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Lundi 5 décembre
Il est 19h, je me trouve dans le bureau de Mr Archer et nous travaillons encore et toujours sur le dossier Royal Beauty. Depuis mercredi, nous nous rejoignons ici d'un tacite accord lorsque les locaux commencent à se vider. La nuit est déjà tombée et seule une lampe de bureau éclaire la pièce offrant une ambiance tamisée et chaleureuse.
L'atmosphère est totalement différente de tout ce que j'ai connu jusqu'à maintenant avec mon patron. Nous échangeons, nous travaillons ensemble et son ton est sérieux mais pas autoritaire. Mais je n'irais pas jusqu'à dire que l'ambiance entre nous est détendue. Pour ma part, il m'est impossible d'être détendue en sa présence. Je suis beaucoup trop troublée par son attitude et je reste encore sur la réserve. J'ai trop peur du retour de flamme qui peut arriver à tout moment. Mr Archer est comme un volcan en sommeil, il est beau et majestueux, il attire les regards mais la moindre secousse peut provoquer une coulée de lave brulante qui engloutirait tout sur son passage. Et je ne veux pas faire partie des dommages collatéraux.
Les soirs où nous avons travaillé dans son bureau, Mr Archer a décrété vers 20h qu'il était temps de faire une pause pour reprendre des forces. J'ai été surprise de découvrir qu'il avait fait livrer des repas que nous avons dégustés en discutant de tout et de rien. Au détour de quelques sushis, il m'a questionnée sur des sujets bateaux tels que la politique ou les actualités mais il ne s'est jamais aventuré sur des terrains plus personnels. Tant mieux, je ne souhaite pas raconter ma vie privée à mon patron et j'aurais encore moins aimé devoir lui signifier où sont les limites. La seule fois où je lui ai dit non, j'ai failli affronter une tornade et je ne veux surtout pas recommencer.
Cependant, même si je tente de conserver mon masque professionnel et distant, je dois bien reconnaitre que plus les heures en sa compagnie passent, plus je faiblis. Mon boss a pris l'habitude de s'asseoir à côté de moi, de ne maintenir qu'une faible distance entre nous et ses effleurements fugaces sont devenus monnaie courante. Les sursauts incontrôlés de mon coeur aussi. Il agit nonchalamment, comme si notre proximité si déstabilisante était naturelle et que je ne devrais pas me poser tant de questions. Mais j'en suis incapable car j'ai bien compris ce qui est en train de se passer. Ethan Archer tisse silencieusement sa toile autour de moi et je deviens petit à petit sa captive. J'ai beau me débattre et me raisonner, je suis prise dans ses filets et finalement, je ne sais pas si j'ai réellement envie d'en sortir.
Comprenez-moi, cette place est si enivrante ! Chaque caresse que je perçois sur mon bras ou mes jambes déclenche un feu d'artifice dans mon ventre. Sentir son souffle chaud frôler furtivement mon oreille fait monter la température de mon corps de plus de dix degrés en quelques secondes. Je deviens guimauve quand son regard électrisant se pose un peu trop longtemps sur moi. Je sens ses iris marrons qui hantent mes pensées me regarder avidement et j'en tremble. Mais je tiens bon. De toute façon, que pourrait-il se passer à part une situation extrêmement gênante dans laquelle mon patron s'amuserait avec moi tandis que moi, je me débattrais avec mes principes et ma culpabilité ?
En revanche, si succomber m'est formellement interdit, je m'autorise désormais à profiter. Je ne peux plus nier le fait que l'attirance que je ressens pour mon patron est fulgurante. Chaque rapprochement physique aussi furtif soit-il me plonge dans un état que je n'avais jamais connu jusqu'à maintenant. Si cela m'effrayait jusqu'à la semaine dernière, je m'en délecte aujourd'hui. C'est ainsi que lorsqu'il se rapproche dangereusement de moi, je ne tremble plus de peur mais d'excitation. Je ne recule plus quand il pose négligemment son bras sur le dossier de ma chaise mais je baisse discrètement la tête pour faire semblant d'être concentrée sur le dossier en cours et ainsi ressentir plus intensément son souffle chaud dans ma nuque. J'ai conscience que ce jeu peut s'avérer dangereux mais tant que je ne franchis pas la limite, tout ira bien.
Ce soir, une pluie diluvienne s'abat sur la ville et le tonnerre gronde dehors. J'ai beau avoir 26 ans, je n'ai jamais été à l'aise avec le tonnerre. Je n'en ai pas peur, je ne suis plus une petite fille mais je ne comprends pas comment des sons si effrayants peuvent transpercer le ciel. C'est comme si un tremblement de terre s'abattait dans l'espace et que des morceaux allaient nous tomber dessus. Finalement, peut être que tu as peur comme une petite fille...
Mr Archer est en train de me donner des informations importantes que j'essaie tant bien que mal de noter proprement sur mon bloc-notes. Mes doigts tremblotent et mon bras sursaute à chaque coup de tonnerre qui retentit de plus en plus fort et de plus en plus souvent depuis quelques minutes. Remarquant mon appréhension, mon patron pose fermement sa main chaude sur la mienne qui tient maintenant difficilement le stylo et plante ses yeux dans les miens. Sans dire un mot, sans sourire, il maintient la pression de sa paume sur le dos de ma main et ses doigts rugueux entament une délicieuse valse sur mes phalanges. D'exquis frissons naissent à l'endroit exact où sa peau est en contact avec la mienne et je ne peux détourner mon regard du sien. Ses iris marrons me contemplent avec précision, se baladant librement sur mon visage, mon cou puis remontant sur ma bouche. Il tente de rester impassible mais je commence à connaître ses mimiques invisibles. À force de passer des heures seules avec Ethan Archer, j'ai appris à déchiffrer certaines de ses expressions. Et là, je peux vous assurer qu'il cherche à m'emmener dans son cocon rassurant et à me faire oublier le vacarme angoissant qui rugit à l'extérieur.
Alors je me laisse emporter. Je me détends à son contact et mes tremblements s'atténuent au fur et à mesure que mon ventre se contracte et que je serre les cuisses. Je ne quitte pas son regard, au contraire je m'enroule dans la douceur qu'il me transmet. Sans m'en rendre compte je me suis imperceptiblement penchée de son côté, comme s'il m'attirait tel un aimant. Je ne veux surtout pas que ce moment intense s'interrompt, je ne veux pas quitter le halo de chaleur qu'il a créé autour de moi mais je sais que je ne dois pas laisser la situation m'échapper. Alors je me fais violence et je brise le silence délicieusement électrique qui s'était installé entre nous.
-D... désolée, je ne suis pas... très à l'aise par ces temps orageux.
Ma voix semble venir d'outre tombe et un rictus légèrement arrogant se dessine sur ses lèvres obsédantes.
-Seriez-vous encore une petite fille qu'il faut cajoler quand l'orage gronde au loin ? Voyons, Candice...
À chaque fois que ses belles lèvres charnues s'écartent pour prononcer mon prénom, un courant électrique descend le long de mon dos puis remonte langoureusement pour atteindre mon épine dorsale, qui se révèle être en cet instant mon sanctuaire du désir et de l'excitation ultime. Ses doigts continuent leurs divines caresses mais tout à coup sa paume quitte ma peau. Je suis immédiatement déçue mais ce qui suit fait bondir mon coeur et mon désir. Ses doigts prennent possession de mon avant-bras sur lequel ma chair de poule s'installe durablement. Ils continuent leur chemin dans une lenteur insoutenable, rejoignant ainsi l'intérieur sensible de mon coude qui est collé à mon buste. La sensation est divine lorsque son petit doigt frôle ma poitrine et je pense sérieusement à m'évanouir sur place pour faire durer cet instant ensorcelant. Mais Ethan en a décidé autrement et il ravive toutes mes terminaisons nerveuses lorsque sa main remonte le long de mon bras pour atteindre ma clavicule et jouer furtivement avec la bretelle de mon soutien gorge qu'il a volontairement fait dépasser.
Je sais que je dois résister. Mon cerveau anesthésié tente de se réveiller en m'intimant l'ordre de me redresser et de me dégager de son emprise. Mais comment appliquer ces bonnes résolutions quand je perçois le visage de l'objet de tous mes désirs qui s'avance aussi lentement que dangereusement vers le mien ?
