Chapitre 5
— Tu vas le tuer ! Laisse-le ! crie-t-elle.
Je le traîne dehors, je le jette dans la rue et verrouille le portail. Puis je reviens vers ma femme, hors de moi.
— Pourquoi chasses-tu mes invités ? gémit-elle.
Je l’attrape et je la pousse dans sa chambre. La colère m’aveugle, je réclame mon droit conjugal. Cette fois, effrayée, elle se soumet.
Le matin, nous nous réveillons dos à dos.
— Comment es-tu entré ici ? demande-t-elle en découvrant ma présence dans son lit.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne peux plus me déplacer ? répliqué-je.
Elle tire sur la couverture et regarde.
— Qu’est-ce que tu m’as fait ?
— Je t’ai violée. Va le dire partout, je réponds, avec une fierté amère.
Je me lève et pars. Je sors et trouve ma fille en train de nettoyer la maison. Elle est très sale à cause de la fête.
— Oh, ma pauvre princesse, dis-je en lui posant un baiser sur le front.
Je sens une chaleur dans mon cœur, une fierté pour sa maturité.
— Merci, papa.. bonjour.
— Oui princesse, ça va ? Je pensais que tu étais partie à l'église.
— Même Dieu me pardonnera, tu t'es levé comment, papa ?
Ma fille est comme mon amie, je me sens moins seul avec elle. Ensemble, nous nettoyons la maison. Nous préparons du thé. Ma femme est assise sur le canapé, son téléphone en main.
Puis nous nous installons autour de la table pour le petit-déjeuner.
— Maman.. appelle Triner pendant que nous mangeons.
Je relève la tête, et je la regarde.
— J'ai supporté pendant un moment, mais je dois le dire, tu me déçois, maman, dit Triner avec une gravité qui me surprend.
— Pourquoi mon bébé ?
— La vie que nous menons, tu l'apprécies ?
— Qu'est-ce que tu veux dire ? Bien sûr que je l'apprécie, nous vivons dans une belle maison, tout est parfait.
— Peut-être pour toi.. mais pas pour moi, ni pour papa, tu..
— Triner, ces affaires ne regardent que ta mère et moi.. l’interromps-je, mal à l’aise.
Elle se tait, mais je lis la colère et la tristesse dans ses yeux. C’est la première fois que je la vois si blessée, si révoltée.
— Je vois que tu as commencé à apprendre des bêtises à l'enfant, crie ma femme après que notre fille a quitté la table.
— Martina, c'est ta faute. Je suis épuisé de ces disputes.
— Oh, vraiment ? C'est vrai, si je ne t'avais pas pris dans cette décharge là, je vivrais en paix avec ma fille.
Ses mots me blessent plus qu'une gifle. Je me lève et rejoins ma fille dans sa chambre.
— Je ne veux parler à personne, dit-elle dès que j'entre. Sa voix est remplie de chagrin et de colère.
— C'est vrai que tu ne veux pas me parler ?
— Oui.
Je sors pour lui donner un peu de répit.
Il est environ midi, et ma femme porte des vêtements indécents, une provocation.
— Tu pars où avec ces genres des vêtements ? Va les changer, lui dis-je avec une autorité désagréable.
— Tu trouves où cette autorité pour me donner des ordres, Ardem ? Laisse-moi te dire, tu vis chez moi. Et souviens-toi que tu as une affaire grave. Si tu oses ne serait-ce que me toucher, je vais te dénoncer et tu verras ce qui t'arrivera.
Elle part. Je reste calme, car je sais qu'elle a raison.
Une heure après son départ, Recho vient. Je la salue, pensant que les événements de la nuit étaient dus à l'alcool.
— Eh bien, la maison est animée, dit-elle en se servant de l'eau froide.
Triner vient la saluer, puis retourne dans sa chambre. Le conflit entre elle et moi est terminé.
— Tu n'as pas contacté Martina ? Je demande, essayant de me montrer amical.
— Je sais où elle est, elle profite de la vie. Je suis venue te tenir compagnie, si possible nous amuser un peu..
C'est à ce moment que je réalise que tout ce qu'elle a fait la nuit dernière était sincère et non pas dû à l'alcool. Le choc me rend muet.
— Ne t'inquiète pas, Recho, je m'amuse déjà avec ma fille, alors détends-toi.
— Ardem..
Elle se lève et s’approche de moi avec une lenteur calculée. Je bondis aussitôt du canapé.
— Vraiment ? Tu t’enfuis devant moi ? Alors peut-être que Martina avait raison.. Tu n’es pas capable d’assumer ton rôle d’homme.
Mes yeux s’écarquillent d’incrédulité. Comment ma femme peut-elle inventer de tels mensonges sur moi, et les répandre jusque dans la bouche des autres ? Et sur un sujet aussi intime..
— Mmmh.. tout ce corps, et pourtant rien de remarquable, Ardem. Prouve-moi que je me trompe, mon beau-frère.
Cette femme ressemble à un démon. Je me sens acculé, piégé entre ses mots et son regard. La seule issue qui me reste est de m'éloigner d'elle. Je me lève et m'enferme dans ma chambre.
Deux heures plus tard, ma femme revient, radieuse. Je suis là, incrédule.
— Recho, merci ma chérie.. tellement merci.
— Je te l’avais dit. Plutôt que de t’accrocher à ce type et son gros ventre, il vaut mieux..
Avant qu’elle ne finisse pas sa phrase, je sors de ma chambre, pour qu’elles sachent que je les entends.
Étonnamment, ma femme ne sursaute pas. Recho, en revanche, montre son inquiétude. Elles échangent un regard, puis éclatent de rire. Les larmes affleurent, suspendues, comme si mes yeux hésitaient à trahir la douleur que je cache au fond de moi.
— Martina, je ne supporte pas ce mépris. Je m'en vais, dit Recho en partant.
— Mmmmh, moi je vais me reposer. Les voleurs n'ont qu'à récolter ce qu'ils ont semé.
À cet instant, je touche du doigt une certitude, cette femme n’est pas celle que j’ai épousée. La Martina que j’ai connue n’avait pas ces sales habitudes.
— Martina ! Je l'appelle d'une voix forte.
Elle monte les escaliers. Quand elle voit que je suis en colère, elle court et s'enferme dans sa chambre.
