CHAPITRE 3
Trois semaines plus tard, Fatima va rendre visite à la meilleure amie de Mariam pour avoir des nouvelles de sa sœur car depuis leur départ, personne n’a eu des nouvelles des mariés.
-Bonjour Mouna,
-Bonjour Fatima, comment vas-tu ?
-Moi ça va mais je ne comprends pas Mariam, nous n’avons reçu aucune nouvelle d’elle depuis ton retour. Dit moi ce qui se passe là-bas.
-Rien de spécial, j’ai juste remarqué qu’elle est tombée amoureuse de son mari et elle oublie tout le monde.
-Si c’est ça ce n’est pas un souci de toutes les façons ils sont déjà mariés. Mais nous n’avons pas de ses nouvelles et n’avons aucun moyen de rentrer en contact avec eux. Peux-tu me donner l’adresse exacte d’Abdoulaye ?
-Pendant mon séjour nous étions logés dans une résidence qu’il avait louée pour la circonstance. Il a dit que sa maison était en finition mais malheureusement je n’ai pas pu visiter avant de quitter. Je sais juste que c’est à la Riviera quartier millionnaire, il parait que c’est l’une de leurs opérations immobilières pour les riches seulement.
-Donc il n’y a aucun moyen de retrouver Mariam ?
-Tu peux demander à Issouf de vous aider puisqu’il est l’ami d’Abdoul. Ou t’adresser à l’entreprise Holding T directement pour rentrer en contact avec Abdoul.
-Issouf est en principe en mission mais je vais vérifier s’il est de retour. Tu as raison puisque c’est lui le directeur général, c’est plus facile de retrouver l’entreprise que la maison. As-tu eu l’occasion de rencontrer ses parents ou ses frères et sœurs ?
-Oui ils sont passés saluer une fois pendant mon séjour.
-Ok merci ma sœur. Je ferai tout pour rentrer en contact avec Mariam.
Pas du tout rassurée, Fatima appelle Issouf pour avoir d’autres informations mais malheureusement ce dernier est en voyage pour un mois hors du pays. Déçue, elle retourne à la maison pour avoir une discussion avec son père concernant son désir de se rendre à la capitale pour déposer des demandes d’emplois. Elle a hâte de travailler pour fuir la monotonie du village.
-Bonsoir maman, je suis de retour dit Fatima en rencontrant sa mère devant leur concession. Tu fais quoi loin de ton mari à cette heure ?
-Je te cherchais ma fille, ton père veut te parler.
-Super ça tombe bien, je voulais aussi lui parler, Fatima s’empresse de retrouver son père qui est en général de bonne humeur après la prière de 16h.
- Bonsoir papa, tu voulais me parler ?
-Comment va ma petite Fatima ?
-Je vais bien papa,
-Comme tu le sais, ça fait plus d’un mois que ta petite sœur est mariée, et comme promis à mon ami Karim depuis des années, ta mère et moi avons décidé d’accélérer les préparatifs de ton mariage avec Issouf.
-Quoi ? Fatima est stupéfaite
-Tu le sais déjà que Issouf est amoureux de toi, et depuis votre tendre enfance, son père et moi avons décidé de vous unir dès que vous serez prêts. Aujourd’hui j’estime que c’est le cas, tu as ton diplôme et Issouf est un grand manager ; nous avons tous remarqué comment il a réussi à organiser la coopérative de son père et les groupements des coopératives de la région. C’est un jeune est très brillant.
-Je sais tout ça papa, mais je ne suis pas amoureuse de lui. Et je voulais aller à la capitale chercher du boulot et m’y installer. C’est pourquoi je voulais te voir pour en discuter.
-Ne raconte pas des bêtises ma fille, tu es promise à Issouf selon la coutume et tu dois accepter ce mariage. Pour ton emploi, ne t’inquiètes pas Issouf pourrait t’embaucher dans une de leurs coopératives.
-Je suis comme une sœur pour Issouf vous ne pouvez pas m’obliger à l’épouser.
-Issouf n’est pas ton frère, c’est ton fiancé et tu seras bientôt sa femme commence à te préparer pour le mariage.
-Je refuse de ma marier à Issouf.
-C’est ce qu’on verra.
-Vous avez obligé Mariam à se marier et ça fait près d’un mois que nous n’avons pas de ses nouvelles et vous n’êtes même pas inquiets. Et vous voulez refaire la même chose avec moi ?
-Mariam est heureuse dans son foyer, c’est ce que Mouna nous a dit à son retour et cela me suffit. Toi tu te marie pour rester auprès de nous. Vas rejoindre ta mère elle te dira ce que tu dois faire pour les préparatifs.
-Ok papa. Elle se retira très mécontente.
-Papa se trompe s’il croit que je vais me marier avec Issouf en compromettant tous mes projets. Je ne suis pas docile comme Mariam, je vais quitter le village le plus tôt possible pour éviter ce mariage ridicule avec Issouf.
-Coucou maman.
-Oui ma fille ?
-Tu sais de quoi papa voulais me parler ?
-Oui je sais, nous en avons parlé effectivement.
-Pourquoi tu laisses faire ?
-Mais je croyais tu t’entendais bien avec Issouf ?
-Oui nous nous entendons mais je ne suis pas amoureuse de lui au point de d’accepter de l’épouser.
-Vous avez déjà une bonne base, et j’aime beaucoup Issouf, il ferait un bon mari.
-Vous faites quoi de mes sentiments, de mes ambitions ?
-Les sentiments changent ma fille, prend l’exemple de Mariam elle a fini par aimer son mari. Tu parles d’ambitions, tu es une femme et tes ambitions doivent dépendre de ton mari.
-Je me demande pourquoi vous nous avez permis d’aller à l’école si c’est pour nous ramener des siècles avant.
-Je ne te permets pas de nous parler de la sorte, l’école c’est pour votre culture personnelle. Dans notre communauté seul le mariage est important pour une femme.
-Je ne sais plus quoi dire, Fatima est complètement abattue car cette décision de ses parents va l’obliger à trouver une solution rapide qui ne sera pas du goût de tout le monde, elle va devoir faire des sacrifices pour réaliser ses objectifs.
Après avoir informé Habib de la situation, elle décide de quitter le village pour aller dans la capitale. Elle va habiter avec sa meilleure amie qui est restée en ville pour faire des stages après leur formation. Elle a gardé le studio qu’elles louaient pendant leur formation. Elle profitera aussi pour retrouver Mariam pour s’assurer qu’elle se porte bien.
C’est ainsi qu’avec la complicité de Habib et de Salif, chargé des ventes de la coopérative du village, Fatima quitte le village à bord du camion de transport des vivriers.
Après plusieurs heures qui parurent une éternité à Fatima, ils arrivent enfin au marché de gros des vivriers. Elle profite du déchargement pour prendre congé de Salif.
-Merci Salif pour cet agréable voyage, tu diras à Habib que je le contacterai dès que je serai installée.
-C’était un plaisir de voyager avec toi ma belle, si tu vois Mariam, dis-lui que je l’aime toujours.
-Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Salif, je sais que tu es toujours amoureux de Mariam mais elle est maintenant l’épouse d’un autre. Je lui transmettrai néanmoins tes salutations. Courage à toi.
Le pauvre Salif, amoureux de Mariam depuis 2 ans, il a émis le désir de l’épouser mais les parents ont refusé sous prétexte qu’il n’est pas riche.
Le marché de gros est le lieu de rencontre de tous les commerçants de la capitale, à cette heure de la journée on y rencontre beaucoup de monde rendant le déplacement difficile avec les nombreux camions et car de transport. C’est aussi le lieu de prédilection des bandits qui agressent les visiteurs à longueur de journée.
Heureusement pour moi, Salif m’a confié à l’un des responsables des jeunes chargés de la sécurité des commerçants. Il m’accompagne jusqu’à la gare des mini cars de transports en commun. Je n’ai pas pris beaucoup de bagages pour ne pas attirer l’attention des villageois sur mon déplacement, je suis donc plus à l’aise dans cet environnement.
-Nous sommes arrivés mademoiselle, vous allez dans quelle commune ?
-Je vais à la riviera 3.
-Ok, venez avec moi, il conduit Fatima vers les mini cars qui rallient le marché de gros des vivriers vers la cité de la riviera 3.
-Merci pour votre aide. Fatima se précipite pour rejoindre un car qui était déjà presque chargé, il y restait juste une place.
Il était 17h30, heure de pointe ou tous les travailleurs rejoignent leur domicile. Le car se retrouve coincé dans l’embouteillage pendant 2 heures de temps. Enfin arrivée chez son amie aux environs de 19h30 très épuisée par ce long voyage.
-Coucou Yasmine, je suis là.
-Bonne arrivée ma chérie, tu as mis du temps qu’est ce qui s’est passé ?
-L’embouteillage c’est de plus en plus terrible ; dit Fatima en se laissant tomber dans un fauteueil.
-Je te confirme, finalement je me demande si j’ai bien fait de rester dans la capitale.
-Hum !!!
-Qu’est ce qui t’arrive ? tu n’as pas pu m’expliquer exactement pourquoi tu as fui le village ?
-Laisse-moi le temps de me laver et prendre un bon repas pour retrouver mes forces, je te raconte tout à l’heure.
-Ok vas-y, je t’ai préparé ton plat préféré du kédjenou (soupe) d’escargot avec du riz.
-Waouh……tu es un ange dit Fatima en lui plaçant un bisou sur la joue.
30 minutes plus tard, Fatima après avoir pris une douche et diner dans la bonne humeur avec Yasmine se détend devant la télévision. Mais poussée par la curiosité, son amie l’oblige à lui raconter ce qui s’est passé au village.
-Les nouvelles sont bizarres au village ma chérie, figure toi que mes parents ont obligé Mariam à se marier avec un parfait inconnu, la seule information que nous avons sur lui c’est qu’il est l’ami d’Issouf Diakité et un riche héritier vivant ici dans la capitale.
-Waouh ! ils ont osé ?
-Oui ils l’ont fait ; en ce moment nous n’avons aucune nouvelle de Mariam car le marié a pris soin de ne pas montrer son vrai domicile à Mouna la meilleure amie de Mariam.
-Mais pourquoi ? Il se reproche quoi ?
-Il a donné comme excuse que son domicile était en finition et il n’a même pas pris le temps de bien lui indiquer la maison ou même effectuer une visite avec elle.
-C’est suspect ça.
-Oui c’est pourquoi je me suis donné comme mission de mener ma petite enquête et tu vas m’aider.
-Tu peux compter sur moi, tu connais mon efficacité. Mais comment il s’appelle ce monsieur ?
-Il se nomme Abdoulaye Touré, il est le DG de la Holding T créée par son grand-père qui l’a cédé à son fils, le père d’Abdoul.
-Tu dis bien la Holding T ? Mon patron est leur représentant juridique et le meilleur ami du DG il s’appelle bien Abdoulaye Touré mais communément appelé Alex qui lui a été donné par ses amis, il parait qu’il est très beau et fait des ravages auprès des femmes. Mais je n’ai pas été informée de son mariage.
-S’il te plait tu peux me trouver son adresse ? Il parait que c’est dans la cité millionnaire.
-Oui c’est vrai il possède une très grandes et belle maison, il y loge même son personnel pour leur éviter les tracas des embouteillages.
-Comment tu as fait pour avoir toutes ses informations et ne pas savoir pour son mariage ?
-C’est vrai, sa vie privée est vraiment privée et bien conservée par son ami et il parait qu’aucun membre de son personnel n’oserait donner des informations au risque de se voir licencier.
-Ok trouve-moi juste l’adresse exacte, le reste j’en fais mon affaire.
-Ok. C’est pour cela que tu as fui le village ?
-Ah oui j’oubliais, c’est parce que les parents ont décidé de me marier à Issouf.
-Quoi ?? Tu es sérieuse ? Issouf mais il est comme un frère pour toi.
-C’est ce que je pensais mais il parait que nous sommes fiancés depuis notre plus jeune âge.
-Et Issouf, il en pense quoi ?
-Il s’est aussi mis en tête de devenir mon mari un jour, il m’a demandé en mariage mais je ne lui ai pas donné de réponse.
-Donc ses parents ont réussi à le convaincre et comme tu es une très belle fille c’est facile pour lui de t’aimer.
-Oui mais moi je ne l’aime pas et je ne veux pas de ce mariage. A ce propos, j’ai dit à Habib que je vais loger chez toi mais ce sera juste le temps que je me trouve une autre résidence.
-Mais pourquoi, je me sens bien en ta compagnie ;
-Il ne s’agit pas de ça, si je reste ici on pourrait me retrouver facilement et comme Issouf connait chez toi je ne veux pas prendre de risque. Je vais disparaitre le temps que les choses se calment.
-Mais tu vas aller où puisque le mari de ta sœur est ami à Issouf tu ne peux pas aller là-bas.
-Je sais, je veux juste voir Mariam et m’assurer qu’elle va bien, je vais trouver un autre lieu. J’ai un peu d’économie sur moi.
-Ok. Je te trouve l’adresse de monsieur Touré tout de suite. Elle profite pour appeler le coursier de leur cabinet juridique qui connait effectivement le domicile de Monsieur Touré.
-Merci ma chérie je savais que je pouvais compter sur ton efficacité.
-Je t’en prie ma puce ; maintenant repose toi de ce long voyage demain est un autre jour.
-Oui, bonne nuit à toi.
