
Résumé
#Ma_plus_belle_erreur Lorsque le passé frappe à la porte, il ne demande pas la permission. Certaines rencontres bouleversent tout, même lorsqu’on croit avoir tourné la page. Annabelle a appris à se reconstruire, à cacher ses cicatrices derrière un sourire et une apparente confiance. Théo, lui, croit tout contrôler, jusqu’à ce qu’une présence inattendue fasse vaciller ses certitudes. Le désir et la tension se mêlent, et rien ne sera jamais plus comme avant. Suivez l’histoire d’Annabelle et Théo, deux êtres liés par un passé brûlant et un présent plein de secrets.
Chapitre 1
***Annabelle***
Le réveil sonne comme un rappel brutal de ma vie organisée à moitié au hasard. Je grogne et tends la main vers mon téléphone.
- Annabelle, réveille-toi !, crie Ursule depuis l’autre bout de l’appartement.
Je tourne la tête, encore enveloppée dans ma couette, et grogne un mot qui ressemble vaguement à un bonjour. Ursule, fidèle comme toujours, ne se laisse pas décourager.
- Ton entretien, rappelle-toi ! Tu veux vraiment que je vienne te chercher en retard ?
Je me redresse enfin, enfilant mes pantoufles comme des armes anti-sommeil. La journée commence, et avec elle, une petite pointe d’excitation. Pas souvent que je ressens ça, alors je la savoure. Après une douche rapide et une tenue choisie avec soin neutre mais efficace, élégante mais pas intimidante je quitte mon appartement. Les rues sont encore calmes, quelques passants pressés, des odeurs de café et de croissants qui m’ouvrent l’appétit. J’inspire profondément, me répétant que ce jour pourrait être celui où tout bascule. L’entreprise est imposante mais accueillante. Je traverse le hall avec confiance, même si mon cœur bat un peu plus vite que d’habitude. L’entretien se déroule mieux que prévu. Les questions s’enchaînent, les réponses viennent naturellement. Je sens que je me vends sans artifice, juste moi. Et ça fonctionne. Quand je sors enfin de la salle, un sourire se dessine sur mes lèvres. Je me sens légère, fière de moi, pleine d’une énergie nouvelle que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. La journée ne fait que commencer, et pourtant, pour moi, elle a déjà pris une couleur différente. Je passe au peigne fin toutes autres annonces d'offre d'emploi tout au long de la journée.
Le soir tombe doucement sur la ville. Les lampadaires s’allument un à un, et je me retrouve à l’appartement seule, bercée par le silence. Ursule, en revanche, s’affaire devant le miroir, ses boucles rebondissant alors qu’elle teste un dernier trait d’eye-liner.
- Allez Annabelle, viens avec moi ce soir ! Tu ne sors plus depuis plus de trois ans, ça te ferait du bien de te défouler un peu, me lance-t-elle, les yeux pétillants d’excitation.
Je souris, mais je secoue la tête.
- Non, merci… ce n’est pas mon truc, réponds-je doucement.
Ursule fait une moue, mais finit par hausser les épaules et attraper son sac.
- Très bien… mais assure toi que tu le regretteras pas demain ! Elle rit et disparaît dans le hall.
Je reste là, immobile, à observer la porte se refermer derrière elle. Un léger soupir m’échappe. Je n’ai jamais aimé les foules, les cris, les lumières clignotantes. Mon univers se trouve ailleurs, dans les pages d’un livre que je peux ouvrir et refermer à volonté, dans les mots qui me transportent loin du monde extérieur. Je m’assois à ma table, rouvre le roman commencé la semaine dernière, et me replonge dans l’histoire. Les heures passent presque sans que je m’en rende compte, emportée par les personnages, leurs émotions, leurs choix. La solitude n’est plus pesante, elle devient confortable. Mon refuge à moi, là où je peux être simplement Annabelle, sans faux-semblants ni attentes. Le silence de l’appartement est doux, presque rassurant. Dehors, la nuit avance, mais pour moi, elle est parfaite telle qu’elle est.
Chapitre 2
Les jours suivants se ressemblent. Entre entretien d'embauche et constitution de dossier. Aujourd'hui mon réveil est lent, signe d'une fatigue persistante. Pas à cause des efforts physiques fournis, mais à cause de la misère. L'appartement est vide Ursule est sûrement au boulot à cette heure. Je me prépare un petit déjeuner rapide et me mets à table. Mon téléphone vibre alors que je termine mon café. Un numéro inconnu. Mon cœur accélère sans me demander mon avis.
- Bonjour, Annabelle ? Nous avons le plaisir de vous informer que votre candidature a été retenue.
Je ferme les yeux une seconde. Juste une. Pour savourer.
- Vous commencez demain matin, huit heures trente. Le reste des informations vous seront communiqués ultérieurement par mail.
- Merci.
Je raccroche avec un sourire idiot plaqué sur le visage. Ça y est. J’ai un travail. Un vrai. Stable. Normal. Je saute presque dans l’appartement en annonçant la nouvelle à Ursule, qui me serre dans ses bras comme si j’avais gagné à la loterie. Le lendemain, je me réveille avant le réveil. Nervosité positive. Je m’habille avec soin, pas trop stricte, pas trop détendue. Je veux être crédible. À ma place. L’entreprise me paraît différente aujourd’hui. Plus grande. Plus impressionnante aussi. Mais je souris. Je suis heureuse. Vraiment. Jusqu’à ce que je pousse la porte du bureau du patron. Et là… tout se crispe. Mon regard se fige sur l’homme derrière le bureau. Mon souffle se bloque. Mon corps, lui, a compris avant ma tête. C’est lui. Enfin… je crois. Même stature. Même regard. Un peu plus dur peut-être. Plus froid. Mieux habillé, surtout. Costume impeccable. Expression fermée. Professionnelle.
- Entrez, mademoiselle…, dit-il sans lever les yeux de son écran.
Sa voix me traverse. Trop familière. Beaucoup trop. Théo. Mon cerveau s’emballe. Est-ce vraiment lui ? Le même Théo que celui d'il y a six ans ? Celui qui m’avait regardée comme si j’étais la seule chose réelle dans la pièce ? Ou est-ce que je délire complètement ? Il lève enfin les yeux vers moi. Son regard me frôle à peine. Pas un éclair de reconnaissance. Pas un silence suspect. Rien.
- Installez-vous. Votre poste est prêt. On vous expliquera le reste dans la matinée.
Il me parle comme à une inconnue. Poli. Distant. Parfaitement neutre. Mon estomac se noue. Alors quoi ? Il ne me reconnaît pas ? Ou il joue la comédie ? Je ravale mes questions, mes doutes, mon trouble. Je m’assois. J’allume l’ordinateur. Je respire.
- Travail, Annabelle. Juste le travail, me répétai-je comme un mantra.
Les heures passent. Je prends des notes. Je réponds au téléphone. Je classe, j’organise, j’anticipe. Je fais exactement ce pour quoi on m’a embauchée. Secrétaire efficace. Discrète. Impeccable. De temps en temps, je sens son regard sur moi. Rapide. Fuyant. Comme s’il refusait de s’attarder. Alors je fais pareil. Je joue mon rôle à fond. Comme si je ne le connaissais pas. Comme si mon passé n’était pas là, assis à deux mètres de moi, à faire semblant d’être un étranger. Mais au fond de moi, une question tourne en boucle. Est-ce vraiment Théo… ou est-ce que je suis en train de réveiller un fantôme que je croyais enterré ?
