Bibliothèque
Français
Chapitres
Paramètres

Chapitre 2

PDV de Daphnée

L’école primaire était séparée dans 2 bâtiments différents, l’un était en contrebas avec la cour qui donnait sur une ruelle et accueillait les classes du CP au CE2. Le deuxième surplombait le premier avec une sortie sur la rue principale et accueillait bien évidemment les classes de CM1 et CM2. Avant les grandes vacances scolaires, l’enseignant, qui s’était occupé de moi en CE2, a expliqué ma situation à 1 des 2 enseignantes de CM1 avec qui je devais être l’année suivante logiquement. Seulement, je suis tombée sur l’autre enseignante à qui on n’avait pas relayé l’information et qui m’a prise en grippe dès la rentrée scolaire.

PDV de Perrine

« Bonjour, je suis la maman de Daphnée, vous souhaitiez me rencontrer ? »

« Bonjour, je suis Madame DUPONT. Oui effectivement. Nous avons repris la classe depuis 3 semaines et je souhaitais effectivement vous rencontrer pour vous parler de Daphnée. Elle a beaucoup trop de difficultés à écrire pour pouvoir continuer dans les années à venir à suivre une scolarité dans notre établissement. Je ne peux pas me permettre de faire la secrétaire de Daphnée alors que j’ai les autres élèves à gérer aussi. »

« Je comprends bien votre situation mais l’enseignant de l’année dernière m’avait dit qu’il avait parlé de Daphnée avec vous et surtout de ses problèmes de santé. Du coup, je ne comprends pas pourquoi cela pose des problèmes maintenant ? » dis-je déconcertée.

« Je ne sais pas à qui il a parlé mais ce n’est pas à moi. Daphnée est trop lente à l’écriture et un peu trop fainéante à mon avis aussi. Elle va devoir se débrouiller toute seule et accélérer le rythme ou alors elle ne pourra pas passer en CM2 l’année prochaine. » répond-elle indifférente.

« Ma fille, fainéante ?? Ça se voit que vous ne la connaissez pas et que vous n’essayez même pas. Et puis, attendez, ça fait seulement 3 semaines que la rentrée scolaire a commencé et vous me parlez déjà de l’année prochaine ?? » m’énerve-je.

« Madame, calmez-vous s’il vous plaît !! Je sais que c’est difficile à entendre mais je me dois de vous en informer pour que vous ne soyez pas surprise le moment venu. Quant à votre fille, il est vrai que je ne la connais pas encore très bien. Cependant, votre fille a des problèmes de santé qui ne sont pas compatibles avec une scolarité « classique » ! Vous devriez peut-être envisager de vous rapprocher d’établissements spécialisés pour la suite de sa scolarité. Il y en a un pas très loin d’ici, comment s’appelle-t-il déjà ? »

« Je le connais déjà… Elle est suivie là-bas pour sa rééducation tous les mercredis. »

« Oh très bien !!! Je ne peux que vous conseiller de prendre contact avec eux pour connaître leurs avis sur la situation de votre fille… »

« Très bien merci pour toutes ces informations. Au revoir !! »

Sentant la colère montée, je sors de la salle de classe avant même que la maitresse ait le temps de me dire au revoir et récupère Noa et Daphnée dans la cour avant de rentrer à la maison.

PDV de Daphnée

J’ai rarement vu Maman comme ça jusqu’à maintenant et j’ai bien compris que le rendez-vous avec ma maîtresse ne s’était pas bien passé. Cependant, je n’ai pas osé lui demander quoi que ce soit. Le trajet de retour jusqu’à la maison n’a duré que 5 minutes et était des plus silencieux. J’ai senti que Maman était encore un peu en colère en arrivant à la maison. Même Noa du haut de ses 6 ans a dû sentir que ce n’était pas le moment de faire ou dire quoi ce soit. J’avais eu de la chance jusqu’à ce moment-là d’avoir des enseignants qui se souciaient de mon bien-être et qu’ils aient eu la gentillesse et l’attention nécessaire pour m’aider. Malheureusement, ma chance a commencé à tourner inévitablement et ce n’était que le début.

* * *

Un mois plus tard, pendant les vacances de la Toussaint, quelqu’un sonne à la maison et maman me demande d’aller ouvrir.

« Oh, bonjour » ai-je dit surprise de les voir avec un sourire sur les lèvres… « Maman, c’est Debby et sa maman. »

« J’arrive, fais-les entrer s’il te plaît » me dit-elle avec aussi de la surprise dans la voix.

« Non ça ira, je veux juste parler 2 minutes à ta maman après on s’en ira. »

Je reste bouche bée devant son refus d’entrer. Ne pouvant pas rester longtemps debout, je m’assois sur une marche de l’escalier en face de la porte d’entrée en attendant que maman arrive pour les accueillir.

« Pourquoi ne les as-tu pas fait entrer, Daphnée ? » m’a-t-elle dit en me lançant un regard noir.

J’ai instinctivement baissé la tête, ne sachant quoi répondre.

« On ne voulait pas entrer et je n’en ai pas pour longtemps. Je ne sais pas comment te dire ça. Debby ne souhaite plus aider Daphnée pour la cantine. »

J’étais sur le point de les laisser quand j’ai entendu les paroles de Carole à mon sujet, je me suis rassise sur les marches stupéfaite.

« Mais pourquoi ? Ça ne se passe pas bien à la cantine ? » a-t-elle dit toute aussi stupéfaite que moi.

« C’est le moins qu’on puisse dire, Daphnée n’arrive pas à se servir de l’eau toute seule, elle n’arrive pas à couper sa nourriture. Debby doit quasiment tout faire pour elle. Quand nous avons accepté, je ne pensais pas qu’elle serait aussi dépendante de Debby et … »

« Pourtant, tu connais Daphnée depuis plusieurs années maintenant, tu connais ses difficultés !! » dit-elle en colère en coupant la parole à Carole

« Oui et je peux te dire que c’est une bonne à rien, qu’elle ne fera jamais rien de bon dans la vie et qu’elle fait exprès d’être handicapée… »

Maman lui a claqué la porte au nez en entendant ces mots et n’attendant pas qu’elle finisse sa phrase qui était déjà assez blessante comme ça.

Choquée par ce que je venais d’entendre, je suis restée assise sur les marches avec des larmes qui coulaient silencieusement sur mes joues. Encore aujourd’hui, je n’arrive toujours pas à comprendre comment quelqu’un peut être aussi méchant avec une autre personne dans une telle situation. En se retournant, Maman est venue me rejoindre sur les marches pour me consoler.

« Ce ne rien ma puce et surtout ce n’est pas vrai ce qu’elle a dit. Allez, viens là !! »

J’étais maintenant en larmes dans les bras de ma mère, j’avais 9 ans putain, comment on peut dire ça à quelqu’un mais d’autant plus à un enfant…

« Maman... je ne... fais pas... exprès... ce n’est pas... de ma faute... je ne... fais pas... exprès... ce n’est pas... de ma faute... » ai-je répété à plusieurs reprises entre mes sanglots.

Sur le coup, je n’ai pas compris ce que toute cette histoire allait changer dans ma vie. Bien sûr, ça a mis fin à notre amitié avec Debby et à celle de nos mères mais aussi à celle des garçons. Après un long moment à me réconforter, Maman a réfléchi à la situation et a appelé le médecin rééducateur d’un très grand centre de rééducation où j’étais suivie depuis des années pour lui en parler. En quelques jours, j’ai été admise à l’école là-bas et je n’ai pas pu expliquer la situation à Jules, Jack, Yann, Oliver, Gwen mais surtout Ioan pour qui j’avais le béguin secrètement depuis le CP.

Fin du Flash-back
Téléchargez l'application maintenant pour recevoir la récompense
Scannez le code QR pour télécharger l'application Hinovel.