Chapitre 5
Je me rends au chevet de Cherry. Elle est allongée, pâle et fragile, sous la lumière artificielle de la chambre d'hôpital. En me voyant entrer, son visage s’illumine faiblement. Je m’approche d’elle et pose une main sur son épaule.
— Ça va aller, je te le promets, murmuré-je en déposant un baiser sur son front.
Elle semble apaisée, bien que marquée par la douleur et l’inquiétude. Ses doigts glissent dans les miens.
— Tu étais vraiment inquiet pour moi, Xaven ?
Je la regarde dans les yeux, décidant de jouer le jeu pour le moment.
— Oui, bien sûr, dis-je avec calme.
Un sourire traverse ses lèvres, et je sais ce qui va suivre. Elle ne va pas se contenter d’un simple « oui » rassurant. C’est plus profond que cela, pour elle. Elle murmure avec émotion :
— Je t’aime, Xaven. Je suis amoureuse de toi.
Elle cherche dans mon regard un écho, une réponse à ce qu’elle vient de m’avouer. Mais je n’ai pas ce qu’elle espère. Je me contente d'un bref sourire.
— Je dois m’absenter un moment, dis-je avec un détachement mesuré. Le prêtre reste ici avec toi.
— Quoi ? Mais pourquoi lui et pas toi ?
— J’ai à faire.
Elle retient à peine sa déception, mais je quitte la pièce avant qu’elle puisse protester davantage.
De retour à l’entreprise, je convoque Julie, la deuxième secrétaire, celle avec le sourire perpétuel. Elle entre dans mon bureau, le visage neutre, comme si elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait avec moi.
Je l’observe un moment, puis attaque sans détour :
— Tu vas me dire tout de suite ce que tu as mis dans les chocolats, et pourquoi tu t’es permis un acte aussi insensé.
Elle fronce légèrement les sourcils, surprise.
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— Je ne vois pas de quoi vous parlez, Monsieur Darcy, répond-elle, l’air innocent.
Un sourire froid étire mes lèvres. Elle veut jouer à l’ignorante ?
Je l'attrape fermement par le bras et la pousse sans douceur dans le fauteuil face à mon bureau. Elle me fixe avec des yeux écarquillés, une peur palpable mêlée à de l’incompréhension dans le regard.
— Maintenant, tu vas tout m’avouer, dis-je d’une voix basse mais glaciale. Autrement, je vais personnellement m’assurer que la police te mette en cellule pour tentative de meurtre.
Elle reste figée un instant, avant de secouer la tête vivement.
— Mais... je n’ai rien fait, Monsieur ! Je vous le jure ! Je ne pourrais même pas faire de mal à une mouche, vous devez me croire !
Je l’observe un instant, cherchant le moindre signe de malice. Mais son visage est pâle, ses mains tremblent, et elle semble sincère. Pourtant, je ne suis pas dupe, pas après ce qu'il vient de se passer.
— Tu crois que je vais avaler cette histoire ? C’est toi qui m’a donné cette boîte ! Alors dis- moi pourquoi tu l’as reprise après, si tu es innocente ?
Elle déglutit, semblant réellement perdue.
— Monsieur, je n’ai pas touché à cette boîte depuis que je vous l’ai apportée. Je vous le promets. Si elle a disparu, ce n’est pas de mon fait. Je n'ai aucune raison de faire une chose pareille.
Je serre les dents, agacé par son air innocent qui ne fait que m'irriter davantage.
— Arrête de jouer les idiotes, Julie ! Je déteste qu’on me mente ! Cette boîte ne s’est pas volatilisée toute seule, tu la voulais disparue, avoue-le !
Elle secoue la tête, sur le bord des larmes maintenant.
— Monsieur Darcy, je... je n’ai rien fait de tel. Vous…vous devez me croire, je vous le jure…
Un silence tendu s’installe. Malgré son air vulnérable, quelque chose en moi refuse de la croire entièrement. Je fais un signe à mes gardes présents derrière la porte de mon bureau, mes doigts crispés indiquant l’urgence de la situation. La deuxième secrétaire se met à reculer, effrayée, ses yeux paniqués cherchant une issue.
— Non, Monsieur, non ! Je vous en prie ! Vous ne pouvez pas faire ça !
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Ses supplications tombent dans le vide. Elle se débat, les gardes s’approchent d’elle, et la peur commence à se lire sur son visage. Ils l’attrapent chacun par un bras, et elle pousse un cri perçant.
— Je vous en supplie, écoutez-moi ! Je n’ai rien fait !
Elle tire sur ses bras, tentant de se libérer, mais ils la maintiennent fermement. Ses mouvements deviennent désespérés, sa voix tremblante, son regard cherchant le moindre indice de clémence dans mes yeux, mais je reste impassible. Sa panique me convainc de sa culpabilité ; elle sait quelque chose, et je suis déterminé à le découvrir, peu importe la méthode.
— Mettez-lui un bâillon, que je n’entende plus ces mensonges, dis-je avec une froideur calculée.
Alors que l’un des gardes sort un morceau de tissu, prêt à l’attacher sur sa bouche, elle secoue la tête, terrifiée.
— Non ! Monsieur, je vous en prie, non ! Vous ne pouvez pas... vous ne pouvez pas faire ça !
Son regard devient désespéré, son souffle saccadé. Elle cherche à croiser mes yeux, peut- être pour y lire une lueur de pitié, une faiblesse, quelque chose qui pourrait me faire fléchir. Mais je reste de marbre.
Elle ferme les yeux, résignée, quand soudain, la voix autoritaire du prêtre résonne dans la pièce, sèche et tranchante :
— Lâchez-la immédiatement !
Les gardes s’immobilisent, hésitants, alors que le prêtre s’avance, l’air sévère. La jeune femme relève la tête, les yeux embués, ses lèvres tremblantes, comme si elle venait d’apercevoir un ange descendu pour la sauver.
Je lève les yeux vers le prêtre, agacé par cette interruption.
— Père, cette femme est coupable. Elle doit payer pour ce qu’elle a fait.
Il secoue la tête, sa voix empreinte d’une autorité rare.
— Personne ne mérite d’être traité ainsi sans preuve. Vous ne pouvez pas simplement la punir sur la base d’une accusation non fondée.
Les mots du prêtre résonnent dans mon esprit comme un écho désagréable, un rappel d’humanité que je n’ai pas demandé. Mais ma colère ne faiblit pas. Au contraire, elle se transforme en une détermination froide et implacable. Je plisse les yeux, défiant le prêtre de me remettre en question.
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— Je ne suis pas ici pour faire preuve de clémence, dis-je d'une voix rauque. Si elle est coupable, elle doit en subir les conséquences. Gardes, faites-la sortir.
Je fais signe à mes hommes, qui s'exécutent sans poser de questions. Ils sortent de mon bureau en traînant la jeune femme avec eux. Son visage est un mélange de confusion et de terreur rempli de larmes. Elle lutte pour se libérer, mais cela ne fait qu'ajouter à mon amusement.
— Regardez-la, dis-je en m'adressant aux employés, qui commencent à se rassembler, intrigués par le tumulte. Voici quelqu'un qui se prétendait digne de faire partie de cette entreprise. Mais en réalité, elle ne vaut rien.
Les murmures commencent à courir parmi les employés, et je les observe, savourant ce moment d'humiliation. Je désigne la jeune femme, la dépeignant comme un exemple de ce qu'il ne faut pas être ici. Son visage s’empourpre alors qu’elle réalise la portée de mes paroles. Elle pleure, des larmes chaudes glissant sur ses joues, mais cela ne fait qu’accroître mon dédain. Les hululements des collègues, les ricanements étouffés, tout cela alimente ma fureur.
— Elle a osé me trahir, continue-je, ma voix résonnant avec une intensité croissante. Elle a voulu me faire tomber. Mais regardez bien, ce qui arrive à ceux qui ne respectent pas les règles dans ce bureau.
Je me tourne alors vers la jeune femme, la deuxième secrétaire, qui semble blêmir en m’entendant. Elle s'efforce de se défendre, mais les mots se bousculent dans sa gorge, incapables de franchir ses lèvres. Je peux voir la honte se peindre sur son visage, ses joues rougissent d'un rouge vif alors qu'elle réalise l'ampleur de son erreur.
— Vous êtes une honte pour cette entreprise, dis-je, chaque mot déposé avec un mépris cinglant. Je pensais que vous étiez capable d'un minimum de professionnalisme, mais visiblement, vous ne valez pas mieux qu'une voleuse.
À ces mots, elle semble se rétracter, comme une petite créature piégée, les yeux baissés, le regard plein de désespoir. Je savoure cette humiliation, bien qu'une part de moi se demande si je ne vais pas trop loin. Mais alors, je me rappelle la gravité de son acte. Elle a tenté de me tuer, c’est impardonnable.
Je vois son visage blêmir, son corps tremblant sous le poids de l'humiliation publique. Je ne peux m’empêcher de sourire, une satisfaction sombre me gagnant. Elle ne mérite pas ma pitié ; elle a voulu jouer, maintenant elle doit faire face à la réalité de ses actes.
L'humiliation qu'elle endure ne me touche pas. Au contraire, je trouve une forme de réconfort dans la manière dont elle est exposée, vulnérable devant ses pairs. Chaque regard qui se pose sur elle, chaque murmure qui parcourt la foule, chaque larme qui coule de ses yeux, tout cela est un rappel des conséquences de la trahison.
La foule se tait un instant, puis des rires nerveux commencent à fuser, un mélange de nervosité et de plaisir malsain à voir quelqu'un de sa stature se faire rabaisser de la sorte.
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Je sais que cela va marquer les esprits, que cette scène restera gravée dans la mémoire de chacun.
— Maintenant, vous savez qui elle est vraiment, dis-je d’une voix tranchante. Je n’accepterai plus jamais une telle déception dans cette entreprise.
Je fais un geste de la main, signalant à mes gardes de l’emmener loin de moi, loin des regards. Ils la traînent vers l'extérieur, et je peux encore entendre ses pleurs se mêler aux rires de ceux qui restent. Mes gardes l'escortent hors de mes locaux. Je vois ses épaules se voûter sous le poids de son humiliation, sa tête basse, sa dignité piétinée. Une part de moi éprouve un sentiment de satisfaction, mais je ne peux m'empêcher de ressentir un léger frisson de regret. La honte sur son visage me renvoie à ma propre vulnérabilité, à ces instants où moi aussi, j'ai été acculé, piégé par les conséquences de mes propres choix. Pourtant, contrairement à Julie, je n’étais qu’un enfant de 10 ans quand j’ai fait ce terrible choix à ce moment-là.
Une fois que la porte se referme derrière eux, je me redresse, conscient de ma position, de mon pouvoir. Ce bureau est mon royaume, et je n’hésiterai pas à montrer à chacun qu’une telle trahison n’est pas tolérée.
La colère m'envahit toujours telle une vague brûlante qui monte de mes pieds jusqu'à ma tête. Je ne peux pas croire ce qu’il vient de se passer. Julie, ma deuxième secrétaire, cette femme que j'ai failli sacrer reine de l’humilité a osé franchir une limite que je ne peux tolérer. Je m’adresse de nouveaux à mes employés :
— Vous êtes tous témoins, dis-je d'une voix glaciale, mais pleine d'orage. Je ne tolérerai aucune trahison dans mon entreprise. Cette femme… je ne veux plus jamais la revoir entre ces quatre murs !
Les visages autour de moi s'animent d'un mélange de surprise et d'angoisse. Le prêtre, qui a assisté à la scène sans pouvoir m'interrompre, se contente de baisser les yeux, conscient que mon autorité est inébranlable. Il ne dit rien, mais je vois dans son regard une pointe de déception, comme s'il espérait que je choisirais une voie plus clémente.
Une fois la porte refermée, je me tourne vers le prêtre, qui s'approche lentement, inquiet.
— Des nouvelles de ta fille ? Je l’interroge, voulant changer de sujet et chasser cette image d’humiliation de mon esprit.
Il acquiesce, rassurant, et me parle des progrès de sa fille à l’hôpital. Un soupir de soulagement m’échappe. Je déteste la colère que je ressens, mais il y a des moments où je dois laisser cette rage s’exprimer. Après tout, dans ce monde où chacun semble jouer un rôle, je suis le maître du jeu.
Une fois notre conversation terminée, je m’éloigne en prenant une décision stratégique. Je dois aller jeter un œil aux caméras cachées. Je m’enferme dans mon bureau, l'esprit en émoi, déterminé à découvrir ce qui s'est réellement passé. Je fais défiler les images sur mon
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écran, impatient d’y voir des réponses, des détails qui pourraient expliquer cette trahison inattendue. Ce que je vais trouver là-bas pourrait bien changer la donne.
En silence, j’avance jusqu'à l'ordinateur où je peux visionner les enregistrements. Chaque seconde de la vidéo passe lentement sous mes yeux, et une scène en particulier me fait soudain me raidir. Je la repasse plusieurs fois, zoomant sur les détails, jusqu’à ce que je sois certain de ce que je vois. Je me fige, puis un sourire se dessine sur mon visage, dur et glacial. Sans perdre un instant, je sors mon téléphone, les mâchoires serrées, et compose le numéro de l’inspecteur. La ligne sonne à peine avant qu’il ne décroche.
— J’ai un nom pour toi, dis-je, en masquant à peine l’impatience dans ma voix. Je t’envoie également une photo, et je veux que tu me trouves tout ce que tu peux sur cette personne. Pas de détails manquants. Je veux un dossier complet.
L'inspecteur, habitué à mon ton autoritaire, ne pose pas de questions inutiles. Il acquiesce immédiatement.
— Envoie-la, je m’en charge. Je te recontacte dès que j’ai du nouveau.
Après avoir raccroché, je reste un instant immobile, mes yeux toujours rivés sur l'écran. Cette fois, la colère monte, et d’un coup, je donne un coup de poing sur la table, le bruit résonnant dans toute la pièce. Mes pensées se bousculent, la trahison m’étouffe.
Sur l’écran, je revois cette femme de ménage, celle qui se faisait discrète jusqu’à maintenant. Elle prend la boîte de chocolat d’un geste furtif, la cachant avec soin avant de se détourner. Elle était là, dans mon bureau, à faire des tâches banales, et pourtant, elle complotait contre moi. La colère brûle en moi alors que j'observe de nouveau l'écran, mes yeux fixés sur la silhouette qui se déplace furtivement dans mon bureau. La vidéo est nette, chaque mouvement calculé, chaque regard jeté autour d'elle avant qu'elle n'ose poser la main sur la boîte de chocolat. Cette femme… Je serre les dents, mes poings se crispant alors que je la regarde emporter la boîte d'un geste furtif. Elle ne se doute pas que toutes ses actions sont désormais gravées en haute résolution, que chaque seconde de sa trahison est enregistrée.
Je serre les dents en imaginant sa surprise lorsqu'elle comprendra que je l’ai démasquée. Son profil anodin ne la protégera plus. Elle n’est plus invisible à mes yeux ; désormais, elle est celle que je veux exposer et punir.
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