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Lundi 12 décembre
Aujourd'hui c'est le jour J. La présentation du dossier Royal Beauty a lieu à 11h et c'est un euphémisme que de dire que je suis stressée. Je n'ai jamais été aussi angoissée de toute ma vie. Pas même lorsque j'ai passé mon permis de conduire pour la quatrième fois. Pas même lorsque j'ai dû annoncer à ma mère que je ne ferais pas médecine après le bac et que j'allais ainsi ruiner tous ses espoirs de "voir un jour sa fille devenir quelqu'un de respectable". Et pas même lorsque j'ai soutenu mon mémoire de fin d'études devant un jury de professionnels reconnus mais surtout devant ma mère qui me rabâchait sans cesse que j'allais échouer. Tout cela n'est rien comparé à l'état dans lequel je me trouve en cet instant.
Cette présentation ne représente rien d'autre que mon ticket d'entrée définitif dans cette entreprise. Si j'échoue, mon contrat de travail sera rompu et je retrouverai mon quotidien ennuyeux et déprimant qui me révulse tant aujourd'hui. Cette option est absolument inenvisageable. Je dois réussir, je n'ai pas d'autre solution. J'ai tant travaillé sur ce dossier que je refuse de baisser les bras maintenant.
Lorsque mon maudit patron m'a confié cette affaire, c'était dans le seul but de me voir faillir et de me prouver que j'étais aussi incompétente qu'il le pensait. Il a ensuite usé de son ascendant hiérarchique pour profiter de moi lors de nos séances de travail et comme une idiote, j'ai craqué. Une fois. Une seule et unique fois qui reste à ce jour la plus grosse erreur que je n'ai jamais commise. Je veux aujourd'hui lui prouver que la potiche qu'il voit en moi n'existe pas et qu'il va devoir me compter parmi ses salariés car je vais remporter la bataille. Cette présentation sera ma façon de lui dire que je suis plus forte qu'il ne le croit et qu'il n'a pas le droit de me traiter différemment des autres employés.
Comme j'en ai maintenant pris l'habitude ces dernières semaines, je suis arrivée très tôt au bureau ce matin. J'ai profité d'être seule pour répéter à haute voix mon discours et m'entraîner ainsi à maîtriser les trémolos de stress qui obstruent ma voix d'habitude si calme et posée. J'ai relu une bonne cinquantaine de fois mes notes et je ne tiens plus en place depuis quelques minutes. Je me lève, fais nerveusement le tour de mon bureau, range frénétiquement mes dossiers déjà classés à la perfection puis me rassois quelques instants avant de me relever, ne supportant pas d'être immobile. Les minutes passent comme des heures et je ne supporte déjà plus cette appréhension qui me ronge de l'intérieur. Je ne suis pas seulement stressée à l'idée de jouer ma place ici dans quelques heures, je suis également complètement terrifiée à la simple idée de recroiser Mr Archer.
Après avoir passé un agréable moment samedi à bruncher avec Gabriel, je me suis définitivement raisonnée. Mon épouvantable moment d'égarement hante encore mes pensées mais je me suis promise de refouler mon attirance déplacée pour mon patron et de ne plus le laisser m'approcher. Je dois absolument me concentrer sur Gabriel qui est tout simplement l'homme qu'il me faut, ma meilleure amie a raison. Il est physiquement agréable et il est toujours souriant, sympathique et bienveillant. Cet homme ne pourra que prendre soin de moi, contrairement à l'homme-dont-je-refuse-de-prononcer-le-prénom. Je me répète ce mantra depuis deux jours et j'en suis presque convaincue aujourd'hui. Cette pensée me laisse croire que je serai assez forte pour ne rien ressentir lorsque mes yeux se poseront sur mon patron.
J'avais tort. Il vient juste d'arriver et ma respiration s'est coupée au moment où je l'ai aperçu, plus beau que jamais. Ses longues jambes musclées délicieusement vêtues d'un jean brut taillé à la perfection le rapprochent un peu plus de mon bureau à chaque pas qu'il fait tandis que sa chemise grise lui dessine un torse sculptural que j'ai eu la chance de parcourir brièvement. "Bien trop brièvement !" me crient mes envies. Ses yeux sont rivés sur son téléphone et à en juger par ses sourcils froncés, j'ai l'impression que ce qu'il y lit ne doit pas lui plaire. En revanche, sa mimique contrariée lui confère encore plus de charisme qu'il n'avait déjà. Mes yeux descendent ensuite sur ses lèvres charnues qui m'ont transportée au paradis puis en enfer et c'est alors que je remarque ce qui le rend si irrésistible aujourd'hui. Il arbore une fine barbe de quelques jours qui le rend encore plus viril et excitant, comme si cela était encore possible! Sa beauté est tout simplement démoniaque.
Je peine à reprendre mes esprits tandis que mon boss traverse le couloir avec la plus grande indifférence à mon égard. Il ne lève pas les yeux vers moi, il ne s'arrête pas à hauteur de mon bureau, il continue simplement son chemin jusqu'à atteindre son antre. Mon esprit est chamboulé par toutes les sensations interdites que j'ai ressenties en quelques secondes à peine et ma réaction m'effraie au plus haut point. Bon sang, ce que cet homme m'atti... Gabriel est l'homme qu'il me faut. Gabriel est l'homme qu'il me faut. Gabriel est l'homme qu'il me faut. Gabriel est l'homme qu'il me faut.
Alors que je suis en pleine séance d'auto-persuasion, j'entends les talons de Mme Saint-Martin qui martèlent le sol s'approcher. Elle passe furtivement la tête dans mon bureau et me sourit chaleureusement.
-Bonjour Candice, vous êtes prête ? J'ai hâte de découvrir le fruit de votre travail.
La pression qui est déjà à son paroxysme monte encore d'un cran et je me demande sérieusement si je vais tenir jusqu'à 11h !
-Bonjour. Oui c'est le grand jour, tout est prêt. J'espère ne pas vous décevoir, je lui lance d'une voix marquée par l'angoisse.
-Je l'espère aussi Candice, ce dossier est crucial, me répond-t-elle avant de tourner les talons et de rejoindre son bureau.
Moi je n'ai qu'une envie: celle de disparaître sous terre le plus rapidement possible ! Heureusement pour moi, Marina arrive peu de temps après. Sans doute remarque-t-elle la détresse qui s'est emparée de mon visage puisqu'elle accourt dans mon bureau pour m'apporter son soutien. Nous passons l'heure suivante à réviser ensemble pendant que l'agitation caractéristique du lundi matin envahit le second étage.
Décrétant que je suis prête et qu'il faut que je me détende, Marina me propose d'aller me chercher une tasse de thé. J'accepte avec plaisir et au moment où je m'apprête à l'accompagner, Alessandro m'apostrophe dans le couloir pour me demander comment je me sens.
-Je n'ai jamais été aussi stressée de toute ma vie ! je lui réponds dans un petit rire nerveux.
Mr Archer passe à cet instant à côté de nous sans nous saluer et continue sa route jusqu'aux ascenseurs. Alessandro pose sa main sur mon bras tout en se rapprochant légèrement de moi pour me réconforter. Je n'apprécie pas du tout cette proximité et m'empresse de reculer d'un pas, mal à l'aise. Machinalement, mon regard se pose sur l'homme sur lequel les portes de l'ascenseur se referment et qui n'a rien manqué de toute cette scène. Il me semble que son regard est noir et ses sourcils froncés mais la machine l'engloutit avant que je ne puisse comprendre quoi que ce soit.
Alors que je peine à me débarrasser de mon collègue un peu trop familier à mon goût, un bruit tonitruant résonne tout à coup au bout du couloir, suivi d'un cri aigu. Paniquée, j'accours en direction de là où me semble provenir ce vacarme quand j'aperçois Marina, par terre au milieu des escaliers et entourée d'un liquide brun qui s'est apparemment échappé de ses mains. Le visage de ma collègue dépeint toute la douleur qui a pris possession d'elle lors de sa chute et je m'empresse d'aller lui porter secours.
-Marina ! Que s'est-il passé ? Comment te sens-tu ?
Ma collègue grimace en essayant de se relever, en vain.
-J'ai trébuché dans les escaliers et j'ai fait tomber nos tasses de thé. Mais je crois surtout que je me suis fait mal à la jambe, me répond-t-elle en faisant de nouveau la moue.
Alessandro m'aide à essayer de la relever et nous la conduisons jusqu'à la première chaise qui se trouve sur notre chemin. Marina s'appuie sur nos épaules et avance à croche-pied. Elle est apparemment incapable de poser le pied gauche par terre. Arrivée à hauteur de la chaise, elle s'assoit rapidement et essaie d'observer son pied. Je lui enlève sa bottine et mes yeux s'écarquillent immédiatement. Sa cheville a triplé de volume et est en train de se colorer d'une inquiétante teinte bleue. Voyant que notre collègue s'est sérieusement blessée, Alessandro part appeler un médecin.
