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Chapitre 1: Le retour d'un soldat
*** Amadi Coulibaly***
Garde à Vous !
Présentez arme !
Repos !
[Bruit du fanfaron]
Je suis capitaine, chargé de mission. La guerre, on en parle, dans les télévisions et les films, nous croyons connaitre ce que c’est, mais en réalité, nous n’en connaissons rien, ou du moins nous n’en connaissons qu’une face.
C’est comme un iceberg, la partie en dessous est encore plus gros et plus dangereux que ce que l’on voit.
Nous venons de rentrer de la guerre, après une année au front.
Sous le soleil, le vent et le plus dur… sous les balles et le risque de se faire déchiqueter par des mines.
Je vous épargne les détails, mais c’est loin d’être une partie de plaisir.
Général : Si vous êtes ici, c’est parce que vous êtes des héros, vous vous êtes battus corps et âmes pour votre pays.
Pour cela soldats, le chef de l’état à travers ma voix vous dit merci, merci pour votre bravoure.
Nos sincères condoléances aux familles de ceux qui sont tombés sur le front avec honneur et dévouement. Nous ne vous oublierons jamais!
[Bruit de tirs]
Nous étions dans la grande cours de l’Etat-major, à côté du drapeau national, tous vêtus de nos uniformes, sous les regards admiratifs de nos supérieurs et autres collègues.
Nous sommes accueillis comme les héros que nous sommes, nous avons défendu les couleurs du pays pendant une année.
Nous avons été décorés par le chef de l’Etat en personne.
Une guerre venait de finir, mais une autre allait bientôt commencer. La guerre de la vie quotidienne...
*** Quelques minutes plus tard
Les invités avaient pris congé de nous, le chef de l’Etat était accompagné d’une forte délégation qui a levé le voile d’un seul coup, ainsi que le ministre de la défense et aussi certaines personnalités.
Je me suis dirigé vers le bureau du chef d’Etat-major.
En effet, ce dernier m’avait convoqué dans son bureau après les cérémonies, j’espère sur une promotion vu le travail que je viens d’abattre avec mes éléments sur le terrain.
[Toc Toc]
Général Tièba : Entrez!
Moi [Ouvrant la porte]: Je suis au garde à vous mon général
Général Tièba: Repos Capitaine
Moi : Vous vouliez me parler ?
Général Tièba: Oui, c’est à propos de votre chef hiérarchique, il a fait une note sur vous.
Malheureusement cette note est arrivée au ministre de la défense. Je suis obligé de le prendre en considération.
Par conséquent vous ne serez pas classé cette année. Tu peux lire la note.
Moi [Après lecture]: J’ai des explications à ce propos mon général
Général Tièba: Le ministre a déjà donné sa décision, vous n’êtes pas classé et vous êtes suspendu, je suis désolé capitaine
Je suis sorti du bureau du général, le regard sombre et le cœur en feu.
J’ai envie de me défouler, de cogner sur quelque chose.
Certes, j’ai eu à prendre des décisions sur le terrain pour le bien de ma troupe.
Des décisions que mon supérieur hiérarchique n’approuve pas alors qu’il n’était pas sur le terrain, il ne sait pas à quelles difficultés nous sommes confrontés souvent.
Au front, il faut souvent prendre des décisions rapidement, au risque de tous nous faire liquidé.
Je ne sais pas ce qu’il me reproche exactement mais il est bien décidé à me pourrir l’existence.
A cause de lui je viens de me faire suspendre, d'être refusé au niveau supérieur en plus il a fait un rapport sur moi qu’il a directement envoyé au Ministre de la défense.
Je devais être commandant à l’heure actuelle, mais je suis toujours au même point c’est-à-dire capitaine.
Certains de mes hommes ont cas même gravés les échelons, je suis heureux pour eux.
Il eut un petit buffet pour accompagner l’événement, mais puisque j’étais le seul à ne pas être classé pourquoi j’irai me joindre à cette foutue fête ?
Je m’empressais alors de finir avec les formalités pour rentrer directement à la maison retrouver mes anges car ici il n’y a que déception.
Pour résumer, ça va mal, très mal dans ma vie professionnelle en ce moment. Mon seul refuge c’est ma famille.
Je crois qu’il faut que je rentre les voir au plus vite. Mes deux anges me manquent depuis tout ce temps.
Elles ne savent même pas que je suis de retour, je vais les faire une belle surprise.
Aujourd’hui c’est tout ce qu’il me reste d’heureux, ma famille, mes proches, et je crois que c’est l’essentiel.
Je ne sais pas quand est ce que prendra fin ma suspension alors je vais m’occuper plus de ma famille en attendant , j'espère que la suspension ne sera pas long.
Je me nomme Amadi Coulibaly, un officier supérieur de l’armée..
J’ai 36 ans, je suis marié à Niakalé Kaba et père d’une petite princesse Amina, six ans.
Je suis un bel homme avec un beau teint ébène, grand de taille avec du tonus dû aux différents entraînements subit dans nos camps militaires.
Je tape à l’œil aux premiers abords sauf que je ne suis pas un homme facile, ce qui fait que même quand les femmes viennent à moi, elles se découragent par la suite à cause de mon comportement.
Je suis trop sérieux selon elles, j’oublie la plus part du temps de m’amuser.
Les seules personnes qui me font me détendre et aller en fou rire sont ma femme, ma fille, et souvent mon frère.
J’ai dû prendre un taxi pour arriver vite, le bus militaire devait nous accompagner tous chez nous mais le temps de faire le tour des autres et arriver chez moi m’a semblé tellement long.
En plus je suis un peu honteux d’être le seul de la troupe à ne pas être classé alors que j’ai travaillé deux fois plus dur et que je suis ou plutôt j’étais leur supérieur hiérarchique.
J’ai préféré le taxi pour éviter toute gêne
: Capitaine, capitaine nous sommes vraiment désolés pour ce qui vous arrive
Moi : ça ira Soul, je vous félicite pour votre classement
Soul : Merci Capitaine. Vous n’attendez pas le bus ?
Moi : Non, je dois passer quelque part d’abord
Soul : D’accord, j’espère vous revoir bientôt capitaine
Moi : Moi aussi
Je force un sourire avant de le quitter, Soul est l’un de mes hommes, il est comme un frère pour moi, il est mon bon petit comme on le dit souvent, toujours présent à mes côtés.
Il va beaucoup me manquer ces deux jours.
Arrivé près de chez moi, le taxi a dû se garer au coin de la rue à cause de certains travaux qu'ils effectuent dans notre rue.
J’ai donc marché un peu avant d’arriver à ma porte.
Comme je voulais faire la surprise, j’ai évité de sonner à la porte.
J’ai tapé et la porte s’est ouverte sous l’effet de la force que j’ai exercé sur elle.
Je fus étonné de voir que la porte n’est pas fermée à clé. Pourtant je les ai toujours demandés de boucler la porte.
Et que fait le gardien que je paie chaque mois ?
Il n’y avait personne dans la cour, j'ai traversé pour venir au salon, la porte du salon était fermée, mais j'ai vu les deux voitures dans la cour.
Je me demande alors pourquoi la maison semble vide alors qu’il y’a les véhicules ici?
Peut-être qu’elles sont sortis à pied qui sait ? Avec les travaux dans la rue c’est bien possible.
Je vais vraiment les surprendre mes deux anges, elles n’en reviendront pas, un sourire se dessina sur mon visage en imaginant leurs réactions.
J’ai sorti mon trousseau de clé que j’avais toujours gardé sur moi et j’ai ouvert la porte en deux tours.
Il n’y a effectivement personne, le salon est vide. J’aie déposé mes affaires et me suis dirigé vers la cuisine pour boire.
J’ai eu une soudaine envie de faire pipi, j’ai donc posé mon verre sur l’évier avant de me diriger vers le couloir. C’est là que j’ai commencé à entendre des petits bruits.
C’était étrange vu que je n’ai vu personne en entrant, j’ai continué à avancer en faisant attention de faire moins de bruit que possible.
Plus j’avançais plus le son devenait audible et j’étais sûr maintenant que c’est dans notre chambre.
J’ai attrapé le poignet et j’ai ouvert avec force. Ce que j’ai vu était aussi surprenant que dégoûtant et mon cœur a failli s’arrêter.
Non, non, non ça ne peut pas être elle, non.
Deux personnes faisaient l’amour, dans le lit conjugal, ils étaient de dos, en levrette de telle sorte que j’ai mis du temps avant d’identifier qui sont ces gens.
J’étais là arrêté le cœur serré et mon esprit partagé entre deux options.
Refermer la porte et attendre tranquillement au salon qu’ils sortent me retrouver ou les faire savoir que je suis là.
Mon esprit refusait d’associer ma femme à cette histoire, j’espérai toujours que des inconnus squattant chez nous s’étaient pris pour les propriétaires quelques instants.
Perdu dans mes pensées, j’ai parlé à voix haute sans me rendre compte, j’ai dû penser tout haut et c’est ma voix qui les a fait sursauter.
Ils se sont vite dégagés l’un de l’autre et m’ont fait face.
Moi : Non, je rêve, ce n’est pas toi, pas toi.
Ma femme, Niakalé était là, face à moi totalement nue à coté de notre gardien, enfin un cousin du village qui est aussi dans sa tenue d’adam
- Je vous attends au salon fis je en tournant le talon
Niakalé [Se rhabillant]: Chéri, je te demande pardon, je suis dessolée, fit –elle en me suivant.
Je refusais de penser à quoi que ce soit, j’avais une envie de meurtre en ce moment et il fallait que je trouve les moyens de me calmer avant de commettre l’irréparable.
Gaye : Patron, épargnez-là s’il vous plait, tout est de ma faute, elle n’a rien fait. Je prends l’entière responsabilité.
Moi [Rire jaune] : Tu es encore là toi? Je sors, à mon retour celui ou celle d’entre vous que je trouve dans ma maison est un homme mort.
Gaye est un de mes cousins venus du village pour chercher de l’argent.
L’exode rural est très fréquent au Mali, les jeunes de villages se déplacent vers la capitale pour chercher de l’argent.
La durée totale des récoltes étant estimée à six mois dans l'année, les six mois restant se passent en général dans les cités.
Ils font des petits travaux comme la maçonnerie, jardinerie, gardiennage, menuiserie.
Gaye était à mes yeux un brave garçon, il était l’ aînée de sa famille et s’occupait seul de tout le monde.
Son père étant décédé, le rôle de chef de famille lui est revenu naturellement.
Quand il est arrivé à Bamako, il fut domicilié chez mes parents. Lors d’une de mes visites chez eux il m’a demandé de l’aider à trouver un travail pendant six mois.
D’après lui Il pourra faire n’importe quoi, je ne savais pas quel travail lui chercher puisqu’il n’a pas de diplôme.
C’est maman qui m’a proposé de le prendre comme gardien.
Puisque je suis marié et que dans un couple les décisions se prennent à deux, j’ai jugé nécessaire de demander l’avis de ma femme Niakalé.
Elle était résistante au début puis deux jours après elle a accepté.
Il était l’homme à tout faire dans la maison. Il essuyait les voitures, arrosait les plantes, gardait la porte et même que souvent il me faisait du thé les soirs quand je rentre.
Ma femme ne l’appréciait pas trop mais elle était reconnaissante par rapport au bon travail qu’il fait dans la maison.
C’est ainsi que nous restons pendant six mois.
Je me souviens qu’il était prêt à partir mais nous avions décidé de le garder pendant un an encore, puisque je devais voyager et qu’il n’avait personne d’autre pour garder la porte.
En retour, j’ai augmenté son salaire pour lui permettre de nourrir sa famille au village. Il était célibataire donc il n’y avait pas de soucis de ce côté.
Je pensais bien faire les choses, mais j’avais moi-même fait entrer le loup dans la bergerie.
Actuellement je suis dépassé, je n’ai même pas eu le temps de chercher mes clés de voiture, je suis sorti avec mon téléphone et mon sac à dos pour prendre un taxi.
[Sonnerie téléphone]
A cause de la précipitation je n’avais même pas réalisé que je me suis trompé de portable, ce n’est pas le mien mais celle de cette…pff je préfère me taire.
Bref j’ai pris le téléphone de Niakalé au lieu du mien.
Ils sont identiques car j’ai acheté les deux ensembles lors du dernier anniversaire de mariage que l’on a fêté ensemble.
J’ai jeté un œil sur l’écran pour savoir au moins qui c’est.
Il n’y avait aucun nom mais le numéro m’a semblé familier. J’ai laissé sonner jusqu’à ce que ça se coupe.
Vu que la personne insistait j’ai décidé de décroché laissant la personne au bout du fil s’exprimer en premier
: Allô bébé, tu me manques tu sais, Je sais qu’il est de retour mais j’ai envie de toi, on fait comment ?
Moi :….
: Tu m’entends ? Allô… Allô ?
Je n’en revenais pas, ou du moins je ne voulais pas accepter mais je savais que c’était un autre homme, qui la baisait et qui était différent de Gaye.
Ma femme est donc une pute de première classe et je venais d’avoir la preuve.
J’avais l’estomac noué et la gorge asséchée, ma vie venait de prendre une autre tournure.
Une tournure que je n’avais pas imaginé et que je n’aurai jamais imaginé il y’a une heure. Que dois-je faire ? Je n’en ai aucune idée.
J’ai arrêté un taxi dans lequel je suis rentré m’asseoir
Taximan : Nous allons où ?
Moi : Roulez seulement !
Il m'a regardé quelques secondes en hésitant mais je crois que la vue de ma tenue militaire l’a dissuadé d’en dire plus.
il démarre alors vers une destination qu'on ignore tous les deux.
