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24

                                            

                                                  

Je suis en retard. Ce n'est pas nouveau bien sûr, mais d'habitude le lundi, j'arrive à être à l'heure à l'école. Il faut croire qu'aujourd'hui n'est définitivement pas un jour comme les autres. La journée a démarré de façon plutôt idyllique, avec les premières lueurs du soleil ponctuées de mes baisers déversés sur la peau chaude et encore endormie d'Holly. Après nous avoir ramenés à l'appartement, Mila et moi, elle est restée avec nous. J'ai veillé ma fille pendant sa sieste réparatrice, après sa crise d'angoisse. Elle s'est assise à côté de moi quand j'ai essayé de faire parler Mila, de comprendre ce qui la tourmentait. J'avais les mains qui tremblaient, les mots qui trébuchaient. J'étais vraiment anxieux pendant cette discussion parce que j'ai réalisé les conséquences du retour d'Ariane. Avant elle, Mila était une petite fille joyeuse, légère et pétillante. Elle disait toujours ce qu'elle avait en tête ou sur le coeur. Elle ne s'encombrait pas de non-dits parce qu'elle se sentait libre d'être elle-même. Ce n'est plus le cas désormais. 

                              

Même si elle ne parle que de sa mère, qu'elle semble insouciante et heureuse quand elles sont ensemble, je ne peux plus ignorer les signaux d'alerte. Son obsession pour son apparence, son besoin constant de perfection, ses colères qui cachent une vraie peur. Celle d'être abandonnée à nouveau. Quand je lui ai avoué la vérité sur le départ de sa mère, j'ai été soulagé de voir qu'elle le prenait aussi bien. J'aurais dû me douter qu'une enfant de six ans ne peut pas digérer une telle information sans que quelques plombs ne disjonctent. 

                              

Mila a beaucoup pleuré hier. Elle n'a pas dit grand chose mais son coeur s'est vidé un peu sur ses joues. Alors j'ai pris la parole. Je lui ai d'abord dit que je l'aimais, plus que tout, pour toujours. Qu'elle ne serait jamais seule. Que je serai toujours là pour elle, avec elle. Que je comprenais que le retour d'Ariane soit perturbant mais qu'elle n'avait pas besoin d'être parfaite pour la forcer à rester avec elle. Je lui ai rappelé que si mère l'a abandonnée, c'est uniquement parce qu'Ariane avait un problème, pas elle. Je lui proposé de l'aider à lui parler, de lui dire ses peurs et ses angoisses. Mila n'a pas vraiment réagi. Je crois qu'elle m'a écouté mais elle n'a pas répondu. Je lui répété au moins dix fois qu'elle était la petite fille dont tous les parents rêvent et qu'elle n'a pas besoin de vernis sur les ongles ou de cheveux parfaitement coiffés pour qu'on l'aime. J'ai ensuite bercé ma fille jusqu'à ce que ses larmes se tarissent. Holly s'est penchée pour nous enlacer tous les deux. Mila nous a serrés fort, très fort contre elle. 

                              

Avant de regagner sa chambre pour se reposer, elle s'est tournée vers Holly pour lui demander si elle restait avec nous. Ma petite-amie était surprise par cette question mais elle l'a regardée droit dans les yeux et a signé un franc oui. Ma fille a paru satisfaite par cette réponse. Elle a sourit, d'un petit sourire à la fois triste et épuisé et elle a disparu dans le couloir. Je me suis affalé entre les bras d'Holly. J'avais la gorge nouée, le coeur lourd. Je me suis levé, j'ai attrapé mon manteau pour aller trouver Ariane, pour qu'elle comprenne le mal qu'elle fait à ma fille mais ma jolie blonde m'a rattrapé. 

                              

-Prends le temps de réfléchir avant d'aller la voir. Tu vas parler sous le coup de l'émotion et ce n'est peut-être pas la meilleure chose à faire. 

                              

-Alors c'est quoi la meilleure chose à faire ? 

                              

-Je ne sais pas. Peut-être d'attendre le feu vert de Mila et que vous alliez lui parler ensemble. 

                              

J'ai réfléchi quelques instants mais Holly a insisté. 

                              

-Montre à ta fille que tu prends au sérieux ses sentiments. 

                              

Et là, j'ai compris ce qu'elle voulait me dire. En allant voir Ariane ensemble, je montrerai à Mila que ce qu'elle ressent est légitime et mérite d'être discuté sérieusement. Qu'elle a le droit d'avoir peur et que moi, son père, je ferai tout pour qu'elle se sente mieux. J'ai soufflé en retirant mon manteau et j'ai attrapé Holly par la taille pour l'attirer à moi. 

                                          

              

                    

-Merci. Je... je suis perdu, tu sais. 

-C'est normal Louis, ce n'est pas une situation banale. J'ai pensé à quelque chose. Je sais que ce n'est pas mon rôle de m'immiscer dans l'éducation de ta fille alors je ne veux surtout pas que tu le prennes comme ça mais...

-Dis-moi, l'encouragé-je. 

-Je me disais que ça lui fera peut-être du bien d'aller voir un psychologue. Pour l'aider à traverser cette période sans trop de turbulences. 

Mon regard s'est perdu au loin à mesure que j'envisageais ce qu'elle me proposait. Bien sûr que c'est une excellente idée. Parler à un professionnel, recevoir le soutien d'un médecin ne pourrait qu'être bénéfique à Mila. Mais...

-Je... je n'ai pas vraiment les moyens de payer ce genre de consultation. 

J'étais rouge de honte d'avouer pour la première fois à Holly que mes moyens sont limités. Elle a cherché mon regard mais je l'ai évité, essayant vainement de me défaire de son emprise alors qu'elle posait maintenant ses mains froides sur mes joues en surchauffe, qu'elle faisait pivoter mon visage pour que je ne vois plus qu'elle. 

-Ne sois pas gêné. Pas avec moi. 

J'ai souri du bout des lèvres, lèvres que j'ai abaissées doucement contre les siennes. Je savais qu'elle ne me tiendrait pas rigueur que je lui réponde avec un baiser. Ma langue a retrouvé la sienne et j'ai avalé son soupir quand elle s'est un peu laissée aller entre mes bras. J'adore cette sensation, ce bonheur de la retenir parce qu'elle se sent si bien qu'elle s'offre entièrement à moi. Mais elle n'a pas duré longtemps, cette sensation; rapidement, la sonnerie de son téléphone nous a interrompus. Holly a soupiré, baissé le visage et j'ai deviné qui était à l'autre bout du fil. 

-Tu devrais lui répondre, elle doit sûrement s'inquiéter. 

-Je sais mais... je ne suis pas sûre d'avoir la force de continuer cette discussion. 

-Tu l'as en toi cette force et puis, je suis là moi. 

Elle m'a souri, a acquiescé imperceptiblement. J'ai serré sa main une dernière fois avant qu'elle ne décroche. Elle s'est assise sur mon canapé en calant l'écran de son téléphone sur ma table basse, de façon à avoir les mains libres pour parler à sa mère. Au moment où la connexion était en train de s'établir, elle m'a fait un petit signe pour que je la rejoigne. J'ai bien fait attention à ne pas apparaitre à l'écran mais je me suis tout de même installé à ses côtés, ma main sur sa cuisse moelleuse.

-Oh ma chérie, tu es là, a commencé Elizabeth. Je... je ne sais pas vraiment quoi te dire à part que je suis désolée. Je n'avais aucune idée de ce que tu vivais avec Jayson, pourquoi ne m'en as-tu pas parlé plus tôt ? 

-Je ne sais pas trop, a soupiré Holly en signant. A vrai dire, notre relation s'est dégradée au fils des années. Au début, c'était juste sa mauvaise humeur qui me chagrinait. Puis ce fut ses mots, ses réactions. J'ai cru que c'était normal, que c'était juste une mauvaise passe. Ensuite, quand il n'arrêtait pas de me rabaisser, j'étais persuadée qu'il avait raison, que tout était de ma faute, que je ne valais rien. Alors je faisais constamment des efforts pour lui plaire mais rien n'était jamais suffisant.

-Je n'arrive pas à le croire. Comment peut-il être si différent de celui que nous connaissons ? 

-Je pense qu'il se débat avec un profond mal-être et qu'il le cache à tout le monde. Quand nous étions ensemble, je suis devenu son bouc-émissaire. Il déversait sur moi tout ce qu'il n'arrivait pas à gérer. 

-Il t'a abimée... a soufflé Josh entre ses dents serrées. 

Holly a baissé les yeux, presque honteuse. Je ne supporte pas de la voir réagir de la sorte, comme si c'était elle qui avait quelque chose à se reprocher. J'ai serré un peu plus sa cuisse pour qu'elle me regarde, pour qu'elle lise dans mes yeux, pour qu'elle se rappelle. Et elle a m'a souri en libérant un petit souffle de liberté. 

            

              

                    

-Oui. Mais c'était la seule et unique fois. Pour être honnête, je ne sais pas trop ce qui s'est passé à ce moment-là. Il m'a agrippé le bras, je me suis débattu, il m'a secouée et sa cigarette s'est retrouvée sur ma peau. Je ne pense pas que son geste était volontaire mais ce n'est pas ça qui compte. Il était déjà allé beaucoup trop loin. 

Les signes d'Holly étaient emplis de détermination et de colère, comme si elle se convainquait encore elle-même de ce qu'elle disait à ses parents. 

-Il n'a pas intérêt à remettre les pieds ici, a grondé Josh. 

-Pourquoi as-tu gardé le secret aussi longtemps ? a ajouté Elizabeth.  

Holly a détourné le regard, encore une fois. 

-Je... j'avais peur de votre réaction. Et je ne voulais pas tout gâcher. 

-Mais gâcher quoi ? 

-Vos relations avec ses parents, votre relation avec lui, avec... moi. 

-Je ne comprends pas Holly, a insisté sa mère. 

Alors dans un soupir, Holly a tout lâché. Il y a eu des signes hésitants, d'autres nerveux, d'autres encore un peu brouillons mais ils ont existé, ils ont été dits, ils ont été entendus. Des larmes ont roulé, des sourires se sont effacés, un poids s'est envolé et un nouveau départ a bourgeonné, à l'aube du printemps de cette nouvelle vie. J'ai reconnu des confidences qu'Holly avait chuchotées dans la pénombre de ma chambre et j'ai été si fier d'elle que lorsqu'elle a raccroché, le coeur un peu plus léger malgré l'adrénaline qui faisait vibrer tous ses membres, je n'ai pas pu m'empêcher de m'allonger au dessus d'elle pour lui dire à quel point j'étais fier d'elle, à quelle point elle avait été courageuse. 

-C'est grâce à toi tout ça, a-t-elle chuchoté entre deux baisers. 

-Ne dis pas n'importe quoi. 

-Je suis sérieuse Louis. Quand j'ai compris que tu avais lu les paroles de ma mère, je ne l'ai pas supporté. Je ne peux pas accepter qu'on te rabaisse. Pas toi. 

J'ai plongé le nez dans son cou pour lui cacher mon embarras. Mais s'il y a bien une chose qu'elle a senti, c'est mon coeur qui galopait contre le sien, hors de contrôle.

Je secoue la tête pour me reconnecter avec la réalité. La porte de l'appartement claque derrière moi. J'ai encore de la farine plein les cheveux et des résidus de pâte sous les ongles mais je n'ai pas eu le temps de me rendre présentable. Je viens d'abandonner tout un tas de choux prêts à être garnis sur la table de ma cuisine. J'ai voulu m'entrainer à fabriquer une pièce montée et une chose en entrainant une autre, je me suis retrouvé avec des dizaines et des dizaines de choux ainsi qu'une fleur en carton que je vais essayer de reproduire en caramel. 

Je rentre la tête entre mes épaules en sentant le vent froid tourbillonner autour de moi. Nous sommes déjà fin mars mais l'hiver n'est pas encore terminé. Mes pas foulent les pavés avec empressement, je regarde ma montre et je soupire en m'invectivant quand soudain, je le remarque. Jayson. Immobile sur le trottoir d'en face, petit sourire narquois aux lèvres, mains dans les poches. Il me dévisage avec attention. Je m'arrête net, sentant déjà une vilaine animosité échauffer tous mes sens. 

Il ne bouge pas, se contentant de me faire savoir qu'il est là, en bas de chez moi, à m'observer. L'espace d'une seconde, je pense à l'ignorer et à continuer mon chemin. Puis l'image de Mila s'impose à mon esprit et je perds un peu mes moyens. Il est hors de question qu'il s'imagine avoir le droit d'harceler Holly, ma fille ou moi-même ici, dans mon village, devant mon lieu de travail, à quelques mètres de là où on dort. Je ne le laisserai jamais rôder comme un fantôme pour que je sois angoissé à l'idée qu'il croise ma fille. Alors je bifurque et j'avance droit sur lui. 

            

              

                    

-Qu'est-ce que vous faites là ? 

-Ah parfait, il parle anglais le petit Frenchy ! 

Je lève les yeux au ciel en entendant son ton condescendant. 

-Qu'est-ce que vous voulez ? 

-Que tu disparaisses de la vie d'Holly serait déjà une bonne chose. 

-Ce n'est pas dans mes plans, désolé. 

-Je la connais depuis toujours, je sais exactement quoi lui dire pour qu'elle me revienne en un claquement de doigts. 

-Ah bon ? Alors pourquoi ne l'avez vous pas encore fait ? 

Son petit sourire disparait en voyant que je ne rentre pas dans son jeu. A la place, son visage se pare d'une froideur effarante. 

-Ne joue pas au plus malin avec moi. Holly est à moi. Alors soit tu t'effaces, soit je fais de ta vie un enfer. 

-Peut-être qu'Holly n'a pas osé raconter à la Police le mal que vous lui avez fait mais ce ne sera pas mon cas. Au premier faux pas, je me ferai un malin plaisir de porter plainte contre vous. 

-Porter plainte ? ricane-t-il. Mais pour quel motif ? Parce que j'ai subitement décidé que j'adorais me balader à Kinvara ? Parce que je vais fréquenter un peu trop assidument le pub ? Parce que je vais me faire une nouvelle amie ? Tu sais, cette jolie petite fille aux longs cheveux noires et aux... 

Il n'a pas le temps de terminer sa phrase que mon poing atterrit dans sa figure, que son nez craque sous la violence de l'impact, que sa tête part en arrière dans une giclée de sang. Je me fige un instant, choqué par mon geste. Je n'ai jamais été violent. Je ne me suis jamais battu, je n'ai jamais donné un seul coup de poing. Mais l'entendre évoquer Mila m'a rendu fou. Ma main droite me fait un mal de chien, je la secoue un peu en pliant et dépliant mes doigts. 

Jayson ricane en se tenant le nez. 

-Tu viens de commettre ta première erreur Louis. 

Son rire résonne encore à mesure qu'il recule et laisse derrière lui des gouttelettes de sang qui tâchent le trottoir. Mon coeur bat à cent à l'heure, je ne respire pas vraiment correctement mais tout ce qui m'importe, tout ce qui tourne en boucle dans ma tête, ce sont ses menaces, la manière dont il a évoqué ma fille. Il disparait à l'angle de la ruelle en diffusant les fausses notes de son rire. Et je tremble encore un peu plus. 

Mon poing me fait sérieusement souffrir. Je baisse le regard pour évaluer les dégâts. Les jointures de ma main droite sont déjà bleues et gonflées. Je remue les doigts pour m'assurer que je vais pouvoir pâtisser. Il ne manquerait plus que j'abime mon outil de travail. J'inspire un grand coup pour recouvrer mes esprit. Quinze heures cinquante. J'écarquille les yeux. J'ai plus de vingt minutes de retard. Je sprinte en direction de l'école, ignorant la douleur lancinante dans ma main. 

Essoufflé, je me présente au portail où un surveillant me fait entrer en grommelant que mes retards sont de plus en plus conséquents. Je me ratatine un peu sur moi-même et m'excuse platement sans trop m'attarder. Quand j'ouvre la porte du bâtiment blanc et rouge, des éclats de voix me parviennent. Je reconnais immédiatement celle d'Holly, franchement agacée. J'accélère le pas pour découvrir avec stupéfaction Ariane juste à côté de la porte de la classe.      

-Je vous le répète une dernière fois, vous n'êtes pas sur la liste des personnes autorisées à récupérer Mila. 

-Arrêtez de vous cacher derrière cette excuse et assumez au moins que vous ne voulez pas que je récupère ma fille juste pour m'embêter ! 

            

              

                    

-Vous embêter ? Mais je n'ai aucune raison de vous embêter. En revanche, si je vous confie un enfant sans autorisation, je peux perdre mon travail et il n'en est pas question. 

-Je suis sa mère, je ne devrais même pas avoir besoin d'autorisation ! 

-Vous n'êtes sa mère que depuis un mois, je n'ai aucune raison de vous faire confiance. 

Un court silence s'installe avant qu'Ariane ne reprenne la parole, dans un anglais parfait malgré son fort accent français. 

-Ah nous y voila ! Mais qui êtes-vous pour me juger ? 

Holly soupire pour marquer son agacement. 

-Vous n'avez pas le droit d'être ici, merci de sortir de l'établissement. 

-Je ne vous laisserai pas m'empêcher de voir ma fille ! 

-Vous pourrez la voir dès qu'elle ne sera plus sous ma responsabilité. Pour l'instant ce n'est pas le cas donc je vous demande de partir. 

-Mais... qu'est-ce qui se passe ici ? déclaré-je, estomaqué par les mots que j'ai entendus. 

Ariane se retourne, furieuse. Elle avale la distance qui nous sépare en moins d'une seconde tandis que je serre les dents pour supporter la douleur dans ma main.

-Dis à ta « copine » de ne plus jamais m'interdire de récupérer ma fille ! 

-Oh ! Tu te calmes s'il te plait ?! Holly a raison, elle n'a pas le droit de te confier Mila, tu n'es pas autorisée à la récupérer. Qu'est-ce que tu fais là, d'abord ? 

-Je voulais faire une surprise à Mila mais visiblement, je ne peux pas faire le moindre geste sans ton autorisation. 

Ariane crache ses mots avec une telle irritation que je comprends tout de suite que je ne suis pas le seul à en avoir marre de cette situation. 

-Et qu'y a-t-il d'anormal à ça ? Tu as débarqué il y a un mois Ariane. Un mois ! Tu ne penses quand même pas que tu peux faire tout ce que tu veux avec elle sans m'en parler ?! 

-Je voulais simplement aller à la chercher à l'école, c'est tout ! s'insurge-t-elle. Mais apparemment c'est impossible, alors dis lui que je la rejoindrai au pub. 

Elle tourne les talons et claque la porte derrière elle. Mon taux d'énervement grimpe en flèche. Holly m'observe en dansant d'un pied sur l'autre. 

-Merci de ne pas avoir laissé Mila partir avec elle. 

-C'est normal, je n'avais pas le droit. 

Je hoche la tête et pose ma main sur la poignée de la porte. Mais Holly intercepte mon geste en poussant un cri horrifié. 

-Louis ! Mais qu'est-ce que tu as fait à ta main ? 

Mon regard tombe sur ma blessure. On dirait que ma main a doublé de volume, sa couleur oscille entre le vert et le bleu. Je comprends pourquoi elle me fait si mal. 

-Je... 

Mes yeux plongent dans ceux si bleus d'Holly. La vérité est si absurde, si aberrante, qu'elle nous laisse tous les deux silencieux quand elle passe la barrière de mes lèvres. 

-J'ai mis un coup de poing à Jayson. 

La stupeur se dessine sur son visage. Elle ouvre la bouche la referme, l'ouvre à nouveau. 

-Q-quoi ? 

-Il m'attendait en bas de chez moi. il m'a provoqué, il m'a menacé, il a parlé de Mila et j'ai... j'ai perdu mes moyens. Et en toute franchise Holly, je ne suis même pas désolé. 

-Il a menacé Mila ? répète-t-elle de plus en plus choquée. 

-Il... il a dit qu'il allait l'approcher ou un truc dans le genre. 

Elle secoue la tête, médusée. 

-Mais qui est cet homme ? murmure-t-elle pour elle-même. Jamais il n'aurait fait ça avant. 

Je hausse les épaules parce que je me fiche clairement de celui qu'il était. Tout ce qui m'importe, c'est le danger qu'il représente aujourd'hui. 

-Je vais lui parler Louis, ne t'inquiète pas, je...

-Non Holly, non ! Il n'attend que ça ! 

-Mais je ne peux pas rester sans rien faire pendant qu'il menace Mila ! 

-Je ne vais pas rester sans rien faire, crois-moi. Si je le revois trainer par ici, j'appelle la police.

Holly acquiesce d'un air absent. 

-Promets-moi que tu ne vas pas aller le voir ! 

Elle relève les yeux et je peux y lire la culpabilité qui gangrène ses pensées. 

-Tu n'es pas responsable de ses actes, ajouté-je en attrapant sa main. Maintenant je vais récupérer Mila et je vais rentrer mettre de la glace sur ma main, d'accord ? 

-D'accord. 

Elle se décale légèrement de manière à me laisser accéder à la porte. Le visage plein d'espoir de Mila se décompose quand elle m'aperçoit. 

-Papa ? Mais où est maman ? signe-t-elle. 

-Elle est repartie. Elle ne peut pas te récupérer, elle n'en a pas l'autorisation. 

-Mais pourquoi ? Je veux qu'elle vienne me chercher, moi ! 

-Ecoute, on en parlera à la maison mais maintenant, suis-moi s'il te plait.  

Mila fond en larmes quand je lui tends la main.

-Pourquoi tu pleures ma chérie ? 

-Parce que je voulais être comme mes copines pour une fois, je voulais avoir ma maman rien que pour moi, qu'elle vienne me chercher après la classe et qu'on quitte l'école main dans la main ! 

Sa réponse me brise le coeur. En la voyant si triste et si déçue, je suis à deux doigts de passer outre mes principes et de lui accorder ce qu'elle me demande. Mais je ne suis pas sûr d'être prêt à noter le nom d'Ariane sur un formulaire officiel. 

-Viens par là ma chérie, calme-toi. Je vais y réfléchir d'accord ? Allez, suis-moi, on rentre à la maison. 

Sur le chemin du retour, Mila reste silencieuse. Elle se mure dans son mutisme toute l'après-midi, même lorsque Ariane lui propose de l'aider à faire ses devoirs. Holly me rejoint à la maison pour me faire travailler. Je ne suis pas franchement concentré mais je me débrouille pas trop mal. Mes heures de travail commencent vraiment à payer, je lis de plus en plus facilement et j'appréhende beaucoup moins de noircir une feuille. Nous avons presque terminé pour aujourd'hui quand mon téléphone nous dérange. 

-Allo ? 

-Monsieur Perret ? Ici, le poste de police de Kinvara. Nous vous demandons de vous présenter demain à neuf heures. 

Une décharge électrique me parcourt le corps. Inutile de chercher d'où proviennent ces futurs ennuis. 

            

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