29
Les effluves de notre étreinte se diffusent autour de nous pendant que nous restons immobiles, accrochés l'un à l'autre, emboités l'un dans l'autre. Ethan couvre mes épaules de ses baisers haletants tandis que mon cœur menace de déchiqueter la peau de mon sein pour s'échouer entre ses mains, là où est sa place. Je ferme les yeux et me délecte de cet instant précieux, heureuse d'avoir enfin accepté de ne plus laisser mes peurs guider mes choix. C'est précisément ici, entre ses bras, que je suis vraiment moi-même. Et l'amour qui rayonne à travers chacune de ses caresses me comble d'un bonheur presque irréel.
Je souris en réalisant que nous venons littéralement de faire l'amour. Nous l'avons créé, nous l'avons modelé à notre image et nous l'avons partagé. Il s'est logé au creux de notre poitrine et pourra reconnaître son âme sœur même dans les heures les plus sombres. Parce que c'est ce que fait le véritablement amour. Il s'enracine là où est sa place sans se demander si c'est raisonnable et il grandit chaque jour un peu plus. Puis vient le jour où il prend tellement de place qu'il chasse tout ce qui était morne autour de lui pour tout reconstruire en plus beau, en plus fort. C'est exactement ce qu'Ethan a fait dans mon cœur. Et je l'aimerai jusqu'à mon dernier souffle.
Aimer Ethan, c'est comme un rêve. C'est se lancer continuellement dans le vide. Un instant, je suis enveloppée dans un nuage cotonneux et la seconde suivante, il m'élance dans les airs pour me faire voler. Je tombe chaque jour un peu plus pour lui. La sensation est vertigineuse mais si transcendante et il n'y a jamais de fin. Je flotte à travers les bourrasques et j'évite les tempêtes pour toujours, toujours lui revenir. Et je tombe, encore et encore. Et je l'aime encore et encore. Et je virevolte partout. Et je n'ai plus de chaine. Et je suis libre. Et amoureuse.
Ethan plonge tendrement sa main dans mes cheveux et les tire légèrement en arrière. Je souris en retrouvant son regard brûlant.
-Ne pars plus jamais, grogne-t-il contre mes lèvres.
-Je suis exactement à ma place Ethan et je ne veux plus bouger.
Il ferme les yeux en savourant mes paroles, apaisé. Nous nous endormons fermement enlacés dans les bras l'un de l'autre. Nous avons enfin refermé le chapitre de notre passé et notre présent n'attend que nous.
Le lendemain matin, Ethan se réveille encore plus mal que la veille. La fièvre semble s'être confortablement installée dans son organisme et le moindre mouvement lui demande un effort considérable. Je me lève pour nous préparer un petit-déjeuner mais ses placards sont pratiquement vides, à l'exception d'un sachet de pâtes et d'une boite de conserve pratiquement périmée. J'enfile rapidement mon pantalon et son sweat avant de descendre à la taverne pour nous dégoter de quoi se mettre sous la dent. Quand je pénètre dans la cuisine, je tombe sur Murphy qui range des placards.
-Ah ma p'tite, comme je suis content de te voir ici, chantonne-t-il en souriant.
-Bonjour Murphy, moi aussi je suis heureuse d'être là. Est-ce que je peux vous piquer quelques trucs pour déjeuner ?
-Seulement si tu me promets que toi et mon p'tit gars vous allez arrêter les conneries et enfin vous rendre heureux !
-On a déjà commencé...
Le sourire radieux qui se placarde sur ses lèvres me fait profondément plaisir. Il m'indique quelques placards stratégiques et je remonte rapidement les bras chargés de sucreries. Je sais qu'Ethan raffole des gâteaux alors je le force à en avaler quelques-uns ainsi que des comprimés contre la fièvre avant d'installer à nouveau sa tête contre mon ventre. Mes mains se promènent dans ses cheveux mais il frissonne toujours malgré le sweat molletonné qu'il a enfilé et les deux couvertures que j'ai installées sur lui.
-Si tu ne vas pas mieux en fin de matinée, il faudra que tu appelles un médecin.
-M'en fous de ces conneries de médecins, je veux juste rester ici avec toi, grommelle-t-il dans un demi-sommeil. Ne me laisse pas...
Je souris bêtement lorsqu'il s'endort tout contre moi. Je passe la matinée à le cajoler en espérant qu'il se sente mieux tout faisant un tas de recherches sur les formations qui m'intéressent. Je repère un institut qui propose le cursus que je vise et même s'il est situé à presque une heure de mon appartement, je remplis le formulaire d'inscription en ligne. Quand je clique sur « envoyer », mon cœur bat à tout rompre. Je dois maintenant patienter pour savoir si je serais retenue pour passer les tests d'admission. Chaque seconde d'attente est désormais une torture. Je scrute frénétiquement ma boite mail toutes les deux minutes mais rien ne s'affiche... Autant vous dire que la patience n'est pas mon fort !
Quand Ethan émerge de son sommeil plutôt chaotique, il est presque midi. J'ai eu le temps de potasser le protocole d'admission en détail et de noter toutes les dates clés. Si je suis sélectionnée pour les tests d'admission, je devrais être prête pour la prochaine session qui aura lieu dans deux semaines ! Je stresse déjà en pensant à tout ce que je vais devoir réviser puisque au-delà de la chorégraphie personnelle à présenter, je serais également interrogée sur des matières qui s'apparentent aujourd'hui à un vrai charabia. Les mots « histoire de la danse », « anatomie physiologique » et « pédagogie artistique » me narguent mais je suis tellement déterminée que j'en viendrai à bout en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! Enfin, j'espère...
Ethan se redresse en frottant ses yeux endormis. Les cernes qui ornent ses paupières et l'éclat vitreux placardé sur ses iris n'augurent rien de bon.
-Je vais appeler un médecin.
-Non c'est bon, ça va aller.
-Arrête de dire des bêtises ! Tu es malade et tu as besoin de te soigner. Je dois partir et je n'ai aucune envie que tu restes enfermé ici sans surveillance.
-Q-quoi ? Tu pars ? Mais... pourquoi ?
Son regard affolé me désarçonne.
-Oui, je dois aller travailler. Mon service commence à 16h aujourd'hui.
-Mais... tu... tu reviens après ?
-Je ne sais pas trop. Je fais la fermeture ce soir et je vais rentrer tard. Tu ne préfères pas qu'on se voie demain ?
La confusion que je lis sur son visage me laisse coite. Je pose mes mains sur ses joues rendues rêches par sa barbe brune pour planter mon regard dans le sien.
-Qu'est-ce qu'il se passe Ethan ?
-Tu veux partir... Je n'aime pas ça, murmure-t-il d'une toute petite voix.
Immédiatement, un profond soulagement allège la tension qui pesait sur mes épaules. De mes pouces, je caresse la ligne de sa mâchoire jusqu'à atteindre ses lèvres frissonnantes.
-Je dois m'absenter pour le travail, c'est tout. Je ne partirai plus Ethan, ne t'inquiète pas.
-Je...
Les mots s'emmêlent dans son esprit mais son silence fait résonner toutes ses insécurités. Il pense à tous ceux qui ne se sont jamais battus pour lui, à sa mère qui a abandonné son petit garçon et à l'amour qu'il n'a jamais pensé mériter en enchaînant les erreurs. Je lis ses regrets et mon cœur se serre.
-Je ne partirai plus. Fais-moi confiance Ethan.
Nos regards se verrouillent aussi longtemps qu'il le faut pour qu'il soit rassuré. Le bout de mes doigts continue d'escalader sa barbe, ses craintes et ses failles. Quand il libère un grand soupir, je comprends que nous venons d'éloigner ses démons. J'approche mes lèvres pour cueillir les siennes et je l'embrasse tendrement. Tant que nous déciderons de nous faire confiance, plus rien ne pourra nous séparer.
Je rassemble mes affaires en lui intimant de se reposer puis je descends demander le numéro d'un médecin à Murphy. Il me promet de veiller sur Ethan pendant mon absence avant de m'enlacer dans ses grands bras tatoués.
-Merci pour lui ma p'tite. Il fait souvent des erreurs mais c'est un gamin en or. Il mérite que quelqu'un prenne soin de lui maintenant.
Je dépose un délicat baiser sur son interminable barbe rousse quand j'entends un bruit semblable au craquement du bois derrière moi. Je sursaute légèrement mais quand je me retourne, l'agacement point au creux de mon ventre.
-Ethan ! Je t'avais dit de rester couché !
-Arrête de grogner et embrasse-moi, bougonne-t-il fébrilement.
Mon homme dépose doucement ses lèvres gourmandes sur les miennes tandis que ses doigts tremblotants lissent le pli soucieux entre mes sourcils. Je fonds entre ses bras, subjuguée par toute l'intensité qu'il met dans ce baiser. C'est comme s'il me suppliait de ne pas le laisser, comme s'il voulait à tout prix marquer mon âme pour ne pas que je l'oublie. Alors je le serre encore plus fort et je laisse mes lèvres le rassurer. Timidement, je saisis sa main pour la poser sur ma poitrine, là mes sentiments les plus puissants grouillent intensément pour lui. Je laisse les battements de mon cœur lui conter mon amour dans ce langage que lui seul peut comprendre. Le monde autour de nous n'existe plus. Il ne reste plus que lui, que moi, que notre amour qui explose tel les étincelles d'un feu ardent qui ne cessera jamais de flamber.
Quand je sors de la taverne, je sautille jusqu'à la voiture de Julie, un immense sourire greffé au visage. Dans ma poche, le cliquetis des clés d'Ethan gonfle mon cœur de bonheur. Il a absolument tenu à me laisser un trousseau pour que je puisse le rejoindre à tout moment et je mentirais si je disais que je n'ai pas déjà envie de faire demi-tour. Une heure plus tard, je prends place derrière le bar du Happiness Forgets après être passée à l'appartement pour me changer. Les heures s'enchainent dans un rythme torrentiel. Les clients sont déchainés ce soir et le groupe de rock qui enflamme la minuscule scène ouverte que nous avons inaugurée la semaine dernière nous offre des titres démentiels. Mes collègues courent dans tous les sens et rapidement, je dois leur prêter main forte en salle. Je n'ai pas le temps de prendre ma pause et même si mes doigts me démangent de prendre des nouvelles d'Ethan, je n'en ai absolument pas l'occasion.
Il est plus de deux heures du matin quand je quitte mon poste. Je m'engouffre dans la nuit humide et noire, mes oreilles bourdonnant au rythme de la basse qui a fait trembler les verres toute la soirée. Je me hâte de rejoindre mon appartement, totalement lessivée par cette journée harassante. Quand je plonge les mains dans mes poches, le métal glacé des clés de mon homme me susurre d'aller le rejoindre sans plus tarder. J'en meurs d'envie mais je ne veux pas le déranger s'il se repose. A contrecœur, je me résous à être raisonnable et à me glisser sous mes draps solitaires.
Je passe une nuit exécrable. Je parviens à peine à m'endormir et mes rares songes sont peuplés d'images désagréables. Je me réveille toutes les heures, je me débats avec ma couette et je finis par me lever avant le soleil. Je n'ai jamais été d'aussi mauvaise humeur que ce matin ! Je sais pertinemment pourquoi je n'ai pas réussi à fermer l'œil et j'en ai subitement assez d'être raisonnable. J'enfile un sweat molletonné, un jean's et des bottines puis je me rue en direction de la taverne. Je grommelle quand je manque de me tordre la cheville en descendant d'un trottoir mais je ne ralentis pas la cadence. Je me fiche que la nuit soit encore noire et que mes cernes débordent sur mes joues. J'ai besoin des bras de mon homme, rien d'autre.
J'insère tout doucement les clés dans la serrure et me faufile dans l'appartement surchauffé d'Ethan. Immédiatement, je l'entends se redresser dans son lit.
-Enfin putain ! Je t'ai attendue toute la nuit, chuchote-t-il.
-Je voulais te laisser tranquille pour que tu puisses te reposer mais tu me manquais trop, lui réponds-je en me glissant sous ses draps.
Ses bras bouillonnants m'enlacent sans perdre une seule précieuse seconde et je libère un long souffle d'apaisement. Je suis enfin rentrée à la maison.
-Arrête de toujours vouloir me laisser de l'espace. J'ai besoin que tu m'étouffes et que tu ne me lâches plus gorgeous.
Mes doigts retrouvent instinctivement leur place dans ses cheveux ébouriffés tandis que le bout de mon nez se loge dans son cou.
-Est-ce que tu as vu un médecin aujourd'hui ?
-Ouais. J'ai une connerie de grippe. Il m'a filé un tas de médoc.
Il ne me laisse pas le temps de répondre que ses lèvres impitoyables capturent déjà toutes mes inquiétudes. Ethan se redresse légèrement afin de m'emprisonner contre son matelas et ses mains s'abandonnent aux courbes de mon corps qu'il dessine avec gourmandise. Soudain, la brume qui obscurcissait mon esprit depuis que je me suis réveillée se disperse loin, loin, loin. De ses baisers, mon homme recrée tout en plus beau. Je ferme les yeux pour découvrir de nouvelles couleurs, de nouvelles saisons, de nouveaux horizons. Ma langue s'approche de la sienne pour goûter à de nouvelles saveurs, de nouveaux parfums, de nouvelles envies. Et je souris sous l'assaut de ce bonheur inattendu.
Nous nous endormons quelques instants plus tard, totalement imbriqués l'un dans l'autre, totalement heureux l'un avec l'autre. Quand je me réveille en milieu de matinée, je découvre un email qui va faire basculer ma vie. Je le parcours frénétiquement des yeux avant de lâcher un petit cri strident qui réveille mon compagnon. Je lui fais alors part de ma nouvelle vocation et des épreuves qui m'attendent. Le petit sourire tout endormi qu'il m'offre me donne soudain envie de le dévorer.
Lorsque je connecte nos lèvres, je comprends tout de suite que cette envie est réciproque. Vu la férocité de ses baisers, il ne fait aucun doute qu'Ethan va mieux et il me le prouve en me faisant divinement l'amour. Mon cœur s'embrase en même temps que mon corps entre ses jambes et je crois mourir de bonheur quand il me pénètre. Mais il recueille les minuscules particules de mon âme qui ont explosé autour de nous pour les rendre encore plus lumineuses entre ses doigts amoureux.
Après une longue négociation, je traine Ethan sous la douche. Nous nous entassons dans la toute petite cabine, laissant l'eau chaude cascader sur nos muscles engourdis. J'attrape la bouteille de savon qui traine par terre puis je laisse mes mains gravir son torse superbement dessiné afin de le laver. Les mains solidement moulées à mes hanches, mon homme me fixe, totalement détendu.
-C'est quand que tu dois passer ces tests ?
-Dans deux semaines. Il va falloir que je bosse comme une dingue.
-Je pourrais t'aider à réviser...
L'étincelle incandescente qui illumine son regard fait trembler tous mes membres. Mon dieu que j'aime cet homme !
-J'adorerais ça.
Il m'embrasse voluptueusement avant de déposer du savon sur mon corps. Chaque parcelle de peau qu'il caresse s'éparpille dans ses mains, noyée dans le désir qui nous submerge. L'intimité de ce moment me fait frissonner mais nous ne nous attardons pas sous l'eau. J'enroule Ethan dans une serviette chaude et il en fait de même avec mon corps. Après nous être séchés puis habillés, nous nous installons en tailleur sur son lit pour décortiquer les épreuves qui m'attendent. Rapidement, je cible trois matières primordiales qu'il va falloir que je potasse. Je repère sur internet quelques ouvrages essentiels et je m'absente pour aller les emprunter à la bibliothèque. Quand je reviens, un tas de feuilles et de stylos sont éparpillés sur la minuscule table de sa kitchenette.
