ignorer. Kaelen, l’homme qu’elle redoutait et, en même temps, attirait de manière inexplicable, n’était pas simplement un patron comme les autres. Il n’était pas juste un leader impitoyable dans le monde des affaires. Non, il appartenait à un autre monde. Un monde qu’Erynn n’aurait jamais imaginé. Un monde où des créatures aussi anciennes que le temps lui-même gouvernaient dans l’ombre.
Les rumeurs parlaient de sa meute, de cette mystérieuse organisation à laquelle il appartenait, une meute qui n’était pas seulement influente dans le monde des affaires, mais qui régissait aussi des forces bien plus puissantes et surnaturelles. Les bruits circulaient parmi les employés, mais personne n’osait vraiment s’y attarder. Certains parlaient d’événements inexpliqués, d’apparitions furtives, de phénomènes que même la science moderne peinait à expliquer. D’autres évoquaient des histoires anciennes, des légendes oubliées, des mythes sur des créatures à la fois terrifiantes et fascinantes, des êtres dont la présence même pouvait déstabiliser l’équilibre du monde.
Erynn tenta de repousser ces pensées. Elle n’était pas prête à affronter ce qui se passait autour d’elle. La réalité de ce qu’elle ressentait pour Kaelen, ce désir qui semblait la submerger à chaque regard qu’il posait sur elle, cette attraction qu’elle ne pouvait ni comprendre ni contrôler, la terrifiait bien plus que n’importe quelle rumeur. Chaque instant qu’elle passait près de lui, chaque conversation qui, de plus en plus, laissait entrevoir des aspects d’une nature qu’elle n’arrivait pas à saisir, devenait une épreuve. Elle savait que quelque chose se cachait derrière son regard intense, son calme presque surnaturel, mais elle n’arrivait pas à se résoudre à explorer ce mystère. Elle avait peur. Peur de ce qu’elle pourrait découvrir. Peur de ce qu’il représentait. Et plus encore, peur de ce qu’elle pourrait devenir si elle s’abandonnait à cette attraction.
Mais, comme toujours, Kaelen semblait avoir cette étrange capacité à se glisser dans sa vie. Il se manifestait là où elle s’y attendait le moins, toujours présent d’une manière ou d’une autre, toujours plus proche. Même lorsqu’il ne disait rien, même lorsqu’il ne faisait rien de plus que de la regarder de loin, il était là, dans son esprit, dans ses pensées. Et plus elle résistait, plus la tentation grandissait. C’était presque insupportable, cette lutte interne qu’elle menait chaque jour, entre la crainte de ses pouvoirs et la fascination qu’il exerçait sur elle.
Un après-midi, alors qu’elle se tenait devant son ordinateur, cherchant à se concentrer sur un dossier complexe, la porte de son bureau s’ouvrit soudainement. Elle leva les yeux et croisa le regard de Kaelen. Il ne dit rien, mais la tension était palpable. Elle pouvait sentir son regard se poser sur elle, comme s’il cherchait à sonder son âme. Un frisson parcourut sa peau. Elle détourna les yeux, refusant de céder à cette attraction qui devenait de plus en plus envahissante.
« Je vous ai demandé de revoir ces chiffres, Mademoiselle », dit-il d’une voix calme, mais ses mots semblaient avoir un poids supplémentaire, comme si chaque syllabe portait un message qu’elle ne comprenait pas.
« Oui, je vais m’en occuper », répondit-elle, la gorge serrée. Elle s’efforça de rester calme, de ne pas montrer l’agitation qui bouillonnait en elle.
Il resta là, dans l’encadrement de la porte, un instant de trop. Puis, il se détourna et s’éloigna, sans un mot de plus. Mais quelque chose dans la façon dont il l’avait regardée, dans la manière dont il semblait l’observer en silence, la perturbait profondément. Ce n’était pas juste un regard professionnel. Non, il y avait une intensité, une profondeur derrière ses yeux qui la déstabilisait, qui la paralysait presque.
Quelques jours plus tard, l’incident arriva. Une réunion importante était en cours, une réunion où des informations cruciales devaient être échangées. Mais au lieu de parler de chiffres ou de projets, tout bascula lorsqu’un des associés de Kaelen se leva brusquement, l’air troublé, presque pâle. Les yeux écarquillés, il regarda autour de lui, comme s’il cherchait une sortie.
« Il faut partir… tout de suite », dit-il d’une voix tremblante, avant de s’élancer vers la porte.
Personne ne comprit immédiatement ce qui se passait. Les murmures commencèrent à circuler, des visages se tournaient vers Kaelen, qui était resté calme, immobile, comme s’il attendait que quelque chose se passe.
Erynn, qui observait la scène, sentit un frisson glacer ses veines. Elle n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer, mais elle savait, au fond d’elle, que Kaelen en savait plus qu’il ne laissait paraître. Elle pouvait voir l’expression figée sur son visage, ce calme trop parfait pour être naturel. Il y avait quelque chose de très étrange, de profondément perturbant dans la façon dont il gérait la situation.
Lorsque la réunion se termina dans un silence lourd, Erynn sentit un besoin irrésistible de savoir ce qui venait de se produire. Alors qu’elle se dirigeait vers son bureau, un collègue vint la voir, ses yeux écarquillés de crainte.
« Tu as vu ça, toi aussi ? Ce type, il… il a failli perdre le contrôle. C’est pas normal. Tu sais ce qu’on dit à propos de Kaelen, non ? »
Les mots de son collègue résonnèrent dans sa tête comme un écho. « Il a failli perdre le contrôle. »
Elle ne comprenait toujours pas tout, mais quelque chose en elle savait que ce n’était pas un simple incident. Ce n’était pas une crise de panique. Il y avait quelque chose de plus sinistre, quelque chose de plus puissant derrière cette réaction. Et, pour la première fois, elle sentit un frisson d’inquiétude qui se glissait sous sa peau. Les rumeurs étaient peut-être plus vraies qu’elle ne l’avait cru. Kaelen n’était pas juste un homme d’affaires impitoyable. Il n’était pas comme les autres.
Mais la peur n’avait pas encore pris complètement le dessus. Parce qu’au fond, malgré ce qu’elle savait, malgré les signes évidents qu’il y avait quelque chose d’anormal chez lui, elle ne pouvait pas s’empêcher de se sentir attirée par lui. Ce tiraillement entre l’horreur de ce qu’elle commençait à découvrir et l’irrésistible attirance qu’elle ressentait pour lui la dévorait chaque jour un peu plus. Elle ne pouvait pas échapper à cette étrange connexion.
Plus elle essayait de le fuir, plus il semblait la suivre, la rattraper. Et plus elle résistait, plus elle se perdait dans l’invisible réseau de pouvoir qu’il tissait autour d’elle, sans qu’elle ne puisse s’en rendre compte.
