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Chapitre 3 – À huis clos

Mila

Ses doigts s’attardent sur ma hanche. Juste un instant. Puis il s’éloigne d’un pas.

— Retournez à l’arrière. J’ai besoin d’un œil dans la cabine de pilotage. L’équipage se coordonne mal, et j’ai pas envie qu’on perde le nord ce soir.

Il dit ça comme s’il parlait de navigation.

Mais sa voix...

Elle est plus rauque.

Moins en contrôle.

Je me redresse. Nos regards se croisent. Longs. Silencieux. Je veux lui dire quelque chose. Je ne sais pas quoi. Que je brûle ? Que je le sens faillir ? Que je suis prête à tomber, si c’est lui qui me rattrape ?

Mais je reste droite.

— Reçu, commandant.

Je pivote lentement et m’éloigne. Mes pas résonnent dans le couloir comme un battement de tambour.

Je sens son regard sur moi jusqu’à la dernière seconde.

Et ce que j’ai lu dans ses yeux, ce que j’ai senti dans ses bras...

Ce n’était pas du contrôle.

C’était un dérapage.

Un souffle de désir.

Une faille.

Et moi, Mila Rives,

je suis prête à m’y engouffrer.

3h12 – Cockpit – Vol 438 – Altitude de croisière

Je frappe deux coups secs contre la porte blindée.

– C’est Mila.

Un déclic métallique, puis la porte coulisse. J’entre.

L’air du cockpit est plus sec, plus dense, saturé d’écrans lumineux, de bips sourds, de tension. Tout ici est calculé, calibré, parfaitement silencieux. Un monde réduit à des boutons, des chiffres, des directions. Tout sauf lui.

Nolan.

Assis dans son fauteuil, légèrement incliné, une main posée sur le manche, l’autre sur l’accoudoir. Son visage est à demi tourné vers moi. L’autre pilote, concentré, ne dit rien. Je le salue d’un simple hochement de tête avant que Nolan ne prenne la parole.

– Rejoins-moi là, murmure-t-il en désignant la petite banquette latérale d’un mouvement de tête.

Je m’y installe sans un mot. Mon dos touche le cuir tendu, froid, mais mes paumes sont moites. J’ai l’impression d’être piégée dans un bocal, une tension suspendue entre deux battements de cœur. Mon uniforme me colle à la peau. Mes jambes se frôlent. Mes cuisses se crispent sous la tension accumulée depuis l’incident.

J’entends la porte se verrouiller derrière moi.

Le claquement du loquet résonne comme un écho dans ma cage thoracique.

Il ne se retourne pas tout de suite. Il regarde droit devant lui, concentré. Puis, doucement, comme s’il décrochait de sa ligne d’horizon, il pivote vers moi. Son regard m’enveloppe. Calme. Brûlant. Tranchant.

— Merci pour ta réactivité tout à l’heure.

Je hoche légèrement la tête.

— Je fais mon travail.

Il esquisse un sourire en coin. Ce genre de sourire qui n’atteint pas les lèvres. Un pli à peine visible. Un glissement d’intention.

— Tu fais plus que ça.

Je baisse un instant les yeux, les replie sur mes genoux. Je déteste sentir mon sang battre si fort sous ma peau. Mais je lève la tête. Lentement. Je veux qu’il voie que je ne fuis pas. Même si je suis au bord de l’implosion.

— Pourquoi m’avoir fait venir ici, commandant ? Une vérification ? Un rapport ?

Il ne répond pas tout de suite. Il soutient mon regard.

— Parce que j’avais besoin de vérifier quelque chose.

Il se lève, très lentement, comme un prédateur qui se détache de l’ombre.

Mon cœur s’emballe, mais je ne bouge pas.

— Je voulais savoir… si tu allais obéir jusqu’au bout.

Je me tends. Le ton est bas, posé. Mais ce qu’il dit, lui, n’a plus rien de professionnel.

— Tu crois que je n’ai rien vu ? Depuis l’aéroport. Depuis le moment où t’as levé les yeux vers moi comme si t’étais déjà prête à tomber. Chaque fois que tu t’es approchée. Chaque fois que tu t’es éloignée juste assez.

Il s’avance. Il ne parle plus fort, mais sa voix vibre. Un grondement de contrôle, de désir maîtrisé. Il est debout face à moi, dominant, son torse juste au-dessus de mes yeux.

— Tu veux jouer, Mila ? Alors arrête de mentir.

Mon cœur cogne contre ma poitrine.

Mais je tiens bon.

— Et vous ? Vous ne jouez pas peut-être ? À frôler sans jamais effleurer, à prétendre ne rien voir alors que vous m’observez depuis le premier instant.

Son visage se ferme.

— Je ne joue jamais.

Sa main effleure la paroi du cockpit. Il se penche. Trop près. Je sens la chaleur de son corps, le poids de sa volonté, la violence de tout ce qu’il retient. Son genou touche presque le mien. Il sent ma respiration trembler.

Il chuchote, tout près :

— Tu veux que je dise les choses ? Que je te dise ce que je retiens depuis trois heures ?

Que je t’ordonne de te lever ?

De me faire face ?

De m’avouer à quel point t’es mouillée en ce moment ?

De te plaquer contre cette foutue porte et de t’apprendre ce que ça fait de perdre le contrôle pour de bon ?

Mon souffle s’arrête.

Je ne suis plus qu’un corps qui brûle.

Il ne m’a pas touchée.

Mais c’est pire.

Je le regarde, bouche entrouverte. J’ai chaud. J’ai honte d’avoir si envie. Mes cuisses s’humidifient dans l’uniforme. Je sens chaque battement de mon sang pulser entre mes jambes.

Il me regarde.

Et il recule.

Un pas. Puis deux.

Il détourne les yeux, violemment. Comme s’il s’arrachait à quelque chose de trop fort. Il se rassied. Reprend sa place face aux commandes. Son dos est droit. Tendu. Froid.

Il ne dit plus rien.

Je me lève.

Chaque mouvement est un effort. Comme si mon corps refusait de le quitter. Ma main tremble en allant vers la poignée de la porte.

Mais avant d’ouvrir, je souffle :

— On est déjà en train de tomber, commandant.

Je sens son corps se raidir.

Et je sors.

Je referme la porte derrière moi.

Le couloir me paraît irréel. Trop large. Trop vide. Mes jambes flanchent presque. Je m’adosse contre la cloison quelques secondes. Ferme les yeux.

J’ai vu la faille.

Je l’ai sentie.

Et si je pousse encore un peu… c’est lui qui va céder.

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