01
Moi, Divya Revignet.
Johan.
Après la connerie que vient de raconter le frère de Fran-Ambia, je ne digère toujours pas. Je sais depuis que je suis dans la merde. Alors je décide de foncer chez Charlène et de mettre les choses au clair avec elle. Comme à son habitude, toutes ses copines sont là. Elles sont championnes dans l’escroquerie des hommes. A beau lui parler de ses fréquentations, elle ne comprend pas. Les casiers de bières sont autour de leur table et elles sont en train de rire n’importe comment.
Je leur dis bonsoir et je demande à la voir directement. J’entends l’une de ses copines sortir « mais mon beau, tu viens comme ça tu ne nous regardes même pas » ? Je n’ai pas répondu je suis passé. Charlène me suivait derrière. On s’est coincé pas loin de la voiture.
_Johan tu débarques chez moi à l’heure là sans prévenir, tu crois que quoi ?
_Tu me parles bien. Peut-être que si tu avais ton téléphone, tu verrais mes messages. J’étais à une soirée, qu’est ce qui te prend souvent ?
_C’est à dire ?
_Ne t’ai-je pas sans cesse répété que ce qui se passe dans notre couple ne regarde que nous ?
_Ne me fatigue pas Johan. J’ai encore le droit de raconter ce que certaines filles font pour nous séparer.
_Ce qui nous séparera c’est ton comportement. Continue.
_Johan, tu ne me laisseras pas tomber tu comprends ? Pas après ce que tu m’as fait faire. Tu pourras tout faire mais c’est toi et moi jusqu’à la fin des temps.
_Tu te rends compte que tu es allée ouvrir ta sale gueule devant le frère de la fille en question ? Et que j’ai failli me faire tuer ce soir ?
_Johan. Je te connais. Je savais que c’était son frère depuis le début. Ce ne sont pas les espions qu’il manque dans ce Gabon. Et comme je sais que tu veux gérer le dossier de cette fille, j’ai déjà tout bousillé.
_Tu as quoi ?
_Oui Johan. A malin, malin et demi. Tu penses que c’est à moi que tu fais gober tes conneries ? Tu ferais quoi avec une fille comme moi ? C’est ce qu’on e chante tous les jours n’est-ce pas ? Ta famille pense la même chose. On me traite même de fille diminuée. Alors que je fais des études. Mais comme mes parents n’ont pas de moyens, on me prend en ça fait rien.
_Tu racontes n’importe quoi. C’est ton mensonge et ta bordellerie qui font parler de toi. Laisse ma famille en dehors de tes conneries.
_On s’est bien trouvé apparemment. Deux bordels. Fais ce que tu veux, traite moi comme tu veux devant tes amis. Mais la vérité se connaît entre ses quatre murs. Tu reviendras me manger dans la main.
Elle m’a tourné le dos et m’a planté là. J’ai pris ma voiture et je suis rentré chez moi. Je suis énervé. Je ne peux pas laisser Fran-Ambia. Je la vois comme la femme de ma vie. Celle qui pourra m’aider à changer. Bon, je sais, je l’ai dit aussi pour les autres avant mais elle a un truc en plus que les autres n’ont pas. Le vampire des filles myenes. Charlène, quant à elle, ne sait pas qu’après les résultats du baccalauréat je vais la laisser tomber. Une fois parti, elle me traitera de tous les noms possibles. Je m’en fous. Pour l’instant, il me faut quelqu’un sous la main pour assouvir mes désirs comme un toutou.
A la maison, j’envoie un long message à Fran-Ambia dans lequel je m’excuse pour tout ce qui a pu sortir. Je lui dis que je connais bel et bien cette fille mais que nous n’avons aucune relation et qu’elle a dû voir nos conversations pour parler ainsi.
Elle me lit et ne me répond pas. Je continue à la supplier de m’excuser mais toujours rien. J’essaye d’appeler mais ça coupe. C’est au bout du dixième appel qu’elle daigne me répondre. Si mes gars apprenaient ça, ils se moqueraient de moi. Mon égo.
_Allo, bonsoir.
_Re. Tu ne vois pas tous mes messages ? Non, c’est qui s’il vous plait ?
_A quoi tu joues Fran ?
_Ce n’est pas Fran Ambia. Je n’en connais pas. Je pense que vous vous êtes trompés de numéro. Clic.
La personne a coupé. Je reste ébahi devant le téléphone avant de relancer l’appel. On me dit que le numéro est incorrect. Saloperie de merde. Elle m’a bloqué. Je décide d’aller sur tous ses réseaux sociaux pour lui parler mais son profil n’apparaît pas. Elle m’a bloqué de partout. Je suis dans la merde. Je vais péter un plomb. Je réfléchis encore et encore mais aucune solution ne se présente à moi. Je décide de m’endormir et d’annuler tous les programmes que j’ai cette nuit avec les autres. Pas Fran-Ambia. Pas elle.
**********
Fran-Ambia.
On sort de la douche, et on aménage la chambre en dortoir. Dommage qu’Imane manque à l’appel. Je pense que ça aurait fait une bonne fin de soirée entre filles.
Tata est venue nous chercher à trois heures car il m’était impossible de dormir dans la même maison que mon frère. On rigole par rapport à ce qui vient de se passer. Johan ne sait pas que je suis une fille folle. Mon calme est un calme trompeur. Je ne sais pas m’enflammer car je pourrai commettre un crime donc on m’a appris à canaliser ma colère. Heureusement que tata Ibékélia (femme de tonton Enael) est là pour nous aider en tant que psychologue. Franck devrait peut-être y faire un tour mais comme leur affaire de génis là, personne ne peut gérer ça…
Il a appelé et c’est Divya qui a répondu et a joué le jeu de « tu t’es trompé de numéro ». C’est un trip entre nous lorsqu’on souhaite mettre fin à un lien. Quel qu’il soit.
Plus de Johan, next. Je vais peut-être aller trouver mon blanc en France. De toutes les façons, les relations et moi, c’est compliqué. J’ai l’impression que souvent, les esprits m’attachent. Un jour j’ai sorti à tonton Elio que je ne souhaitais pas être mêlée à leurs conneries et le regard noir qu’il m’a lancé m’a tout de suite calmée. « De toutes les façons Nani, ce n’est pas un choix. Si ça t’est imposé, tu l’acceptes et c’est tout », m’avait-il dit.
Erima : Divya, nous t’avons vue discuter avec un jeune homme ce soir mademoiselle. La barrière serait-elle en train de tomber ?
Elle : non pas du tout. Il était sympa mais bon, sans plus.
_Comment ça sans plus, répliquai-je ? Tu as un problème ?
Di : Pas du tout mais il n’y a rien eu de plus qu’une discussion.
_Oui, mais tu peux apprendre à le connaître.
Di : Non, je ne veux pas.
Erima : on doit t’emmener laver le corps. Tu as un problème qu’on ne comprend pas.
_Tu as peur des relations amoureuses ou quoi ?
Di : pas du tout.
Erima : tu as quelqu’un en vue ?
Di : lol, même pas. Je ne veux juste pas être en couple. Je suis jeune. Je me concentre sur le bac.
_Comme si tu étais la seule à passer le bac. Excuse nous.
Nous sommes parties dans un fou rire et on s’est charriée. Le week-end a tourné autour des discussions, des révisions et des conneries avec tata. La vie est belle. Tonton est revenu me chercher dimanche matin et on a passé la journée chez lui avant qu’il ne nous redépose le dimanche soir. Mais comme, on connaît notre tonton, il nous a d’abord fait la morale avant se nous ramener. C’est dans son salon, autour d’un verre et d’un repas avec tata Reine, qu’il nous a parlé.
Tonton : je m’en fous de savoir qui a raison ou qui a tort. Je n’ai pas besoin de savoir ce qui s’est passé ou se passe. Vous avez juste intérêt à vous reparler. Vous avez vu que chez nous, on ne connaît pas la division. Pas de dispute pour des conneries. Ambia, tu ne peux pas en vouloir à ton frère qi souhaite te protéger. Tu sais très bien dans quelle famille vous êtes et de qui vous descendez. Donc s’il ressent le besoin d’intervenir à certains moments, c’est que son instinct le lui demande. Lorsque nous ne sommes pas là, c’est lui qui a le devoir de te protéger. Alors, tu arrêtes de faire la gamine souvent et d’écouter ce qu’on te dit. De toutes les façons, on ne cessera de te le répéter. C’est lui l’homme. Même âge ou pas, il est quelque part, le plus grand.
Je l’écoutais et mon cœur se nouait. Je voulais pleurer. C’est toujours la même chose. Personne ne m’écoute. Je sais que personne n’avait dit à tonton qu’on s’était disputé. Il l’a deviné par ses dons. Dans cette famille, que peut-on cacher de toutes les façons ? il nous a ramené à la maison et moi je suis allée m’enfermer dans ma chambre. Je suis à bout. J’ai pleuré. Maman est venue me trouver sous mes draps, toute rouge de colère.
Elle m’a juste prise dans ses bras et je me suis calmée.
_C’est comme ça ma chérie. Dans la vie, il y a des choses qu’on ne choisit pas. Comme sa famille par exemple.
Puis on a rigolé car ça me fait penser à toutes ces fois où papa et elle se dispute à propos de sa famille. Tout tourne autour des Matendet. Tout.
Après je me suis endormie, comme un bébé.
Le lendemain, un réveil de bras enroulé autour de ma taille, et un parfum assez doux. Je me suis instinctivement glissé dans son cou et j’ai reniflé. Un vent de bonheur s’est dégagé. L’atmosphère était apaisée. J’ai souri en voyant son vieux visage.
_Tu peux tomber nase de moi comme ça Nani. L’inceste n’est pas acceptée dans notre famille.
Je rigole et je lui balance un coussin.
_Tu m’énerves.
_Je suis l’homme Nani, dit-il en rigolant. Donc c’est toi qui t’excuses d’abord pour m’avoir offensé.
_C’est toi qui m’a offensée Youyou. Bon, je m’excuse de ne pas t’avoir écouté mais d’avoir aussi menti concernant ma pseudo relation avec Johan.
_Hum, moi je m’excuse d’avoir été impulsif dans mes réactions.
_Comme d’habitude monsieur comme ses pères. On m’épousera un jour tu sais.
_Il devra me passer sur le corps Nani. Tu m’appartiens.
_Pardon gère tes dossiers tranquillement.
_Tu me pardonnes ?
_Oui mon Youyou d’amour.
_Arrête de m’appeler comme ça. Tu peux me faire rater des relations.
_Lesquelles ? J’espère que ta Amalia sait que quand j’arrive en France, la relation prend fin.
_Nani…. ?
_Oui Youyou.
_Pas ça s’il te plait. Je te connais.
_Je resterai tranquille si tu me laisses tranquille, promis.
_Hum, Divya va bien ?
_Pourquoi cette question ?
Il ne répond pas et me fait un câlin qui me fait oublier la conversation. Mon frère c’est le meilleur du monde mondial.
*********
Un mois plus tard.
Divya Revignet.
Je stresse. Je n’ai pas confiance. Je ne sais plus où donner de la tête. Les résultats du baccalauréat c’est dans quelques heures. Les épreuves de philosophie et anglais qui ont les plus gros coefficients me font douter. Je ne peux me prononcer.
J’entends mes petites sœurs qui courent de partout. Tout me stresse, tout m’énerve. Les filles ne cessent d’écrire dans le groupe mais je désactive mes notifications et essaye de penser à autre chose.
Je mets de la musique et je me détends un peu. Maman qui est au travail m’appelle toutes les minutes. Elle pense que je vais me suicider ou quoi ? Rire.
A l’heure du déjeuner, je mange mais très peu. Je n’arrive à rien depuis ce matin. A 14 heures, les filles arrivent et on perd du temps en attendant 16 heures pour démarrer.
Le chauffeur nous emmène à Blaise et on arrive devant le portail qui est encore fermé. On stresse et on voit certains crier qu’ils ont déjà le bac. Ce sont els surveillants qui leur souffle les résultats. Comme à leur habitude, les gens de l’administration s’amusent à ouvrir et fermer le portail pour nous stresser.
C’est à 18 heures moins que le portail s’est ouvert. Tous les élèves se sont dirigés vers les tableaux prévus pour leur série. Ils criaient de partout. Je vois les scientifiques qui commencent à crier. J’ai l’impression de perdre toutes mes facultés. Je n’arrive plus à bouger. C’était tellement difficile que les deux premières fois je ne vois pas mon nom. Mon cerveau me lâche. Claudia et Elina viennent me sauter dessus en disant on a le bac. On s’en va. Elles me tirent et je ne réalise pas. Les autres de la bande, y compris les garçons de Es et S viennent se joindre à nous et on saute comme des malades.
On récupère nos dossiers et tous nos parents nous demandent de se rendre chez les Matendet. La fête ce soir se passera de ce côté.
On se fait tous des câlins mais j’évite Franck car malgré le temps qui passe, on ne s’est toujours pas reparlé. On monte dans les voitures et on va chez les Matendet.
Tous les parents y sont, avec nos frères et sœurs ainsi que les oncles et tantes. C’est là qu’on réalise qu’ils se sont préparés depuis longtemps. Les champagnes à gogo, la nourriture à gogo et tout est sans limites. Qui peut nous arrêter ?
Les félicitations fusent de partout. Les parents nous font des discours d’encouragement et on les laisse. On va se mettre autour de la piscine et on réalise. Chacun fait déjà ses projections pour ce qui va suivre. Je me sens libérée, je me sens apaisée. Je me sens bien. Mes pensées s’envolent vers mon papa qui n’est malheureusement pas encore rentré de voyage. Son appel m’a touché et il était ému. En même temps, mon frère et moi venons d’avoir le bac. Que demander de plus ?
L’indépendance est là. La nouvelle vie, les nouveaux problèmes et surtout de nouveaux horizons. Mais sommes-nous vraiment prêts à vivre tout ce qui suivra ? Sommes-nous vraiment préparés ? Je ne pense pas. Seuls l’avenir nous dira.
Je me mets dans mon coin car je suis nostalgique. Je ne comprends pas mais ça m’arrive souvent. C’est dur de ne pas pouvoir mettre des mots sur certaines émotions que je ressens.
Je sais qu’en rentrant, je vais m’enfermer dans la chambre et mieux m’exprimer. Mieux exprimer ma joie, mon ressenti. Je vais ouvrir ce cahier que je cache depuis l’âge de douze ans. Tous mes écrits y sont. Je me suis découvert cette passion que seule moi connais. Tous mes secrets y sont. Mais personne ne sait que j’aime écrire. Que c’est ma façon à moi de parler, de m’exprimer.
Pour tout le monde je suis réservée, je suis bloquée, je suis coincée mais comment leur expliquer que je n’aime pas la personne que je suis ? Comment leur expliquer que je n’arrive pas à extérioriser tout ce qui est en moi ? Comment leur faire comprendre que ma possessivité a une essence ? Que tout ce qui se passe en moi est la suite logique de l’histoire de ma vie ?
Et d’ailleurs, qui me comprendrait ? On me jugera ou on aura sûrement pitié de moi. Et c’est tout ce que je ne veux pas.
Imane me surprend par derrière et me fait un gros câlin.
_Tu vas bien mon sucre ?
_Oui, contente d’avoir eu ce bac.
_Moi aussi, tu t’imagines ? On s’en va. En plus on sera tous dans le même pays.
_Oui, trop contente. On a de la chance. A nous la nouvelle vie, de nouvelles découvertes et peut-être l’amour.
_A nous, mon sucre lui répondis-je. A nous.
J’ai été acceptée à Toulouse, comme Fran Ambia. Je suis trop contente. Imane sera à Lyon. Ce n’est vraiment pas les trains qu’ils manquent. On se verra toutes. Personne ne va dans le Nord, même pas les garçons. Quelle extase !
Je m’éloigne pour rappeler ma mamie et parler avec elle. A la fin, Matendet garçon se retrouve derrière moi.
_Félicitations pour ton baccalauréat Divya.
_Merci. A toi aussi.
_Il serait peut-être temps de discuter, tu ne trouves pas ?
_On n’ a rien à se dire Franck Ayilé.
_Moi, j’ai des choses à te dire.
_J’ai peut-être laissé ma colère dépasser ma pensée. Je suis désolé.
_La prochaine fois, tu apprendras à la contrôler.
_Tu comptes me faire la tête longtemps ?
_Non, je compte ne pas m’occuper de toi.
J’ai tourné mes talons et je suis partie. Maman m’a proposé de dormir chez Fran mais je ne voulais pas. J’avais besoin d’être seule. Stéphane est resté là bas.
Après avoir pris une bonne douche froide, je me suis allongée. J’ai peut-être abusé du champagne. JE commence à somnoler et mon téléphone signale un message :
« Je suis désolé si je t’ai vexé. Je m’excuse pour les paroles prononcées. Nous sommes des amis. Je ne peux pas accepter que nous restions en froid après un tel événement. JE veux que nous sortions prendre un verre tous les deux. Et rien que tous les deux. Je veux me rattraper. Je te fais plein de câlins comme tu les aimes. Bisous ma Didi »
Je ne réponds pas, parce que moi Revignet, je ne suis pas n’importe qui.
Je prends mon journal et j’écris : « Cher Journal, tu ne devineras jamais ce qui se passe ce soir. Franck Ayilé, le grand des grands vient de m’inviter à sortir pour se faire pardonner ».
Je le ferme et je m’endors, sereine comme l’autre…..
