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08

Partie 7 :

Je regarde le chronomètre...et merde plus que cinq secondes ! Excédée, je balance tous mes pinceaux par terre. Je hurle ma haine très fort et aussitôt ma mère me retrouve dans le salon. Je sais qu'elle parle, je l'entends à moitié. Quand je l'ai eue dans mon champ de vision, mes yeux se sont embués de larmes...des larmes amères riches en déception.

Moi : Je n'y arriverai jamais.

Mama : Shhh-shhh...

Elle m'a pris le visage en coupe de ses deux mains chaudes mais rendues rudes à force de frotter les maisons des gens.

Mama: Ola ? Quel est ton nom ?

Moi (entre deux reniflements) : Olanna Badu Boateng.

Mama : Qu'est-ce que cela signifie ?

Moi : Olanna pour « Beauté divine » et Badu pour « Puissante ».

Mama : Tu vois ? Pourquoi tu te tracasses alors ? Sèche tes larmes et recommence. Tu vas y arriver, Dieu est aux commandes.

Je voulais la remercier quand elle a froncé les sourcils en voyant les pinceaux par terre. Oh merde, elle va se fâcher.

Mama : You betta take those brushes very QUICK cause when my hands go catch them, I'll go sell them to the market, pssst! (tu ferais mieux de ramasser ces pinceaux très vite parce que si je les prends, j'irai les vendre au marché, pssst!)

C'est tout ma mère ça. J'ai tenu à mettre sa dernière tirade exactement comme elle me l'a sortie pour que vous voyez un peu notre langage. Je ne vais pas faire de suspens, nous sommes de Kumasi (Ghana) et on parle en anglais et en Twi tout le temps. (Les conversations sont à chaque fois traduites...ndlc)

J'ai immédiatement ramassé les pinceaux et j'ai rangé le mini bordel que j'avais foutu. Mon ventre a grogné sauvagement avant que je me rappelle qu'il était cinq heures de l'après-midi et je n'avais pas encore déjeuné. Je suis allée me laver le visage avant de partir dans notre cuisine, qui se trouve à l'extérieur de la maison (ou case) principale. Maman avait fait du bon Kenkey, j'allais m'y donner à cœur joie quand j'ai vu un chat sortir de là-bas et une fois à l'intérieur, la marmite était au sol, la soupe coulait joyeusement par terre...Je voulais pleurer. Mama avait cuisiné ça depuis hier et cette fois il y avait du poisson (exceptionnellement), de la carpe. D'habitude, c'est des petites sardines séchées ou rien du tout juste des légumes. Nous ne sommes pas pauvres, nous sommes misérables mais puisque ça dure depuis longtemps ça ne fait pas mal...ça ne fait plus mal.

Par contre, à l'instant présent, j'ai extrêmement mal. J'avais faim, mon ventre oui il pouvait attendre mais c'est en pensant à la petite attention de ma mère de me faire cette soupe avec de la carpe parce qu'elle me savait préoccupée par mes prochains tests à l'école...c'est ça qui me fout la haine. J'ai juste envie de tuer ce chat...Oui je vais le faire, ce n'est pas la première fois qu'il nous cambriole ainsi. Je ne vais pas me laisser faire une fois de plus !

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J'étais chez les voisins...ceux à qui le chat de malheur appartient. Ça faisait cinq minutes que je m'échangeais des incivilités avec la maîtresse de maison. Cette femme...pfff !

Elle : Tu viens crier dans mes oreilles à cause d'un tas d'arêtes ?! Blessing (le prénom de chat, tchip je dirais plutôt Cursing ouais!) ne mange que les restes donc si c'est que tu viens réclamer, attends qu'on dîne on vous enverra ça après, tsss !

Moi : Je t'interdis de nous insulter ainsi ! Ton chat de malheur, il faut le garder chez vous ! S'il vient jusqu'à chez nous d'ailleurs, c'est qu'il ne doit pas avoir beaucoup à manger ici !

Elle : C'est lui qui t'a dit ça hein ?? Ah oui c'est vrai, j'avais oublié que ta mère et toi étaient de grandes sorcières !

Moi : Laisse ma mère en dehors de tout ça. J'étais juste venue te prévenir que si jamais ton chat s'aventure à nouveau chez moi, il ne reviendra que corps inerte.

Elle (choquée) : Woooo, Jango!! JANGOOOOO, apporte-moi vite de l'eau bénite, il y a une sorcière qui lance des sorts ici en plein jour !

J'étais tellement dépassée que je suis tout simplement partie. Mama était assise devant la case-cuisine.

Mama : Blessing est encore passé par là, non ? C'est pas grave, j'avais gardé un partie de la soupe. Va manger, je t'ai servie, je vais nettoyer ici moi.

J'étais tellement altérée par son calme que j'ai repensé à mon passé...Et comme à chaque fois mon cœur se serrait, il arrêtait de battre au fur et à mesure que ma respiration se coupait. Puis comme par magie, je me reprenais et le rythme redevenait normal.

Mama : Eti sen ? (ça va?)

Moi : Oui merci pour le repas, Mama.

J'avais faim et plus du tout à la fois. J'ai regardé le plat, il fumait encore même. Je me suis forcée à manger pour faire plaisir à Mama. Ensuite j'ai fait la vaisselle et je me suis couchée sur notre lit...oui le nôtre, celui à ma mère et moi. Contrairement aux apparences, ce n'est pas un caprice de ma part...c'est juste qu'il n'y a qu'une chambre et que la chose qui nous sert de canapé n'est pas du tout confortable.

Bon assez parlé de mes misères. Non, cela signifierait que j'arrêterais de parler tout court. Vous avez compris, ma vie est faite de misères au sens propre comme au figuré. Pardon, il y a une chose positive...très positive et c'est ma Maman.

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Mme Nelson scrutait de près tous mes gestes, elle me faisait perdre mes moyens. Je sentais mes mains trembler mais étrangement, ce que je faisais était beau. J'ai enfin pu avoir une respiration normale quand elle nous a dit d'arrêter tout. J'étais fière car j'avais fini à temps, mais quand j'ai regardé le travail des autres, j'ai tout de suite perdu tout espoir. Elles sont clairement plus douées que moi, je viens tout juste de commencer alors que la plupart d'entre elles vivent déjà de ce métier.

Mme Nelson : Merci les filles pour votre engagement. Je suis passée un peu parmi vous et ce que j'ai vu ne m'a pas déçue. Veuillez sortir de la salle s'il vous plaît, nous allons vous noter et ensuite choisir les trois futures élèves de l'école.

Mon stress allait crescendo. Les autres filles qui semblaient se connaître s'étaient regroupées en petites bandes. Je ne connaissais personne ici, et c'était mieux comme ça, la boule de nerf que j'étais à ce moment-là aurait déplu à toute personne qui serait venue à moi. Pendant les deux heures que Mme Nelson a eu pour délibérer, j'ai eu assez de temps pour me plonger dans mon passé. J'évite d'y penser parce que la douleur est toujours là. Je la subis tous les jours, aussi étrange que ça ne le paraît, ça me fait du bien d'y penser, dans le sens où ça me rappelle mes erreurs.

Flash-back...

Je venais de me faufiler hors de la maison, Mama dormait depuis une vingtaine de minutes, ça me laissait la voie libre. J'étais à la fois nerveuse et excitée rien qu'à l'idée de le revoir. Noah il s'appelle mais il se fait appeler par tout le monde « Tiger », je n'ai jamais pu comprendre d'où lui venait ce surnom. Mais je m'en foutais pas mal. Il m'interdisait aussi de l'appeler Noah, je m'en foutais, j'étais bien avec lui. J'étais sa Bonnie et lui mon Clyde. C'est tout ce qui comptait.

Fin du flash-back

Qu'est-ce que j'étais bête ! Pensai-je lorsque la porte de la salle où nous étions il y a deux heures, s'est ouverte sur Mme Nelson. Mon cœur palpitait, c'était vraiment impressionnant d'être en face de LA Mme Nelson. Elle était connue dans tout le pays, sa générosité aussi.

Mme Nelson : Nous avons délibéré et ce n'était pas du tout facile car mon équipe et moi pensons sincèrement que vous toutes ici présentes avez du talent et que vous avez toutes une chance de réussir dans ce domaine. Mais comme vous le savez cette école est unique dans son genre ici au Ghana. C'est un concept tout nouveau, deux ans à peine qu'elle existe mais les résultats sont là. Si ça continue, dans un ou deux ans d'autres écoles de ce type ouvriront dans tout le Ghana, pas seulement à Accra. A ce moment-là, il y aura plus de place pour tout le monde. C'est donc à contre-coeur que je vais demander aux filles qui n'entendront pas leurs noms de garder espoir, de ne pas baisser les bras. Tout rêve peut se réaliser si on s'en donne vraiment les moyens. Vous êtes les femmes et mamans de demain. Le Ghana de demain repose sur vous, alors je vous souhaite d'avance bonne chance pour vos futurs projets.

Toutes : Merci Mme Nelson.

Mme Nelson : Nous ne vous avons pas jugé juste sur votre talent et savoir-faire mais aussi sur votre personnalité et votre motivation. L'entretien qui a précédé le test nous a révélé dans bien des cas plus d'informations que les résultats du test. Je vous le précise car certaines d'entre vous ont le talent mais pas l'attitude qui va avec, d'autres ont la bonne attitude mais pas le bon savoir-vivre ni la motivation. Il y en a qui n'ont aucune passion pour ce métier et ça c'est justement ce qu'on ne recherche pas.

Je suffoquais. Il ne faisait pas particulièrement chaud mais je mourrais de chaud. Tout ce qu'elle disait, je le comprenais oui, mais je voulais absolument qu'elle en finisse. Qu'elle détruise à jamais tous mes espoirs ! Qu'elle...oh mon Dieu, elle vient d'appeler une fille. Ça veut dire qu'il ne reste plus deux places...Je prends une bouffée d'air et je fixe intensément ses lèvres ! Oh mon Dieu, elle m'a appelée, non c'est pas moi. C'est une autre Boateng...J'ai fermé les yeux un instant t j'ai repensé à l'argent que ma mère avait durement gagné et que j'avais investi dans ces pinceaux et ces palettes.

Soudain, je sens une main sur mon épaule, j'ouvre les yeux et je vois que tous les regards convergent vers moi.

Mme Nelson : Olanna c'est bien vous, n'est-ce pas ?

Moi : Euh oui, Olanna Badu Boateng.

Mme Nelson (avec le sourire) : Oui je sais. Venez donc ici à moins que vous ne vouliez plus intégrer notre école.

Moi : Non, non, si je...je le veux. Merci infiniment Mme, que Dieu vous bénisse.

Mme Nelson : Je ne fais que mon travail, ne me décevez pas.

C'est ainsi que j'ai eu ma place dans le «Beauty Institute School », c'est la première école de maquillage du pays. J'étais tellement fière d'y être arrivée mais quelque chose me peinait. J'allais pouvoir aller de l'avant dans ma vie mais j'allais aussi laisser ma mère toute seule.

Quand elle a su, elle était heureuse pour moi. Elle avait organisé une petite fête, juste elle et moi mais il y avait de la nourriture pour au moins trois jours.

Moi : Mama comment...pourquoi tu as fait ça ? Et si je n'avais pas été reçue ?

Mama : Je savais au plus profond de moi que tu aurais réussi. J'ai demandé à Dieu tous les jours de t'aider. Tu le Lui dois à Lui et Lui seul.

J'étais tellement contente, heureuse, comblée de l'avoir dans ma vie...

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Deux semaines plus tard, j'ai quitté Kumasi, le seul endroit que j'ai toujours connu. J'allais découvrir beaucoup d'autres choses c'est certain mais une sorte de peur, de nervosité m'habitait.

Je n'ai pas eu autant de mal que je le pensais. Côté financier ça allait parce que l'école logeait et offrait une bourse aux filles qui venaient des villes en dehors d'Accra. C'était des chambres doubles et la mienne je la partageais avec une fille qui venait de l'Ouest, Sekondi pas loin de Takoradi, Chanel elle s'appelle. Elle avait plus de chance que moi car elle pouvais aller voir sa famille au moins une fois par mois, sa ville n'étant pas trop éloignée d'Accra.

Quant à moi, je n'ai pu revoir ma mère que deux mois après mon arrivée. J'y ai passé trois jours avant de retourner à Accra. Je lui avais laissé de l'argent que j'avais économisé en dépensant ma bourse avec précaution. J'ai déposé l'enveloppe sur la petite table dans la chambre quelques minutes avant mon départ. Tout cela à son insu car si je lui avais remis ça en mains, elle n'aurait en aucun cas accepté. C'est ma mère ça...elle me fait toujours passer avant elle.

J'étais ravie d'apprendre ce métier ainsi. Les cours ne se limitaient pas à des cas pratiques comme le test que nous avions passé pour intégrer l'école. En fait ce test consistait à maquiller un modèle. Nous avions champ libre pour le type de maquillage. Ce que nous ne choisissions pas par contre, c'était les modèles. Il fallait trouver le bon accord entre les couleurs et aussi ce qui convenait le mieux au visage du modèle.

Les cours que nous faisions justement nous apprenait à bien associer les couleurs. Je découvrais également que le maquillage ce n'était pas un jeu mais un vrai savoir. Il y avait un nombre infini de techniques à connaître. Du camouflage au bon estompage. Le choix des produits (cosmétologie), le diagnostic de la peau (dermatologie), la physionomie et j'en passe. Je n'ai jamais été très douée à l'école. Je me suis arrêtée après le bac que j'ai eu d'ailleurs après deux échecs. Encore une fois, si ma mère ne m'avait pas botté le derrière, je n'aurais même pas pensé à retenter ma chance. Ni la première, ni la deuxième fois.

>>>>>>>>>>>

Chanel : Tu es sûre que tu ne veux pas venir avec moi ?

Moi : Non, ça ira, ne te dérange pas.

Chanel : Mais je t'ai déjà dit que ça ne dérangerait pas mon copain, il veut même te rencontrer puisque je parle tout le temps de toi.

Moi : Ah bon ? Une autre fois alors, promis.

Chanel : Il a en plus un pote que je trouve pas mal.

Moi : Non pas de ça Chanel !

Chanel : Encore ton histoire de préservation pour le mariage là ? Pardonne-nous autres les grands pêcheurs.

Moi : Je n'ai pas dit ça.

Chanel : Hum ! Je risque d'être en retard, on en parlera sérieusement à mon retour ;)

Moi : Amuse-toi bien et fais attention.

Chanel : Oui Maman !

J'ai préféré lui dire que je me préservais pour le mariage plutôt que de lui raconter mon histoire. Je n'étais pas complètement à l'aise avec elle et lui raconter tout cela, ça voudrait dire que nous sommes des amies intimes ce qui n'est pas le cas.

Je veux bien vous la raconter à vous, je veux bien.

Une fois, des copines du quartier m'avaient proposé de les accompagner dans un bar, j'avais 20 ans à l'époque et je n'étais pas très bien dans ma tête. J'avais de mauvaises fréquentations et les garçons j'en avais déjà connu un tas. Mais personne ne m'avait autant marqué que Noah...ce jour-là dans le boîte de nuit où nous étions allées après le bar. Il m'avait sauvée d'un potentiel viol. Ce genre de choses arrivent souvent, je m'étais réfugiée dans les toilettes parce que l'alcool montait et les filles m'avaient passé un pétard que j'avais tout simplement tiré sans en connaître la contenance.

C'est complètement shootée que j'ai vu qu'un mec s'était introduit dans les toilettes. Je n'ai naturellement pas pu me défendre, il avait une main dans mon soutien-gorge et une autre contre ma bouche quand la porte s'est ouverte avec fracas...C'était lui. Il a sommé à l'autre mec de me lâcher puis une grosse dispute a suivi. Ils semblaient se connaître. Je ne me souviens pas de tout, juste qu'un coup a éclaté et que quelques instants plus tard, il m'aidait à marcher. Il m'a emmenée dehors, sûrement pour que je prenne un peu d'air.

Il disait quelque chose mais je ne comprenais pas assez, il y avait trop de bruit autour et ma tête tournait. Il a rapproché ses lèvres de la bonne oreille par chance et il m'a demandé mon téléphone. Je ne savais pas quoi dire. J'ai voulu le prendre mais mes bras étaient lourds, je ne savais pas ce qui m'arrivait.

Lui (sévèrement) : Il est où ?

Moi (honteuse) : Dans ma culotte.

Il a instantanément introduit sa main sous ma jupe, il tâtonnait avant de finalement l'atteindre.

J'avais honte, déjà à cause du contact de sa main et de mes parties intimes mais aussi parce que j'avais un vieux et très moche téléphone...de seconde main en plus. Il cherchait sûrement le numéro d'une de mes potes, je lui ai susurré le prénom d'une d'entre elles et il a lancé l'appel...sans même me laisser le temps de lui dire que je n'avais pas de crédit. La honte, une fois de plus.

Il a composé le numéro sur son téléphone et puis il n'y a plus rien eu. Ma copine est venue me chercher et je l'ai vu partir comme il est venu...c'est-à-dire par magie.

Tout le reste s'est passé très vite. Il m'a obsédé. J'ai récupéré son numéro sur le téléphone de ma pote et je l'ai appelé. Le crédit que j'avais chargé je l'avais eu en volant un billet à ma mère. Il semblait agacé puisqu'il demandait qui j'étais et je n'arrivais pas à décliner mon identité. Voyant qu'il voulait raccrocher, j'ai balancé « la fille de la boîte »...Il y a un silence puis...c'était la voix de l'opérateur qui m'alertait que je n'avais plus de crédit >>>> appel coupé.

J'étais dégoûtée...à ma grande surprise il m'a rappelée une heure après. J'ai dit vouloir le remercier, il m'a dit cash : « Tu pouvais tout simplement dire que tu veux me revoir, tu sais ? »...C'est là que tout a commencé réellement.

Il m'a tout de suite dit quel genre de mec il était. Ce qu'il était prêt à faire, jusque où allaient ses limites. Il m'a tout dit. Mais je ne pense pas avoir prêté une grande oreille à ça. Tout ce qui m'importait c'était que je sortais désormais avec le beau et grand bad boy Tiger. Je ne savais pas ce qui m'attendait...vraiment pas. Jeune et super naïve, c'était ce que j'étais...Ce n'est pas de sa faute mais entièrement la mienne.

Qui ne m'avait pas prévenue ? Même ma mère me disait de me méfier. L'argent et les cadeaux qu'il m'offrait, je ne me préoccupais même pas de leur provenance. C'est bien des années après ça que j'ai su qu'il était dealer. Et même quand je l'ai su, je suis restée avec lui. Il disait qu'il m'aimait, je m'accrochais à ses mots. J'ai réalisé trop tard que j'ai entendu ce que je voulais entendre et rien d'autre.

Je n'ai jamais aimé l'école mais quand à ma troisième tentative j'ai eu mon bac, j'ai pensé à faire des études supérieures. Il m'en a dissuadé. Il m'a dit que je n'en avais pas besoin, qu'il subviendrait à mes besoins, je n'avais pas à aller me faire chier sur les bancs de l'école. Je l'ai encore écouté.

Je buvais ses paroles...vraiment. Les autres filles qu'il se tapait, elles étaient tellement nombreuses que je ne pouvais les compter. Mais j'acceptais parce qu'il me disait que j'étais sa « main bitch »...et je l'écoutais...encore et encore...

J'étais convaincue qu'il m'aimait vraiment, il n'était juste pas encore prêt à se poser. Je me disais qu'à ce moment-là il ferait les choses dans l'ordre. Qu'il viendrait voir ma mère et on se marierait, on aurait des enfants. Voici le conte de fée auquel je m'efforçais à croire pour supporter, pour subir tout ce qu'il me faisait.

Les jours où ça n'allait clairement pas, je n'avais personne à qui me confier...Personne. Ma mère s'était peu à peu éloignée de moi, ou plutôt je m'étais éloignée d'elle. Je ne dormais quasiment plus chez moi, j'étais tout le temps chez lui même quand il n'était pas là. Je voulais lui montrer que j'étais une bonne future épouse. Je cuisinais même si la plupart du temps, il ne touchait pas un bout.

J'avais 23 ans, il en avait 29. Trois qu'on était « ensemble ». Je n'ai pas fait de réel bilan. Je ne faisais rien d'autre de ma vie à part l'attendre le soir où je m'amusais à deviner s'il rentrerait ou pas.

Ensuite il y a eu la première fois où il m'a frappée...puis la deuxième...Il s'excusait à chaque fois, il me répétait qu'il m'aimait. Que c'était l'alcool qui avait causé tout ça. Je suis restée, malgré tout. Pour moi, je ne pouvais pas vivre sans lui. Il m'a acceptée moi avec mes défauts, avec mon handicap. Il n'en avait jamais fait cas, pourquoi moi je lui en voudrais pour les siens ??

Plus tard, il y a eu ma grossesse qu'il a très mal pris. J'en ai parlé à ma mère qui m'a dit de revenir vivre avec elle. Elle a encore plus insisté quand elle a vu les traces de coups sur mon corps. J'ai accepté Je suis restée quelques jours avec elle sans que Noah ne m'appelle. Je suis donc allée un jour chez lui à l'improviste, une vision d'horreur m'est passée sous le nez. Il était entrain de coucher avec une autre « chez nous » ! J'étais hors de moi, je suis rentrée dans la chambre et je leur ai dit de continuer. Son air mi-hébété mi-honteux m'a fait plaisir. Mais j'ai tout de suite moins rigolé quand il s'est remis à la baiser, là devant moi. Mon coeur se brisait à chaque gémissement que la fille poussait. C'était trop, je ne suis pas restée jusqu'au bout, je me suis laissée aller dans le salon. J'ai pleuré toutes mes larmes.

Quelques minutes plus tard, il est sorti de la chambre.

Lui : Que fais-tu là ?

Moi : Déjà, tu me parles sur un autre ton, c'est à MOI de poser des questions ici !

C'était la première fois que j'élevais ainsi la voix sur lui. Il était surpris et très fâché.

Lui : Tu es partie, il fallait bien que je me soulage quelque part d'autre !

Moi : Tu étais obligé de le faire ici ?? Je suis partie pendant CINQ JOURS ENTIERS et tu ne m'as même pas appelée. Je ne représente donc rien pour toi ? Ma présence est si insignifiante ?

Lui : Je suis crevé, ok ? On en parlera une autre fois.

Moi : JE N'AI PAS FINI DE PARLER PUTAIN !

Lui : Toi tu te calmes, ok ?

Moi : Sinon tu feras quoi ? Tu vas me frapper ? Je n'ai pas peur...je n'ai plus peur !

Lui : Tu ferais mieux de partir Lana.

Moi : Je reste ! Ici c'est chez moi, c'est notre chez nous et toi tu as osé emmener une de tes putes ici !

Lui : Lana...

J'étais tellement déçue, tellement mal, que je lui ai craché toute ma haine. Tout ce que j'avais gardé en moi toutes ces années. Je le lui ai dit, je me suis vidée.

En retour, j'ai juste senti les coups pleuvoir, il était hors de lui. Jamais il ne m'avait frappée avec autant d'intensité...C'était tellement violent que sa pute lui a sonné d'arrêter s'il ne voulait que je « meure » sous ses coups. Je ne pensais pas à moi mais au bébé qui grandissait dans mon ventre.

Moi (pleurant) : Je t'en prie arrête,tu vas tuer notre bébé.

Je pense que ma phrase l'a énervé encore plus qu'autre chose. Les coups venaient encore plus vite et plus forts. C'était tellement violent que je ne ressentais plus rien. Je pense avoir perdu connaissance car quand mes yeux ont pu s'ouvrir à nouveau, j'étais allongée sur le canapé. Il n'y avait aucun bruit, ah si mes gémissements de douleurs. J'ai mis un temps fou à quitter ce canapé, il me semblait qu'il n'était plus là, l'autre fille non plus. J'ai pu difficilement atteindre la porte et sortir. J'avais le visage sûrement tuméfié, ça me tirait. Mon corps était tout endolori. J'ai pris un taxi et....plus rien.

Mes yeux se sont ouverts sur ma mère qui avait sa tête des mauvais jours.

Maman : Pourquoi tu l'as laissé te faire ça ma fille ?

Moi (les larmes aux yeux) : Il m'a menti Mama...il ne m'aime pas.

Maman : Shuuut. N'y penses plus pour l'instant, bois cette tisane et essaie de te rendormir.

Moi : Je suis désolée Mama.

Maman : Bois ma fille.

J'ai bu en pleurant puis j'ai pu fermer les yeux. Ce n'était pas plus reposant que ça car je le revoyais sur cette fille, je le revoyais me battre comme si j'étais un sac à patates.

J'ai essayé de vider mon esprit, en vain. Si ma mère ne m'avait pas serrée fort contre elle ce soir-là, je pense que je serais morte de chagrin.

Le coup de grâce c'était lorsque quelques jours plus tard, j'ai abondamment saigné. A l'hôpital le verdict était vite tombé...j'avais perdu mon bébé...

FIN DE L'HISTOIRE

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Tout cela était derrière moi maintenant et j'essayais au maximum de ne pas retomber dans les mêmes pièges. Les hommes ? J'avais mis une croix là-dessus. C'est vrai, on dit que tous les hommes ne sont pas comme ça, que je trouverai ma moitié dans tout ce gros tas d'hommes imparfaits. N'empêche je préfère ne plus y penser aussi bien de près que de loin. Mon père, qui a abandonné sa femme et moi, est un homme. Noah que j'ai aimé comme une folle, pour qui j'ai accepté plus que l'inimaginable, celui qui m'a pris mon bébé...est un homme également. Alors ne me dîtes pas qu'ils ne sont pas tous les mêmes...

Cela faisait un an et demi que j'étais au Beauty Institute School. Je me débrouillais plutôt pas mal mais mon plus gros problème était de trouver des contrats. Que ce soit sur des tournages de films, de clips ou même dans les sièges des chaînes de télévision locales. Il y avait différents endroits qui proposaient du travail mais jamais je n'avais assez de chance pour être prise. Pourtant il n'y avait pas dix mille candidates pour le poste. La poisse me suivait on dirait.

Ma mère me répétait de prier, ce que je faisais toujours mais rien ne marchait. J'avais travaillé deux, trois fois cette année-là sauf que là il me fallait un contrat solide...un peu comme un stage qui serait déterminant pour la remise de mon diplôme.

Ne sachant plus quoi faire à trois jours de la limite du dépôt des contrats d'apprentissage qu'on était censées trouver toutes seules, j'ai décidé d'aller chercher de l'aide auprès de Mme Nelson. J'étais vraiment nerveuse avant d'être reçue dans son bureau. Depuis que j'étais dans cette école, j'y étais jamais rentrée. Ce n'était pas opulent, pas du tout. C'est ELLE qui était impressionnante, intimidante. Elle avait une belle grâce et une superbe carrure. J'étais admirative de cette femme.

Moi : Bonjour Mme.

Mme Nelson : Mlle Boateng. Asseyez-vous s'il vous plaît. Comment allez-vous ?

Moi (surprise par sa question) : Bien. Enfin, j'ai quelques soucis.

Mme Nelson ; A propos de votre contrat d'apprentissage, n'est-ce pas ?

Moi : Oui c'est ça. J'ai vraiment cherché partout mais je n'ai eu que des réponses négatives. Je ne sais pas quoi faire.

Mme Nelson : J'allais justement vous faire convoquer à ce sujet. Il est parfois difficile de trouver ce type de contrat rapidement. C'est encore une assez jeune discipline. J'ai alors décidé de vous donner un coup de pouce car vous savez bien que notre but ultime est la réussite de TOUTES les élèves. De plus, vous avez une présence très régulière aux cours, sans aucun problème disciplinaire, il était de mon devoir de veiller sur vous un peu plus particulièrement.

Je savais qu'elle parlait de mon handicap. Cette fois, je n'étais pas honteuse d'être prise en pitié à cause de cela. J'avais besoin de ce contrat, coûte que coûte.

Mme Nelson : Il y a un centre d'esthétique qui va ouvrir dans quelques jours. La propriétaire cherche une maquilleuse professionnelle. Je vous ai donc vivement recommandée. Je n'ai pas encore eu de réponse mais je suis sûre que vous serez prise.

Moi : Oh merci mon Dieu, vous ne savez pas à quel point vous me sauvez la vie Mme Nelson ! Que vais-je donc pouvoir faire pour vous remercier ?

Mme Nelson : Promettez-moi juste de réussir, de bosser, de ne pas baisser les bras et surtout de devenir une femme de haute qualité.

Moi : Je ne vous décevrai pas Mme Nelson.

Je suis sortie de son bureau sourire aux lèvres et la tête dans les nuages. Non, j'étais sur un nuage, je pensais déjà à tout ce que j'allais pouvoir faire bientôt. Ma mère pourrait prochainement me rejoindre à Accra, si je gagne assez et ça c'était la meilleure chose qui pourrait m'arriver...

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