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Chapitre 1
-Bonjour beau gosse, moi c’est Sandra, et toi ?
Je tourne la tête et tombe sur une belle jeune fille qui me regarde avec des yeux amoureux. Elle porte ce que je crois être une robe, mais qui ne cache pas grand-chose de son anatomie. Assise comme moi sur l’une des chaises hautes du bar de cette discothèque populaire d’Abidjan, elle a croisé ses longues jambes dorées et je peux apercevoir un petit triangle blanc sous sa robe. Décidément, elle est prête à me prendre dans ses filets.
-Alexandre.
-Je peux t’appeler Alex ?
Tout le monde m’appelle ainsi alors qu’elle ne se gêne surtout pas. Elle dégage un parfum fruité bon marché. Ses hauts talons semblent avoir connu des jours meilleurs. Quant à ses cheveux, ce sont de longues mèches noires ondulées qui lui descendent jusqu’aux hanches. Son teint est très clair, et dans la pénombre de cette boite de nuit, l’on peut se méprendre sur son authenticité. Pourtant, lorsqu’elle tend sa main pour prendre le verre de vin qu’elle a commandé, je peux apercevoir des traces noires au niveau de ces phalanges. Elle aurait pu me plaire, si elle était naturelle. Selon mes amis, il n’y a plus de femmes noires à Abidjan ; toutes rejettent leur peau d’ébène en se mettant en danger pour avoir le teint de ces stars américaines qu’elles adulent parmi lesquelles figurent en tête de liste Kim Kardashian.
Pourtant, même si physiquement j’ai connu mieux, je me dis que je peux bien terminer la nuit avec elle. Son décolleté est tellement plongeant que je n’ai pas besoin de me pencher pour voir la naissance de ses seins. Ah les ivoiriennes ! Sans lui dire un mot, je laisse trois billets de 10.000 francs sur le bar et me lève. Elle comprend ce que j’attends d’elle, et me suis, elle aussi sans broncher. Nous nous faufilons entre les différents fêtards qui, non fatigués d’avoir fait la fête toute la nuit, se trémoussent encore sur la piste de danse.
Lorsque nous sortons du « Dancing Place » — nom de la boite de nuit — c’est une pluie orageuse qui nous accueille. Nous courrons jusqu’à ma voiture. Je vois qu’elle peine à suivre le rythme avec ses talons aiguilles mais ne fais rien pour l’aider. Je déverrouille ma Qashqai grise rapidement et m’introduis, suivie par la prétendue Sandra. Elle est trempée de la tête aux pieds, et dans la pénombre je peux voir que sa robe, qui déjà est moulante, laisse maintenant entrevoir ses dessous. Ça sera du tout cuit avec celle-là, me dis-je en démarrant. Nous quittons le parking en silence.
Sandra essaie de faire la conversation, mais je n’ai pas vraiment envie de parler avec elle. Je ne discute pas avec les putes. Je couche avec elle et c’est tout. Elle pose sa main sur ma cuisse, et tous mes muscles se contractent. Tout à l’heure, toute son assurance la quittera, car c’est moi qui vais commander. Je vais la faire pleurer de plaisir et elle en redemandera encore.
Après dix minutes de route, je me gare devant une grande bâtisse. Sur une enseigne lumineuse il est écrit : « Ivoire Hôtel ». Je l’invite à descendre.
-On ne va pas chez toi ?
Lol. Elle croyait vraiment que j’allais la faire entrer chez moi, dans mon antre, ma grotte, mon repère ? Quelle naïveté ! Aucune femme n’a le droit d’entrer chez moi, et aucune n’y a mis les pieds depuis … Bref. Je chasse de mon esprit ces pensées qui veulent se faufiler et me refocalise sur Sandra.
-Descends, je lui dis simplement.
Elle parait surprise par la dureté de ma voix mais obéît. Nous entrons dans l’hôtel qui est un endroit très luxueux. De grands luminaires accrochés au plafond éclaire la salle et illumine le sol marbré. La décoration est raffinée. Des tableaux représentants divers endroits touristiques de la Côte d’Ivoire sont accrochés aux murs peints en beige et rouge. Elle devrait s’estimer heureuse que je l’emmène dans un endroit pareil. Je peux parier qu’aucun de ses clients n’a pu lui faire une telle faveur.
Lorsque le réceptionniste me voit, il me gratifie d’un large sourire :
-Bonsoir Monsieur Princeton.
-Bonsoir Charles. Comme d’habitude.
-Entendu.
En un temps record, il me donne une carte portant le numéro 24. La même depuis toujours. Nous nous dirigeons vers l’ascenseur qui est déraisonnablement spacieux, et montons jusqu’au 10e étage. A peine avons-nous mis les pieds dans cette chambre que je prends Sandra par la taille et commence à l’embrasser. Elle essaie de me repousser mais je tiens ferme. Elle finit par se laisser faire et répond à mon baiser.
Pourtant, entre deux souffles, elle me chuchote : « Je veux prendre une douche d’abord. » Je la lâche et elle court dans la salle de bain. Seul, j’enlève ma cravate, puis ma veste, déboutonne ma chemise et ôte mes chaussures. Je me serre une coupe de champagne et la boit d’un trait. Je fouille ensuite dans mes poches et prends mon téléphone. Deux messages de maman. Je la rappellerai demain. J’avance lentement vers la baie vitrée, une main dans ma poche, l’autre tenant toujours la coupe de champagne. La position de la chambre me permet de voir toute la ville, qui brille de mille feux. Abidjan ville lumière, disent-ils. Je suis surpris dans ma contemplation de la capitale par une personne qui m’enlace par l’arrière. Je me retourne et tombe sur une Sandra nue. Son corps est encore mouillé et chaud. A la lumière et sans maquillage, elle est beaucoup moins belle mais a des formes là où il faut, et c’est tout ce qui compte pour moi.
Comme des affamés, nous commençons à nous embrasser, et sans autre forme de procès, nous passons le reste de la nuit à visiter chaque pièce de la suite avec nos ébats. Sandra est bonne, et cela me donne d’avantage de l’énergie. Nous passons une bonne heure à assouvir nos désirs respectifs, avant de nous écrouler sur le grand lit moelleux. Automatiquement, Sandra passe la main autour de ma taille mais la repousse violemment et sort du lit, en direction de la salle de bains.
-Mais … mais qu’est-ce qu’il y a ?
Pour toute réponse, je lui claque la porte au nez. Je prends une douche rapide et sors. Lorsque je reviens dans la chambre, Sandra ne dort pas. Au contraire elle est assise, le drap enroulé autour de la taille.
Lorsqu’elle voit que je commence à m’habiller, elle dit :
-Tu t’en vas déjà ? Je croyais qu’on allait rester au lit toute la journée.
Je me retiens pour ne pas éclater de rire. Comme ces filles peuvent-être naïves parfois. Moi, Georges-Alexandre Princeton, passer la journée avec cette fille là ? La bonne blague. Je sors de ma poche une liasse de billets et les pose à son chevet. Avec ça, elle pourra se consoler. Il ne doit pas avoir moins de 100.000 francs CFA.
-C’est quoi ça ?
-De l’argent, ça ne se voit pas ?
-Mais … tu me prends pour qui ? Je ne suis pas une prostituée !
-Pourtant tu couches bien le premier soir, non ? Sans même me connaitre. S’il te plait, prends cet argent et tais-toi !
Je lui dis tout ceci en la regardant dans les yeux, ce qui l’énerve d’avantage. Elle semble offusquée par mon geste. Peut-être qu’elle dit la vérité ?
-Je ne suis pas une pute, merde ! Je suis une fille bien, tu m’as plu et je croyais …
-Qu’on allait se marier et avoir beaucoup d’enfants ? Dis-je en éclatant de rire.
C’est à chaque fois la même chose. Je rencontre une fille en boite, je l’emmène ici, et elle croit qu’on est fait l’un pour l’autre. Est-ce à cause de ma voiture, de mon argent ou de mon teint métissé qu’elles sont aussi « folles » de moi ? Surement. J’ai entendu dire que les ivoiriennes aiment les métis, voire les blancs. Pauvres d’elles. Si elles savaient réellement qui j’étais, elles prendraient toutes leurs jambes à leur cou. Enfin bref.
Je laisse Sandra faire des protestations dans mon dos et je sors de la chambre. Je salue d’un signe de tête Charles et me dirige vers ma voiture en allumant une cigarette. La pluie n’a pas cessé de tomber. Je démarre en trombe en direction de la Riviera. Il est bientôt six heures du matin et le soleil se lève peu à peu sur Abidjan. Les rues encore vides, et pas totalement éclairées. Je roule à vive allure sur le pont Félix Houphouët Boigny pendant qu’Arafat DJ chante « Jonathan » dans le lecteur MP3. Un classique.
« Jonathan éééééééh Jonathan ! Malélo Mamziki ! Malélooo Mamziki ! »
Je bouge la tête en chantonnant. La chaussée est pleine d’eau, mais cela ne m’empêche pas de rouler à vive allure. J’ai hâte de rentrer chez moi et de me mettre au lit. J’ai sommeil.
A un moment, je perds le contrôle du volant et frôle le trottoir. A cet instant, mes pneus balaient un filet d’eau qui stagnait et qui s’écrase sur le trottoir. Heureusement qu’il n’y avait personne là, sinon je lui aurai donné une sacrée douche. Pourtant, en regardant mon rétroviseur, il me semble apercevoir une forme.
« Non, Alex, tu es juste fatigué », me dis-je. Je continue ma conduite sur une vingtaine de mètres avant de faire marche arrière. Je veux en avoir le cœur net. S’il y avait quelqu’un, je veux bien m’excuser, et si possible, lui donner de l’argent. L’argent résout tout.
Arrivé à l’endroit précis, je me félicite d’être revenu. Il y avait bien quelqu’un, et cette personne est immobile. J’espère que je ne lui ai pas fait de mal ! Je gare et descends précipitamment de la voiture. C’est avec surprise que je tombe sur … une femme. Elle est frêle et tellement affaiblie que lorsque je m’approche d’elle, elle se laisse tomber dans mes bras. Je la regarde de plus près et remarque qu’elle est enceinte.
-Mais bon sang, que faites-vous là, à une heure pareille, et sous la pluie ?!
Elle ne répond, mais se contente de gémir.
-Madame, vous m’entendez ?
Toujours pas de réponse. Cette fois, ses yeux se ferment et son corps est pris de convulsions. Merde ! Je la soulève immédiatement et la pose sur la banquette arrière de ma voiture. Je monte rapidement à ma place et démarre en trompe. Direction la PISAM (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie). De temps en temps, je lui jette un coup d’œil. Elle est toujours inconsciente. J’espère que je ne l’ai pas heurtée.
Cinq minutes plus tard, j’arrive à l’hôpital, et cours chercher quelqu’un. Un groupe de quatre infirmiers arrive muni d’un brancard. Ils la posent dessus et se dirigent vers la salle d’opération. A mesure que nous nous approchons du bâtiment, la lumière éclaire son visage.
-Merde !
Ce que je vois me glace le sang. Elle porte une sorte de robe en pagne sans manche et beaucoup trop grande pour son corps mince. Plusieurs endroits de son corps sont remplis de bleus. Son œil par exemple est enflé, et sa lèvre inférieure fendue. Plusieurs questions se bousculent dans ma tête. Purée, qui est cette femme et que faisait-elle là ? Mais surtout, qui a bien pu lui faire autant de mal ?
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On aime et on commente !
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With love,
Esther
