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Le retour de l'Alpha : pour aimer ou pour se venger ?

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Alfredius Mercurii
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Résumé

Depuis un temps, les nuits ne sont plus vraiment paisibles dans la luxueuse demeure de Fred, milliardaire respecté. Ardine, sa fille unique, belle et fragile, est la proie d’une présence invisible qui surgit toujours au même instant : lorsqu’elle est seule, nue, face à son reflet, dans l’intimité troublante de sa piscine privée. Une apparition foudroyante, une peur indicible… puis l’évanouissement. Personne n’y croit, ni le père rationnel, ni la science moderne. Jusqu’au jour où une servante jure avoir vu, sous les éclats de la foudre, un loup immense, sorti tout droit des légendes. Un mythe ancien refait alors surface. Il s'agit d'une légende ancienne qui évoque un loup-garou immortel, ultime vestige de la Forêt Perdue, capable de changer de peau et de défier le temps. On murmure qu’il est revenu chercher ce qui lui fut arraché… est-il revenu pour aimer ou pour se venger ?

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Chapitre 1

L’hôtel particulier des Durand se dressait comme un joyau architectural dans la nuit parisienne, ses pierres blondes baignées d’une lueur lunaire qui accusait chaque relief, chaque sculpture néoclassique ornait sa façade. La demeure, construite au XIXe siècle par un ancêtre passionné d'architecture italienne, étalait sa majesté silencieuse dans le 16e arrondissement, derrière une grille noire aux pointes dorées qui séparait le monde bruyant de la ville du silence feutré des privilèges.

À l'intérieur, derrière les hautes fenêtres aux rideaux de soie brodée d'argent, régnait une agitation particulière aux grandes maisons après les réceptions importantes. Ce soir-là, Fred Durand, le patriarche milliardaire, avait reçu le gratin de la finance européenne pour célébrer la fusion réussie de sa société avec un conglomérat allemand. Les éclats de rire étouffés, le cliquetis discret de la vaisselle en porcelaine de Limoges, le murmure des conversations où se mêlaient français, anglais et allemand, tout cela venait à peine de s'éteindre, laissant place au ballet méthodique des domestiques qui rangeaient l'immense salle à manger.

Ardine, unique héritière des Durand, venait de se retirer dans ses appartements privés, un sanctuaire de marbre de Carrare et de velours de Gênes situé à l'aile ouest de la demeure.

À vingt-quatre ans, elle incarnait une beauté classique mais traversée d'une mélancolie moderne qui intriguait et inquiétait son entourage, des yeux gris-bleu qui gardaient la mémoire d'autres ciels, d'autres époques, des cheveux châtains aux reflets cuivrés qui tombaient en cascade sur ses épaules dénudées par la robe de soirée en satin ivoire qu'elle venait de quitter. La robe gisait maintenant sur un fauteuil Louis XV, forme vide rappelant la performance sociale qui venait de s'achever.

Elle traversa son boudoir, pieds nus sur le parquet de chêne ciré, évitant machinalement la troisième latte qui grinçait depuis son enfance, un souvenir ancré dans sa mémoire corporelle. La pièce sentait le lilas, sa fleur préférée, dont les bouquets étaient renouvelés quotidiennement par le jardinier.

— Mademoiselle, votre bain est prêt, murmura Lucie, l'une des servantes, en disposant avec une précision presque cérémonielle des serviettes épaisses en lin damassé sur le chauffage en laiton.

La jeune femme, pas beaucoup plus âgée qu'Ardine mais déjà empreinte de cette discrétion professionnelle que des générations de service avaient instillée dans sa famille, ne levait jamais tout à fait les yeux. Un respect des distances, pensait Ardine, ou peut-être simplement la peur de trop voir.

— Merci, Lucie. Vous pouvez disposer pour ce soir.

— Bien, Mademoiselle. Faut-il préparer votre tisane de camomille ?

— Non, ce ne sera pas nécessaire.

La servante s'inclina légèrement et quitta la pièce sans un bruit, refermant derrière elle la double porte en chêne massif. Ardine resta un moment immobile, écoutant le silence qui s'installait progressivement dans la grande maison. Un silence relatif, peuplé des craquements familiers du vieux bâtiment, du tic-tac lointain de l'horloge monumentale dans le hall d'entrée, du froissement à peine audible des tentures sous la caresse d'une brise nocturne entrant par une fenêtre entrouverte.

La salle de bain était un temple dédié à l'eau et à la lumière, conçu par un architecte disciple de John Soane, avec cette passion pour les jeux de reflets et de perspectives. Une piscine privée de dimensions modestes mais d'une profondeur respectable y occupait le centre, ses eaux turquoise émettant une vapeur irisée sous les spots dissimulés dans des niches en stuc. Les murs, revêtus de marbre vert de mer aux veines dorées, absorbaient et rediffusaient la lumière selon un principe qui échappait à l'œil non averti.

Mais la pièce maîtresse, celle qui donnait à l'espace sa dimension presque surnaturelle, était le miroir mural, une véritable œuvre d'art italienne du XVIIIe siècle, importée de Venise à grands frais par l'arrière-grand-père d'Ardine. Il couvrait toute la surface du mur face au bassin, reflétait l'espace dans une infinie profondeur qui troublait toujours la jeune femme. Parfois, en le regardant fixement, elle avait l'impression de voir non pas son reflet, mais celui d'une autre pièce, d'un autre monde, légèrement décalé du sien.

Viviane, mère d'Ardine, apparut sur le seuil sans avoir frappé, un privilège maternel qu'elle s'était toujours accordé. Parfumée au jasmin de Grasse, son essence signature, et vêtue d'un peignoir de soie chinée bleu nuit qui accentuait la pâleur aristocratique de son teint, elle ressemblait à ces portraits de femmes du siècle passé qui ornaient la galerie familiale. À cinquante ans, elle conservait une beauté froide, ciselée, que les années avaient rendue plus distante encore.

— Tu as quitté la réception tôt, ma chérie. Ton père a remarqué ton absence.

La voix était douce, mais l'observation contenait cette nuance de reproche que seule une mère sait formuler sans avoir besoin de mots directs.

— La migraine, maman. Elle menace depuis ce matin.

— Encore ? Il faudra consulter le docteur Lenoir à nouveau. Ces migraines deviennent trop fréquentes.

Ardine esquissa un sourire qui ne parvint pas à atteindre ses yeux.

— C'est déjà prévu pour jeudi.

Viviane s'approcha, son peignoir murmurait sur le marbre, et déposa un baiser sur le front de sa fille, geste rituel depuis l'enfance, devenu au fil des années une formalité plus qu'une tendresse.

— Passe une bonne nuit, ma chérie. Repose-toi bien. Les Demarest nous invitent à déjeuner dimanche, il faudra que tu sois en forme.

— Je n'oublie pas, maman.

— Parfait. N'oublie pas non plus d'éteindre les bougies avant de te coucher. Le nouveau majordome a encore trouvé des traces de cire sur le marbre de la cheminée hier matin.

Ardine hocha la tête, et Viviane se retira, laissant derrière elle un sillage de jasmin et l'atmosphère de devoir inaccompli qui, toujours, l'accompagnait. La jeune femme attendit que le bruit des pas de sa mère se soit évanoui dans le couloir avant de laisser échapper un soupir, non pas de soulagement, mais de lassitude particulière, née, en plus de la fatigue physique, mais aussi d'une accumulation de petites contraintes, de regards pesants, d'attentes non formulées mais parfaitement comprises.

Elle s'approcha du miroir et commença à retirer les dernières parures de la soirée : les boucles d'oreilles en diamants qui avaient appartenu à sa grand-mère, le collier de perles de culture offert pour ses vingt ans, la bague en saphir qui scellait les fiançailles avec Édouard de Montalembert, fiançailles arrangées depuis l'adolescence et qui devaient aboutir à un mariage l'automne suivant. Chaque bijou tombait dans un écrin de velours avec un petit bruit mat, comme des cailloux dans un puits profond.