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Je n'ai pas le temps de réfléchir plus longtemps à la situation que le réceptionniste escorte déjà Mr Jameson. Son imposante carrure emplit déjà tout l'espace de la pièce et ses yeux brillants de vice me scannent de la tête aux pieds. Ou plutôt de la poitrine aux jambes pour être précise. J'ai bien fait attention de ne porter qu'une simple robe noire des plus classiques mais son regard impudique et libidineux me donne l'impression de n'être vêtue que de sous-vêtements. Il humecte machinalement ses lèvres tout en s'approchant de moi pour me saluer.
Je réprime la nausée qui m'envahit à nouveau, j'enfile mon masque professionnel et je lui serre la main. Sa poigne chaude et humide comprime longuement ma paume et je prie intérieurement pour qu'Ethan me rejoigne au plus vite. L'entretien se déroule dans une ambiance bizarre, Mr Jameson s'est assis à mes côtés et la faible distance qu'il a instaurée entre nous permet à son genou de frôler beaucoup trop souvent le mien. Je tressaille à chacun de ses contacts. Il se permet tour à tout de poser sa main sur mon avant-bras et il se tient si proche de moi que son ignoble souffle chaud salit ma nuque.
Au bout d'une vingtaine de minutes, Mr Jameson décrète qu'il en marre de travailler et qu'il a envie que nous nous rendions au bar de l'hôtel pour faire plus ample connaissance. Mes tripes se vrillent et je décline gentiment sa proposition. Il insiste mais voyant que je ne faiblis pas, il finit par se raisonner.
Nous discutons affaires depuis plus de trente minutes maintenant pendant lesquelles j'ai refusé trois invitations à boire, à sortir ou à diner. L'homme bedonnant avachi sur son siège à quelques centimètres de moi ne s'intéresse pas du tout à l'affaire que nos deux sociétés pourraient conclure ensemble mais simplement à la femme qui se tient à sa gauche avec qui il a envie de conclure. J'esquive du mieux que je peux ses doigts baladeurs et sa jambe pressante mais plus les minutes passent, plus ses assauts se font marqués. Voyant que la situation est en train de m'échapper et que la discussion est tout sauf productive, je propose à mon répugnant interlocuteur d'arrêter notre entrevue et qu'il reprenne contact avec ma direction ultérieurement. Je suis surprise lorsqu'il acquiesce en se levant docilement.
Mon espoir que ce moment écœurant prenne rapidement fin est immédiatement balayé lorsque Mr Jameson se place devant la porte, faisant ainsi barrage à toute sortie.
-Bon, maintenant que nous avons suffisamment travaillé, j'estime que nous avons droit à un petit moment de... plaisir, commence-t-il en me lançant un regard salace.
Il s'approche de moi et essaie de poser sa main sur ma hanche mais je me décale et réussis à le dépasser et à atteindre l'embrasure de la porte. Il en profite pour poser sa main dans le creux de mes reins et je me raidis instantanément. Cet homme ne me dégoûte pas seulement, maintenant il me fait peur.
-Rejoignons un endroit plus agréable, nous pourrons nous mettre à l'aise.
Ces mots me brûlent comme de l'acide qu'on m'aurait jeté au visage. Je me hâte de traverser le couloir isolé qui mène aux ascenseurs et cherche désespérément les escaliers du regard. Mr Jameson appuie sur le bouton pour appeler l'ascenseur et celui-ci ouvre immédiatement ses portes. Je reste clouée sur place, je sais que je ne dois pas monter dans cette machine avec lui mais je sais aussi que je dois raccompagner notre client et ne pas m'enfuir en courant. J'avale difficilement ma salive, ma gorge étant tellement nouée qu'elle me fait mal et m'engouffre dans cet enfer.
-Je vous raccompagne au rez-de-chaussée et je vous laisserai recontacter ma direction ensuite.
Je plaque mon dos à l'exact opposé d'où se situe mon pire cauchemar et les portes se referment. Immédiatement, il engloutit de ses jambes courtes et flasques l'espace nous séparant et s'approche dangereusement de moi.
-Je n'ai pas du tout envie de vous quitter Mlle Dumin, me susurre-t-il avec un regard vitreux tandis que sa main gauche se pose sur ma hanche et que sa paume droite descend de mon bras à mon flanc puis atterrit sur ma cuisse dans un mouvement dégoûtant de lenteur et de perversion. Sa main moite remonte le tissu de ma robe et caresse la peau de ma cuisse tandis que j'essaie de l'en empêcher, en vain.
Je manque de vomir mes tripes en cet instant et j'essaie de le repousser de toutes mes forces mais cet homme à la carrure large et imposante est sensiblement plus fort que moi.
-Ne me repoussez pas, vous allez adorer ce que je vais vous faire.
Ces mots répugnants ricochent sur les parois métalliques qui m'entourent avant de me percuter de plein fouet et de se loger dans ma tête. Je ne pourrais jamais oublier le regard obscène que cet être inqualifiable me lance, tout en humectant lentement ses lèvres.
Heureusement, les portes de l'ascenseur s'ouvrent pour nous indiquer que nous sommes arrivés à destination et cette exposition le fait légèrement reculer. Une seconde durant, un éclair de panique traverse ses globes oculaires vitreux quand il vérifie que personne n'a remarqué ce qui se trame. Je profite de cette ouverture pour m'échapper et quitter cette maudite machine que je n'aurais définitivement jamais dû emprunter. Je me fiche de passer pour une folle, je cours à travers le hall d'entrée pour partir le plus loin possible de mon agresseur.
Cependant, je me fige instantanément quand une voix grave et rauque claque dans l'air comme une douce caresse sur mon cœur.
-Candice ! Que se passe-t-il ?
J'aperçois Ethan tout essoufflé et emmitouflé dans son manteau d'hiver briser la distance entre nous à grandes enjambées. Ses yeux me scannent silencieusement tandis que je vois ses pupilles s'affoler. Mes jambes tremblent, mon cœur vacille et la nausée que je retiens depuis de trop longues minutes menace de m'achever. Ma vision est totalement brouillée par mes larmes qui sont en train de m'envahir mais j'arrive à distinguer le visage défiguré par la fureur et les iris sombres et enragés de mon patron se posant maintenant sur l'immonde personnage qui se dirige innocemment et nonchalamment vers la sortie, comme s'il ne venait pas de me faire vivre les instants les plus atroces de toute ma vie.
