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SURPRISE...
Ma Belle-Mère et Moi.
Episode 01
« Espérer c’est démentir l’avenir » Emil Michel Cioran.
Neuvaine à Saint Michel Archange : Premier jour.
Saint Michel Archange, rempli de la sagesse de Dieu, fort dans le combat, viens à mon aide, soutiens-moi dans les difficultés, les épreuves, quand je souffre, quand je doute, quand je pleure. Obtiens-moi le courage, la force, la volonté, pour ne pas me laisser abattre. Saint Michel Archange, sois mon défenseur et protecteur contre les forces du mal. Me confiant en l’intersection de votre Bienheureux Archange Saint Michel, je vous supplie, Seigneur, de m’accorder la grâce…
Je fais un Notre Père, trois je vous salue Marie et un Gloire à Dieu, ensuite je lis la dernière phrase. Saint Michel Archange, de ta lumière éclaire-nous. De tes ailes, protège-nous. De ton épée, défends-nous.
Amen…
Je me sens nettement mieux. Je me relève et j’empoigne un petit sac dans lequel je lance quelques vêtements. Je me change et enfile un Kaba avec des sandales et je sors de la maison. Je hèle rapidement un taxi pour le domicile de mes parents.
-Taxi, taxi…
Pim-pim pim (le taxi s’immobilise) .
-Chapelle Obili ; dis-je d’une voix vacillante.
-Tu as combien ? interroge-t-il .
-Papa je paye le montant que tu veux, je peux même te prendre en course ; dis-je en essayant de cacher ma mine défaite.
-Ok ma mère, c’est 2500 francs l’heure hein !
-D’accord ! dis-je en ouvrant la portière.
Je me défais de mon sac et m’affale sur le siège arrière en posant ma tête sur la vitrine.
Quelques gouttes de larmes veulent s’échapper des mes yeux mais la douleur est si profonde que pleurer ne pourrait nullement me consoler. Parler même serait inutile. Je suis arrivée au stade où aucune parole, aucun mot, ni personne ne pourrait cicatriser mon cœur meurtri et si endolori. La situation que je traverse actuellement est si pénible qu’il m’arrive très souvent de penser à m’ôter la vie une fois pour toutes. Par moment, je me pose la question de savoir si Dieu se souvient vraiment de moi. On dit qu’il ne faut choisir pour époux que l’incarnation de la femme qu’on choisirait pour amie. J’entends aussi dire que le mariage implique un engagement définitif que rien ne pourra briser, excepté la mort de l’un des conjoints et que par le mariage, l’homme et la femme se consacrent l’un à l’autre. Certaines personnes affirment même que la vocation au mariage repose sur l’amour et que l’homme et la femme se vouent l’un à l’autre pour la vie entière. Et pas plus tard que Dimanche dernier à l’église, le prêtre a dit que par le mariage, l’homme et la femme deviennent les collaborateurs de Dieu, spécialement lors de l’arrivée des enfants. Ils reçoivent en même temps la mission de former par l’éducation, le cœur, l’intelligence et la volonté de leurs enfants jusqu’au jour où ceux-ci seront autonomes et responsables.
Moi, depuis que je suis mariée, je dirais que mon âme toute entière souffre et je suis bouleversée. J’ai l’impression qu’au lieu des bénédictions, j’ai reçu en lieu et place des malédictions le jour de mon mariage. Ma belle-mère est ma première ennemie. Cette femme m’abhorre depuis le premier jour de notre rencontre et jusqu’au jour d’aujourd’hui, je suis son pire cauchemar. Je ne peux plus supporter sa présence, encore moins faire une minute de plus sous le même toit que ce suppôt du diable : née pour détruire. Je suis toujours restée imperturbable et quiète face à toutes ses attaques ; mais la scène de ce matin a atteint le summum. Comme on dit trivialement : c’était la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle m’a laissée sans voix. Léna Lissouk est l’incarnation même du diable (que Dieu me pardonne). Depuis qu’elle vit avec nous, elle n’est jamais allée aussi loin qu’elle ne l’a été ce matin.
Vers quatre heures du matin, mon époux et moi étions en pleins ébats sexuels, Gérard avait sa tête dans mon entrecuisse et ce dernier me broutait la foufoune. L’effet de sa langue dans mon intimité me faisait hurler de plaisir quand soudain, Léna Lissouk a débarqué dans notre chambre.
-Oui Geee, vas-y mon chou.
-Tu aimes ça ?
-Oui, j’aime chéri ; j’aime quand tu me lèches, ohh bébé je viens, je viens ne t’arrête pas.
Crack !!! la porte s’est ouverte sur cette vieille sorcière. Une véritable chipie.
-Eh anti ! a t-elle hurlé.
Gérard s’est vite relevé et s’est rapidement glissé sur le côté du lit pendant que je tirais hâtivement la grande couette pour cacher ma nudité.
-C’est ça ? hein ? C’est ça faire les enfants ? Criait-elle dans sa nuisette désuète. Au lieu de lui mettre ton zizi dans le truc toi tu manges plutôt ses fesses ? C’est ça qui donne les enfants ? Je comprends maintenant pourquoi cette petite effrontée n’enfante pas. Elle te fait manger son vieux vagin pourquoi ? demanda Léna .
-Mais maman qu’est ce que tu viens faire dans notre chambre ? a hurlé Gérard embarrassé.
Moi je n’arrivais pas à parler. Au fait, les mots ne sortaient pas de ma bouche parce que moi qui adore regarder les films, je n’avais jamais vu ce genre de scène dans un film auparavant. Gérard essayait de la mettre à la porte avec une main pendant que l’autre main l’aidait à cacher son pénis. Personne de nous n’a pu trouver le sommeil après ce capharnaüm et ce qui m’horripile c’est que lorsque j’ai voulu commenter ce triste fait, comme d’habitude Gérard m’a dit de laisser passer. C’est toujours pareil, Léna gagne toujours. Je vais de ce pas chez mes parents, même si je sais d’avance qu’ils me diront la même chose.
Le taximan me dépose à la chapelle Obili, je lui donne son argent, ensuite je prends mon sac et descends la petite colline qui mène chez nous. Dix minutes plus tard, j’y suis et je trouve Nyango ma dernière petite sœur qui fait la vaisselle.
-Coucou !
-Wow tu m’as effrayée frangine ! Tu sors d’où le matin comme ça?
-Je sors de chez moi ; maman est déjà montée ? Tu fais quoi à la maison au lieu d’être à l’école Nyango?
-Hum, tu es folle ou tu t’en fous ? Tu ignores que je ne suis pas inscrite cette année ?
-Et pourquoi ça mama ?
-Ah Dada ! soupire-t-elle. Je n’ai pas la tête à ça. Etudier m’énerve.
-Et tu préfères vendre les beignets avec maman au carrefour pendant que les jeunes de ton âge vont en classe ?
-Ha oui ! répond-t-elle avec véhémence. C’est facile et il n’y a pas de devoirs à faire. En sus, je n’ai pas besoin de professeur pour m’apprendre à pétrir la pâte des beignets.
-Et les parents permettent cela n’est ce pas ?
-Je dis hein, tu es venue ici pour moi ? Si tu es la pour moi pardon mama passe ta route.
Sur ces entrefaites, elle ramasse les assiettes et monte au restaurant retrouver maman. Je jette mon sac dans la chambre et je la suis. Une fois là-bas, ma mère me fusille du regard.
-Tu es venue faire quoi ici Dariska ?
Je sais déjà ce qui va suivre donc je ne dis mot.
-Laisse-moi deviner, Léna t’a grondée ? Qu’a-t-elle encore fait ? Tu penses que dès que ta belle-mère t’enquiquine un peu tu portes tes effets et tu viens ici ? Quand on est mariée…
Ça y est ! La chanson recommence. Je lui coupe la parole.
-On doit tout supporter, dis-je ironiquement avec une pointe d’agacement, pour mettre fin à son discours. Ecoute maman, cette fois je ne rentre pas là-bas. Pas après ce qu’elle a fait ce matin.
-Et tu comptes rester où ? chez moi peut-être ? Je ne nourris que deux bouches : celle de ton père et celle de Nyango . Tu rentres chez ton mari. Pourquoi tu es bête comme ça Dariska ? Au moindre problème tu as déjà ramassé tes effets ; tu ne peux pas tenir tête à tabelle-mère ? Attends ton père, il va te foutre à la porte.
Je fais fi de ses remontrances et je prends un plat, je me sers quelques beignets avec du haricot, je me remplis la panse puis, je vais rendre visite à ma copine d’enfance Salomé qui tient un salon de coiffure non loin de là.
-Hey ma co’o c’est comment ? Tu as pensé à nous today !
-Mama laisse-moi comme ça, si tu entends que je suis morte il faut chercher Léna Lissouk, elle veut me trucider.
-Mais Dada pourquoi tu laisses cette femme te marcher sur le corps ? Akiéé !
-Mama ce matin alors c’était la vraie sorcellerie. Pendant que Gérard et moi étions entrain de faire nos choses, la go a débarqué dans notre chambre .
-Krkrkrkr , ikiii , jure !!! C’est une blague ?
-Comme je te dis là Salomé, vrai de chez vrai.
Je suis restée à discuter avec elle pendant deux bonnes heures avant de rentrer aider maman pour le déjeuner de ses clients. En fin d’après- midi, mon soûlard de père est rentré et comme d’habitude il était encore saoul. Sans même me dire bonsoir, il a commencé à m’agresser.
-Que fais-tu ici ?
-Je ne peux plus vivre dans la même maison que Léna.
-Et tu crois que tu vas vivre où ? chez moi peut-être ? À 26 ans je dois encore m’occuper de toi alors que j’en ai déjà assez de Nyango?
-Quelle Nyango papa ? Comment maman et toi laissez l’enfant de quatorze ans vendre les beignets ?
Il va dans la chambre et prend mon sac qu’il balance sur les escaliers.
-Rentre chez toi, tu n’es pas la bienvenue ici, ton époux a payé ta dot, tu es allée en mariage, donc assume ta part du contrat. J’ai beaucoup de respect pour ton mari ; il a fait beaucoup pour ma famille, sans compter les projets que je gère avec lui. Je ne vais pas te laisser bafouer ça parce que tu n’as pas le culot de mettre ta belle-mère à sa place.
Il prend son téléphone et appelle Gérard .
-Allô, crit-il. Gérard viens récupérer ta femme, elle est ici depuis le matin.
Ils ont discuté pendant une dizaine de minutes et trente minutes plus tard, Gérard a débarqué au volant de sa voiture. Sans parler, j’ai ramassé mon sac, je suis montée sur le siège passager et il a démarré. On a roulé pendant une bonne vingtaine de minutes sans se parler avant qu’il ne le fasse en premier.
-Dada Dada ! susurre t-il.
-S’il te plait ne commence même pas Gérard, j’en ai assez entendu pour aujourd’hui.
-Chérie, tu sais que je n’aime pas quand tu laisses tes émotions prendre le dessus.
-Tu te fous de moi là Gérard ?
-Dariska on ne va pas discuter du même problème tous les jours ok ? Tu connais maman, ce n’est pas aujourd’hui que tu la découvres. Tu sais qu’elle fait tout pour te nuire alors ignore la pour une fois. Ne la calcule plus, fais juste ce que tu as à faire et tu verras qu’elle se lassera de te traiter avec autant de roguerie.
-Ignorer ? une femme qui entre sans scrupule dans notre chambre pendant que nous copulons et tu parles de l’ignorer ?
-Ecoute, je suis un homme d’un certain rang social et après une dure journée de labeur, j’ai besoin de rentrer chez moi déguster un savoureux repas concocté par ma femme et me relaxer. Je ne vais pas passer ma vie à venir te chercher chez tes parents parce que tu ne veux pas grandir.
-Non mais je n’y crois pas ! De quel repas parles- tu ? Tu sais bien que ta mère a colonisé toute la maison ; même dans ma propre cuisine, je n’ai pas de paix. Si tu es si grand comme tu le prétends, pourquoi tu ne lui loues pas une maison pour qu’elle débarrasse le plancher ? Pourquoi tu nous imposes sa présence ? J’en ai marre de vivre comme une prisonnière chez moi.
-Assez ! Mais bon sang, c’est quoi ton problème Dariska ? Tu veux que je mette ma mère dehors c’est ça ?
-Ouais c’est ça Gérard ! De toutes les façons, cette conversation est stérile comme toutes les autres d’ailleurs.
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Pour la petite histoire, je suis Fossi Gwett Dariska épouse Lissouk et je suis âgée de 26 ans. Mes deux parents sont originaires de la ville de Foumban qui est considérée comme la cité des arts au Cameroun, ce qui fait de moi une fille Bamoun. Je suis l’aînée d’une fratrie de trois. Ma petite sœur Fossi Leslie du haut de ses 23 ans, est depuis cinq ans la deuxième épouse de l’un des plus grands bijoutiers du palais des arts de Foumban et cette dernière est mère de deux enfants, les jumelles Kölen et Kiki. Ma cadette Fossi Nyango qui est âgée de 14 ans est plus disposée à faire la pâte de beignets plutôt que d’être scolarisée comme les enfants de son âge. Je vais dire que toutes les trois nous n’avons pas reçu une éducation rigoureuse et stricte comme certains ; car à 15 ans déjà, nous pouvions nous permettre de découcher ou même de ramener des hommes sous le toit familial sans que cela ne cause un problème à nos parents. Notre demeure était un vrai boxon ! Mon père est directeur à l’école publique du Centre, mais je dirais plutôt qu’il a choisi de faire carrière dans l’alcool car il n’y a pas un seul jour où il est rentré sobre. Ma mère quant à elle a ouvert un petit restaurant au carrefour Obili (notre quartier ) où elle vend les beignets haricot le matin , le bouillon de queue de bœuf avec l’igname jaune à midi et le soir elle fait du poisson braisé accompagné des bâtons de manioc . Pour mes parents, aller en mariage était en quelque sorte leur alléger la tache. Pour mon père il n’aurait plus que Nyango à sa charge et ma mère pouvait dès lors compter sur les largesses de ses beaux fils pour élargir son circuit. Donc le fait que j’épouse Gérard était non seulement un soulagement que leur première fille soit casée, mais aussi et surtout une aubaine pour sortir de la galère.
Comment j’ai connu Gérard qui partage ma vie depuis bientôt 08 ans ? C’était lors de mon année de première, je venais de passer mon examen de probatoire et j’avais trouvé un job d’été dans un restaurant situé au rond-point Bastos. Je travaillais en tant que serveuse en soirée tous les week-ends. Un soir, Gérard avait réservé nos locaux pour célébrer ses 31 ans et voilà comment son regard s’était posé sur moi et on a tout de suite accroché, malgré la grande différence d’âge. Les semaines qui ont suivi, il m’a fait une cour assidue et quelques mois plus tard, nous étions officiellement en couple. Nous nous sommes côtoyés pendant une bonne année et un soir, pendant qu’il me raccompagnait chez moi, nous sommes tombés nez à nez avec mon cher père qui sortait de son lieu de détente préféré : le bar. A cette époque, Gérard conduisait une Peugeot et quand papa m’a vue descendre de la voiture, il a exigé que je lui présente la personne qui m’accompagnait. Gérard et lui ont donc discuté et c’était le déclic. Ils ont commencé à se fréquenter, Gérard venait chez nous tous les jours et maman était devenue sa confidente. Un an après, on se disait oui devant le maire et devant Dieu , en oubliant qu’il y’avait un virus à éviter au maximum : Léna Lissouk. Pendant cinq bonnes années, malgré le fait que j’alignais les fausses couches les unes après les autres, Gérard et moi avons toujours été heureux. Nous avons surmonté ensemble ces mauvaises périodes et nous nous sommes soutenus mutuellement.
C’est un homme mature, respectueux et très attentionné. Etant jeune épouse au foyer, je ne manque de rien et ne me plains pas car il m’offre tout ce dont une jeune fille a besoin pour vivre décemment et se sentir bien dans sa peau. Mais depuis trois ans, les choses ont dégénéré. Depuis ce jour où il a décidé de faire venir sa mère du village pour qu’elle s’installe chez nous, tout a basculé. On se dispute sans cesse et il y’a quelques mois, j’ai fait ma quatrième fausse couche alors que j’amorçais déjà mon cinquième mois de grossesse et de surcroît il ne m’écoute plus.
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Nous arrivons enfin à la maison. Je sors de la voiture, je prends mon sac et je vais directement dans la chambre. Je ne veux même pas croiser cette vieille pie-grièche sur mon chemin. Je me change, et mets une nuisette en dentelle noire, ensuite je me couche tranquillement. Gérard me rejoint quelques heures plus tard. Il veut encore que nous fassions l’amour mais mon esprit ne suit pas, je ne suis pas d’humeur à m’envoyer en l’air, surtout pas après la scène abracadabrante de ce matin.
Le lendemain avant qu’il ne s’en aille, il me laisse une somme de deux cent mille francs pour faire les courses. Ce week-end, nous devons voyager pour assister aux funérailles de son papa qui nous a quittés l’année dernière. Pendant que je fais ma prière du matin, je suis perturbée par un raffut en provenance du mur. Je me lève, attache un pagne et sors de la chambre pour voir ce qui se passe. Je découvre un monsieur qui se déploie sur le mur de notre chambre à l’aide d’une foreuse. Il a d’autres matériaux posés à ses pieds ainsi qu’une porte en bois adossée sur le mur.
-Hééé monsieur, dis-je toute sonnée. Que se passe t-il ? Que faites- vous chez moi de si bonne heure ?
-Bonjour madame, nous avons été appelés par madame Léna Lissouk pour fixer cette porte ici ; répond t-il en désignant la porte en bois du doigt.
-Une porte ? Eclairez ma lanterne s’il vous plait.
-En fait, selon les instructions qui nous ont été donnés, nous devons créer une ouverture dans votre chambre et installer une porte qui va lier cette chambre à la sienne.
Je cours dans la chambre affolée, je saisis mon téléphone et j’appelle Gérard qui décroche à la première sonnerie.
-Allô chérie !
-Tu étais au courant ?
-Au courant de quoi mon cœur ?
-Que ta mère a fait venir des hommes pour soi disant installer une porte dans notre chambre qui va directement donner sur la sienne ?
-Non je ne suis pas au courant.
-Est-ce normal ça Gérard ? Est-ce normal qu’elle se lève un bon matin et décide d’entreprendre des travaux dans notre maison ?
-Chérie je vais en réunion ; je te rappelle plus tard. S’il te plait calme toi ok ? Va faire les courses pour les funérailles, sors de la maison si tu ne veux pas avoir à faire à maman.
-Merde !!! Hum !
-Bisous mon cœur, je t’aime.
Je prends une douche rapidement, ensuite je vais à la cuisine pour me faire quelque chose à manger avant de sortir. Je la croise à la cuisine ; sans la saluer, je passe calmement. Les bruits que font les ouvriers me rendent dingue.
-Léna de quel droit te permets tu d’appeler les gens pour qu’ils viennent casser le mur de notre chambre conjugale?
-C’est la maison de mon fils ici, je fais ce que je veux.
-C’est aussi ma maison madame.
Elle claque ses mains et réajuste sa robe surannée.
-Ta maison que tu sais comment on travaille l’argent ? Tu es là accoucher te dépasse, tsiup ! Pardon quitte devant moi, regarde moi une broussarde qui vient me parler.
-C’est ça ! Les funérailles de ton défunt mari sont programmées pour demain, tu fais encore quoi à Yaoundé ? veuve joyeuse. Au lieu d’être à Matomb pour organiser les funérailles de ton mari tu es ici chez ton fils pour racoler et semer la zizanie. Laisse nous tranquille !!! Je te préviens Léna, c’est Dieu qui va te répondre, c’est à lui qu’appartient la rétribution. Le salaire du péché c’est la mort, sache le.
-Quand tu connaîtras les douleurs de l’enfantement, revient me parler. Je fais ce que je veux dans cette maison. Petite idiote ! Entretenir un homme dans la chambre te dépasse, au lieu qu’il te baise tu lui fais manger tes sales poils là. Espèce de ventre vide !
Je finis de manger, je sors et vais au marché de Mvog-Mbi pour faire les emplettes. Monsieur Bernard Lissouk est décédé l’année dernière et d’après les rumeurs, cette sorcière serait à l’origine du décès de cet homme.
L’après- midi venu, je reviens de mes courses, j’entre dans la chambre pour faire ma valise et celle de Gérard mais je me rends compte que madame s’est chargée de préparer la valise de son fils au point d’y mettre même les sous-vêtements. Je ne rechigne point. Je me contente de faire ma valise, puis je vais à la cuisine pour concocter un bon repas à emporter ce soir pour le voyage. Là aussi une autre surprise m’attend, et pas des moindres. L’armoire où je range les ustensiles de cuisine est fermée. Laissez-moi deviner, elle a aussi cuisiné pour son fils c’est ça ? Hum !
Je fais frire du poulet et les frites de plantains que j’emballe soigneusement dans du papier aluminium.
Gérard revient du travail vers 20 heures et c’est le grand départ pour le village. Je veux monter dans la voiture à côté de mon chéri, mais c’est sans compter sur la pugnacité de Léna qui s’est empressée de réquisitionner le siège avant. Donc même dans la voiture de mon mari je dois monter derrière ? Gérard m’ouvre la portière arrière pour que je monte et il me fait un clin d’œil pour m’amadouer. Je monte sans rouspéter. Pendant le trajet, ils discutent de leurs problèmes de famille. Gérard n’a jamais été proche de son père et à ce qu’il parait, Léna s’est exilée avec son fils dans sa famille à elle, le privant ainsi de tout contact avec sa famille paternelle.
Quelques heures plus tard, nous arrivons enfin dans la ville de Matomb où repose l’âme de monsieur Bernard Lissouk . Maman Mado la grand-mère paternelle de Gérard vient nous accueillir. Cette femme du haut de ses 75 ans est une perle rare. Elle est tempérée et gentille. J’aurais aimé la mettre à la place de Léna mais Gérard n’a aucune attache avec la famille de son père. C’est honteux de voir où vit cette maman, dans une petite maison en terre battue. Et même la tombe du feu Bernard Lissouk n’est pas en béton. Léna la mégère empoisonne l’esprit de son fils et lui interdit d’aider les membres de sa famille. Plusieurs fois j’ai voulu que maman Mado vienne nous rendre visite en ville, il s’y est opposé farouchement, avec le consentement de la reine mère Léna. On dirait que cette vieille rombière a envoûté mon époux.
-Bonsoir ma fille, dit maman Madeleine en ouvrant ses bras pour m’enlacer.
-Bonsoir maman, dis-je en lui faisant un grand câlin, pendant que Gérard et sa mère sortent les courses de la voiture.
Lena a lancé un piètre bonsoir au passage ; n’en parlons pas de celui de Gérard, c’est à peine s’il a daigné la regarder.
-Comment vas-tu mon enfant ?
-Oh ! mal maman , je vais mal .
-Ça se voit sur ton visage que tu vas mal ma fille. Tu as le teint terne.
Elle me prend par la main et m’emmène dans sa vielle cuisine qui fait également office de salon et c’est aussi là qu’on range les courses. C’est juste alarmant quand je pense que monsieur mon mari est directeur général de la SOPECAM ( société des presses et d’éditions du Cameroun) et il occupe ce poste depuis 4 ans déjà ; néanmoins, sa grand-mère vit toujours dans des conditions déplorables, comme une crève-la-faim.
Elle me sert un plat de mets de pistache avec du bâton de manioc. Léna refuse de manger, ainsi que Gérard sa marionnette.
-On va à l’hôtel ? me demande-t-il .
-Non , je dors avec maman Mado ; tu peux aller dormir à l’hôtel avec ta mère.
-Tu es sûre chérie ?
-Ah-ka pardon ! renchérit Léna. Laisse-la, elle est dans son milieu la petite villageoise.
Ils sortent et s’en vont. Hé oui, il n’y a pas de maison dans ce village. De son vivant, Bernard Lissouk n’a pas construit et même lorsque nous sommes venus l’enterrer l’année dernière, les gens dormaient dans les hôtels au centre ville de Matomb. C’est honteux vraiment !
-Dis-moi alors mon enfant , qu’est ce qui ne va pas ?
-Weeeeh maman Mado, ta bru Léna va me tuer bientôt.
Je la briefe sur la situation et pendant que je parle, une jeune femme fait irruption dans la cuisine, elle fait des gestes bizarres comme si elle souffrait d’un handicap mental. Maman Mado la prend par la main et lui sert à manger avant de continuer la causerie avec moi.
-Hum ma fille, Léna que tu vois là n’est pas simple. Tu vois cette fille ? Elle montre du doigt la jeune femme démente en question.
-Elle s’appelle Emilie, elle a 30 ans et c’était la copine de Gérard quand il était au lycée de Matomb. Ils sont sortis ensemble pendant presque cinq ans jusqu'à ce qu’ils aient leur bac en poche et sont partis en ville pour les études universitaires. Léna s’est mise à détester cette fille sans aucune raison, elle ne voulait même pas qu’on prononce le nom d’Emilie à coté d’elle, va savoir pourquoi ! Mais contrairement à elle, mon défunt fils Bernard ne trouvait aucun inconvénient à ce que Gérard épouse Emilie et les parents d’Emilie adoraient Gérard. Quelques semaines avant leurs fiançailles, Emilie est tombée gravement malade et depuis ce jour là elle est comme tu la vois là : folle et débite des inepties à longueur de journée. Elle est revenue vivre à Matomb. Mon fils qui est mort l’année dernière là, Léna y est pour quelque chose. Donc sache que le combat contre cette femme est loin d’être aussi simple que tu ne le penses. Elle vient de loin, c’est lucifer même en personne venu tout droit des ténèbres. Méfie-toi de cette femme. C’est un vrai monstre que j’ai pour belle- fille. Je vais te donner des feuilles que tu vas bouillir et boire la décoction obtenue chaque soir. Et aussi, des écorces que tu pourras râper quand tu cuisines. Le fait même qu’elle vive avec vous ne fait qu’empirer la situation. Même les fausses couches dont tu fais l’objet depuis toutes ces années, ça ne m’étonnerait pas qu’elle en soit la source. Léna est un adversaire très redoutable. Regarde comment elle manipule son fils, elle ne veut pas qu’il aide quelqu’un d’autre dans la famille. Ma fille, s’il t’arrivait de dormir sans prier alors tu devrais y remédier très vite. Aussi, rencontre au plus vite un bon prophète, un homme de DIEU qui va te soutenir spirituellement. Nous la vaincrons avec la grâce Divine. Nul n’est au dessus du créateur. Le diable n’est qu’un vulgaire menteur et un imposteur. Quand on met véritablement les batteries en marche pour le contrecarrer, c’est là qu’on réalise que son arme n’est même pas chargée. Il fait juste son malin et effraie ceux qui n’ont pas scellé leur être en vrai dans le sang de Jésus christ.
Les conseils de maman Mado ont alerté mon âme et ont réveillé la battante qui sommeillait en moi. J’étais prête dès lors à me défaire de l’emprise de ma belle –mère.
Le lendemain, les funérailles se sont bien déroulées. Tous les habitants de Matomb sont venus saluer Gérard et n’hésitaient pas à lancer des mauvais regards à Léna. Emilie est même venue assister aux funérailles mais Léna a demandé aux jeunes du village de la chasser. Le comble c’est que Gérard n’a rien dit. Une fille avec laquelle tu es sorti et que tu as même failli épouser ? Sapristi !!! Vers 16 heures, nous avons repris la route de Yaoundé. J’ai remis trente mille francs à maman Mado avant mon départ et je lui ai promis de parler à Gérard pour qu’il essaye de faire quelque chose pour améliorer ses conditions de vie.
Vers Mbankomo, juste avant d’entrer dans la ville de Yaoundé, on a décidé de s’arrêter là pour manger quelques soyas (viande braisée). Gérard a donc garé et nous sommes descendus du véhicule. Et comme toujours, l’acolyte de Lucifer marchait devant pendant que nous autres suivions derrière.
Nous nous sommes attablés et on a passé nos commandes mais moi, j’avais la tête ailleurs. Je repensais à cette fille, Emilie, jolie et intelligente, qui a tout perdu du jour au lendemain. Et si cette femme de Léna est responsable de tout ça, vraiment elle est l’incarnation même du mal. Détruire la vie des innocents au prix de quoi ? une pseudo gloire ? ou toujours par amour pour son fils ? Ce qui m’énerve c’est l’attitude de mes parents, ils ne m’écoutent pas. Il suffit que Gérard leur donne quelques billets de banque pour qu’ils s’alignent comme des moutons. Pendant que je réfléchis ainsi, on entend des voix et des bruits s’élever à l’extérieur. Des gens accourent de part et d’autre … Un grumier qui faisait le trajet Douala-Yaoundé venait de bousculer notre voiture pour la propulser dans un grand ravin de la place. La voiture était irrécupérable.
-Oh my God !criai-je d’effroi.
-Ce n’est pas possible, soupira Gérard !
Cette situation avait l’air de plaire à Léna . Et dire que tous les remèdes que m’avait donnés maman Mado étaient dans mon sac de voyage dans la malle arrière. Vraiment qu’est ce qui n’a pas marché ?
-Appelle la police pour le constat Gérard, lui dis-je
-Appeler quoi ? Qu’il est le premier à faire un accident ? Heureusement qu’on mangeait, on va juste faire sortir la voiture dans la semaine.
Pour elle, c’était normal et comme d’habitude, monsieur mon mari a plutôt appelé à la maison et a demandé au chauffeur de venir nous chercher avec une autre voiture.
Nous voici de retour à Yaoundé. Après une bonne douche, je vais me coucher. Gérard vient s’allonger près de moi et se met à me caresser.
-S’il te plait je ne suis pas d’humeur. Je réponds en me reculant pour que son corps n’effleure même pas le mien.
-Ça fait deux jours que tu me repousses Dariska, je te rappelle que j’étais tout aussi nu que toi quand maman nous a surpris.
-Ce n’est même pas à cause de ça Gérard !
-C’est quoi le problème alors ?
-Ta mère, ta famille, Emilie …
-Qui t’a parlé d’Emilie ? Laisse-moi deviner, maman Mado ? Elle a fini de te bourrer le crâne avec des mensonges ?
-Quels mensonges ? Regarde la, vraiment et tu n’as même pas pitié d’elle. Elle a tout perdu.
-Quand elle est allée voir les marabouts pour que je l’épouse alors que je n’avais que 25 ans je l’avais envoyé ?
-C’est ce que ta mère t’a raconté ? Vraiment Gérard je suis déçue et tu sais quoi ? Je veux rentrer sur les bancs, je n’ai que 26 ans et je suis titulaire d’un baccalauréat. Je veux aller à la fac, le fait de rester cloîtrée ici sans rien faire commence déjà à me soûler.
Pendant qu’on se disputait, la nouvelle porte que Léna avait faite installer s’est ouverte sur elle.
-Ecole ? ahahahahah ricana t-elle malicieusement. Tu veux aller où ? Ton père est un ivrogne, ta mère est une pauvre vendeuse de beignets, et toi tu veux aller dans quelle école ? Pour y faire quoi ? aller faire la prostitution et ramener le sida à mon fils ? Ah non ! jamais hein ! Ce pour quoi on t’a épousée te dépasse et c’est l’école que tu veux faire ? C’est même quelle qualité de poisseuse bru que mon fils a trouvé bon de me ramener comme ça?
Je levai mon regard vers Gérard pour qu’il me défende devant sa mère mais une fois de plus encore, mon mari ne prit pas en compte ma détresse. Il tira plutôt une couverture et décida d’aller dormir dans la chambre d’amis, m’abandonnant avec Léna dans notre chambre.
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Voilà ma vie, mon quotidien, mon mystère… Vous pouvez m’appeler Dada. Je suis douce, gentille et conciliante. J’ai été un tantinet passive jusqu’ici, mais je vais dorénavant enfiler mon costume de guerrière pour mettre Léna hors d’état de nuire, même si je dois y laisser ma peau. Justice sera faite.
