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CHAPITRE 2 — La signature

Elle baissa les yeux et signa.

Le stylo glissa sur le papier avec un crissement sec. Son prénom apparut, tracé d'une main nerveuse. Le nom de jeune fille suivit. Elle appuya trop fort ; la pointe faillit déchirer la page.

— Bien, murmura Me Leblanc.

Armand signa à son tour. D'un geste ample, rapide, sans lire. Il avait toujours eu cette assurance, cette façon de s'approprier les choses sans les examiner, comme s'il savait déjà que tout finirait par lui appartenir. Même un acte de divorce.

— Voilà, dit-il en reposant le stylo. C'est réglé.

Il se leva. Le fauteuil de cuir émit un grincement bref. Éléonore resta assise, le regard fixé sur la page où l'encre noire dessinait déjà la fin de son mariage.

— Je te laisse le temps de récupérer tes affaires, ajouta-t-il en ajustant son col. Demain, ce serait bien que l'appartement soit vide.

Elle ne répondit pas. Elle regardait le notaire ranger les documents, tamponner les pages, glisser le tout dans une enveloppe. Des gestes administratifs. Froids. Ce qui avait été sa vie se réduisait à cela : une enveloppe.

Armand contourna la table. Il passa derrière elle. Elle sentit son parfum — un mélange de bois de santal et de cuir — s'engouffrer dans ses narines. Ce parfum qui l'avait séduite autrefois, qui l'avait fait se sentir en sécurité dans des rues sombres, qui avait imprégné les draps du lit conjugal. Aujourd'hui, il lui soulevait le cœur.

— Ah, et une dernière chose, dit-il en s'arrêtant près de la porte.

Elle leva les yeux. Il la regardait par-dessus son épaule, le sourire un peu plus large, les yeux un peu plus brillants.

— Merci de ne pas pleurer en sortant. Ce serait pathétique.

La porte claqua.

Éléonore resta seule dans le bureau du notaire. Le silence retomba, lourd, écrasant. Le notaire ne disait rien. L'assistant non plus. Ils attendaient qu'elle parte. Qu'elle quitte la scène de son propre anéantissement pour qu'ils puissent reprendre le cours normal de leur journée.

Elle se leva. Ses jambes tremblaient si fort qu'elle dut s'appuyer sur le bord de la table. Le monde tanguait légèrement. Elle enfila son manteau avec des gestes lents de vieille femme, attrapa son sac, et sortit.

Le froid de novembre la gifla. Elle vacilla sur le trottoir, les yeux brouillés de larmes qu'elle refusait de laisser couler. La voiture d'Armand — une berline noire étincelante — quittait déjà le parking dans un vrombissement de moteur. Il ne lui accorda pas un regard. Pas même un signe dans le rétroviseur.

Elle resta plantée là, au milieu des feuilles mortes qui tourbillonnaient sur le pavé. Les passants la contournaient sans la voir. Des bus grondaient au loin. Les vitrines allumaient leurs néons blafards. La ville continuait de battre, indifférente à la femme qui venait de signer l'arrêt de mort de son passé.

Puis son portable vibra.

Elle sursauta. Elle chercha l'appareil au fond de son sac, les doigts engourdis. Un message s'afficha, provenant d'un numéro inconnu.

« Un jour, il rampera devant toi. »

Elle fixa l'écran. Son sang se glaça. Elle regarda autour d'elle, affolée. Personne. Les trottoirs grouillaient d'inconnus pressés. N'importe qui aurait pu envoyer ce message. N'importe qui.

— Qui êtes-vous ? murmura-t-elle.

Personne ne répondit.

Elle resta là, dans le froid, le portable serré dans la main. Le message clignotait, minuscule lueur dans la grisaille.

Éléonore ne le savait pas encore, mais cette phrase — cette promesse glacée venue de nulle part — serait la première pierre d'une renaissance que personne, surtout pas Armand, n'aurait pu prédire.

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