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Moi qui contrôle et organise toujours tout, je déteste cette situation. Je suis obligée de subir sa compagnie pour le reste de la semaine et je vais même être complètement dépendante de lui ces prochains jours. Je déteste littéralement cette idée. Je ne comprends absolument pas pourquoi j'ai été forcée d'accompagner mon boss puisque personne ne m'a tenue informée du déroulement de notre séjour. Je me suis bien gardée d'aller lui demander des explications. Moins je m'approche de lui, mieux je me porte.
Lorsque je suis rentrée chez moi lundi soir, je me sentais extrêmement mal. A dire vrai, je me suis rarement sentie aussi affectée par l'attitude d'un de mes proches, exception faite de mes parents. Je repousse ces sordides pensées et tente de me concentrer sur la haine que je porte à l'homme qui se tient à ma droite. Je ne pourrais jamais lui pardonner son comportement et ma colère est encore très vive. Je me contente alors de l'ignorer et tente de me plonger dans un livre que j'ai emporté avec moi.
Le commandant de bord prend la parole pour nous annoncer que l'avion va prendre place sur la piste de décollage pendant que mon patron entame une conversation téléphonique. Bien sûr, les consignes de sécurité ne concernent pas Monsieur-le-grand-patron-tout-permis ! Son interlocuteur est à priori quelqu'un que nous allons rencontrer cette semaine puisqu'il s'adresse à lui en anglais pour convenir d'un rendez-vous qui aura apparemment lieu jeudi. Je suis obligée de laisser trainer mes oreilles si je veux glaner quelques informations concernant les prochains jours. Une hôtesse de l'air s'approche de nous pour signifier à Mr Archer que les téléphones doivent maintenant être éteints et il abrège son appel.
L'airbus se dirige tranquillement sur la piste de décollage et je redoute le moment où l'appareil va entamer sa montée dans les airs. J'ai pris l'avion des dizaines et des dizaines de fois, j'adore être dans les nuages mais s'il y a bien une sensation qui me retourne l'estomac c'est celle que je ressens lorsque l'avion décolle. Vous savez ce moment où l'appareil pointe son nez dans les airs et où on a l'estomac qui sursaute ? Je ne suis jamais à l'aise jusqu'à ce que l'avion se stabilise dans les nuages. Je feins donc totalement mon apparent bien-être et mes ongles s'enfoncent maintenant dans le cuir de mon siège. Je ferme les yeux et inspire longuement.
Je sens un drôle de frisson me parcourir l'échine, comme si un léger courant électrique s'infiltrait dans mes veines. Je fronce les sourcils et ouvre rapidement mes yeux pour découvrir Mr Archer qui me fixe de son regard impénétrable. Il me scrute en détails quelques infimes secondes puis détourne la tête pour perdre ses yeux à travers le hublot. Mais qu'est-ce qu'il me veut encore celui-ci ? Je m'insurge mentalement contre ce goujat à qui j'interdis formellement de poser son regard sur moi.
Le vol jusqu'à l'aéroport de Londres dure une heure et quart pendant lesquels Mr Archer et moi-même nous ignorons royalement. Nous ne nous accordons aucune parole ni aucun regard. Heureusement, la business class offre de larges sièges qui me permettent d'éloigner mon corps du sien. Depuis que j'ai découvert la vraie nature de cet homme, je ne supporte plus rien venant de lui. Même un simple effleurement me révulse. Finalement, même si j'ai beaucoup souffert ces derniers jours – et je souffre encore aujourd'hui – son attitude ignoble m'a rendue service. J'ai définitivement réussi à rayer cet homme de mes pensées les plus intimes et je l'ai relégué à la case « personnes à ignorer ».
L'avion entame sa descente vers la terre ferme et la désagréable sensation que j'ai ressentie lors du décollage s'infiltre à nouveau en moi. J'applique donc la même routine pour me sentir mieux, je ferme les yeux et essaie de me concentrer sur mes inspirations. Cette fois encore, je sens le regard soucieux de mon voisin se poser sur moi mais je ne lui prête aucune attention. Lorsque l'appareil se pose sur le sol anglais, nous sortons tranquillement de l'Airbus et Mr Archer se dirige vers la station de taxis. Lorsqu'une voiture s'arrête à sa hauteur et qu'il s'y engouffre, je me stoppe net. Je viens déjà de passer plus d'une heure à ses côtés, hors de question de prolonger cette torture !
Quand mon supérieur, déjà installé sur la banquette arrière du véhicule, remarque mon hésitation, il soupire théâtralement et sa voix grave claque dans l'air. Je n'ai pas entendu ce son depuis 48 heures et je dois réprimer un sursaut de désir qui me révulse instantanément.
-Bon, mademoiselle Dumin, je commence à en avoir sérieusement marre de vos gamineries. Nous sommes venus ici pour travailler, pas pour gérer vos petites crises d'ego mal placé. Alors soit vous montez immédiatement dans cette voiture, soit vous pouvez retourner à Paris rassembler vos affaires !
Ses mots m'atteignent un par un, nourrissant ainsi la haine que je voue à cet être infect. Malheureusement, je n'ai pas d'autre choix que de grimper dans le véhicule et de passer de très longues minutes coincée dans cet espace réduit avec lui. A l'entendre, on dirait que ma colère est injustifiée. Dois-je lui rappeler qu'il m'a manqué de respect de la plus ignoble des manières ?
Même si mon cerveau m'ordonne de l'ignorer, je ne peux m'empêcher de remarquer son comportement pendant le trajet. Il reste les doigts soudés à son smartphone flambant neuf, tapant frénétiquement quelques textos de temps à autre et attendant fébrilement une réponse le reste du temps. Il semble stressé, ses traits tendus et ses lèvres pincées me laissent penser que quelque chose le contrarie fortement. Je ne devrais pas, mais je meurs d'envie de savoir ce qui le tracasse à ce point. Notre attitude l'un envers l'autre ainsi que son inquiétude et ses incessants soupirs créent une atmosphère anxiogène.
Quand le taxi se gare devant notre hôtel, je m'empresse de sortir de cet espace rempli de tension. Mr Archer m'emboite le pas puis me dépasse pour se diriger vers la réception. Alors qu'il est en train de récupérer nos cartes magnétiques, mon téléphone sonne. Je consulte l'écran et découvre avec surprise le nom de ma responsable commerciale s'afficher.
-Mme Saint-Martin ? je demande avec étonnement.
-Bonjour Candice, je m'excuse de vous déranger mais la comptabilité vient de me prévenir d'un problème qui a eu lieu en début de semaine.
Je fronce les sourcils en l'écoutant, ne comprenant pas un traitre mot de ce qu'elle me dit, tandis que mon boss se dirige maintenant vers les ascenseurs. Je le suis en répondant à mon interlocutrice.
-D'accord...
Elle poursuit, aucunement troublée par mon incompréhension.
-J'ai donc demandé à ce qu'un virement soit effectué sur votre compte. Je pense que c'est le plus simple puisque l'enveloppe que j'avais laissé à votre attention ne vous est apparemment jamais parvenue.
Je reste coite un long moment, estomaquée par ce que je crois comprendre. Non... c'est impossible...
-Excusez-moi mais je ne comprends pas de quoi vous parlez...
Ma voix mal assurée tremble en attendant sa réponse. L'ascenseur ouvre ses portes et je m'engouffre machinalement dedans, suivie de mon patron. Ma responsable explicite alors ses paroles.
-Suite à votre présentation plus que réussie de lundi et vu l'implication et la motivation dont vous avez fait preuve sur ce dossier, j'ai demandé à ce qu'une prime de 500€ vous soit accordée. La comptable a donc déposé une enveloppe contenant cet argent sur votre clavier mais mardi matin, elle a découvert les billets sur son bureau. Quelqu'un d'honnête à du trouver ces billets avant vous et les a restitués. Quoiqu'il en soit, vous méritez largement cette prime et elle vous sera versée directement sur votre compte.
Au fur et à mesure que Mme Saint-Martin m'explique la situation, mes yeux s'écarquillent. Oh mon dieu ! Je me suis totalement fourvoyée ! J'ai tellement paniqué après notre moment de plaisir que j'ai préféré croire qu'Ethan était le pire des salaud au lieu de penser que notre symbiose était réellement partagée. A aucun moment je n'ai pensé que cet argent pouvait provenir de quelqu'un d'autre que lui. Les images de notre altercation me reviennent en mémoire tandis que je pose mes yeux sur l'homme en face de moi. Je lui ai arraché son téléphone des mains, j'ai brisé l'appareil, je lui ai hurlé dessus, je l'ai insulté... j'ai presque envie de rire quand je réalise qu'il n'a absolument rien du comprendre à mon attitude et qu'il a du me prendre pour une folle mais sa mine fermée et son expression courroucée me ramènent immédiatement sur terre.
-Candice ? Vous m'entendez ?
Totalement perdue dans mes pensées, j'ai oublié de répondre à ma responsable.
-Euh... oui, oui je vous entends. Je ne sais pas quoi vous dire à part merci. Je suis très... touchée par votre geste. Merci...
Je baragouine de pauvres remerciements, je n'arrive pas à me concentrer sur notre discussion, je suis totalement obnubilée par ma méprise. Heureusement pour moi, Mme Saint-Martin ne s'éternise pas et nous raccrochons quelques secondes plus tard.
L'ascenseur a maintenant achevé son ascension et nous sommes arrivés au cinquième étage. L'hôtel est très chic et les couloirs très silencieux. Mon patron sort en premier de la cabine et s'avance d'un pas déterminé dans le corridor. Je suis affreusement gênée par mon erreur que je dois à présent réparer. Je ne sais pas vraiment comment m'y prendre et quand je m'apprête à ouvrir la bouche, il s'arrête devant une porte qu'il déverrouille rapidement puis s'engouffre dans sa chambre avant de claquer précipitamment la porte derrière lui.
Je reste stoïque dans le couloir, ne sachant pas du tout comment lui présenter mes excuses. J'ai déjà eu un aperçu de ses réactions colériques et tout ce que je sais, c'est que nos discussions finissent toujours mal dans ces cas là. Néanmoins, je suis en tort et même s'il va se montrer sans doute blessant, je dois assumer mon erreur.
J'inspire fortement pour me donner un semblant de courage et toque à sa porte. Quelques instants plus tard, il ouvre brusquement cette dernière et lève les yeux au ciel. Son regard m'envoie des éclairs et il ne prononce aucun mot.
À toi de jouer Candice!
-Mr Archer... je voulais... vous présenter mes excuses.
Je n'ose pas le regarder en face et je danse nerveusement d'un pied sur l'autre. Je me force à poursuivre.
-J'ai fait une grosse erreur, j'ai cru que vous aviez eu un geste irrespectueux envers moi et je me suis emportée. Je vous présente mes plus sincères excuses pour mon comportement de lundi.
Un lourd silence s'installe entre nous. Ethan me fixe toujours de ses yeux noirs de colère et tient la poignée de la porte fermement dans ses doigts. Ses phalanges blanchies m'informent que mes excuses ne suffisent pas à le calmer. Moi, je n'ose pas bouger. Je ne sais absolument pas quoi faire pour mettre fin à cette situation gênante. Mes yeux s'aventurent dans les siens et ce que j'y lis ne me rassure pas.
-Ecoutez-moi bien mademoiselle Dumin, commence-t-il dans un long souffle, je n'ai absolument aucun temps à perdre avec vos crises d'hystéries et vos excuses minables. Alors merci de vous contenter de faire correctement votre travail et laissez moi tranquille.
Dans un geste brusque qui me fait sursauter, Ethan me claque la porte au nez. J'ai à peine eu le temps de reculer d'un pas pour éviter que mon nez se brise contre le bois. Je reste complètement abasourdie par sa réaction. Je sais que je me suis mal comportée mais je ne pensais pas l'avoir vexé à ce point. Je rassemble à nouveau tout mon courage et toque une nouvelle fois à sa porte.
Toujours sur le seuil, je l'entends grogner avant même de l'avoir en face de moi.
-Quoi encore ??!
Il a prononcé ces mots avec une telle fureur que je sursaute de peur. Quand il remarque ma réaction, il s'assagit instantanément. J'en profite pour reprendre la parole.
-Je veux réellement m'excuser Monsieur Archer. Je ne suis pas tout du genre à réagir sur le coup de la colère et j'ai fais preuve d'une terrible erreur de jugement. Je suis désolée.
