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PDV de Céline
Une fois installée à mon bureau, Mathieu me présente les conclusions et les documents qu’il a préparés pour le dossier que je lui ai confié la semaine dernière. Ses recherches sont complètes et ordonnées, ses courriers sont bien développés et détaillés. Si je dois être honnête, je n’aurais pas fait beaucoup mieux que lui. Ce n’est que le premier dossier que je lui confie et il est relativement simple dans sa résolution. Mathieu n’est que dans sa première année d’étude mais s’il continue comme ça, il pourrait bien devenir un très grand avocat dans le futur.
« Je ne vois rien à redire à ce que tu as fait pour ce dossier. Va voir Monica et donnes-lui tes courriers pour qu’ils soient postés dès ce soir. Je te donnerai un autre dossier quand tu reviendras. Mets celui-là en attente d’ici que nous recevions des retours. »
« Oui, Maître VOLTER. » dit-il en reprenant le dossier et en allant vers la porte de mon bureau.
« Céline, bon sang, je te l’ai déjà dit plusieurs fois Mathieu ! »
« Oui… Céline ! » me répond-il avec hésitation.
« Très bien ! Demande-lui en même temps quels sont nos rendez-vous aujourd’hui, s’il te plaît. J’ai oublié de lui demander en passant tout à l’heure. »
* * *
Après toute une après-midi de rendez-vous avec des clients divers et variés avec des problèmes tout autant divers et variés, il est déjà 18 heures. Alexandre frappe à ma porte et entre dans mon bureau.
« Céline, je m’en vais, tu as fini ? Tu veux que je te raccompagne ? On est venu ensemble aujourd’hui je te rappelle. »
« Non, ça ira merci, je crois que je vais travailler tard ce soir malheureusement ! »
« D’accord, tu veux que je reste avec toi ? Je peux annuler ma soirée avec Rodrigue, tu sais ! »
« Je sais mais ce ne sera pas nécessaire, profites de ta soirée avec lui et à demain. »
« Vous êtes gay ? » demande Mathieu visiblement choqué. « J’ai cru que vous étiez ensemble tous les deux les premiers jours. Vous avez l’air si proche que… »
« Qu’est-ce qui a bien pu te faire croire que nous étions ensemble, hein ? » Je demande mais je reçois un appel sur mon téléphone. J’attrape mon téléphone sans regarder l’appelant et réponds.
« Bonjour, Maître VOLTER, à l’appareil. »
« Rebonjour Madame VOLTER, je suis le docteur ALGERINO de la Clinique d’insémination. »
« Oui, que me voulez-vous ? »
« Ecoutez, nous avons rencontré un problème avec votre dossier. Le donneur que vous aviez choisi n’est pas celui qui nous a été envoyé par la banque de sperme. »
« Quoi ? Vous plaisantez, j’espère ! »
« Non et j’en suis désolée. Ils ont reçu une demande tout à l’heure d’une autre clinique et à ce moment-là, ils se sont rendu compte qu’ils ont commis une erreur ce matin. Une des étiquettes de la pipette de votre donneur s’est collée sur celle que nous avons reçue pour vous… »
« Putain ! Quelle bande d’incompétents ! Je vais vous poursuivre en justice et faire fermer votre clinique, vous m’entendez ? » coupe-je le médecin.
« Eh, calme-toi ! Ce n’est pas bon pour toi en ce moment ! » J’entends Alex me dire par derrière et je me rends compte que j’ai parlé devant mon stagiaire.
« Merde ! » chuchote-je en me retournant vers eux. « Fais le sortir ! »
Après quelques secondes, je reprends mon appel avec le médecin une fois que je suis seule dans mon bureau.
« Et qui est le donneur alors ? Est-ce que vous le savez au moins ? »
« Oui, nous le savons. Nous avons décollé l’étiquette sur la paillette que nous avons reçue. C’est un étudiant en droit, il s’appelle Mathieu BLAIN »
« Oh putain de merde ! C’est une catastrophe ! » crie-je dans mon bureau. « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
« Il correspondait à votre demande au départ donc ça pourrait être pire ! »
« Non ça ne pourrait pas être pire, c’est mon stagiaire ! » dis-je au moment où la porte de la salle de repos s’ouvre.
Il n’est pas repassé par la porte de mon bureau directement, ce qui est mieux comme ça. Alex est revenu après avoir fait sortir Mathieu et je ne peux pas le remercier plus. Je me retourne vers lui et à son regard choqué sur moi, je sais qu’il a entendu ce que je viens de dire.
« Attendez-vous à recevoir des nouvelles de mon cabinet vous et la banque de sperme aussi. » ajoute-je avant de raccrocher au nez du médecin.
« Je suppose que tu as entendu le principal de ma conversation et que tu as tout compris ! »
Il me fait un signe de tête affirmatif et je pouffe de frustration.
« Il est où ? »
« Je lui ai dit de rentrer chez lui pour aujourd’hui. Il était l’heure pour tout le monde de toute façon ! »
« Tu as bien fait. Sur tous les donneurs, il a fallu que ce soit lui ! »
« Je sais ! Qu’est-ce que tu vas faire, du coup ? »
« Comment ça ? Je vais les poursuivre en justice bien évidemment ! »
« Si tu les poursuis, ce sera public ! D’un, il sera vite mis au courant que tu portes son enfant et de deux, as-tu vraiment l’intention de faire savoir au public que tu as fait appel à une clinique pour tomber enceinte ? »
« Je suis tellement énervée que je n’y avais pas pensé ! Non je ne peux pas ! Une réputation peu vite être ternie dans notre métier et je suis une femme en plus ! Et puis, il y a autre chose, Alex, est-ce que j’ai envie de le garder si c’est le sien ? Je voulais un donneur anonyme, pas mon stagiaire ! »
« Si mon avis compte, tu devrais le garder si tu es enceinte en tout cas ! Pour le moment, il n’y a rien de sûr. Je sais que cette erreur a des conséquences pour toi en premier lieu mais tu voulais cet enfant à tout prix il y a encore une heure, non ? »
« Tu as raison, je le voulais plus que tout ! » dis-je en posant mes mains de manière protectrice sur mon ventre et en m’affalant dans mon fauteuil de bureau. Mais est-ce que le fait que le père du bébé soit mon stagiaire change la donne ? Peut-être que non ! Ou peut-être que oui !