#####Chapitre 2 L'Invasion du Sanctuaire
Le lendemain matin, l’appartement s’était réveillé dans une atmosphère lourde, chargée de l’écho de nos
souffles de la veille. Je m’étais levée la première, fuyant la chaleur de ses bras uniquement parce que le soleil commençait à filtrer à travers les stores de notre petit salon. En traversant la pièce principale en t-shirt élimé, j'avais les jambes encore un peu lourdes, le corps marqué par l'empreinte de ses mains possessives.
C’était notre sanctuaire. Un deux-pièces universitaire que nos parents avaient loué en pensant faire une économie, persuadés que leur fils et leur fille veilleraient l’un sur l’autre. Ils n’avaient pas tort. Nous veillions l’un sur l’autre, mais pas de la manière dont ils l’imaginaient.
Soudain, deux bras puissants s’enroulèrent autour de ma taille par-derrière. Le menton de Gabriel se posa sur mon épaule, ses cheveux encore en bataille me frôlant la joue. Son odeur de sommeil et de peau chaude m'envahit instantanément.
« Tu t’es enfuie, murmura-t-il, sa voix rauque du matin vibrant contre mon cou.
Les cours reprennent à dix heures, Gabriel. Et mes amies veulent qu’on se retrouve ici avant d’aller en amphi. »
Je sentis ses lèvres s'étirer en un sourire contre ma peau. Il déposa un baiser brûlant juste sous mon oreille, là où la sensibilité était à fleur de peau, me faisant frissonner malgré moi.
« Tes amies… souffla-t-il d'un ton joueur. Chloé, Sarah et Léa. Celles qui passent leur temps à me dévorer du regard quand elles pensent que je ne remarque rien ?
Ne joue pas à ça, Gabriel. Elles sont importantes pour moi. Et elles ne doivent absolument rien savoir. Rien suspecter. »
Il me tourna doucement pour me faire face. Ses yeux sombres, d’une profondeur presque magnétique, plongèrent dans les miens. À vingt-deux ans, Gabriel avait cette beauté insolente, un mélange de traits virils et d'une nonchalance désarmante qui attirait l'attention partout où il passait. Il portait un simple jogging gris, laissant apparaître ses abdos dessinés et la ligne fine de son torse. Un spectacle qui, je le savais, ferait bégayer n'importe quelle fille du campus.
« Je serai un frère modèle, promit-il avec un clin d'œil provocateur. Mais en échange, je veux ma récompense ce soir. »
Avant que je ne puisse répondre, le bruit strident de la sonnette de l’appartement retentit, brisant l'intimité de notre bulle. Mon cœur rata un battement. Gabriel recula d’un pas, affichant un calme olympien alors que je
paniquais à l'idée qu'il soit encore si peu habillé.
« Ouvre, me dit-il à voix basse. Je vais mettre un t-shirt. »
Je pris une grande inspiration, lissai mes vêtements et ouvris la porte.
Sarah, Chloé et Léa entrèrent en trombe, apportant avec elles un parfum de café à emporter, de rouge à lèvres et d'excitation matinale. Elles s'affalèrent sur notre petit canapé avec l'aisance de celles qui connaissaient les lieux par cœur.
« Salut toi ! s'exclama Sarah, ses longs cheveux blonds parfaitement coiffés malgré l'heure matinale. Dis-moi que ton frère est là. J'ai besoin d'un collyre visuel après avoir croisé le prof d'économie ce matin.
Oui, il est là, répondis-je en essayant de garder une voix neutre. Il se prépare.
Je te jure, intervint Léa en ajustant ses lunettes rondes tout en sortant ses notes de cours. Ce mec est une anomalie génétique. Comment tu fais pour ne pas être jalouse de toutes les filles qui lui tournent autour ?
Même la prof de droit, hier, j'ai cru qu'elle allait lui donner son numéro personnel sous prétexte de lui expliquer un paragraphe de la constitution. »
Un rire nerveux m'échappa. Si elles savaient.
« Gabriel s'en fiche, éludai-je en m'asseyant sur le bord de la table basse. Il est concentré sur ses examens. »
C'est à ce moment que la porte de sa chambre s'ouvrit. Gabriel apparut, habillé d'un jean noir et d'un t-shirt blanc ajusté qui mettait en valeur sa carrure de sportif. L'effet fut immédiat. Un silence presque religieux s'installa dans la pièce. Je vis les yeux de Chloé s'agrandir légèrement, tandis que Sarah redressait immédiatement sa posture, passant une main provocante dans ses cheveux. Même Léa, d'ordinaire si concentrée sur ses études, perdit le fil de sa phrase.
« Salut les filles, lança-t-il de sa voix chaleureuse et assurée. Vous êtes matinales.
On s'est dit qu'on viendrait te tenir compagnie, répondit Sarah d'un ton délibérément charmeur, son regard descendant lentement le long de son torse. On ne te dérange pas, j'espère ?
Jamais, répondit-il en croisant un court instant mon regard, y déposant une étincelle de défi. Une jolie compagnie n'est jamais de trop. »
Il s'approcha de la cuisine pour se servir un verre d'eau. Pour y accéder, il dut passer juste derrière moi. Sa main glissa discrètement le long de ma hanche, hors de la vue de mes amies, un contact électrique qui me fit retenir mon souffle alors qu'il continuait de parler avec Sarah comme si de rien n'était.
« Alors, Gabriel, commença Chloé, un peu timide mais les yeux brillants. C'est vrai ce qu'on dit ? Que tu vas donner des cours de soutien aux premières années ce semestre ?
C'est en projet, oui, répondit-il en s'appuyant contre le plan de travail, buvant son eau d'un trait sous leurs yeux fascinés. Pourquoi ? Tu as besoin d'aide en statistiques, Chloé ?
Peut-être bien… murmura-t-elle, ses joues prenant instantanément une teinte rosée. »
Je serrai les poings en sentant une morsure de jalousie physique me tordre l'estomac. Chloé était douce, innocente, mais je voyais bien la façon dont elle le regardait. Elles le voulaient toutes. Et Gabriel, joueur et conscient de son pouvoir, aimait tester mes limites.
« Bon, on devrait y aller si on ne veut pas être en retard pour le cours de dix heures, coupai-je d'un ton un peu plus sec que prévu. »
Léa leva la tête de ses feuilles, surprise par mon ton, tandis que Gabriel laissait échapper un léger ricanement, ravi de voir qu'il m'avait touchée.
« Ma sœur a raison, dit-il en posant son verre. Ne soyez pas en retard. On se recroise sur le campus, les filles. »
Alors que nous nous dirigions vers la porte, Gabriel me retint un quart de seconde en arrière sous prétexte de me donner mes clés oubliées sur la table. Ses doigts effleurèrent les miens, et il me murmura à l'oreille, si bas que moi seule pus l'entendre :
« Ne sois pas jalouse, ma puce. Ce soir, il n'y aura que toi. »
Ces mots résonnèrent en moi tout le long du trajet vers l'université, mêlant l'excitation coupable à une certitude terrifiante : le feu que nous avions allumé allait finir par se propager, et mes amies étaient déjà prêtes à se jeter dedans.
