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(POINT DE VUE : ANTONIO)
— Salut ! Je m’appelle Sadie et je serai ta serveuse aujourd’hui.
Je lève les yeux de mon menu et je remarque une serveuse très souriante et pleine d’énergie.
— Qu’est-ce que je peux vous servir à boire ? demande-t-elle, l’air pétillant.
— Je vais prendre un Pepsi, et deux laits au chocolat pour les filles.
— Notre maman est à l’hôpital, lui dit Gabriella.
— Elle l’est ? J’espère qu’elle ira bien, répond-elle.
Elle s’agenouille, prend un crayon et dessine un cœur sur son carnet.
— Moi aussi je veux un cœur, dit Isabella en lui tendant un crayon.
Sadie me regarde en dessinant un cœur sur le papier d’Isabella, et elle voit que je suis ailleurs.
— Tu es prêt à commander ou tu as besoin de quelques minutes de plus ? demande-t-elle en me regardant avec inquiétude.
— Désolé, je pense qu’on va avoir besoin de quelques minutes de plus, mon esprit n’est pas tout à fait ici en ce moment. On vient de quitter l’hôpital et on a appris plus tôt que ma femme a un cancer en phase terminale, dis-je en posant mon menton sur ma main, mon coude appuyé sur la table, tout en regardant le menu.
— Bien sûr, dit-elle en regardant les jumelles avec tristesse dans les yeux.
Après qu’on ait commandé notre nourriture et mangé, Sadie revient vers notre table pour discuter un peu avec nous, essayant visiblement de nous remonter le moral. Je reste assis tranquillement, observant comment les filles interagissent avec elle, appréciant la douceur et l’attention qu’elle leur porte. Je vois bien que mes filles l’aiment beaucoup, surtout quand elles ne cessent de lui demander de venir jouer avec elles.
Je décide alors de lui faire une proposition qu’elle ne pourra pas refuser.
— J’ai une question pour toi… dis-je en sortant mon portefeuille de ma poche arrière.
— Quelle question ? demande-t-elle curieusement, en hochant la tête.
— Comment tu te sentirais à devenir la nounou attitrée de mes filles ? Quelqu’un qui pourrait aussi nous aider pour la cuisine et le ménage ?
Elle reste surprise par ma proposition et ne sait pas quoi dire.
— Oh… je ne sais pas ? dit-elle en regardant les filles.
— Je te paierai vingt mille dollars par mois, avec logement et repas inclus.
— Vingt mille dollars ?! répète Sadie, choquée. Sérieusement ?
— Tu voudrais plus que ça ? demandé-je en haussant un sourcil.
— Non non, vingt mille, c’est déjà énorme. Mais… pourquoi moi ? demande-t-elle, confuse.
Elle couvre sa bouche de sa main, encore sous le choc de ma proposition.
— Je cherche une nounou depuis des mois, et les filles n’ont aimé aucune des femmes qu’on a interviewées. Il semble qu’elles t’aient adoptée ce soir, et après t’avoir vue avec elles, je comprends pourquoi, dis-je en essayant de sourire.
Elle regarde les filles, qui lui lancent de grands sourires, puis elle se retourne vers moi.
— Hmmm…
— T’es vraiment jolie, dit Isabella à Sadie en se dandinant sur la banquette.
— Ohhh, merci beaucoup. Vous êtes toutes les deux très jolies aussi, répond Sadie en glissant doucement un doigt sur la joue d’Isabella.
Je sors une carte de visite de mon portefeuille et la tends à Sadie. Elle la prend et la regarde.
— Réfléchis-y. Mon numéro de portable est écrit au dos, lui dis-je, l’air désespéré.
— D’accord, je vais y penser, dit-elle en souriant tout en me tendant l’addition, puis elle s’éloigne.
J’ouvre la facture et je remarque que le repas est offert, je ne dois rien. Ce geste me touche, mais je ne me sens pas à l’aise avec ça, alors je laisse un billet de cent dollars avec une note écrite dessus.
Merci pour le repas gratuit, tu n’étais pas obligée de faire ça. C’était très attentionné de ta part. Réfléchis à mon offre. ~ Antonio
Je referme le carnet de la facture et le garde en main.
— Allez les filles, on rentre à la maison, leur dis-je en me levant.
Sadie passe à côté de moi, et je l’arrête pour lui tendre le carnet.
— Merci.
— De rien.
On se dirige vers la sortie, s’arrêtant pour prendre un ballon pour chacune des filles, comme je leur ai promis. Je les ramène à la maison et je joue à la poupée avec elles un moment. Pendant tout ce temps, je ne cesse de penser à Harlow, à combien elle doit avoir peur, seule dans sa chambre d’hôpital, et à quel point j’aimerais être avec elle.
Je me rends compte qu’il est déjà vingt heures, bien après l’heure du coucher. Je rassemble les filles, leur donne un bain rapide, leur lis une histoire et les couche.
— Maman sera à la maison dans quelques jours, dis-je en les embrassant sur le front.
Je me dirige vers la porte et me retourne pour les regarder, le cœur serré pour elles.
— Bonne nuit.
J’éteins la lumière et je ferme la porte à moitié.
Je redescends et je décide d’appeler Harlow pour prendre de ses nouvelles. Comme elle ne répond pas à son portable, j’appelle l’hôpital et je parle à son infirmière. Elle m’explique qu’Harlow souffre beaucoup, mais qu’elle lui a administré des médicaments qui l’ont aidée à s’endormir. Elle m’informe aussi qu’Harlow lui a caché ses symptômes depuis des mois, qu’elle souffre énormément, et qu’elle ne voulait pas que je m’inquiète pour elle ni que les filles la voient dans cet état.
