39
Mon appartement est maintenant bien silencieux. Après le récit d'Holly, je peine à trouver les bons mots. J'ai tellement de colère en moi, j'ai peur de ne pas pouvoir maitriser mes paroles et d'aller trop loin. Mes mains posées sur sa peau tremblent sans que je ne puisse les arrêter. Elle a de nouveau le visage enfoui contre mon torse et seules nos respirations résonnent dans la petite pièce.
-Tu... tu ne dis rien ? s'inquiète Holly sans relever le visage.
-Pardon, c'est juste que... je ne sais pas quoi dire.
Un soupir las passe la barrière de ses lèvres.
-Tu me trouves nulle c'est ça ?
-Nulle ? Mais comment peux tu penser un truc pareil ?
Je la force à se redresser pour qu'elle ne puisse pas échapper à mon regard.
-Tu as vécu une relation faite de manipulation, de harcèlement moral et même de violence physique. Comment est-ce que je pourrais penser une seule seconde que tu es nulle ? Tu es forte d'avoir enduré tout cela, tu es admirable d'avoir su te reconstruire après lui. Tu es tout sauf nulle Holly et je ne veux plus jamais que tu dises une chose pareille.
Des larmes s'échappent de ses paupières. Elle essaie de se soustraire à mon regard mais je ramène son visage vers le mien. Mes lèvres s'écartent pour chasser les stries humides qui ternissent ses joues.
-Je suis tellement fatiguée de tout ça Louis. Je... je ne peux même plus me promener tranquillement sans avoir peur qu'il m'approche encore. Il a détruit tout ce que j'avais. J'ai l'impression de ne plus avoir un seul endroit sûr, un endroit où je suis certaine de ne pas sentir le poids de sa présence sur chacun de mes gestes.
-Tu ne peux pas continuer comme ça Holly. Je suis sérieux, c'est grave.
-Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Porter plainte ? C'est trop tard.
-C'est peut-être trop tard pour ce qu'il t'a fait subir dans le passé mais il n'a pas le droit de faire de ta vie un enfer. Tu devrais aller voir la police.
-Je... je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Mes parents le considèrent comme leur fils, ça les détruirait de connaitre la vérité. Ma mère fait le marché toutes les semaines avec sa mère, mon père joue aux cartes avec son père tous les mardis soirs. Nos vies sont complètement imbriquées. Si je racontais ce qui s'est passé, mes parents seraient tellement déçus qu'ils se couperaient des seules personnes qui comptent pour eux. Je ne pense pas que ça en vaille la peine.
-Tu ne penses pas que ça en vailles la peine ? Non mais non ! Holly, TU en vaux la peine ! Je ne sais pas ce qu'il t'a raconté pendant toutes ces années mais il faut absolument que tu effaces toutes ses paroles de ta mémoire. Tu es une femme exceptionnellement belle, lumineuse et épatante. Chaque jour, je me demande ce que j'ai fait pour te mériter. Alors s'il te plait, pense un peu à toi. Deviens ta priorité.
A défaut de mots, ses lèvres dessinent un joli merci sur les miennes. Mes doigts se nouent à ses cheveux lâchés sur ses épaules. Nos langues se rejoignent, dansent ensemble, accentuent notre connexion et bientôt, ce sont nos poitrines qui ne se quittent plus, nos jambes qui s'emmêlent, nos gestes qui se font désordonnés. J'ai tellement besoin de la sentir libre contre moi. Je caresse son dos, ses cuisses, ses bras, son ventre, son visage sans que jamais nos bouchent se délient. Doucement, Holly me laisse l'allonger sur le vieux cuir de mon canapé. Je pose mes coudes de part et d'autre de sa tête, m'accorde quelques secondes pour l'admirer.
-Tu es tellement belle Holly.
Ses joues rougissent à la vitesse de l'éclair et elle essaie de dissimuler son visage dans mon cou mais je ne la laisse pas faire.
-Tu es intelligente...
Un baiser sur sa joue.
-Drôle...
Un baiser sur le bout de son nez.
-Brillante...
Un baiser sur son front.
-Gourmande...
Un baiser derrière son oreille, sous sa cicatrice.
-Mauvaise perdante...
Un baiser dans son cou.
-Louis, soupire Holly en fermant les yeux.
Je fonds sur ses lèvres en affaissant légèrement mon corps contre le sien. Aussitôt ses mains se plaquent dans mon dos pour me ramener encore plus à elle. Un feu se déclenche dans ma poitrine et je ne sais pas si je parviendrai à le maitriser. Sentir sa peau contre la mienne, son corps bouger au rythme du mien, ses lèvres s'abandonner aux miennes, c'est... c'est trop.
Je plaque mon front contre le sien en essayant de reprendre mon souffle.
-Holly, je...
Les mêmes flammes calcinent ses beaux yeux bleus. Et soudain, je ne sens rien d'autre que ses lèvres, ses mains, son souffle, son parfum partout partout partout. Je ne peux contenir l'ardeur de mes baisers ni la ferveur de mon étreinte. Mais cela ne semble pas la déranger, bien au contraire. Elle enroule ses jambes autour des miennes et se laisse aller au milieu de nos soupirs.
-Reste avec moi ce soir, soufflé-je contre sa bouche.
Elle se fige. Elle est troublée mais ne dit rien.
-Je n'attends rien de toi Holly mais juste... reste avec moi. Je ne veux pas te laisser partir, pas après tout ce que tu m'as dit.
-Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je... je ne sais plus faire tout ça.
-Tout ça ? demandé-je en fronçant les sourcils.
-Louis ! crie-t-elle en me tapant gentiment le bras. Je suis déjà morte d'embarras, n'en rajoute pas !
-Pardon, pardon mais je...
-Je n'ai eu personne depuis Jayson et je ne sais même pas comment faire confiance à nouveau, débite-t-elle rapidement.
Je me redresse d'un seul coup.
-Tu ne me fais pas confiance ?
-Je...
Elle baisse les yeux, cherche ses mots. Quelque chose de lancinant nait dans ma poitrine., quelque chose que je déteste déjà.
-Je sais que tu n'es pas comme lui. Mais lui non plus n'était pas comme ça au début.
Je me relève d'un bond.
-S'il te plait Holly, ne me compare plus jamais à lui. Plus jamais.
-Excuse-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire, je...
-Dans ma vie, je n'ai eu personne. Je n'ai jamais eu d'histoire sérieuse avec une fille et je ne sais même pas ce que c'est d'être en couple. Mais s'il y a bien une chose que je sais, c'est que je ne t'insulterai jamais. Je ne te blesserai jamais. Je ne te dicterai jamais ce que tu dois faire ou penser. Tout ce que je veux, c'est te voir briller et être heureuse.
-Pardon Louis, je suis désolée, grimace-t-elle en se relevant à son tour. Tu n'as rien à voir avec lui et je me sens bien quand tu es là. C'est déjà énorme pour moi. Mais je ne vais pas te mentir, la petite voix qui me dit constamment de faire attention à tous ceux qui m'approchent sera encore là pendant un moment.
-Je comprends Holly, c'est tout à fait normal. Si tu n'es pas assez à l'aise pour rester avec moi ce soir, je ne t'en voudrais pas. Je veux juste que tu saches que j'en ai très envie. Et pas pour... tu sais quoi.
Holly se contente de m'embrasser, je me détends dans la douceur de son baiser. Elle attrape ma main pour la poser dans le creux de son dos, m'autorisant silencieusement à parcourir son corps. Les paupières closes, je laisse le désir prendre les rennes. Lentement, le bout de mes doigts remonte le long de sa colonne vertébrale pour caresser sa nuque. Elle frissonne. Ils effleurent la peau sensible de son cou avant de redescendre le long de ses bras. Elle soupire. Ils jouent avec la bordure de son pull, frôlent la peau laiteuse de son ventre. Elle fait taire un petit gémissement. Mais soudain, Holly passe ses mains sur mes joues, prenant mon visage en coupe, ne m'offrant pas d'autre échappatoire que ses lèvres, ses baisers, cet étau exquis duquel je ne veux plus sortir.
-C'est en moi que je n'ai plus confiance, chuchote-t-elle contre mes lèvres.
Ces mots font exploser mes dernières barrières. J'avance d'un pas pour inciter Holly à reculer et je retrouve le canapé. Je me laisse alors choir le dos contre le cuir en tenant toujours sa main. Holly me regarde de ses grands yeux surpris, ne sachant que faire. Debout, face à moi, le regard fiévreux et les lèvres gonflées, elle est magnifique.
-Je suis à toi Holly. Établis les règles du jeu et je les suivrai.
Le soulagement qu'elle ressent est évident. Son doux sourire se déploie jusqu'à ses joues, fait plisser ses yeux. Elle pose alors ses genoux autour de mes hanches et se penche au dessus de moi. Mes mains trouvent instinctivement leur place derrière ses cuisses moelleuses pendant que nos bouches fondent l'une sur l'autre. Rassurée par mes paroles, elle laisse maintenant libre cours à ses envies. Ses mains parcourent mon torse, passent sous la barrière de mes vêtements pour découvrir la chaleur de ma peau. Je tressaille de plaisir. Ses hanches donnent un tempo langoureux, une cadence parfaite qui fait danser nos corps l'un contre l'autre. Sous mes paumes, je sens ses courbes délicieuses, ses seins gonflés à souhait, sa peau sucrée, son ventre gourmand. Elle est parfaite, absolument parfaite.
Ses doigts insolents remontent mon pull pour dévoiler ma peau sombre. Elle se redresse légèrement, séparant nos bouches et m'arrachant pour l'occasion un grognement de frustration. Mais elle ne l'entend pas, trop concentrée à regarder mon torse, à poser sa main sur mon nombril, à admirer le contraste de nos peaux, nos différences qui brillent dans la pénombre.
Je retiens mon souffle. Ses doigts sont maintenant déployés sur mon ventre, atteignant presque mes pectoraux. Je n'ai pas un corps d'athlète, je mange trop de gâteaux pour ça. Je n'ai pas d'abdominaux et si je suis vraiment honnête avec moi-même, je pense même que j'ai une petite brioche. Un pli se forme entre ses sourcils, sa bouche se tord en une petite moue. Peut-être que la vue ne lui plait pas ? Qu'elle ne sait pas comment me dire qu'elle veut en rester là ? Jamais aucune fille ne m'a regardé comme elle le fait, avec autant d'attention et de concentration. Les rares avec lesquelles j'ai couché se sont contentées de pénombre, de silence et de plaisir égoïste.
-Holly, tu...
-J'aime tellement la couleur de ta peau, susurre-t-elle, subjuguée.
Je reste coi. Elle vient de pointer du doigt la chose qu'on m'a le plus reproché dans ma vie, sans même que je ne sache d'où elle provient. Cette peau. Cette couleur. Certains diront marron clair, d'autres café au lait. La plupart ne verront que la différence, l'étranger. Mais elle, elle voit la beauté de cette teinte inhabituelle. Elle voit l'exception, le mélange, la tolérance. Ma vue se brouille et ce n'est pas à cause de mes lunettes.
Holly redresse le visage tandis que ses doigts continuent de semer des frissons partout où ils se promènent. Elle me sourit, avec légèreté et allégresse. Elle me sourit et j'en suis sûr. Je suis tombé pour cette fille et c'est la chute la plus extraordinaire que je connaisse.
Nos bouches se retrouvent brusquement. Il faut qu'elle sache, il faut qu'elle comprenne. Qu'elle est unique et exceptionnelle. Qu'elle a envahi mes nuits et embelli mes jours. Il y a de l'urgence dans mes caresses, une envie folle sur ma langue. Elle passe mon pull par dessus ma tête et s'empresse de gouter la peau de mon torse. Je ferme les yeux, savourant cette sensation enchanteresse. Au sud, mon corps lui fait savoir qu'il ne veut qu'elle. Elle ne réagit pas directement mais les mouvements de son bassin ne font qu'attiser les braises.
Je meurs d'envie de lui ôter toutes ses couches de vêtements juste pour sentir sa peau contre la mienne mais je n'ose pas. Pourtant, elle attrape ma main et la pose doucement sur le bas de son pull. Mes yeux plongés dans les siens, je l'interroge:
-Tu es sûre ?
-Oui, souffle-t-elle avant de repartir à l'assaut de mon torse.
-Est-ce que... est-ce que tu restes ce soir ?
Les minuscules secondes qui s'écoulent me paraissent interminables. Holly relève à nouveau le visage pour que je puisse admirer l'étendue de son sourire.
-Oui.
Un barrage cède dans ma poitrine. Je suis tout à coup inondé d'une joie intense mêlée à un désir fou. Ses mains caressent mes biceps, sa bouche suit le même chemin. J'ondule déjà de plaisir. Mais ce canapé est bien trop étroit pour notre première nuit. J'agrippe alors ses mains, les porte à ma bouche.
-Viens avec moi.
Mon chuchotement est suivi du bruit de nos corps qui se séparent, de mes vêtements que je ramasse, de nos pieds qui foulent le parquet. Je la guide vers ma chambre pratiquement plongée dans le noir.
Holly s'allonge sur le lit, me regarde de ses grands yeux craintifs. Elle ne me cache plus ses appréhensions et je la trouve encore plus belle. Je m'installe à côté d'elle, mon corps le long du sien, une main sur son pull.
-Je te suis.
Alors elle se précipite sur mes lèvres, reprend possession de mon torse, parcourt à nouveau ma peau. Elle soupire contre ma bouche, enlève son pull et plaque sa poitrine contre mon flanc. Mes mains tremblent un peu, je ne veux pas tout gâcher mais bon sang ce que j'ai envie d'elle ! Voyant que je n'esquisse aucun geste, elle s'empare de mes doigts et avec la plus grande délicatesse, les fait voyager partout où elle le désire. Le galbe de ses seins, le tissu de son soutien-gorge, la peau sensible de son cou, le fondant de son ventre, et ses lèvres, ses lèvres, ses lèvres. Bientôt, ma bouche suit le même chemin et nos gémissements s'intensifient. Les yeux fermés, elle s'abandonne à mes caresses. Nos respirations s'entrechoquent, nos corps glissent l'un contre l'autre et même si nous n'ôtons pas plus de vêtements, le plaisir gronde un peu partout entre nous, en nous.
Cette nuit-là, mon corps ne se nourrit que de ses caresses, ses baisers. Ses longs cheveux blonds glissant le long de mon torse se révèlent être une torture magistrale. Je grave chaque seconde de ce paradis, bien conscient de la valeur de ce moment.
Les premiers rayons du soleil font papillonner mes paupières. J'ai les muscles engourdis mais je savoure cette sensation. Holly a passé la nuit la tête appuyée contre mon biceps, bercée par ma respiration lente et paisible. Un sourire paresseux se déploie sur mes lèvres. Son parfum est partout autour de moi. Pas le parfum qu'elle met le matin après s'être habillée. Non, son parfum à elle, l'odeur de sa peau, la fragrance de son plaisir. Et je sais déjà que je ne pourrai plus m'en passer.
Je penche la tête vers la gauche pour la regarder. Elle est déjà réveillée mais elle ne bouge pas. Son regard semble perdu dans la contemplation de la faible lueur qui s'infiltre à travers les vieux volets en bois. Je passe alors doucement ma main dans ses cheveux pour dégager son beau visage. Elle sourit, relève le regard. Je n'ai pas mes lunettes, je ne la vois pas très bien. J'esquisse un geste pour les attraper mais elle capture ma main et la porte à ses lèvres.
-C'est la première fois que je te vois sans tes lunettes, murmure-t-elle tout bas.
-Oui, je...
-J'aime beaucoup te voir comme ça.
Un coup dans le coeur. C'est l'effet que me font ses mots. Une flèche lancée en plein dans le mille. Je dévie le regard pour qu'elle ne voit pas à quel point je suis touché. Elle glisse alors sa paume sur ma joue pour me ramener à elle.
-Mon autrice favorite a écrit: On essaie tellement de cacher tout ce qu'on ressent à ceux qui auraient probablement le plus besoin de connaitre nos vrais sentiments. Elle avait raison. Mais je ne peux pas te blâmer, je suis comme toi.
Mes baisers et mes caresses sont les seules réponses que je parviens à lui offrir. Elle les accepte avec délectation, se laissant totalement aller entre mes bras. Je prends moi aussi un instant pour admirer la beauté de sa peau blanche contre la mienne. A elle seule, cette vision efface les horreurs qu'on m'a répétées à longueur d'années. Ma bouche s'aventure vers son soutien-gorge, elle soupire. Je dépose une multitude de baisers humides sur le haut de ses seins mais elle me surprend en passant une main entre nous pour abaisser la dentelle de son sous-vêtement. Une sublime pointe rose s'érige. Ma bouche se referme autour d'elle et la vénère jusqu'à ce que les soupirs laissent place à des gémissements, les gémissements à des plaintes, les plaintes à des syllabes, des voyelles, des sons, des bruits qui n'ont aucun sens mais qui sonnent comme une véritable symphonie à mon oreille.
Lorsque nous sommes repus de plaisir, nous nous rhabillons et regagnons la cuisine.
-Que vas-tu dire à Mila ?
-Rien. Elle a compris pour nous deux hier.
-Oh... d'accord. Je suppose que c'est mieux comme ça.
-Tu voulais que je lui dise quelque chose de spécial ? m'enquiéré-je en fronçant les sourcils.
-Je pensais qu'elle te poserait des questions, qu'elle se montrerait peut-être un peu trop curieuse. Elle est mon élève et il faut qu'elle sache que ma vie privée doit le rester.
-Bien sûr, tu as raison. Je lui demanderai d'être discrète.
La démarche mal assurée de ma fille se fait entendre. Elle pénètre dans la cuisine, les yeux encore gonflés de sommeil, les cheveux emmêlés sur sa tête.
-Mila ! Pourquoi n'as-tu pas pris tes béquilles ?
-Parce que j'ai mal aux mains, répond-t-elle en me montrant ses paumes abimées.
-Tu t'es fait ça hier ?
Son pouce et son index se rejoignent pour acquiescer. Je la guide vers la chaise la plus proche.
-Ne bouge pas, je reviens.
Armé d'une crème hydratante, je reviens dans la cuisine où ma fille et Holly sont en train de discuter. J'interromps leurs signes pour pouvoir soigner Mila. J'applique soigneusement la crème sur les rougeurs, massant sa peau pour faire pénétrer le produit. Je sens le poids du regard d'Holly, la chaleur de sa présence et j'adore ça.
-Tu prends le petit-déjeuner avec nous Mademoiselle Holly ?
Ma belle semble hésiter une courte seconde mais je ne la laisse pas s'enfuir de la sorte.
-Bien sûr, répondé-je pour elle. Allez vous installer dans le salon, j'arrive.
-Tu vas voir, le dimanche, papa prépare toujours ses super pancakes !
Les bras chargés de douceurs, je rejoins les deux filles qui ont pris place sur le canapé. Je tends un bol de lait chaud à Mila et une tasse de thé noir à Holly. Une immense tour de pancakes nous fait de l'oeil mais attaquée par trois fourchettes affamées, elle disparait rapidement.
-C'est trop chouette que tu sois là Holly ! signe joyeusement Mila.
-Justement Mila, je voulais te dire... il va falloir que tu sois discrète à l'école. Aucun de tes camarades n'a besoin de savoir qu'Holly passe du temps avec nous, d'accord ? Pas même Ella.
-C'est important Mila. Je pourrais avoir des ennuis, insiste la jolie institutrice.
Ma fille hoche gravement la tête. Elle a compris, pas besoin d'enfoncer encore plus le clou. Comme à sa habitude, elle me supplie de regarder son émission favorite et j'accepte. Je remonte un plaid sur ses jambes, débarrasse notre festin et m'installe entre les deux filles que je préfère au monde. Pour une fois, Mila ne me bassine pas avec une éventuelle participation à ce concours télévisé et j'en suis soulagé. Holly se prend vite au jeu et s'amuse à juger toutes les préparations des candidats. Notre matinée est idyllique.
Peu avant onze heures, Holly se lève du canapé pour aller récupérer son manteau. Elle souhaite rentrer chez elle pour pouvoir préparer ses cours de la semaine. Je la laisse saluer Mila puis je l'accompagne pour lui dire au revoir. Lorsque nous passons la porte menant à l'extérieur, je me penche vers elle pour l'embrasser mais mes lèvres n'ont pas le temps d'atteindre les siennes qu'une voix grave se met à crier:
-Putain, je le savais !
Holly sursaute, le regard affolé, le corps déjà tremblant. J'enroule instinctivement mon bras autour de sa taille pour la ramener à l'intérieur et me placer devant elle.
-T'es une belle salope toi, tu ne respectes vraiment rien !
-Va t'en ! Laisse-moi tranquille, tu n'as rien à faire ici !
-T'as pas honte ?
-Ça suffit, grondé-je. Partez où j'appelle la police !
-Ferme ta gueule toi ! Et lâche ma copine !
-Je ne suis plus ta copine ! Maintenant pars Jayson !
-Putain Holly, tu ne peux pas tirer un trait comme ça sur notre histoire, continue-t-il en tirant sur ses cheveux sombres. Tout ce qu'on a vécu, nos souvenirs d'enfance, nos premières vacances, notre premier appart', ça ne signifie plus rien pour toi ?
-Arrête, geins ma douce Holly. Arrête...
Elle laisse tomber sa tête entre mes omoplates, fatiguée par ce combat sans fin.
-Sérieusement, partez maintenant. Laissez Holly tranquille et ne vous approchez plus jamais d'elle, tonné-je d'une voix sourde.
-Ce n'est pas fini Holly, Toi et moi, ça ne sera jamais fini.
Le regard faussement larmoyant de Jayson se lève vers le ciel avant qu'il ne recule de quelques pas. Je referme la porte et me retourne vers Holly. Quelques larmes glissent déjà de ses joues.
-Je n'en peux plus, lâche-t-elle entre ses lèvres tremblantes.
Je la prends dans mes bras, la serre aussi fort que je le peux, lui murmure que je suis là maintenant, qu'elle n'est plus seule pour l'affronter mais au fond de moi, je ne sais pas quoi faire pour le faire disparaitre de sa vie. Holly s'agrippe à mes bras, s'accorde quelques secondes pour retrouver ses esprits et retrouver le chemin de mes lèvres. Après l'avoir escortée jusqu'à sa voiture, je passe les trente minutes suivantes la boule au ventre, à attendre son appel m'assurant qu'elle est rentrée sans encombre.
Je sais d'avance que je ne m'habituerai jamais à ce genre de scène.
