
Résumé
On m’a sacrifiée pour elle dès la naissance. Ma sœur Celeste était l’élue fragile, celle qu’il fallait protéger. Moi, j’étais la surplus, celle qu’on fouettait à chaque nouvelle lune pour « prolonger sa vie ». Lucien, mon promis, m’a regardée dans les yeux et m’a dit : « Laisse-moi d’abord prêter serment avec elle. C’est son dernier vœu. » Il croit que je vais attendre, patienter, comprendre. Il ignore que la véritable auxiliaire de la Mort, celle qui retournera aux Enfers le soir de ses dix-huit ans… Ce n’est pas Celeste. C’est moi.
Chapitre 1
On m’a sacrifiée pour elle dès la naissance.
Ma sœur Celeste était l’élue fragile, celle qu’il fallait protéger. Moi, j’étais la surplus, celle qu’on fouettait à chaque nouvelle lune pour « prolonger sa vie ».
Lucien, mon promis, m’a regardée dans les yeux et m’a dit : « Laisse-moi d’abord prêter serment avec elle. C’est son dernier vœu. »
Il croit que je vais attendre, patienter, comprendre.
Il ignore que la véritable auxiliaire de la Mort, celle qui retournera aux Enfers le soir de ses dix-huit ans…
Ce n’est pas Celeste.
C’est moi.
*****
Elara Voss avait toujours su qu'elle n'était pas une vampire ordinaire.
Elle était l'auxiliaire de la Mort. Le jour de ses dix-huit ans, elle serait rappelée dans les Enfers, rendue au côté du Faucheur.
Pourtant, tout son clan croyait que c'était sa sœur jumelle, Celeste, qui était « destinée à ne pas vivre au-delà de dix-huit ans ».
Ainsi, ils offraient les plus belles robes, le sang le plus pur, les étreintes les plus tendres — tout à Celeste.
Même le contrat de fiançailles, vieux de plusieurs siècles, avec Lucien Ashbourne, l'héritier de l'ancienne maison vampire Ashbourne et futur Patriarche, était en train d'être rompu pour être réécrit au nom de Celeste.
La treizième nuit avant son dix-huitième anniversaire, Elara a intercepté Lucien dans la longue galerie du clan — la dix-neuvième fois qu'il évitait la question de leur Serment de Sang.
« Lucien, » sa voix était douce, mais tranchante comme une lame dissimulée sous la langue, « ne souhaites-tu plus prêter serment avec moi ? »
Lucien portait une redingote sombre, la broche en argent et onyx de la maison Ashbourne épinglée sur son cœur. Ses yeux, froids comme les abysses, évitaient les siens pour la première fois.
« Elara… » a-t-il commencé, les mots sonnant comme du verre avalé, « Celeste a dit… qu'elle devait être la première femme à qui je lie mon sang. »
« Elle ne verra pas sa dix-neuvième année. »
Sa gorge s'est contractée, sa voix devenant plus sourde.
« Son seul vœu avant la fin est de devenir ma Consorte. »
À cet instant, le cœur d'Elara s'est serré comme étreint par une main invisible, la douleur lui coupant le souffle.
« Et toi ? » Elle a soutenu son regard. « Qu'est-ce que tu veux, toi ? »
Lucien a détourne les yeux, incapable de croiser le sien.
« Elara, nous avons l'éternité devant nous. »
« Mais Celeste… il ne lui reste moins de deux semaines. »
Elara a eu l'impression d'être plongée dans une crypte glacée.
Dans leur monde, un Serment de Sang n'était pas de simples mots d'amoureux. C'était une déclaration publique, un nom gravé dans la lignée du clan, un lien ressenti à chaque souffle de la nuit.
Elle aurait dû prêter serment après son Rite de Première Nourriture à quinze ans. Pourtant, la cérémonie avait été reportée encore et encore. Plus de deux ans avaient passé ; elle approchait de ses dix-huit ans, et Lucien n'avait fait que se taire davantage.
Jusqu'à ce moment, elle a enfin compris —
Il dégageait le chemin pour Celeste.
Elles étaient nées la même nuit de tempête, quand une fissure cramoisie, comme une blessure, avait brièvement déchiré le ciel. La Voyante avait proclamé :
« L'une sera rappelée dans les Enfers ; l'autre survivra. »
Le clan avait décidé — Celeste reviendrait dans les Enfers.
Parce que Celeste était fragile, tourmentée par des cauchemars, affirmant souvent entendre « une voix l'appeler par son nom de derrière une porte noire. » Tout le monde croyait qu'elle correspondait mieux au profil maudit.
« Elara. » La voix de Lucien était basse, comme s'il raisonnait quelqu'un qui ne devait pas faire de scène. « Tu as toujours chéri Celeste… Tu ne voudrais pas qu'elle quitte ce monde avec des regrets, n'est-ce pas ? »
Il a tendu la main, comme pour refermer ses doigts sur les siens.
« Promets-moi cela. S'il te plaît. »
Elara l'a regardé comme si elle fixait une porte qui offrait autrefois de la chaleur, mais ne laissait plus entrer qu'un courant d'air glacé.
Sa gorge s'est serrée douloureusement. Il lui a fallu un long moment avant qu'elle ne force un seul mot :
« Très bien. »
Lucien a semblé exhaler un soupir de soulagement, son expression s'adoucissant. Il a repris sa main, son ton devenant doucement persuasif.
« Je te le jure, une fois son dernier vœu exaucé, toi et moi serons ensemble pour l'éternité. »
Les jointures d'Elara sont devenues blanches. Elle n'a rien dit.
Ils n'avaient pas d'éternité.
Parce qu'elle était celle qui ne vivrait pas au-delà de dix-huit ans.
Dès ses plus lointains souvenirs, à l'âge de trois ans, Elara rêvait récurremment d'un homme : vêtu de robes noires, sa présence froide comme le givre, debout devant un trône dans les Enfers.
Elle ne pouvait jamais voir son visage, mais elle savait — c'était le Faucheur.
Et elle était l'auxiliaire de la Mort.
Elle l'avait dit à sa famille. Elle l'avait dit à Lucien.
Ils disaient qu'elle « cherchait l'attention », qu'elle était jalouse de Celeste, qu'elle inventait des histoires.
Maintenant, Lucien utilisait « Celeste est l'auxiliaire de la Mort » comme la raison même de l'épouser, de prêter serment avec elle.
Elara n'avait plus envie d'expliquer, ni de supplier.
La nuit de l'Éclipse Cramoisie — son dix-huitième anniversaire — elle retournerait dans les Enfers.
À l'endroit qui lui appartenait.
Après s'être séparée de Lucien, Elara est retournée au manoir ancestral des Voss.
Dès qu'elle est entrée, sa mère l'a convoquée dans la salle de prière souterraine — un lieu dédié à l'Icône Sacrée de la Nuit, où l'humidité froide suintait des murs de pierre et les flammes des bougies vacillaient comme des respirations laborieuses.
« Elara, je sais que ce n'est pas juste pour toi, » la voix de Dame Isolde Voss était douce, mais cela ressemblait au tranchant émoussé d'un couteau. « Mais Celeste a vraiment si peu de temps. »
« Sois patiente encore un peu. Je te le demande en tant que ta mère. »
Elara a regardé le visage aimant de sa mère et a trouvé qu'elle ne pouvait pas refuser. Elle a simplement hoché la tête.
« Très bien. »
Pour « prolonger la vie de Celeste », sa mère soumettait Elara à un « Rite de Pénitence » mensuel.
À la nouvelle lune, elle était flagellée avec des chaînes trempées dans de l'eau bénite et du nitrate d'argent — pour « purifier la souillure de la naissance » pour Celeste.
À la pleine lune, elle s'agenouillait sur la pierre froide, frappant son front jusqu'à ce qu'il saigne — suppliant la « Divinité de la Nuit » de protéger Celeste.
Ce soir-là, c'était la nouvelle lune.
Elara était allongée sur l'estrade en bois au fond de la salle de prière, permettant aux assistants de lever les chaînes barbelées imprégnées d'argent et de les abattre sur son dos.
La douleur la transperçait à chaque coup. La sueur perlaient sur son front, son dos bientôt réduit en lambeaux de chair déchirée.
Deux heures plus tard, la flagellation a pris fin.
Les dents serrées, elle s'est relevée et a boité hors de la salle. La nuit dehors était dense, le brouillard collant à sa peau comme un linceul humide.
En passant devant le jardin de roses, elle a vu —
Celeste était assise sur une balançoire en fer forgé entourée de roses blanches, Lucien debout derrière elle, la poussant doucement.
Le regard qu'il posait sur elle était une tendresse qu'Elara n'avait jamais vue.
Puis, elle a entendu Celeste lever les yeux et demander :
« Lucien… ma sœur a-t-elle accepté de nous laisser prêter serment ? »
« Oui, » a-t-il murmuré.
Celeste a insisté, « Si je meurs après mes dix-huit ans… lui prêteras-tu alors serment avec elle ? »
Le cœur d'Elara s'est serré dans sa poitrine.
Lucien est resté silencieux un instant, puis a prononcé chaque mot avec une clarté délibérée :
« En vie ou en mort, tu seras ma seule Consorte. »
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