02
Une nouvelle vie.
Divya Revignet.
J’ouvre la porte de mon appartement et personne pour m’accueillir. Je vais directement dans la cuisine, ranger le sac de courses que je viens de faire. Je déchausse ensuite et vais me jeter dans mon lit. Je lance un soupir qui en dit long. Je me sens bien. Libérée, délivrée.
Ça fait un mois que papa et maman m’ont laissée. Un mois qu’il n’y a plus personne pour m’accueillir en rentrant des cours. Un mois que je n’ai plus crié sur un enfant en lui demandant de faire moins de bruit. Mes murs me regardent et je les regarde.
L’indépendance c’est dur finalement. J’aime bien ma solitude mais juste ça. Mais il y a un tout autre côté. Aller faire les courses soi même, devoir pouvoir gérer ses finances correctement, ne plus avoir de chauffeur pour se faire transporter. Bref, toutes ces petites choses qui vous mettent bien.
Ici la réalité te rattrape. Tu sens que tu n’es pas dans ton pays lorsque tu dois aller faire la queue pour faire une demande de papiers (titre de séjour) et qu’on te parle mal. Comme si tu ne méritais pas d’être respectée. Et là je réalise que j’ai minimum sept ans à passer ici. Je peux me prendre.
Un mois que je vais à l’école tous les matins. Un mois que je commence à me familiariser avec ce que je souhaite faire : devenir notaire. C’est triste qu’encore aujourd’hui, on nous assimile à des voleurs, mais bon je laisse les gens « limités » le penser. Je pense que comme tout métier, nous avons le droit de percevoir un salaire. Enfin bref.
Je sors un sachet de côtes de porc et des légumes surgelés afin de me faire un truc à mettre sous la dent. Je me mets devant ces téléréalités qui me servent de distraction mais qui me permettent également de me rendre compte que je ne suis pas stupide.
Comme il n’est que 15 heures, je peux encore faire une sieste. Alors, en lisant, je finis par m’endormir. C’est vers 17 heures que mon téléphone sonne. C’est Stéphane. Depuis que nous sommes séparés, je ne respire pas. Il m’appelle à tout bout de champ.
_Oui ?
_Frangine, ça va là bas ?
_Bonsoir Stéphane. Décidemment la politesse ne te connaît plus trop.
_Toi, tu ne connais pas la douceur.
_Que tu m’apportes quoi ?
_Mdr, tu me fatigues. Tes parents te manquent ?
_Laisse, il y a des jours comme ça mais bon. Je dois supporter. Je parie que tu as déjà fait tomber toutes les petites.
_Mais est-ce que c’est da ma faute si la beauté myene qui coule en moi les fait tomber tels des moustiques face à un insecticide ?
_Tu as gagné Stéphane Revignet, fais-je en éclatant de rire.
On papote encore de tout et de rien. Son environnement, le mien, sa routine et j’en passe. De toutes les façons on se voit le week-end prochain. Ce week-end est déjà calé.
C’est dommage qu’il soit loin de moi. Toulouse et Nantes ce n’est pas une petite distance donc c’est souvent compliqué. Vous vous demandez sûrement comment nous sommes frères, avec des mêmes parents et le même âge ?
Stéphane a été adopté par maman et papa petit. En fait, c’est le fils de la grande sœur de maman qui est morte à son accouchement. Les dernières volontés de ma tata étaient que Stéphane soit pris ne charge par maman au cas où elle ne restait pas en vie. Ma tante était atteinte d’une maladie qui ne permettait pas d’enfanter. Lorsqu’elle est tombée enceinte, les médecins lui ont dit qu’il y avait de fortes chances que l’un ne survive pas et qu’il valait mieux interrompre la grossesse. Tata grande croyante, était contre ces pratiques. Pour elle, un miracle aurait pu se produire. Ils auraient pu survivre les deux. Mais hélas. Nous avons donc grandi ensemble et c’est comme mon jumeau. Sauf que niveau caractère, il est beaucoup plus extraverti que moi. Le photocopie de sa maman. Bref, il n’y a jamais eu de différence. Souvent il est même plus gâté que moi. Bref.
Après ma longue conversation avec mon frère, je vais faire un petit trolley de week-end (enfin pas vraiment petit) et je fonce chez Mademoiselle Matendet Fran-Ambia. Je dors chez elle car demain nous allons en week-end à Montpellier chez Franck-Ayilé. Je vous vois déjà en train de vous dire : mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Elle reparle avec lui ? Laissez-moi faire un throwback.
*******
Un mois plus tôt.
Le lendemain, je me suis réveillée avec ce message en tête. Mais je dis hein, toute l’assurance avec laquelle Matendet fait ses choses, il s’excuse encore pourquoi ? La folie c’est quelque chose.
J’ai pris mon petit-déjeuner de nouvelle bachelière et j’ai vaqué à mes occupations : l’écriture. Je prends la situation actuelle de ma vie, puis les gens qui sont autour de moi et j’écris une histoire, sans m’arrêter. De quoi parle-t-elle ? je ne sais pas mais je sais qu’à l’intérieur, je suis une autre personne. Plus épanouie, plus extravertie, et bien dans sa vie.
Fran-Ambia débarque à la maison et on continue de siroter le champagne toute la journée. Cette fille aime trop l’alcool. Je ne sais pas qui lui a appris ça. Elle m’informe alors qu’elle a un rendez-vous important et me promet de m’appeler car elle souhaite qu’on se retrouve chez le un glacier. De toutes les façons le bac donne la liberté. On n’avait déjà pas de contraintes, alors imaginez maintenant. Quand certains disent que le bac donne la liberté, c’est vrai.
19 heures je reçois le signal de Fran qui me dit de la rejoindre au Don Vincenzo car elle préfère d’abord manger et aller prendre des glaces après le repas. Je demande au chauffeur de me déposer avant de garer la voiture. C’est dans un robe dos nus et pieds nus que j’arrive. J’appelle Fran.
_Va au fond du restaurant ma chérie. J’arrive. Je suis avec Imane on a eu un contre temps. Maman m’a envoyée faire une course avec le chauffeur. Ne m’en veux pas.
_Oui mais tu aurais pu me dire. Tu sais que je déteste attendre.
Elles éclatent de rire comme des idiotes.
_Tu as déjà allongé ta lèvre hein ? Désolée mon sucre dit Imane.
_Didi il ne faut pas m’en vouloir pour ce qui se passera dans les prochaines heures. Toi même tu sais que je vis dans une famille où les menaces sont les armes de tous les membres de ma famille. Et tu te doutes bien que je ne peux pas accepter de me sacrifier. Alors prends sur toi.
Elles raccrochèrent et c’est en entrant dans le restaurant que j’ai compris la supercherie. Matendet Boy était assis le sourire malicieux comme d’habitude. J’ai allongé ma bouche et j’ai attaché ma mine. Il s’est levé pour me faire la bise et me tirer la chaise.
_Ça ne sert à rien d’en vouloir à tes copines. C’est moi qui ai fait du chantage à Ambia. Elle a donc été contraint de m’aider à obtenir ce rendez-vous avec toi mademoiselle Revignet.
_C’est forcé ? Pourquoi tu forces en fait ?
il soulève un sourcil et ne dit rien. La serveuse arrive et nous donne les cartes. Je me cache le visage et reste les yeux plongés dedans.
_A cette allure, la carte t’avalera Didi.
_Et qu’est ce que ça peut te faire ?
_Rien. Juste que je ne pourrai pas m’excuser. Tu m’en veux toujours ?
_Arrête d’insister. J’ai été claire. Pourquoi tu insistes en fait ?
_Je ne sais pas Divya. Peut-être parce que j’obtiens toujours ce que je veux non ? Me dit-il tout fier.
_Caprice d’enfant pourri gâté.
_Ou d’un homme qui sait ce qu’est l’ambition.
_Bref.
_Oui, commandons.
La serveuse vient vers nous et chacun passe ses commandes. Monsieur raconte son charabia et comme son fort est de souvent amuser la galerie, il a réussi à me sortir des blagues et je rigole. Vraiment, souvent je me demande pourquoi je coûte moins chère comme ça. Après le repas, direction le glacier. Nous passons encore deux heures ensemble car j’ai eu envie de manger une crêpe. On m’a invitée, il fallait bien que je profite non ? Les discussions ont tourné autour du bac, des années lycées, et de nos avenirs professionnels C’est à ce moment que j’ai découvert qu’il avait été accepté à la Faculté de médecine de Montpellier. Il m’a sorti une phrase telle que : « au moins je vous aurais à l’œil Nani et toi ».
Après il m’a raccompagnée avec son chauffeur. Arrivés à la maison, je me suis rendue compte que je n’avais reçu aucune excuse de sa part. il m’avait juste permis de passer du bon temps. C’est alors comme ça que je lui ai envoyé un message.
« Le but de cette soirée n’était-il pas de t’excuser ? »
« Si. Tu m’as déjà pardonné »
« Pardon ? »
« Je t’ai vu rire Didi. Et j’ai su que tu avais zappé ».
J’ai envoyé un smiley pas content. Il m’a appelé directement et la première chose qu’on a faite a été celle d’éclater de rire. On a encore passé du temps au téléphone avant de se souhaiter une bonne nuit.
Avant de dormir, j’ai encore reçu un message :
« Je vais quand même m’excuser. Je suis désolé de m’être emporté la première fois au téléphone. Je ne sais pas gérer mes colères et j’ai tendance à me jeter sur tout le monde. Et je n’aurais pas dû mal te parler à la soirée. Encore une fois, j’ai laissé sortir ce que je ne pensais pas, parce que tu m’ignorais. Excuse moi Divya. Veux-tu redevenir mon amie ? »
« Tu apprendras donc à mieux gérer ta langue. Je t’excuse si tu promets de ne plus être méchant et de me dire tous tes petits secrets. »
« Pour mieux aider Nani à me pourrir la vie ? Même pas ne rêve. »
« Long à la détente cet enfant. Bon, si tu m’aides à pourrir la vie de Nani et Imane pour le piège qu’elles m’ont tendu, tu es pardonné »
« Marché conclu. ».
C’est ainsi que nous avons établi le plan à mettre en place contre ses deux folles et c’est ainsi que notre amitié est repartie de plus belle. Depuis, nous sommes comme les meilleurs amis du bout du monde. On se parle tout le temps, on rigole tout le temps et même lorsqu’il a une merde, pendant sa journée, c’est à moi qu’il envoie un message pur discuter. Nous avons nos petits rituels amicaux.
Fin du Throwback.
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A 21 heures j’arrive chez Fran Ambia qui a déjà préparé le terrain comme elle dit. On se met bien et ça finit en skype avec le reste de la team. Tout le monde fait le bilan de sa semaine.
Imane est en faculté de médecine à Lyon comme, Erima et Elina sont en faculté de droit à Nantes avec Stéphane, et Fran-Ambia est en première année pour un bachelor en programmation informatique.
C’est assez facile pour nous car personne n’est seul dans sa ville. On parle de l’anniversaire des jumeaux car ils prendront 18 ans. C’est la raison pour laquelle on se déplace Ambia et moi demain, pour mieux préparer ça avec Monsieur Franck Ayilé. Monsieur est très exigeant.
Après cet appel, on finit par s’endormir. Le lendemain, le réveil sonne, on se prépare et hop, direction la gare.
Après ce petit temps de trajet, nous arrivons à Montpellier Saint Roch. Il fait bon. J’aperçois au loin ces tramways magnifiques dont le design est exceptionnel. Rien à avoir avec les moyens de transport de Toulouse. On voit arriver au loin, Franck Ayilé. Il marche en crânant. Les contours bien tracés, le petit sourire sur le côté sans oublier la petite fossette qui se dessine à chaque fois qu’il sourit. Il nous montre ses belles dents et ses lèvres roses. Il s’est habillé simplement. Un pantalon, un débardeur et une petite veste au dessus.
_Arrête de baver sur moi Revignet. Je sais que je suis beau. Mais je suis marié.
Je le toise, avant de lui faire la bise. Il me tend ses bras comme il vient de le faire avec Nani. Il sait à quel point je déteste les câlins et tout ce qui est proximité mais il fait tout pour m’embêter avec.
_Je fais quoi avec un gars comme toi ?
_Moi je fais quoi avec une fille comme toi ? Tu vas te soumettre même ? Moi je suis un macho. J’aime les femmes soumises, me dit-il avec le sourire et le sourire arqué.
_Tchip.
Ambia qui jusque là nous regardait seulement demande à son frère comment on rentre.
_On n’est pas chez tes parents ici pour que Yacouba passe te chercher. On va prendre le tram comme tout le monde.
Moi : les autres hommes ont le permis. Et tu penses que je peux même tomber sous ton charme.
_Mais Didi, si je le veux, je te séduis et je parie ma vie que tu tomberas.
Fran : 10-0.
Je n’ai plus rien dit et on a juste avancé. Cet enfant m’épuise. Qu’est ce que j’allais même dire ? En même temps il a son permis juste que c’est encore le bleu puisque monsieur n’a pas encore dix huit ans et conduisait en accompagné.
Il avait fait les courses (quel exploit) et on est entré en cuisine. On a longtemps papoté et ils ont commencé à enclencher les bières. Pas un pour rattraper l’autre. J’ai décidé de leur faire à manger car j’adore tout ce qui est cuisine.
En venant nous avons apporté quelques produits africains. Ce midi, monsieur souhait manger de l’odika. Alors j’ai fait sans broncher avec du riz et de la banane.
Il a promis de nous emmener boire un verre ce soir mais en attendant nous avons discuté de leur anniversaire. La ville, le nombre de personnes et tout ce qui était nécessaire au bon déroulement de cette soirée. Tata et tonton avaient donné carte blanche. Encore les Matendet et leur envie de grandes choses tout le temps.
On a passé le reste de l’après midi à jouer aux cartes et on a fait une sieste. L’appartement de Franck Ayilé est grand. Il a un T3 donc il nous avait préparé la deuxième chambre.
A 19 heures, on commence par un restaurant où on passe du bon temps.
Il nous propose d’aller dans un bar à cocktails (choses que j’adore) et il dit qu’il y aura sûrement certains de ses amis de la faculté, qui sont également gabonais.
Au moment où nous sortons du restaurant, son téléphone sonne. Il s’éloigne. Je vois déjà Ambia s’énerver.
_Depuis tout à l’heure, elle ne fait qu’appeler. Il ne faut pas qu’elle me cherche. Elle est avec lui H24, elle vit ici alors, j’ai le droit de passer un week end avec mon frère sans qu’on ne me fasse chier.
Je ne fais que rire. La fille qu’on appelle Amalia là ne connaît pas le vampire de la fille myene appelée Fran Ambia Matendet.
_Calme toi Ambia. Laisse ton frère gérer
Franck A nous rejoint après et il prend sa sœur dans les bras car lui même il connaît son élément.
_Amalia sera de la partie avec nous ce soir. Ce sera l’occasion pour Fran de revoir Amalia et pour Divya de la rencontrer. Je veux que vous voyiez mon quotidien.
Fran A : Si elle commence à me faire chier, je la remets à sa place Franck. J’espère que tu lui as déjà dit que je ne rigole pas avec les gens.
_Nani s’il te plait, dit Franck A. Pas ça, pas ce soir.
_Donc qu’elle se tienne à carreaux.
_D’accord mon cœur.
Moi je riais seulement. Ça me dépasse. Souvent je me dis que je ne suis pas possessive. L’amour que Fran A a pour son frère, une femme ne peut le détruire. On ne compte plus le nombre de filles que Fran a fait fuir. Elle allait même souvent les menacer en cachette en promettant de leur lancer une malédiction. Cette fille est une folle habillée.
Le bar à cocktails nous a accueilli avec une ambiance caliente. Tout ce que j’aime. On a retrouvé des amis à Franck là bas et de prime abord, ils sont tous sympas. On voit Franck A s’éloigner un moment avec son téléphone puis finit par revenir, très accompagné. Je vois la fille Amalia arriver avec lui,, pimpante, cheveux bouclés, teint chocolat au lait et assez grande de taille. C’est exactement son genre. Je la trouve très jolie.
Alors qu’elle dit bonsoir à tout le monde, qu’elle connaît bien (ah ça, elle est bien ancrée dans la relation apparemment), elle nous fait la bise à Fran et moi. Elle sourit à Fran et quand c’est moi, elle se présente, le visage fermé et le sourire absent.
Franck A me présente et dit voici Didi ; Didi Amalia. Elle répond seulement : j’avais deviné. Avant de tourner les talons et de prendre place.
Oh, oh…. Je sens qu’il y a quelqu’un qui ne doit pas beaucoup m’aimer ici.
