Tu veux jouer avec nous ?
Après m’avoir balancé un dernier regard, le roi sort de la salle sans un mot de plus. Je décide donc d’aller me préparer pour sortir visiter la ville avec Mélissa.
Je suis toute excitée.
Ça fait un mois que je suis ici et je ne suis jamais sortie du palais. Déjà, je ne me suis jamais baladée dans le palais, vu qu’on ne m’avait jamais donné la permission.
À peine sortie du palais que je peux voir les rues pleines de vie. À voir les habitants, on sent directement que le pays est prospère. Il a peut-être l’air d’un psychopathe en apparence, il n’en reste pas moins un bon roi.
Après une très bonne et longue visite, je suis tellement fatiguée que je décide donc de me reposer. Je vois un grand bâtiment, et dehors il y a des enfants qui jouent. Je suis toute excitée.
— Salut, vous jouez à quoi ?
— Tu as presque le même âge que nous, alors ne nous appelle pas enfants, tu es une enfant toi aussi.
— D’accord, d’accord, je m’incline.
— Alors, c’est un orphelinat ici ?
— Oui.
— Tu veux jouer avec nous ???
— Bien sûr.
Après plusieurs parties de jeux, je suis tellement fatiguée que je m’écroule sur le sol. Je suis tellement heureuse, je me suis tellement amusée.
— Mademoiselle, pourquoi vous avez des cheveux blancs et vos yeux aussi ??
— Je suis née comme ça, ma petite puce. Comment tu t’appelles ?
— Winnie. Tu viendras encore jouer avec nous ??
— Oui, ma petite Winnie, je viendrai dès que je peux jouer avec vous.
J’étais tellement absorbée que je n’ai pas vu l’heure. Mon Dieu, il est tard !
— Mademoiselle, nous devons rentrer.
— D’accord, Mélissa.
— Au revoir, les amis.
Nous voilà de retour au palais quelques minutes plus tard, et j’allais forcément être jetée à nouveau au cachot, ou pire encore.
Je suis à table avec le roi. Le silence est toujours aussi intense. Après le repas, il se lève puis part, mais à la place, il me demande :
— Comment était la visite de la ville ??
Je suis prise de court et réponds immédiatement et avec enthousiasme :
— C’était vraiment magnifique, les rues sont tellement pleines de vie. Il suffisait de regarder les visages des habitants pour comprendre que le pays est prospère.
— Ok.
Il se lève et part sans rien dire. Je me demande si j’ai dit quelque chose de mal, mais je ne crois pas. Il s’est peut-être senti obligé de me poser cette question.
Je quitte la table à mon tour. En allant dans ma chambre, je tombe sur une discussion.
— Alors, comme ça, mademoiselle Érika arrive demain.
— Oui, elle serait devenue la femme du roi si cette gamine n’était pas arrivée.
N’ayant pas envie d’écouter la suite, je me dirige vers mes appartements. Érika ? Je me demande si c’est pour elle que le roi ne supporte pas ma présence. Ça doit être son amoureuse.
Je n’ai que 10 ans. Si je réfléchis autant, c’est parce que j’apprends vite. Je suis capable de retenir tout ce que je lis, et aussi à cause de la méchanceté de ma belle-mère. Elle ne m’a pas épargnée sur tous les points, elle m’a mené la vie dure, ce qui a eu pour effet de me faire grandir plus vite.
Mais dès que j’entre dans la chambre, je me jette sur mon lit. Mélissa s’approche et me dit :
— Je sais que vous êtes curieuse à propos d’Érika, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Érika est l’unique fille du mentor du roi Nozel. Après la mort du roi et de la reine, le seigneur Zell a pris le roi sous son aile et lui a tout appris. Il voyait le roi comme son propre fils.
— Mais pendant une guerre qui éclata avec ton royaume, le seigneur Zell perdit la vie. Le roi promit donc d’épouser mademoiselle Érika. Il ne l’a pas dit clairement, c’est en fait mademoiselle Érika elle-même qui a fait courir la nouvelle.
— Mais je suis la fiancée du roi, donc je fais obstacle à leur amour. En plus, c’est forcément un chevalier de mon pays qui a ôté la vie au seigneur Zell.
— On ne peut pas dire que le roi soit effectivement amoureux de mademoiselle Érika. Disons qu’il le fait par obligation envers le seigneur Zell.
Après avoir écouté Mélissa, je crois qu’il est l’heure pour moi de descendre pour le dîner. Depuis que je suis dans ce château, je suis sortie une seule fois.
Aujourd’hui, je décide de demander encore au roi de me laisser, de temps en temps, sortir. J’ai tellement envie de voir et de jouer avec les enfants de l’orphelinat.
Je suis toujours assise à l’autre extrémité de la table quand le roi Nozel entre. Il me lance un regard des plus menaçants et s’assoit. On dirait que le roi est de mauvaise humeur.
Bien sûr, je peux comprendre sa mauvaise humeur. Son amoureuse arrive demain, et moi je suis là. Je ne devrais même pas être là.
Le repas se passe en silence comme d’habitude, mais dès que le roi pose son couvert :
— S’il vous plaît, roi Nozel, me permettez-vous de sortir en ville ? La dernière fois, je suis allée à l’orphelinat et j’y ai rencontré des enfants très adorables, de mon âge. Je leur ai fait la promesse de venir à nouveau les voir.
— Fais comme tu veux. Mais sache que hors du palais, ta sécurité n’est plus de mon ressort.
— D’accord, mon seigneur.
Il me balance un regard froid et sort. Moi, ça ne me dérange pas, car aussi longtemps que je reste loin de lui, mieux je me porte.
Ça fait déjà trois mois que je suis dans ce grand château. Je me contente juste de vivre sans me mettre en travers de son chemin.
Je suis toute contente. Je suis dans la chambre avec Mélissa. J’ai tellement hâte d’être à demain, je me vois déjà jouer avec les autres enfants.
Après le petit déjeuner avec le roi, je retourne dans ma chambre où Mélissa m’aide à me changer. Après, nous sortons du palais, mais je dois y retourner avant le dîner, ou je ne sais comment le roi me punira.
