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Chapitre 4 : Une nuit calme mais pas vide

Il ajusta son kimono et s'installa en tailleur près du feu, non loin de son sabre, avant de fermer les yeux. Il ne dormi pas immédiatement, préférant calmer son esprit, comme s’il méditait en silence.

Je restais assis, attentif, mes sens ouverts la nuit. Le feu diminuait lentement, mais ses braises diffusaient encore assez de lumière pour briser l’obscurité. Shirokaze dormait d’un sommeil léger, ses oreilles pivotant de temps à autre. Le vent avait repris doucement, comme un souffle léger entre les branches. Mais rien d’anormal ne perturbait le calme apparent du campement.

J'observais le ciel dégagé, les étoiles m’accompagnant dans ma veille.

Alors que mon tour de garde touchait à sa fin, un léger bruissement attira ton attention, à quelques mètres dans l’obscurité. Rien de net. Pas un pas, pas une présence distincte… juste une impression fugace.

Shirokaze ne réagit pas vivement, mais elle remua légèrement, comme si elle sentait quelque chose.

Un animal ? Un simple courant d’air ? Ou quelqu’un qui vous observait ?

J’inspira lentement, offrant mon souffle aux kamis de l’Air, un échange subtil entre leur essence et la mienne. Je ne formulais pas une demande directe, mais une offrande respectueuse en échange d’un voile protecteur autour du camp. L’air autour de moi frissonna légèrement, un signe que les kamis avait entendu mon appel. L’espace devient plus clair dans mon esprit, comme si une brume invisible formait un cercle autour du campement, filtrant les sons, les mouvements, et les intentions extérieures.

Puis, un murmure. Un courant d’air caressa ma nuque, et je ressentais une présence.

Elle n’était pas immédiate, pas hostile, mais quelque chose ou quelqu’un s’était bien approché du campement avant de s’éloigner à nouveau. Le vent ne ne disait ni un nom, ni une forme, seulement une sensation de prudence. Le silence retomba, mais je savais désormais que nous avions été observés. Shirokaze ne bougeait plus, preuve que la menace n’était plus immédiate… mais l’alerte demeurait.Le ciel commencait à pâlir légèrement à l’horizon. Mon tour de garde prenait fin, et il était temps de réveiller Asahina Kenshiro pour qu’il prenne la relève.

J’ajoutais doucement du bois au feu, laissant les flammes reprendre de la vigueur sans produire trop de fumée. L’éclat orangé dansant sur les traits assoupis d’Asahina Kenshiro alors que je posais une main ferme mais mesurée sur son épaule.

- C’est ton tour.

Son réveil fut immédiat et silencieux. Ses yeux s’ouvrirent sans confusion ni hésitation, et sa main effleure instinctivement son katana avant qu’il ne réalise pleinement la situation. Il cligna des yeux, puis inspira lentement avant de redresser son dos.

- Merci, Seppun-dono.

Il s’étira légèrement, mais son regard perçant capta immédiatement quelque chose dans mon attitude. Il perçu que j'étais resté attentif plus longtemps que prévu.

- Un problème pendant ta veille ? demanda-t-il, son ton neutre mais curieux.

Je ressentis qu’il ne posait pas la question par politesse, mais par instinct de guerrier.

- Une impression, j'ai appelé les kamis pour qu'ils veillent sur le camp et j'ai eu une réponse. Ce n'est pas hostile mais quelque chose ou quelqu'un est venu, à observé et c'est éloigné.

Asahina Kenshiro écouta mes paroles en silence, son regard fixé sur les flammes tandis qu’il assimilait l’information.

Il ne posa pas immédiatement de questions, comme s’il pesait le poids de ce que je venais de dire. Puis, lentement, il releva les yeux vers moi et hocha la tête.

- Les kamis ne se trompent pas.

Il ajusta son kimono, vérifia son wakizashi, et se redressa légèrement, les muscles tendus d’un guerrier qui savait qu’il était peut-être observé lui aussi.

- Quelque chose qui regarde et s’éloigne… ce n’est ni un simple animal, ni un voyageur égaré. Si cette présence voulait nous approcher, elle l’aurait fait. Si elle voulait attaquer, elle aurait tenté sa chance.

Son regard glissa un instant vers l’obscurité au-delà du feu, puis il ajouta d’un ton plus bas, presque pensif :

- Soit c’était de la curiosité, soit c’était un avertissement.

Il croise les bras, puis me regarda plus directement :

- Tu as bien fait de m’en informer. Repose-toi, Seppun-dono. J’ai connu assez de nuits sur la route pour sentir si une menace revient.

Son ton n’était pas arrogant, mais pragmatique. Il comprit que j'avais déjà veillé et que mon rôle, en tant que shugenja, était d’être lucide et prêt au matin.

Je m'installais dans une position plus confortable, gardant néanmoins mon wakizashi non loin de moi. Le feu crépitait doucement tandis qu’Asahina Kenshiro prit sa position de veille, dos droit, regard balayant régulièrement l’environnement. Shirokaze ne semblait pas troublée, ce qui me rassurait. Le poids de la fatigue commençait à se faire sentir. Je laissais mon esprit glisser vers le repos, conscient que demain sera un jour important.

Kaigawa m’attendait.

Lorsque j’ouvrais les yeux, la lumière pâle de l’aube commençait à se répandre sur le campement. Asahina Kenshiro était déjà debout, rangeant ses affaires méthodiquement. Il avait laissé les braises du feu mourir, effaçant toute trace de notre présence. Il m'aperçut me réveiller et me salua d’un léger hochement de tête.

- Nous avons eu une nuit tranquille. Aucun signe de ton visiteur inconnu.

Shirokaze s’ébroua, prête à reprendre la route. Kenshiro ajusta le fourreau de son katana, puis me regarda :

Nous avons une longue chevauchée vers Kaigawa. Prêt à partir, Seppun-dono ?

Je caressa l'encolure de Shirokaze, en acquissent de mon seul bras. Je montais à cheval, comme je l'avais déjà fait plusieurs fois.

- Longeons-nous la route ou voyageons-nous dessus ?

Asahina Kenshiro m’observa un instant monter en selle, notant la fluidité de mon geste malgré l’absence de mon bras gauche. Il ne fit aucun commentaire, mais son regard reflèta une reconnaissance tacite : j’était un guerrier formé, un homme qui n’a pas besoin qu’on le traite différemment. Il ajusta sa propre monture, une jument grise aux muscles affûtés, avant de répondre à ma question :

- La route est plus rapide, mais elle fait de nous des cibles visibles.

Il jetta un regard vers l’horizon, évaluant la situation avec l’œil d’un homme qui a déjà dû faire ce genre de choix plusieurs fois.

- Longer la route nous donne plus de discrétion… mais ralentit notre progression. Si ce qui nous a observés cette nuit était un danger, mieux vaut savoir s’il est devant nous plutôt qu’il nous surprenne sur un sentier caché.

Son regard revenait vers moi, m’offrant implicitement le choix du chemin.

- Si c'était un danger ou une menace il aurait profité de ton sommeil pour attaquer un jeune shugenja à qui il manquait un bras cette nuit.

Asahina Kenshiro haussa un sourcil, son sourire en coin revenant brièvement sur son visage.

- Sauf si ce qu’il voulait… c’était justement que nous pensions qu’il n’était pas une menace.

Il ne disait pas cela comme une contradiction, mais plutôt comme une remarque de guerrier habitué aux jeux de patience et aux tactiques insidieuses.

Puis, il inclina la tête légèrement.

- Mais je vois ton point. Si une intention hostile existait, elle se serait déjà manifestée.

Il tapota doucement l’encolure de sa monture avant de conclure :

- Alors soit. Prenons la route.

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