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Chapitre 5

Tout à coup, la sirène retentit avertissant l’heure du démarrage des cours de la soirée. Tous les élèves commencèrent à regagner leurs classes respectives. Ma copine Vanessa était en classe et par les claustras, elle observait Bruno et moi, sans que je ne m’y rendisse compte.

À peine entrée dans la classe, ce fut ma copine qui me parla en premier.

– Je comprends enfin combien nos sages avaient raison de leur adage.

– De quel adage parles-tu, lui questionnai-je, essoufflée.

– Oui, c’est aux yeux des humains que la chèvre broute l’herbe. Mais arrivée dans les champs, elle mange plutôt le bois.

– Et quelle en est la signification ?

– Grâce, n’était-ce pas toi qui jouais à l’hypocrite tout à l’heure quand on rentrait à la maison ?

– Sois plus claire et explicite, lui dis-je, harassée de colère.

– Ne t’enflamme pas s’il te plaît. Je crois que vous vous êtes enfin entendus sur de bonnes bases et que tu lui as déjà donné ce pour quoi il te dérangeait !

– Et quel est ton problème dedans ?

– Je sais bien que rien n’est mon problème. En tout cas, fais gaffe !

– Vanessa, je ne suis pas une gamine et je ne suis pas non plus ton égal, d’accord ? Et dès aujourd’hui, contrôle bien tes langages avant de me les adresser sinon...

– Sinon tu vas me frapper n’est-ce pas ? Excuse-moi de t’avoir mal parlé.

Prise de panique, je gardai silence et me mis à observer ma copine dans son nouvel état de tristesse.

***

Pour ma première fois, je sentais une grande joie circuler dans mes veines. Quelque chose me rendait heureuse. Oui, je sentais quelque chose au fond de moi : un sentiment pur et léger. La déesse Vanessa avait bien visé : j’étais effectivement amoureuse.

Le professeur était enfin là, debout dans la classe, tenant un morceau de craie dans sa main droite, il demandait ce qu’on avait pu voir la séance écoulée. Tous mes camarades levaient leurs petits doigts pendant que moi, je revivais encore l’entretien que je venais d’avoir avec Bruno.

Romaric, notre professeur de français était un homme de taille moyenne et d’un teint pas si clair comme le mien. C’est le professeur que j’admirais beaucoup parce qu’il était trop gentil avec nous.

Les cours avaient commencé et avaient pris fin deux heures plus tard. À la fin des cours de dix-sept heures, je sortis de la classe toute seule parce que je ne comprenais pas la raison pour laquelle Vanessa, en voulant rentrer à la maison ce soir-là, était partie sans m’attendre comme d’habitude. Son comportement m’intrigua et je m’étais mise à me poser des questions sans réponses.

En fait, je me demandais si c’était le simple palabre de tout à l’heure qui avait fait appel à ce comportement affreux de sa part ou s’il y avait plutôt une anguille sous roche ? Je fis mine à ses comportements qui me paraissaient pour la toute première fois étranges.

Je rangeai mes affaires et sortis de la classe. Au-dehors, précisément à côté de ma classe, s’impatientait Bruno, mon nouvel ami.

– Bonsoir mademoiselle Grâce !

– Oui bonsoir monsieur Bruno, le taquinai-je à mon tour.

Ensemble, nous nous mîmes à rire aux éclats. Nous marchâmes de la cour de l’école jusqu’au portail. Bruno, marrant soit-il, me faisait rire avec de petites histoires comiques.

– J’espère que le professeur a bien expliqué son cours de français ! me demanda-t-il.

– Oh oui, et dis-moi, savais-tu qu’on avait cours de français ?

– Si, je l’ai lu sur votre tableau !

– Ah d’accord, je vois maintenant ! Sinon, le professeur a bien expliqué son cours.

Ce jour-là, Bruno et moi marchâmes ensemble de la devanture du portail jusqu’au bord de la grande voie. On marchait doucement comme des tortues. Pour éviter d’avoir à faire avec mon père une deuxième fois, j’ai demandé gentiment à mon compagnon de rentrer calmement chez lui.

Compte tenu de sa gentillesse, Bruno accepta malgré lui. J’imaginais combien il avait envie de me tenir compagnie mais je n’avais pas le choix. J’avais peur de ma grande sœur et aussi de ma maman parce que papa serait déjà à son service.

Bruno ne se contraria point à mon ordre. Il me souhaita une bonne nuit par anticipation ; moi aussi.

Nous nous séparâmes avec des sourires aux lèvres. Ces sourires m’avaient tant manqué. Oui, la maison où j’habite est une prison ; une prison où il n’y a jamais la joie.

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