Chapitre 5 : La Clause Piège
Auriane ne dormit pas.
Elle resta assise au bord du lit, les lèvres encore brûlantes du baiser d’Amèdée, le cœur battant comme après une course.
“Vous me rendez fou, Auriane Toukon.”
Elle ferma les yeux. Le souvenir de ses mains sur sa taille, de son souffle contre sa peau, de la façon dont il avait murmuré son prénom… tout la hantait.
Et elle avait répondu. Elle, qui l’avait traité de monstre, de robot, de tyran. Elle l’avait embrassé. Pour de vrai.
À 5h du matin, elle abandonna. Elle enfila un peignoir et sortit de sa chambre. Le penthouse de la Tour Hounye était plongé dans le noir, silencieux. Elle marcha jusqu’au salon, s’assit sur le canapé, fixa la skyline de Paris. La ville s’éveillait lentement, les lumières des immeubles s’éteignaient une à une. Elle se sentait minuscule, piégée dans une cage dorée dont elle ne connaissait même pas toutes les barreaux.
Elle était dans un merdier.
Elle venait de tomber pour l’homme qu’elle était censée haïr. L’homme qui l’avait achetée. L’homme qui cachait un mariage secret, une sœur morte, un passé brisé.
Et le pire ? Elle ne regrettait pas le baiser.
Un bruit la fit sursauter. Des pas. Amèdée. En pantalon de pyjama, torse nu. Ses cheveux étaient en bataille, son regard encore endormi. Il s’arrêta en la voyant.
“Auriane ?”
Elle se leva d’un bond. “Je… je n’arrivais pas à dormir.”
Il hocha la tête. Il tenait un verre d’eau. Il ne s’approcha pas. “Moi non plus.”
Silence gêné.
“Hier soir…” commença-t-elle.
“On oublie,” dit-il, trop vite. “Ça n’aurait pas dû arriver.”
Auriane sentit quelque chose se briser en elle. “D’accord.”
Il hocha de nouveau la tête. Puis il fit demi-tour et disparut dans le couloir.
Elle resta seule, le cœur en miettes. Elle porta une main à ses lèvres. Le goût de lui y était encore. Elle le détestait pour ça.
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La journée passa dans un flou. Auriane évita Amèdée. Il évita Auriane. Claire déposait les plateaux devant sa porte sans un mot. Le penthouse était redevenu une prison. Même l’air semblait plus lourd, chargé de tout ce qu’ils ne se disaient pas.
À 16h, son téléphone vibra. Chloé.
“Allô ?”
“Auri ! Bonne nouvelle ! Le Pr. Morel a avancé l’opération. Dans 5 jours !”
Auriane sentit les larmes lui monter. “C’est… c’est super, Chloé.”
“Tu viens demain ? J’ai besoin de te voir.”
“Oui. Promis.”
Elle raccrocha. 5 jours. Dans 5 jours, Chloé serait opérée. Et dans 6 mois, son contrat avec Amèdée prendrait fin.
Si elle arrivait à tenir 6 mois. Si elle arrivait à ne pas se noyer dans ce regard bleu chaque fois qu’il posait les yeux sur elle.
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Le lendemain, elle alla voir Chloé. Sa sœur avait meilleure mine. Les joues un peu roses. Elle riait.
“Tu as vu sa tête quand je lui ai demandé s’il était beau ?” racontait Chloé à une infirmière. “Il est devenu tout rouge !”
Auriane s’assit au bord du lit. “Tu parles de qui ?”
“Du Dr. Lefèvre. Il est trop mignon.”
Auriane sourit. Pour la première fois depuis des semaines, elle sourit vraiment.
“Tu vas t’en sortir,” dit-elle à Chloé. “Je le sais.”
Chloé prit sa main. “Et toi ? Tu vas t’en sortir avec lui ?”
Auriane baissa les yeux. “Je ne sais pas.”
“Tu l’aimes ?”
“Chloé…”
“Réponds.”
Auriane ferma les yeux. “Je… je ne sais pas ce que je ressens. Je le déteste. Et je… je crois que je l’aime aussi. C’est impossible.”
Chloé serra sa main. “L’amour, c’est toujours impossible, Auri. C’est pour ça que ça vaut le coup.”
Auriane ne répondit pas. Elle ne pouvait pas.
En sortant de l’hôpital, elle resta longtemps sur un banc, à regarder les gens passer. Des couples qui se tenaient la main, des mères avec leurs enfants. Une vie normale. Une vie qu’elle ne pouvait pas avoir tant qu’elle portait ce nom : Hounye.
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Le soir, de retour au penthouse, Auriane trouva un dossier sur son lit.
“Contrat – Annexes et Clauses Additionnelles”.
Son sang se glaça.
Elle l’ouvrit.
Pages et pages de jargon juridique. Elle feuilleta jusqu’à la clause 12.
*Clause 12 : En cas de rupture anticipée du contrat par Madame Toukon, ou en cas de manquement avéré au rôle de fiancée, Madame Toukon s’engage à rembourser à Monsieur Hounye l’intégralité des frais engagés, majorés de 200%. En cas d’incapacité de paiement, Monsieur Hounye se réserve le droit d’obtenir réparation par tout moyen légal, y compris la saisie des biens et revenus futurs de Madame Toukon.*
Auriane lut. Relut.
Rembourser 180 000 euros. Saisie de ses biens. De ses revenus futurs.
Elle lâcha le dossier. Ses mains tremblaient.
C’était un piège. Un putain de piège.
Si elle partait, si elle refusait de jouer le jeu, elle serait ruinée à vie. Elle ne pourrait plus travailler, plus emprunter, plus respirer sans qu’il ait une main sur sa gorge.
Elle pensa à Chloé, à son sourire dans la chambre d’hôpital, à l’espoir dans ses yeux. Elle ne pouvait pas lui faire ça. Elle ne pouvait pas risquer l’opération.
Elle se précipita vers le bureau d’Amèdée. Frappa. Pas de réponse. La porte était entrouverte.
“Amèdée ?”
Il était là, dos à elle, devant la baie vitrée. Chemise blanche, cravate enlevée.
“Qu’est-ce que c’est ?” Elle brandit le dossier.
Il ne se retourna pas. “L’annexe.”
“Tu ne m’as jamais parlé de la clause 12 !”
“Je vous ai dit de tout lire.”
“Tu savais que je ne lirais pas 30 pages de juridique !”
Il se retourna enfin. Son visage était fermé. “Vous avez signé, Auriane.”
“Tu m’as piégée !”
“Non.” Il s’avança. “Je vous ai protégée.”
“Protégée ? En me menaçant de me ruiner ?”
“En vous empêchant de partir.” Ses yeux bleus étaient sombres. “Parce que si vous partez, Chloé meurt. Et moi aussi, d’une certaine façon.”
Auriane recula. “Tu es malade.”
“Peut-être.” Il s’arrêta à un mètre d’elle. “Mais je suis honnête. Avec vous. Plus qu’avec quiconque.”
“Je te hais.”
“Je sais.” Il baissa la voix. “Et pourtant, vous êtes restée.”
“Parce que je n’ai pas le choix !”
“Si.” Il tendit la main. Effleura sa joue. “Vous avez toujours le choix, Auriane. Même maintenant.”
Elle ferma les yeux sous son toucher. “Arrête.”
“Je ne peux pas.” Sa voix se brisa. “Je ne peux plus faire semblant.”
Et il l’embrassa.
Cette fois, ce n’était pas un baiser de colère. Ni de désespoir. C’était un baiser de vérité.
Ses mains glissèrent dans ses cheveux. Elle s’accrocha à ses épaules. Elle l’embrassa avec toute la rage, toute la peur, tout l’amour qu’elle refusait d’admettre.
Quand ils se séparèrent, tous deux tremblaient.
“Qu’est-ce qu’on fait ?” murmura Auriane.
Amèdée posa son front contre le sien. “On arrête de mentir.”
“Et le contrat ?”
“On le brûle.”
Auriane ouvrit les yeux. “Tu es sérieux ?”
“Jamais été aussi sérieux.” Il prit son visage entre ses mains. “Je ne veux pas vous acheter, Auriane. Je veux vous gagner.”
Elle le fixa. Chercha le mensonge dans ses yeux. Elle ne vit que la vérité. Et la peur. La même peur qu’elle voyait dans son propre reflet.
“Embrasse-moi encore,” dit-elle.
Et il le fit.
Ils restèrent enlacés longtemps, comme si le monde extérieur n’existait plus. Comme si, pour quelques minutes, le contrat, la clause 12, Chloé, tout disparaissait. Il n’y avait que leurs souffles mêlés, leurs cœurs battant au même rythme.
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Le lendemain matin, Auriane se réveilla seule dans son lit. Les draps froissés, les lèvres gonflées.
Amèdée était parti. Parti travailler.
Sur la table de nuit, un mot. Écrit de sa main, ferme, élégante :
_Auriane,
Le contrat est dans la cheminée. Cendres.
Je vous attends ce soir.
– A._
Elle courut dans le salon. La cheminée. Des cendres. Le dossier, brûlé.
Son cœur explosa.
Elle prit le mot, le serra contre elle.
Et pour la première fois depuis des semaines, elle sourit.
Puis son téléphone vibra. Numéro inconnu.
“Madame Hounye ? Ici Élise Toukon. Il faut qu’on parle. C’est à propos d’Amèdée. Et de sa première femme.”
Auriane sentit le sol se dérober.
