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chapitre 2

Chapitre 2 – Jusqu’où oser ?

Léa n’a pas dormi.

Elle est rentrée à l’hôtel après la soirée, a enlevé sa robe noire sans la regarder dans le miroir, s’est glissée sous la douche et a laissé l’eau brûlante couler sur sa peau. Elle a pensé à lui. À ses yeux clairs. À sa voix grave. À cette certitude insolente : Vous viendrez me chercher.

Elle a pensé à Pierre aussi. Pierre qui l’attendait dans le lit conjugal, à l’autre bout de la ville. Pierre qui lui avait envoyé un message tendre avant de s’endormir. « Tu me manques. J’ai hâte que tu rentres. »

Elle lui a répondu un cœur.

Un seul.

Et elle a menti en disant qu’elle était fatiguée.

Le lendemain matin, elle est au bureau à 7h30. Trop tôt. Trop nerveuse. Elle n’arrive pas à se concentrer sur ses dossiers. Le regard d’Adam est gravé derrière ses paupières. Chaque fois qu’elle ferme les yeux, elle le voit. Ce sourire. Cette main tendue. Cette phrase : « Je compte tout chez vous. »

— Bonjour, Léa.

La voix résonne derrière elle.

Son sang se glace puis s’embrase.

Elle se retourne lentement. Adam est là, debout dans l’encadrement de la porte, une tasse de café à la main, un dossier sous le bras. Il porte une chemise bleu clair, les manches relevées sur des avant-bras musculeux. Ses cheveux sont encore humides. Il a dû courir pour arriver aussi tôt.

— Qu’est-ce que vous faites ici ? souffle-t-elle.

— Je travaille ici. Depuis aujourd’hui. Nouveau directeur des comptes stratégiques. Votre patron m’a présenté votre équipe hier soir, mais vous étiez déjà partie.

Léa sent le sol se dérober sous ses pieds.

— Non, dit-elle. Non, ce n’est pas possible.

— Si. Désolé de décevoir vos espoirs.

Il s’approche. Pose son café sur le bureau d’à côté. La regarde avec cette intensité qui la brûle de l’intérieur. Il est à un mètre. Un mètre seulement.

— Vous saviez, accuse-t-elle à voix basse. Hier soir, vous saviez déjà que vous seriez mon collègue.

— Je ne le savais pas. Je l’espérais.

— C’est pire.

— Je sais.

Il ne recule pas. Il ne s’excuse pas. Il assume, avec cette honnêteté dévastatrice qu’il revendique comme une arme. Léa serre les poings sous son bureau. Sa nuque est en feu. Son cœur bat trop vite. Entre ses cuisses, cette chaleur sourde est revenue, plus insistante, presque douloureuse.

— Je suis fiancée, répète-t-elle comme une idiote.

— Je n’ai pas oublié.

— Alors pourquoi ? Pourquoi être venu me parler hier ? Pourquoi être là aujourd’hui ?

Adam pose ses deux mains sur le dossier de la chaise en face d’elle. Il se penche. Juste assez pour qu’elle voie les fibres de sa chemise, le pouls qui bat à sa tempe.

— Parce que vous êtes la première femme depuis des années qui me regarde comme si j’existais vraiment. Pas comme un cadre à séduire. Pas comme un homme à manipuler. Juste… moi. Et que je ne peux plus faire comme si ce regard n’avait pas changé quelque chose en moi.

Le silence s’installe. Lourd. Électrique. Irrespirable.

Léa devrait se lever. Partir. Appeler son patron, sa RH, n’importe qui pour lui dire que cette situation est inacceptable. Elle ne fait rien. Ses jambes refusent de bouger. Ses lèvres refusent de former les mots.

— Il faut qu’on parle de nous deux, dit Adam doucement.

— Il n’y a pas de « nous deux ».

— Il y a nous deux depuis hier soir. Depuis que vous avez soutenu mon regard douze secondes. Depuis que vous avez menti en disant que vous alliez bien. Depuis que vous êtes rentrée chez vous et que vous n’avez pas pu vous empêcher de penser à ce qui serait arrivé si…

— Si quoi ?

— Si je vous avais embrassée.

Sa voix a baissé d’une octave. Elle est presque inaudible. Presque intime. Léa imagine la scène : lui, ses doigts dans ses cheveux, sa bouche contre la sienne, le goût du whisky et du désir mélangés. Ses pensées dérapent. Elle se mord la lèvre. Il regarde sa bouche. Une seconde. Deux secondes.

— Vous pensez à ça en ce moment même, dit-il. Je le vois.

— Arrêtez.

— Non.

Il fait le tour du bureau. Lentement. Délibérément. Comme un prédateur qui s’approche sans bruit. Léa recule sur sa chaise, mais il n’y a nulle part où fuir. Le mur est derrière elle. Ses mains agrippent les accoudoirs. Ses doigts blanchissent.

— Adam, je vous jure, si vous franchissez cette ligne…

— Quelle ligne ? Celle que vous voulez que je franchisse depuis hier soir ?

Il s’accroupit devant elle. Ses yeux sont au niveau des siens. À quelques centimètres. Il pose une main sur son genou. À travers le tissu du pantalon, la chaleur de sa peau est une déflagration.

— Dites-moi de partir, murmure-t-il. Dites « va-t’en » et je m’en vais. Je ne vous adresserai plus jamais la parole. Je demanderai ma mutation. Je ferai comme si vous n’existiez pas. Mais il faut que ce soit vous. Parce que moi, Léa, je ne peux plus faire semblant.

Ses doigts remontent le long de sa cuisse. Lentement. Un centimètre après l’autre. Léa ne respire plus. Son corps tout entier est tendu vers cette main, vers cette chaleur, vers ce danger.

— Va-t’en, chuchote-t-elle.

Il ne bouge pas.

— Va-t’en, répète-t-elle plus fort.

Ses doigts s’arrêtent. Il la regarde. Ses yeux verts sont devenus sombres, presque noirs.

— Tu ne le penses pas, dit-il en la tutoyant pour la première fois.

La caresse reprend. Plus haut. Une pression à peine perceptible sur l’intérieur de sa cuisse. Léa ferme les yeux. Sa tête bascule en arrière. Un gémissement lui échappe, étouffé, honteux, délicieux.

— Adam…

— Dis-moi ce que tu veux.

— Je ne peux pas.

— Si. Ici. Maintenant. Personne ne va venir avant 8h30. Personne ne saura jamais.

Il se lève. Elle ouvre les yeux. Il est au-dessus d’elle, immense, les épaules larges, la mâchoire serrée. Il tend une main. Elle la prend. Il la soulève de sa chaise, la fait pivoter, et son dos rencontre le mur.

Ses mains à lui remontent le long de ses hanches. Elle sent chaque doigt, chaque phalange, chaque pression. Son corps s’arc-boute. Il est si proche. Si chaud. Si interdit.

— Tu veux que je m’arrête ? demande-t-il une dernière fois.

Léa secoue la tête. Non. Pas non pour arrêter. Non pour continuer.

Il se penche. Sa bouche effleure sa nuque. Juste un souffle. Un frisson électrique lui traverse la colonne vertébrale, descend jusqu’à son ventre, jusqu’à ce noyau de plaisir qui pulse, insistant, presque douloureux.

— Tu sens bon, murmure-t-il contre sa peau.

Ses lèvres se posent sur son cou. Une vraie caresse cette fois. Tiède. Humide. Léa enfouit ses doigts dans ses cheveux encore humides. Elle l’attire contre elle. Leurs corps se collent. Il est dur, elle est liquide, le contraste est une torture exquise.

Sa main à lui descend, descend, descend, jusqu’à la ceinture de son pantalon. Il fait glisser la fermeture éclair. Un centimètre. Deux centimètres. L’air de la pièce caresse sa peau nue.

— Adam, on va se faire surprendre…

— Tant mieux.

Il glisse une main sous le tissu. Sa paume rencontre son ventre frémissant, descend encore, trouve l’élastique de sa culotte. Un doigt passe dessous. Effleure les poils, la fente humide, cette chaleur qu’elle n’arrive plus à contrôler.

— Tu es déjà trempée, souffle-t-il avec une douceur presque coupable.

Elle veut répondre, mais les mots se bloquent. Son bassin bouge tout seul, cherchant sa main, plus de pression, plus de contact. Le doigt d’Adam entre en elle. Un seul. Lentement. Profondément.

Le cri de Léa est étouffé par son propre poing qu’elle plante dans sa bouche.

Il la baise avec un doigt. Ici. Dans ce bureau. À 7h45 du matin, alors que son fiancé dort encore et que ses collègues vont bientôt arriver.

La honte et le plaisir se mélangent en un cocktail dévastateur.

Adam ajoute un deuxième doigt. Le rythme s’accélère. Elle mord son poing pour ne pas hurler. Son corps se crispe, explose, se relâche dans une vague de contractions qu’elle n’a pas vues venir.

— Regarde-moi, ordonne-t-il doucement.

Elle ouvre les yeux. Il la regarde jouir. Il sourit. Pas un sourire arrogant. Un sourire émerveillé, presque tendre.

Il retire ses doigts, les porte à ses lèvres, les lèche lentement.

— Maintenant, dit-il en rabaissant sa fermeture éclair comme si de rien n’était, tu ne peux plus dire qu’il n’y a pas de « nous deux ».

La porte s’ouvre.

Un collègue entre, un grand sourire aux lèvres.

— Salut Léa ! Ah, tu as déjà rencontré le nouveau ?

Adam lui serre la main avec une aisance parfaite. Il discute des plannings, des objectifs, des prochains comités.

Léa est encore adossée au mur, les jambes flageolantes, le sexe brûlant, l’esprit en miettes.

Elle vient de perdre une bataille.

Mais elle sait, au fond d’elle, que la guerre ne fait que commencer.

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