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23

Après m'être à nouveau endormie près de toi, je me réveille encore sans toi. Pourquoi ai-je été déçue en ouvrant les yeux ? Je suis totalement perdue. Tout ce que j'ai toujours cru n'a aujourd'hui plus aucun sens. Je ne reconnais plus mes pensées ni mes envies et tout ça me fait peur. J'essaie de me raccrocher à mes rêves d'enfant mais ils me semblent bien loin à présent.

Le cœur suspendu au dessus du vide, je descends les escaliers à pas de loup. Je me suis réveillée seule dans la chambre de et l'étrange sensation que j'ai ressentie à ce moment-là ne m'a pas quittée. Je suis mal à l'aise, comme si j'avais usurpé une place à laquelle je n'avais pas droit. Hier soir, je voulais simplement partager un instant rien qu'à nous. La nuit a toujours été notre alliée ; elle est le gardien de nos secrets chuchotés le cœur battant et de nos fous rires étouffés lorsque nos parents nous croyaient endormis. Mais le jour finit toujours par chasser la nuit, emportant avec lui ce sentiment d'invincibilité qui nous rendait si téméraires.

J'atteins le rez-de-chaussée dans un silence quasi monacal. Mon ventre se débat avec une énorme boule de stress et je ne peux me retenir de triturer nerveusement mes doigts dans tous les sens. Et si regrettait ma venue ? Et s'il m'en voulait de m'être montrée si proche de lui ? Les sept dernières années ont creusé un tel gouffre entre nous que mes envies s'effondrent trop souvent contre la réalité.

En pénétrant dans la cuisine, je distingue le bruit de la télévision en sourdine. Je continue mon avancée jusqu'au salon où j'aperçois confortablement installé sur le sofa. Je ne peux pas voir son visage puisqu'il me tourne le dos, alors je m'autorise cinq secondes avant d'aller l'affronter.

Cinq

Mes yeux se perdent dans ses cheveux bruns en bataille

Quatre

Je l'entends ricaner la bouche pleine et mon cœur se réchauffe

Trois

Non je ne rêve pas, les muscles nus de ses épaules commencent déjà me tourmenter

Deux

Sa peau est de plus en plus gorgée de soleil, je ne devrais pas la regarder ainsi

Un

Pourvu qu'il ne me rejette pas

J'inspire un grand coup et je le rejoins sur le canapé. Lorsque j'arrive à sa hauteur, il détourne son regard de l'écran de télévision pour m'offrir un petit sourire qui fait fleurir sa fossette mais il ne s'attarde pas sur mon visage. Le Marsupilami semble absorber toute son attention.

-Tu regardes encore ça ? lui dndé-je en m'essayant prudemment à côté de lui

-Ouaip. Tous les matins, répond-t-il la bouche pleine de céréales.

Je souris discrètement en l'observant à la dérobée. - la personne la plus mature, responsable et infaillible que je connaisse - est également celui qui n'a jamais arrêté de regarder les dessins animés en mangeant ses céréales trempées dans du jus de pomme. Ouais je sais, c'est vraiment pas bon mais il n'a jamais aimé le lait. Je ferme les yeux une minuscule seconde pour savourer cet apaisement. Rien n'a changé.

Je subtilise la cuillère dans la main de pour lui voler une bouchée. Sa mixture est toujours aussi mauvaise.

-C'est bon, hein ? me dnde-t-il la bouche encore pleine, un sourire idiot greffé au visage.

-Ouais. Toujours aussi dégueulasse.

-Ca, c'est parce que tu n'as pas assez bien goûté. Attends.

Je n'ai pas le temps de m'attarder sur son sourire machiavélique qu'il se retourne brusquement pour emprisonner mon poignet et me forcer à avaler une énorme bouchée de ses immondes céréales détrempées. Je me débats mais il empoigne fermement mes côtes pour me chatouiller. Je me tortille dans tous les sens en riant, les larmes aux yeux. Il étale maintenant sa bouillie sur tout mon visage en me maintenant contre le canapé avec son corps musclé. Mes cris s'évanouissent entre nos rires. Quand il estime que je suis suffisamment maquillée, il s'éloigne pour admirer son œuvre. Je fais mine de le fusiller du regard mais je ne peux m'empêcher d'être heureuse de la tournure des évènements. Moi qui redoutais ses reproches, je n'ai jamais été contente de me faire attaquer.

-Tu vas me le payer !

-Je n'attends que ça, fanfaronne-t-il en se dirigeant vers le jardin.

Je ne perds pas une seconde, je file en cuisine pour attraper un verre et le remplir d'eau glacée. Je m'approche le plus discrètement possible de la baie vitrée pour préparer mon attaque. est maintenant en train de lacer ses chaussures, assis sur le carrelage de la terrasse. Son torse dénudé ne cache aucun de ses muscles railleurs et je dois réellement rassembler tout mon esprit revanchard pour ne pas perdre le fil de mes pensées. Je me faufile à l'arrière de la maison pour qu'il ne me voie pas arriver. Au moment où il me repère, il est déjà trop tard. Je verse brutalement le contenu de mon verre sur sa peau bronzée, l'eau glacée se faufilant fièrement le long de sa colonne vertébrale. Un puissant cri vide ses poumons.

-PUTAIN ! TU...

-Chuuut... Pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, lui lancé-je avec un petit sourire narquois. La revanche c'est ce soir, devant la cible. On règlera ça avec les fléchettes, comme au bon vieux temps. Maintenant va bosser. Tu vas être en retard.

-Tu ne perds rien pour attendre poupée. Et au fait ?

-Hm ?

-Tu ronfles.

Le cœur léger, je regagne l'étage mais je tombe sur mon frère, à moitié endormi, qui tangue sur ses jambes au milieu du couloir.

-C'est quoi ce bordel ? J'ai entendu des cris, j'ai cru qu'on égorgeait des cochons.

-C'est qui faisait la chochotte, lui répond-je en riant de bon cœur.

Je passe ma main dans ses cheveux pour les ébouriffer affectueusement mais il se défile. Ses yeux émeraude sont rougis et boursoufflés. Si je ne connaissais pas ses tendances pour tout ce qui se fume et qui fait planer, je pourrais croire qu'il a pleuré. Je fronce tout de même les sourcils en rrquant ses traits tirés, m'apprêtant à lui dnder ce qui ne va pas lorsque j'aperçois une énorme marque violacée dans son cou. Ce foutu gamin n'est pas triste, il est simplement épuisé par tous ses excès.

-Ca te dit qu'on passe un moment ensemble ? On pourrait prendre la voiture et aller flâner vers la petite crique.

Lorsque nous étions enfants, nos parents adoraient rouler sans but précis et découvrir des petits coins de paradis nichés au cœur de l'arrière-pays. Un jour, nous avons débusqué une petite crique encerclée dans un amas rocheux aux couleurs ocres rongé par le temps. Un petit chemin caillouteux serpentait le long d'une descente escarpée mais après une petite marche périlleuse, la vue qui s'offrait à nous était à couper le souffle. Depuis, nous avions pris l'habitude d'y retourner régulièrement pour profiter d'une oasis intimiste quand les touristes se faisaient trop encombrants.

-Désolé mais je dois rejoindre Jonathan en début d'après-midi. Il a organisé un tournoi de PlayStation et je lui ai promis de passer.

Il baille à s'en décrocher la mâchoire.

-En attendant, je crois que je vais aller me recoucher.

Je fais taire la déception qui pointe le bout de son nez et me contente de lui planter un baiser sur la joue. Il fait mine de l'essuyer du revers de la main en rejoignant son lit. Au rez-de-chaussée, j'entends la porte d'entrer claquer et la voiture de s'éloigner. J'allume la radio quand j'entre dans la douche afin de faire taire mes pensées solitaires.

Après avoir tourné en rond une bonne partie de la journée, je décide d'enfin prendre mon courage à deux mains. Je redoute tellement le silence des lieutenants que je n'ai pas encore trouvé le courage de me rendre au poste de police. Mais aujourd'hui, j'ai besoin de faire face à la réalité. J'ai beau tout faire pour oublier les questions qui me rongent, je ne parviens plus à faire semblant. Je ne sais plus qui je suis et j'ai été amputée de la moitié de mon cœur. Comment réussir à vivre avec un tel blackout ?

C'est le cœur au bord des lèvres que je gare la voiture sur le parking du commissariat. Mes mains sont moites et je ne peux m'empêcher de les essuyer nerveusement sur mon short en jeans. Je me présente à l'accueil d'une voix chevrotante mais l'hôtesse ne prend même pas la peine de lever le nez vers moi. Elle grommelle un truc du genre « patientez là-bas » et je me retrouve comme une idiote en train de poireauter dans une salle glauque au milieu d'un tas de gens bizarres. Après une bonne dizaine de minutes pendant lesquelles j'ai failli faire demi-tour au moins deux cents fois, un des deux policiers qui m'ont rendu visite à l'hôpital apparait et me dnde de le suive.

Nous empruntons un couloir sombre à la peinture sale et défraichie puis nous pénétrons dans une petite pièce où seuls un bureau et deux chaises sont installés. Le policier s'assoit derrière son écran d'ordinateur et m'invite à en faire autant. Je me dnde franchement ce que je fous ici lorsque la chaise bancale sur laquelle je pose mes fesses menace de tomber en ruine.

-Bonjour Mlle Pazzi, en quoi puis-je vous aider ?

-Je...euh... je... j'aimerais savoir si vous avez du nouveau concernant l'accident dont mes parents ont été victimes.

Le lieutenant aux tempes grisonnantes et au regard éteint me dévisage un instant. Il joue avec les boutons de sa chemise grise en me répondant, d'un ton monocorde :

-L'enquête est en cours, je ne peux rien vous dévoiler. Nous vous ferons part de nouveaux éléments dès que nous serons en mesure de le faire.

La déception m'étouffe presque. J'agrippe le bureau qui me fait face du bout des doigts en me rapprochant légèrement du bord de la chaise.

-Vous ne pouvez vraiment rien me dire ? J'ai besoin de réponses monsieur, il faut que je sache ce qui est arrivé à mes parents. Avez-vous des pistes ? Des éléments nouveaux qui vous orienteraient vers des suspects potentiels ? Avez-vous interrogé des témoins ? Que vous ont-ils dit ?

-Encore une fois, je ne peux rien vous dire. Nous travaillons d'arrachepied sur cette affaire et soyez sûre que nous ferons tout notre possible pour vous apporter toutes les réponses aux questions qui vous taraudent mais aujourd'hui, je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider. Sachez simplement que nous n'écartons aucune piste et que nous interrogeons précautionneusement l'entourage de vos parents pour reconstituer leur quotidien.

Lorsque je ressors du commissariat, je suis plus abattue que jamais. Des larmes menacent au coin de mes yeux et pour les faire disparaître, je choisis d'écraser la pédale d'accélérateur sur l'autoroute. La vitesse mêlée à l'adrénaline m'aide à enfouir mes tourments et l'espace de quelques minutes, j'oublie tous les trous noirs qui rongent ma vie. Le soleil brille toujours dans le ciel lorsque j'emprunte la sortie qui mène en direction de la maison de . La voiture perd de la vitesse et mes angoisses reviennent au galop. L'idée de regagner cette bâtisse vide fait naitre un frisson d'effroi au creux de mon ventre. Je ne réfléchis pas, je donne un bon coup de volant pour changer d'itinéraire et je laisse le véhicule m'emporter loin. Trois heures durant, je vogue sur les chemins escarpés de l'arrière-pays en tentant coûte que coûte de me souvenir de ce qu'est devenue ma vie ces sept dernières années. En vain.

Il est plus de 19h lorsque je coupe le moteur devant la maison de . Cette petite escapade a au moins eu le mérite de me vider la tête mais je suis épuisée. Quand je rejoins la terrasse, je rrque tout de suite les deux verres à cocktail posés sur la table en bois ainsi que la grande assiette remplie de petites choses délicieuses à grignoter. Je m'affale sur une chaise, les larmes s'entassant déjà sous mes paupières. Qu'ai-je fait pour mériter ce garçon qui sait toujours exactement ce dont j'ai besoin ?

Un poids invisible se décroche doucement de mes épaules au moment où apparaît sur le seuil de la baie vitrée, le nez plongé sur les bouteilles qu'il tient entre ses mains. Nos regards se croisent et ses belles lèvres dessinent un sourire délicat. Je jurerais que quelques étoiles supplémentaires naissent dans le ciel au-dessus de nos têtes.

-Prête à te prendre une raclée poupée ?

-J'aimerais bien voir ça.

Je feins plus de gaieté que je n'en suis capable ce soir. Sans un mot de plus, attrape la bouteille de rhum et verse le liquide transparent dans un des deux verres. Il le complète avec un peu de jus d'orange et me le tend. Je l'accepte sans rechigner. Il décapsule ensuite une bière et fait tinter nos deux boissons entre elles avant de porter le goulot à sa bouche. Une goutte du liquide ambrée s'échappe de ses lèvres pour rouler dans sa barbe et je me dnde immédiatement quel est son goût.

Quand j'avale les premières gorgées de mon cocktail, je souris. avait deviné qu'une bière n'aurait pas suffi ce soir. Le rhum est un excellent compagnon de tristesse. Je fourre dans ma bouche un morceau de pizza en me retournant vers la cible. Il l'a installée contre le vieux cerisier que j'adore, au fond de son jardin.

-Qui commence ?

-Honneur aux perdants, lance-t-il en me tendant les premières fléchettes.

Je m'esclaffe devant son aplomb, lui qui n'a jamais été très bon à ce jeu. Mon verre à la main, je me dirige vers la cible pour effectuer mon premier lancer. Il atterrit assez près du centre mais ce résultat ne me contente pas. Les fléchettes qui suivent se plantent toutes à deux doigts du rond rouge. J'entends déjà grommeler dans mon dos.

-Sérieux, tu te dopes ?

Je ne réponds pas mais je passe à côté de lui en fanfaronnant comme je sais si bien le faire. Il lève les yeux et s'approche de la cible pour planter ses flèches dans des zones dont je ne connaissais même pas l'existence tant elles sont éloignées du centre. Nous restons un long moment à enchainer les lancers et à vider nos verres dans la douceur de cette belle soirée d'été. Lorsque la nuit tombe, mon esprit s'embrume sous l'effet de l'alcool mais je rrque tout de même les guirlandes lumineuses qu'il a installées dans les arbres afin que nous puissions continuer à jouer. Les lumières dorées se reflètent petit à petit dans les yeux de qui deviennent presque transparents. Je n'arrive pas à décrocher mon regard du sien. En cet instant, j'ai tout bonnement la sensation qu'il me perce jour. Peu importe ce que je voudrais bien lui raconter, il ne verra toujours que celle que je suis réellement. Et comment pourrait-il rester avec moi en découvrant les ombres qui me tourmentent ?

De sa démarche féline, s'approche en me fixant. Mes doigts se recroquevillent autour de mon verre et mon cœur se lance dans une course folle. Les ombres qui virevoltent sur son visage redessinent ses traits avec une intensité nouvelle, créant des chemins escarpés que je rêve de gravir du bout des doigts. Quand il arrive à ma hauteur, son souffle effleure ma joue déjà frissonnante.

-Bouge pas poupée, je vais répondre au téléphone.

Les sons alentours se répercutent à nouveau dans mes oreilles et je perçois enfin la sonnerie de son smartphone. Il s'éloigne en ricanant et je m'empourpre, soudainement gênée. Putain mais à quoi est-ce que je joue au juste ? Je l'observe discuter au téléphone, un sourire moqueur au coin des lèvres. Pour me venger, j'attrape un feutre et recouvre d'encre noire le manche des fléchettes de . Il me rejoint après avoir raccroché.

-C'était Sam. Il est avec Nico et Jamie au Sick one et il nous propose de les rejoindre.

-Ça me va. Mais avant, on joue notre dernier lancer.

-D'accord mais si je remporte la partie, je veux que tu m'accordes le rencard que tu m'as toujours refusé quand on était gamin.

-Un... un rencard ? m'étouffé-je bêtement.

-Un rencard entre potes mais un rencard quand même. Au resto, avec vêtements chics et tout le reste.

-... grogné-je. Tu sais bien que je déteste mettre des robes et tous ces trucs nunuches de fille.

-Je sais. Mais ce ne serait pas drôle si je gagnais et qu'on faisait exactement ce dont toi tu as envie.

-Ok alors dans ce cas, je veux que tu joues une chanson de Taylor Swift si je gagne. Tu sais une de ces chansons où elle bouge son popotin et où je m'excite comme une ado en l'entendant. Et bien je veux que tu la joues pour moi... sur scène.

La surprise se dessine sur son visage si enivrant mais il se reprend très vite, feignant ne pas être ennuyé par ma dnde. préfère toujours rester dans l'ombre de Nico quand ils se produisent.

-Vos désirs sont des ordres poupée.

-Et arrête avec ce surnom à la con !

-Balance tes fléchettes au lieu de râler poupée.

Au lieu de m'énerver contre lui, je décide de le faire taire en lançant mes fléchettes au cœur de la cible. Après mes trois lancers, mon score caracole presque au maximum. ne se démonte pas et s'approche à son tour de la cible. Il jette ses fléchettes et même si son résultat est plutôt honorable vu son niveau clairement médiocre, il ne parvient pas à me battre. Mieux encore, il n'a pas rrqué le marqueur étalé sur ses doigts. Je décide alors d'en jouer jusqu'au bout.

-On y va ?

-Ouaip.

-Attends, t'as un truc là.

Je mime un geste en direction de sa joue. Il la frotte de ses doigts salis et une longue trainée noire se dessine sur sa peau. Je dois me retourner pour ne pas éclater de rire devant ses yeux. Ayant déjà beaucoup trop bu, nous décidons d'appeler un taxi. Le temps qu'il arrive, j'ôte mon t-shirt informe pour enfiler un chemisier légèrement ouvert en bas de mon dos. Je fais bien attention à ce qu'il ne dévoile aucune de mes immondes cicatrices mais quand mes doigts effleurent maladroitement ma chair meurtrie, je manque de vomir. Lorsque je monte dans le taxi, je sens la main chaude de essayer de tirer sur les pans de mon haut pour recouvrir mon dos, en vain.

Dans le club bondé, nous rejoignons nos amis accoudés à une table haute dans le fond de la salle. Sam s'approche en souriant lorsqu'il nous aperçoit. Ce soir, il porte un t-shirt bleu électrique et un pantalon sombre qui mettent parfaitement en valeur sa silhouette d'athlète et sa peau noire.

-Ah vous voilà enfin ! Ça me fait plaisir que tu te sois fait belle pour moi me lance-t-il avec un clin d'œil.

Je lui tapote le bras en riant et j'en profite pour lui piquer sa bière. Le liquide ambré fraye son chemin à travers ma gorge tandis que je prends une seconde pour observer la salle. Seules quelques lumières chaudes brisent la pénombre dans laquelle nous sommes plongés mais l'atmosphère qui règne ici est des plus animées. La musique résonne partout autour de moi, partout en moi. Je sens déjà mes pieds bouger en rythme quand j'entends Nico prévenir qu'il a une tâche sur le visage. Je pouffe comme une adolescente et mon ami comprend tout de suite que je ne suis pas innocente dans cette histoire. Il me lance un regard noir que j'adoucis d'un faux sourire angélique. Il s'éloigne en direction des toilettes mais avant d'ouvrir la porte, il reporte son attention sur moi pour me menacer d'un « la guerre est déclarée » que je lis sur ses lèvres pleines.

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