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chapitre 05

Le soleil se levait à peine à l’horizon, teintant le ciel de nuances pâles. Il était environ cinq heures du matin lorsque Mauricio ouvrit les yeux.

Il resta un moment immobile, allongé dans son lit, le regard fixé au plafond. Sa nuit avait été presque inexistante. Des fragments de sommeil, des réveils brusques… et toujours la même image persistante : le visage de la jeune inconnue.

Il passa une main sur son visage, fatigué.

— Impossible…

Il se redressa lentement.

Cette pensée ne le quittait pas.

Pour se changer les idées, il décida qu’il irait à l’hôpital dans la journée, vers midi, afin de prendre des nouvelles de la jeune fille. Juste pour être rassuré. Rien de plus.

Il se leva, prit un bain long et silencieux, puis s’habilla avec soin, comme pour reprendre le contrôle de lui-même.

Ensuite, il descendit au rez-de-chaussée.

Dans le grand salon du manoir, la lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux. Il aperçut Nani, sa nourrice, en pleine conversation avec un homme qu’il ne connaissait pas.

Mauricio s’arrêta net.

Il resta à distance quelques secondes, observant la scène sans comprendre. Lorsqu’il fit un pas de plus, Nani tourna la tête et le vit.

Son visage changea immédiatement.

Elle sursauta légèrement, comme surprise, presque troublée, comme si elle ne s’attendait pas à le voir ici.

Mauricio fronça les sourcils.

Il s’approcha.

— Nani… qui était cet homme ? Je ne l’ai jamais vu ici.

La vieille femme hésita une fraction de seconde, puis reprit son calme.

— C’est normal, mon garçon. Tu n’étais plus au pays… et il y a eu quelques changements.

Elle jeta un bref regard vers la sortie, comme pour s’assurer que l’homme était bien parti.

— Ton père avait pris certaines décisions avant son décès.

Le visage de Mauricio se ferma aussitôt.

Le simple mot “père” fit remonter une vague de tristesse qu’il contenait depuis la veille.

Il s’approcha davantage.

— Nani… raconte-moi ce qui s’est passé.

Elle baissa légèrement les yeux, puis inspira profondément avant de commencer.

— Quand ton père t’a envoyé à l’internat, il a été diagnostiqué d’un cancer du cerveau.

Mauricio resta silencieux.

— Les médecins lui ont dit qu’il lui restait peu de temps. Il n’a pas voulu y croire au début… alors il a consulté d’autres spécialistes. Tous ont confirmé le diagnostic.

Elle marqua une pause.

— Puis il a rencontré une jeune doctoresse. Elle lui a parlé d’un traitement expérimental contre le cancer. Elle était convaincante… pleine d’espoir.

Mauricio écoutait sans interrompre, le regard dur mais troublé.

— Ton père a accepté de participer à ses recherches. Il a été son premier patient.

Un silence lourd s’installa.

— Au début, tout semblait fonctionner… mais un jour, il a fait une crise cardiaque. Et il est mort.

Nani baissa la voix.

— Nous ne savons pas si c’est lié.

Mauricio serra légèrement les mâchoires.

— Et une autopsie ? demanda-t-il calmement.

Nani secoua la tête.

— Ton père l’avait interdit. C’étaient ses dernières volontés.

Le silence retomba entre eux.

Mauricio détourna légèrement le regard, pensif. Quelque chose dans cette histoire lui semblait étrange… sans qu’il puisse encore mettre le doigt dessus.

Mais il n’insista pas.

Pas maintenant.

Il inspira lentement, puis se redressa.

— Très bien…

Il changea de sujet, comme pour refermer cette conversation trop lourde.

Après un petit déjeuner rapide, la maison commença à s’animer. Les premiers invités arrivaient pour présenter leurs condoléances.

Mauricio prit une inspiration discrète.

La journée venait à peine de commencer.

Tous les invités présents ce jour-là étaient des figures importantes : de grands hommes d’affaires, des ministres, et plusieurs personnalités influentes du pays. Le salon du manoir était rempli de conversations feutrées, de poignées de main discrètes et de formules de condoléances parfaitement maîtrisées.

Mauricio, debout au milieu de cette ambiance protocolaire, ressentait une fatigue intérieure grandissante. Les regards posés sur lui, les discours convenus, les attentes sociales… tout cela lui pesait.

Il esquissa un léger sourire poli, mais son esprit était ailleurs.

Sans vraiment attendre davantage, il fit discrètement signe à Frédéric.

Le chauffeur comprit immédiatement et s’approcha.

Mauricio porta brièvement sa main à son oreille, feignant une conversation téléphonique.

— Excusez-moi… oui… je comprends… le travail m’appelle de toute urgence…

Il hocha la tête comme s’il écoutait un interlocuteur invisible, puis raccrocha dans un geste naturel.

— Je dois m’absenter, lança-t-il ensuite avec calme. Une urgence professionnelle.

Quelques regards se tournèrent vers lui, mais personne n’osa contester.

Il se tourna ensuite vers Nani, qui l’observait avec une pointe d’inquiétude.

— Je reviendrai plus tard… prends soin des invités.

— D’accord, mon garçon… mais repose-toi un peu aussi.

Il acquiesça doucement, puis s’éloigna.

Dans le couloir, il rejoignit Frédéric près de la sortie. Le chauffeur attendait déjà, prêt.

Mauricio s’arrêta une seconde face à lui.

— Je te dois un grand merci pour m’avoir sorti de tout ça. Merci, mon ami.

Frédéric baissa légèrement la tête, respectueux.

— C’est normal, monsieur.

Sans ajouter un mot, ils montèrent dans la voiture.

Le moteur démarra.

Le véhicule quitta lentement le manoir Lobrande et s’engagea dans les rues encore calmes d’Angers.

À l’intérieur, Mauricio resta silencieux, le regard fixé sur la route.

Mais ses pensées, elles, étaient déjà ailleurs.

Vers l’hôpital.

Vers elle.

Cette inconnue qui, sans raison logique, occupait désormais une place insistante dans son esprit.

Plus ils approchaient, plus cette sensation devenait forte.

Une urgence intérieure, qu’il ne comprenait pas encore.

Et qu’il n’arrivait plus à ignorer.

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